CONTUSION
La contusion consiste à mettre le corps que l'on veut réduire en poudre dans un mortier, et à le frapper fortement à coups de pilon, pour en diviser les parties. On s'en sert pour toutes les matières denses dont les molécules sont très-adhérentes entre elles, et ne sont pas susceptibles de se ramollir par la chaleur. Le plus grand nombre des parties des végétaux sont pulvérisées de cette manière , en se conformant d'ailleurs à toutes les précautions que nous avons déjà prescrites.
La nature du mortier doit être en rapport avec celle des corps que Ton réduit en poudre. Le plus souvent on se sert d'un mortier de fer et d'un pilon de même métal. Ils servent pour les matières dures, compactes, qui ne risquent pas d'être colorées par le fer. Un mortier de marbre doit être préféré pour les matières salines, à moins qu'elles ne soient acides; et alors on lui substitue un mortier en verre ou en porcelaine.
TRITIRATION.
Quand une matière est fort tendre ou que ses parties sont susceptibles de se ramollir par la chaleur, il faut éviter de la frapper avec le pilon. On se contente de le promener circulaireraent dans le mortier en écrasant la matière par une pression ménagée entre les parois du mortier et la tête du pilon. C'est ainsi que l'on prépare les poudres des résines et des gommesrésines. Quelques praticiens conseillent d'huiler légèrement le fond du mortier et le bout du pilon quand on pulvérise des résines , dans le but de les empêcher d'y adhérer. Mais l'huile , en rancissant, communique à la résine une odeur désagréable.
56 DEà OPÉRATIONS PUARMACECTTQUES.
Il csl préférable de pulvériser les résines sans intermède, en rhoisissant pour le faire un Icinps sec cl froid.
On a donné , pour se procurer la poudre des gommes-résines , un procédé que nous ne saurions adopler. Il consiste à laisser les gommcs-ré.sines à l'étuve, et, au bout de quelque temps, de les concasser et de les remettre h l'étuve, et ainsi successivement jusqu'à ce qu'elles restent friables. Mais la dessiccation des gonsmes- résines résulte de la déperdition de leur liuile essentielle qui est une de leurs parties médicamenteuses les plus actives. Heureusement la pulvérisation de ces produits est rarement nécessaire, vu qu'on les emploie surtout pour la préparation des emplâtres , et alors on a recours à la dissolution.
MOLTUUE.
La pulvérisation par mouture se fait avec des appareils trèsvariés. Tout le monde connaît les moulins à dents de fer dont on se sert dans les ménages pour moudre le café: dans des dimensions différentes, ils servent à pulvériser les amandes que l'on destine à la préparation de l'huile, les semences de ricins de croton, ou d'épurge qui ont la même destination. Ils sont encore d'un excellent usage pour déchirer le tissu des noix vomiques et de la fève saint Ignace, après qu'il a été ramolli par la vapeur d'eau.
Ces moulins servent encore à la pulvérisation du poivre. Avec quelques modifications on les emploie à la fabrication de la farine de lin; mais comme cette graine est plate et présente peu de prise , que l'expression en ferait sortir de l'huile, les moulins pour réussir doivent couper la graine plutôt que l'écraser.
La farine de moutarde se fait très-bien dans un moulin composé de deux cylindres tournant en sens inverse, mais elle se fait encore mieux au pilon, pourvu que celui-ci soit à tête étroite et qu'il ne puisse exprimer la graine pour en faire sortir l'huile.
Des meules horizontales ou verticales en pierre dure ou en fonte, un tonneau tournant sur lui-même et contenant des boulets de fonte , sont encore des appareils employés à la pulvérisation dans les arts, mais ils ne sont pas à la portée des
PORPHYRISATION. 37
pharmaciens, et par leur prix élevé, el par rinulilité dont ils leur seraient, à cause dos petites quantités de poudres qu'ils ont généralement à préparer.
rULVÉniSATION l'An i-uottement.
