PULVÉRISATION PAR INTERMÈDE
pension, du sable, plus lourd, qui se précipite d'abord.
La lévigalion n'est pas , à proprement parler, un mode de pulvérisation ; mais elle s'y rapporte , en ce qu'elle pormel de séparer les parties les plus fines de certains corps de celles qui n'ont pas acquis le même degré de finesse. Elle ne peut s'appliquer qu'à des substances minérales sur lesquelles l'eau n'a pas d'action.
On applique encore la lévigation à la préparation des poudres de sulfure d'antimoine, de sulfure de mercure, de pierre hématite; et, comme ses substances ne sont pas susceptibles de se délayer dans l'eau, à la manière des argiles, on les porphyrise préalablement, et l'on sépare, par la lévigation, la poudre très-fine des parties les plus grossières que l'on porphyrise de nouveau.
On traitait de môme la lilharge, en se contentant toutefois de la piler sans la porphyriser; mais comme elle n'a jamais besoin d'être en poudre très-fine , celte pratique est inutile.
PULVÉRISATION PAR lATEUMÉDE.
C'est à la pulvérisation par intermède que se rapporte la pulvérisation du phosphore que l'on met en fusion dans un flacon plein d'eau ou mieux d'alcool, et que l'on tient agile jusqu'au refroidissement, pour que les particules du liquide soient interposées entre les particules de phosphore au moment où la solidification vient saisir ces dernières.
C'est encore une pulvérisation de même nature que la préparation du mercure doux à la vapeur ; de la vapeur d'eau vient s'interposer au milieu des molécules vaporisées du chlorure mercuriel, et met obstacle à leur réunion au moment de la soUdification.
C'est encore une opération du même genre que cette opération des arts où le soufre est saisi par un refroidissement subit qui lui fait traverser brusquement l'intervalle entre la chaleur nécessaire pour sa gazéification et le moment où il reprend l'état solide, de manière à ce que les molécules se déposent sans contracter d'adhérence entre elles.
On peut assimiler à une sorte de pulvérisation les opérations chimiques qui nous fournissent les corps sous la forme d'un
précipité pulvérulent. Ce moyen est employé pour quelques substances dans l'intention évidente d'éviter la pulvérisation. Ainsi le carbonate de chaux qui se trouve dans la nature est rarement pur. A l'état de craie, il contient des matières organiques , et si on le prend à l'élat de marbre blanc , il exige une pulvérisalion et une porphyrisation fort longues. On se le procure parfaitement pur et à Tétat de poudre impalpable en décomposant le muriale de chaux par du carbonate de soude et lavant avec soin le précipité.
On mêlait à la chair de coloquinte, ou aux vipères, ou à l'agaric, un mucilage de gomme adragante et, après avoir fait sécher ce mélange, on le pulvérisait. Mais l'agaric el la coloquinte peuvent se réduire en poudre sans le secours de la gomme , et la chair de vipère qui n'est jamais employée seule, se pulvérise à l'aide des autres matières plus fiiables que l'on y associe.
On arrose le camphre d'alcool ou d'éther pour détruire son élasticité.
Les matières molles comme la vanille sont triturées avec du sucre qui absorbe l'humidité excédante. Les semences émulsives se pulvérisent bien plus convenablement aussi par cette addition.
Pour pulvériser un métal ductile (l'or, l'argent, l'étain), on prend ce métal réduit en feuilles très-minces , et on le divise au moyen d'une substance qui facilite la séparation de ses particules, et dont la solubilité permette, plus tard, de l'enlever entièrement, par exemple: le miel, le sucre, le sel marin. On triturera donc le métal réduit en feuilles avec l'un de ces corps, pendant assez de temps pour le bien diviser; on versera ensuite sur la masse de l'eau bouillante, qui dissoudra l'intermède, et laissera précipiter la poudre métallique. On recueillera celle-ci sur un filtre, et on la lavera à plusieurs reprises. Observons toutefois que l'étain en feuilles du commerce contient du plomb, et qu'il ne convient pas de s'en servir.
