CONSERVATION DES SUCS
Les sucs aqueux , mucilagineux et aniiscorbuliques sont magistraux. Ils se détériorent bientôt après leur préparation.
La conservation des sucs acides devra seule nous occuper. Pour y réussir , rappelons-nous quelle est leur nature , et quels moyens nous avons de les soustraire à la décomposition. Ils contiennent tous du sucre et, entre autres principes, une matière fermenlescible azotée. M. Gay-Lussac nous a parfaitement prouvé que la matière fermentescible des sucs sucrés ne peut 'déterminer la fermentation qu'autant qu'elle a eu le contact de l'air , et qu'il suffit d'une bulle d'oxigène pour que la décomposition s'établisse. De ces faits, il résulte que, si nous pouvions extraire les sucs par un moyen quelconque , sans leur donner le contact de l'air , ils ne pourraient pas fermenter. C'est ce que l'expérience a pleinement confirmé. Mais comme économiquement ce moyen n'est pas praticable , il a fallu en trouver un qui remédiât à son insuffisance. Les expériences de M. Colin nous ont appris que l'un des résultats de la décomposition des sucs sucrés est un ferment insoluble analogue et probablement identique au ferment de bière , et qui , comme lui , détermine la fermentation des sucs , sans avoir besoin de la présence de l'air. Nous savons aussi , d'après les observations de ce chimiste , que la chaleur de l'ébulUtion arrête la fermentation déterminée par le ferment insoluble , et qu'elle ne peut plus se reproduire sans le contact de l'air. La chaleur paraît agir en déterminant pour le ferment un changement moléculaire analogue à celui qui change l'albumine soluble en albumine coagulée.
Il résulte de tous ces faits que l'on pourra soustraire un suc à la décomposition, en le privant du contact de l'air, aprts qu'il aura été préparé , pour arrêter l'oxigénation du ferment soluble , et en le chauffant , pour suspendre l'action destructive du ferment insoluble.
Le procédé de 31. Appert remplit parfaitement ces conditions. Voici comment on le pratique. On met le suc dans des bouteilles , on les bouche , et l'on assujétit le bouchon avec du fil de fer. On les place ensuite dans une cucurbite avec de la
tg DES OPÉRATIONS PHARMACEUTIQUES.
paille pour qu'elles ne se choquent pas entre elles; on fait bouillir l'eau pendant quelques minutes ; on laisse refroidir, on goudronne les boutcillesel l'on porte à la cave. Laclialeur contracte le ferment insoluble, et le rend impropre à déterminer la fermentation ; et , le suc se trouvant en même temps privé du contact de l'air , la portion du ferment soluble qu'il contient encore ne peut absorber l'oxigène. Il s'empare , à la vérité , de la petite quantité de ce gaz qui se trouve dans le goulot de la bouteille , où l'on ne retrouve plus que de l'azole ; mais il est ensuite coagulé pendant l'ébullition.
Le reproche que l'on fait à ce procédé de conservation , c'est d'entraîner souvent la rupture d'une partie des bouteilles , et la perte du suc qui y est contenu. Ou a proposé de porter les sucs à l'ébullition dans une bassine et de les enfermer encore tout chauds dans des bouteilles que l'on bouche immédiatement. M. Gay met au contraire le suc froid dans les bouteilles , et il les tient pendant cinq minutes dans un bain-marie d'eau bouillante , où elles sont plongées jusqu'au col. Ces deux procédés réussissent également ; l'essentiel est de boucher les bouteilles avec soin pendant qu'elles sont encore très-chaudes. La conservation a lieu parce que le ferment est coagulé comme dans la méthode d' Appert, et parce que le suc est encore assez chaud au moment où l'on bouche les bouteilles pour détruire les effets qui résulteraient de l'absorption d'une nouvelle quantité d'oxigène. La conservation est moins certaine que par le procédé d'Appert, parce qu'il y a moins d'exactitude dans l'exécution, mais elle est suffisante pour la conservation des sucs médicaux.
Le mutisme est employé pour la conservation des sucs de pommes, de coings, de poires, etc. Il consiste à mettre dans les bouteilles de la vapeur sulfureuse , ou mieux encore à ajouter par pinte de suc quinze grains de sulfite de chaux. Les acides de suc s'emparent de la chaux, et l'acide sulfureux se trouve en présence du ferment. La manière d'agir de cet acide est mal connue. Quelques chimistes voyant le ferment soluble fournir du ferment insoluble , après qu'il a absorbé l'oxigène , ont supposé que l'acide sulfureux agit en désoxigônant le ferment insoluble , et le ramenant à l'état de ferment soluble , incapable de déterminer la fermentation sans le contact de l'air.
sucs HUILEUÎ. 79
Celte explication , qui paraît , au premier aperçu , assez naturelle, ne peut être admise ; car , il est bien loin d'être prouvé qu'il n'y ait d'autre différence qu'un simple changement dans la proportion d'oxigène entre les deux espèces de ferment, et parce que les corps désoxigénans autres que l'acide sulfureux, ne peuvent produire ce résultat. L'acide sulfureux, suivant M. Desfosses, contracte avec le ferment une combinaison qui le rend impropre à déterminer de nouveau la décomposition du sucre. L'ancien procédé employé pour la conservation des sucs consiste dans la soustraction du contact de l'air opérée par une légère couche d'huile. Il importe de ne pas se servir d'une huile qui rancisse facilement. Elle pourrait communiquer au suc une odeur et une saveur désagréables. L'huile d'olives et l'huile d'œillettes sont préférées. On objecte contre la première la facilité avec laquelle elle se fige. On croit qu'en cet état elle ne défend plus lesuc du contact de l'air; mais, quand bien même elle seraitfigée, elle suffirait encore pour prévenir la fermentation.
sucs HUILEUX.