II est des corps dont la poudre obstruerait les pores du tamis sans les traverser. On les pulvérise en usant d'un artifice particulier. On prend chaque morceau de matière séparément, et on le frotte sur un tamis placé au-dessus d'une feuille de papier. C'est ainsi que doivent être pulvérisées la céruse et la magnésie. Ce procédé est encore appliqué à la préparation de la poudre d'agaric, pourvu qu'on ait l'attention de repasser la poudre ijue l'on a obtenue à travers un tamis de soie.
PORPHYRISATION.
La porphyrisation est une opération qui consiste à faire mouvoir une molette de matière très-dure sur une table de même matière , et que l'on a chargée de poudre.
Le nom de porphyrisation, donné à celte opération, lui vient de ce que l'on fait le plus fréquemment usage de tables de porphyre. Toute autre pierre dure peut lui être substituée; quelquefois, l'on se sert de marbre : il faut toujours se laisser guider dans son choix par la dureté de la matière que l'on veut réduire en poudre. Il doit toujours exister une grande différence entre la dureté de la table et celle de la substance que l'on y pulvérise , sans quoi une partie de la pierre serait détachée, et altérerait la pureté du produit.
La molette doit être de même matière que la table, et n'être pas parfaitement plane, mais légèrement convexe. Sans celte disposition , la poudre ne pourrait s'engager entre elle et le plan de porphyre.
Avant de soumettre les corps à la porphyrisation , on commence par leur donner un certain degré de ténuité. Le fer est limé, pilé dans un mortier de fer, et tamisé. On pulvérise aussi les terres, les pierres, les sels.
Quand une matière peut être altérée par l'eau , on la porphyrise à sec. Tels sontbeaucoupdesels que l'eau décompose, comme les sels d'antimoine, de bismuth et quelques sels de
mercure. Tel est le fer qui s'oxyde en absorbant l'oxygène à la fuveur de l'iiumidité de l'air. On doit encore porpliyriser à sec lous les sels solubles ; l'eau se saturerait de ces sels et par l'é- \aporalion elle les laisserait cristallisés, et par conséquent en morceaux plus ou moins volumineux dans la masse. Quand les corps ne sont pas altérables par l'eau, on les réduit en pâte, au moyen de ce liquide, pour les pulvériser plus aisément. La porphyrisalion en est plus prompte , parce que la matière ne fuit pas aussi facilement sous la molette.
On pliorphyrise toutes les matières très-dures minérales que la contusion et le tamisage ne diviseraient pas assez. Tels sont les coquilles d'œufs, le sulfure d'antimoine, le verre d'antimoine, les os brûlés , les coraux , les métaux , les sels difûciLes à broyer, comme le mercure doux, l'émétique, le sulfate de potasse.
Quelquefois, après qu'une matière a été porphyrisée à l'eau, on la forme en trochisques , dans le but d'en faciliter la dessiccation. A cet effet on met la pâte porphyrisée dans un entonnoir en fer blanc, monté sur une planchette en bois, laquelle porte en-dessous un petit pied en bois également, qui dépasse un peu l'extrémité de l'entonnoir ; on met un papier non collé sur une table ; et en frappant de petits coups sus, on fait tomber la pâte en petits pains qui présentent beaucoup de surface et qui ont peu de volume , et qui par conséquent sèchent promptement à l'air.
LÉVIGATION.
La nature nous offre certaines matières dans un grand état de division , et seulement mélangées avec des corps grossiers dont il est facile de les séparer, en profilant de leur différence de densité. Telle est la craie; telles sont les terres bolaires : celles-ci sont les seules que l'on pulvérise dans les officines. L'opération à laquelle on les soumet est cormue sous le nom de lévigation. Elle consiste à laisser tremper les matières argileuses dans l'eau, pendant un temps plus ou moins long, h délayer ensuite en agitant, à laisser déposer quelques minutes et à séparer par décantation la terre la plus fine restée en sus-