C'est peut-être à la pulvérisation par intermède que l'on doit rap[)ortcr celle des métaux ductiles , fusibles à une basse température, au moyen du calorique. On les fait fondre à la chaleur, et, quand ils sont fondus, on les verse dans une boîte
sphérique (le bois ou de fer à parois garnies d'aspérités, et blanchies de craie dans loule leur étendue. On agile sans interruption : les particules métalliques constamment agitées se condensent bientôt en se refroidissant, mais elles ne peuvent se réunir, et restent séparées les unes des autres. On passe au tamis de soie. On peut, par ce procédé, pulvériser l'élain, le plomb, etc.
Le zinc se pulvérise en mettant le métal en fusion et le versant dans un mortier échauffé dont le pilon a été également chauffé. On agite vivement au moment où le métal va se solidifier pour empêcher les particules métalliques de se réunir, et l'on passe au tamis de soie.
Tels sont les divers moyens pratiqués pour pulvériser les corps. Il nous reste encore à indiquer les précautions suivantes, applicables surtout à la conservation des matières pulvérisées.
On ne doit jamais préparer une grande quantité de poudre à la fois : les médicamens se conservent mieux dans leur entier. Celle règle est surtout applicable aux substances volatiles et aromatiques, et à celles qui attirent l'humidité de l'air. On peut seulement excepter quelques substances minérales.
On doit conserver les poudres végétales dans des vaisseaux fermés exactement. La lumière altère prom[)tement leur couleur, ce qui annonce un commencement de détérioration. Il faut les garder dans des vases qui ne soient pas perméables aux rayons lumineux , comme des vaisseaux de terre ou des bocaux de verre recouverts de papier noir.
Parmentier a recommandé avec raison de sécher les poudres avant de les renfermer; car, par leur exposition à l'air, elles absorbent une certaine quantité d'humidité qui contribue à leur détérioration.
Dans les végétaux, i! est certaines parties dont le tissu est entièrement composé de parties molles, formées seulement par du lissu cellulaire, ou par un mélange de ce tissu avec des vaisseaux encore jeunes et facilement déchirables. Le mélange de
ces tissus , divisés par quelque moyen mécanique , constitue les pulpes médicamenteuses. Cependant on obtient également dos pulpes avec des substances chargées de parties solides et fibreuses ; mais la pulpe elle-même en est toujours exempte. Le procédé d'extraction consiste alors à séparer les parties endurcies de celles qui ont la mollesse convenable. Il faut déchirer le tissu de la plante, et le forcer de passer à travers les mailles d'un tamis pour en séparer les parties étrangères. Cette opération s'exécute avec une spatule élargie d'un seul côté, et qui porte le nom de pulpoir. Si quelque partie grossière échappe à la première opération , on repasse la pulpe une seconde fois pour l'en débarrasser.
Le procédé général d'extraction des pulpes reçoit des modifications suivant la nature des substances que l'on y soumet et l'usage auquel on les destine.
Quand on opère sur des substances fraîches , d'une texture molle comme le sont les herbes et leurs différentes parties , les (leurs ou les fruits pulpeux, on les pile dans un mortier pour déchirer leur tissu et on les pulpe sur un tamis. Quand on veut réduire en pulpes des parties compactes comme les racines herbacées , les bulbes ou les fruits charnus , on obtient immédiatement la pulpe au moyen de la râpe.
On remarque que ces pulpes sont mal liées ; le suc se sépare aisément des parties solides. C'est un défaut auquel souvent on ne peut se soustraire sans altérer les propriétés du médicament. C'est en effet ce qui a lieu pour les pulpes des plantes antiscorbutiques, de la scille, de l'ail, qui contiennent des parties volatiles qui concourent efficacement à l'effet cherché, et qui se dissiperaient par la coction. Dans le même cas sont la pulpe de racine de carotte destinée au pansement des cancers , la pulpe de racine de patience destinée à l'usage externe, et celle de pomme-de-terre que l'on destine à être appliquée sur une partie brûlée. L'usage postérieur auquel on destine les pulpes peut encore être un obstacle à ce que l'on soumette les plantes h la coction, par exemple, la pulpe de pomme-de-terre qui doit servir à la préparation de fécule, celle de betteraves ou celle des fruils qui ne sont qu'une forme intermédiaire destinée à rendre l'extraction des sucs plus facile.
Mais toutes les fois que la coction est sans inconvénient, il faut y avoir recours parce qu'elle donne des pulpes plus liées et plus homogènes. Plusieurs circonstances paraissent contribuer à produire ce résultat. C'est l'albumine végétale qui en se coagulant contribue à lier toutes les parties ; c'est le tissu cellulaire qui se ramollit par l'ébullilion de l'eau, et finit par se transformer en une sorte d'empois dans les racines amylacées; c'est la matière mucilaglneuse qui se sépare par l'action combinée de l'eau et de la chaleur sur les cellules amylacées, et le ramollissement qu'éprouve la cellule elle-même.
La Coction des plantes est surtout nécessaire pourla préparation des pulpes, quand celles-ci sont destinées à produire quelque effet émollient, ou lorsqu'il est nécessaire de chasser quelque principe ttcre et volatil. Ainsi la pulpe d'ognon cru est acre et excitante , tandis qu'elle agit seulement à la manière des émoiliens , quand son huile acre a été éliminée par la coction. Ainsi la pulpe de scille crue est pour les mômes causes toute différente de celle qui est obtenue sans feu.
La coction est presque toujours employée quand on doit préparer des pulpes avec des substances qui ont été desséchées; il faut rendre aux parties la mollesse qu'elles avaient avant leur dessiccation, et comme presque jamais on ne cherche alors à y conserver de parties volatiles, la coction est avantageuse.
On soumet à la coction par des procédés assez différons , les substances qui sont destinées à la fabrication des pulpes.
!« On les fait cuire dans les cendres. Ce procédé recom.mandé surtout pour les bulbes, a l'inconvénient de brûler toutes les parties extérieures et de les cuire d'ailleurs assez inégalement.
2" On enveloppe les substances de pâte et on les soumet à la chaleur du four. C'est une manipulation qui n'est pas toujours commode et qui ne présente d'ailleurs aucun avantage.
3® On met les substances dans un poêlon ou une chaudière avec de l'eau et on tient en ébullition jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment ramollies. Il faut avoir soin de n'employer que la plus petite quantité de liquide, et faire en sorte qu'il n'en reste que fort peu au moment où l'opération est terminée. On ajoute ce liquide à la pulpe et comme elle est alors presque toujours
trop molle , on lui rend la consistance convenable en le faisant évaporer à la chaleur du bain-marie.
4° On fait cuire à la vapeur de l'eau bouillante les substances destinées à être réduites en pulpe. A cet effet, on les pose sur un diaphragme placé à quelque distance du fond d'un vase en cuivre étamé ou en étain , que l'on ferme avec un couvercle et qui reçoit parsapartieinférieurela vapeur qui sort d'une chaudière ; ou bien par un appareil plus simple, on met la matière à ramollir dans une espèce de bain-marie percé qui s'enfonce dans une chaudière ou dans la cucurbite d'un alambic, mais qui n'a pas assez de profondeur pour plonger dans l'eau. On couvre ce vase et on porte l'eau à l'ébullilion. Un appareil plus économique et tout aussi profitable est celui que l'on emploie dans les ménages pour faire cuire les pommes-de-terre. Il se compose d'une marmite en fonte, au fond de laquelle on met une grille de fourneau qui sert de diaphragme. Ou garnit le fond de la marmite avec une couche d'eau; on place les matières végétales sur la grille; on les recouvre avec un torchon replié sur lui-même et on ferme le tout avec le couvercle de la marmite. On porte l'eau à l'ébullilion et en peu de temps l'opération est terminée.
La coclion une fois terminée on écrase les substances par quassalion dans un mortier, ou si elles offrent peu de résistance, en les écrasant de suite sur le tamis au moyen du pulpoir.
Il est des matières naturellement pulpeuses qui n'ont besoin que d'être ramollies avec un peu d'eau, telle est la pulpe d* tamarin du commerce; leile est encore la pulpe contenue dans la casse des boutiques.
Enfin on obtient encore une sorte de pulpe en prenant des substances en poudre et en y ajoutant à froid ou à chaud la quantité de liquide aqueux nécessaire pour leur donner la consistance d'une pâle. Celle mélhode est souvent suivie pour les pulpes destinées à la préparation des conserves ou qui doivent immédiatement servir de cataplasme.