Les sucs huileux constituent les huiles proprement dites. Ils sont plus généralement contenus dans les semences des plantes; mais quelquefois aussi, quoique plus rarement, on les rencontre dans le fruit.
Les huiles sont solides ou liquides , mais la composition des unes et des autres est semblable et ne diffère que par les proportions des composans. Il en est de même des graisses animales, comparées aux corps gras tirés des végétaux. Elles ont tant d'analogie de composition qu'il est impossible de séparer leur élude.
Les huiles ont été long-temps considérées comme des principes particuliers ; mais les travaux de M. Braconnol et surtout de M. Chevreul , nous ont démontré que, malgré leur diversité, elles étaient formées par un petit nombre de principes particuliers, mélangés en diverses proporlions.
M. Chevreul a partagé les corps gras purs en quatre groupes :
1°. Matières grasses sur lesquelles les alcalis sont sans action;
Cliolestériae fusible à 137 Etbal 50
80 DES OPÉRATIONS PUARMACEUTIQUES.
Ambu'inc
Céraïne
Myricine
Gj
S**. Corps gras que les alcalis changent en glycérine , en acides oléique, margarique ou sléarique;
Stt'arinc fusible à 62
Marjçarine 47
Oléine plusieurs degrés au-dessous de zéro.
3°. Corps gras qui sont changés par les alcalis en acides oléique , el margarique , et en une matière grasse insaponifiable;
Céline fusible à 40
Cérine 02
k°. Corps gras que les alcalis tranforment en glycérine, en acides gras volatils , et en acides oléique el margarique.
Phocénine «
Butyrine liquide à zéro.
Hirciue «
Nous n'étudierons ici que les principes gras de la deuxième classe, qui constituent par leur mélange la presque totalité des huiles et des graisses connues.
Les corps gras d'origine végétale sont formés d'oléine et de margarine. Les corps gras d'origine animale , sont formés de sléariiie , d'oléine et de margarine. Cependant le beurre ne contient pas de sléarine , et celle-ci paraît être contenue dans l'huile épaisse de muscade.
Sléarine. Elle est blanche, solide, sans odeur ni saveur. Elle cristallise en petites lames nacrées et brillantes. Quand elle a été fondue, elle se refroidit en une masse sans apparence cristalline et qui a assez de friabilité pour être pulvérisée. Elle fond h G2". Elle est insoluble dans l'eau. L'alcool ne la dissout sensiblement qu'à chaud , et elle se dépose presque en totalité par le refroidissement. L'éther bouillant en dissout beaucoup, à -}- 15 , et il n'en garde que 1/225^ de son poids en se refroidissant. Elle se convertit entièrement en glycérine et en acide stéarique, en se saponifiant.
'Margarine. La margarine est blanche, solide, incolore el inodore. Elle est beaucoup plus fusible que la sléarine. Elle fond ù + 47*'. Elle se comporte avec l'eau el l'alcool à peu
sucs HUILEUÏ. 81
près comme la stéarine; mais l'élher froid en dissout une plus grande proportion. Elle donne à la saponification de la glycérine, un mélange d'acide stéariquc ( fusible à 70 ) et d'acide margarique ( fusible à 60 ).
Oléine. L'oléine est la partie fluide des graisses. Dans l'état de pureté elle est à peu près incolore ou à peine colorée. Elle n'a pas d'odeur. Sa densité est de 0,913 à 0,929. Elle est insoluble dans l'eau. Elle se dissout mieux dans l'alcool que les deux matières précédentes ; mais elle y est aussi plus soluble à chaud qu'à froid. L'élher la dissout presque en toutes proportions. Elle se transforme à la saponification en glycérine et en un mélange d'acide margarique avec beaucoup d'acide oléique.
Les corps gras sont insolubles dans l'eau. Ils sont généralement fort peu solubles dans l'alcool. L'huile de ricins et l'huile de crolon tiglium sont à peu près les seules qu'il dissout en grande proportion.
L'élher dissout fort bien les huiles et les graisses.
Les corps gras se mêlent généralement en toutes proportions avec les huiles essentielles. Ils dissolvent les matières résineuses , le camphre. Ils ne peuvent dissoudre ni la gomme , ni le sucre, ni les matières extractives.
Le phosphore et le soufre sont sensiblement solubles dans les corps gras.
En faisant abstraction d'un petit nombre d'entre eux, les corps gras, d'origine végétale ou animale, sont formés par la réunion des trois principes dont nous venons d'exposer les principaux caractères. Leur consistance dépend de la quantité relative d'oléine ou de matières solides qu'ils contiennent.
La couleur des huiles et des graisses est différente pour chacune d'elles. Elle est due à des matières particulières , car la stéarine, la margarine et l'oléine sont toutes trois incolores.
Les graisses ont une odeur variable. Elle doit être due à des corps de nature très-diverse. Ce sont des huiles volatiles et quelquefois des acides gras, par exemple, dans le beurre, le suif.
La saveur des corps gras est due également à quelques principes étrangers.
Les corps gras sont moins denses que l'eau. Les uns sont 1. 6
liquides à la température ordinaire; huiles d'amandes douces , de lin, etc.; les autres se liquéfient aisément parla chaleur. Une forte température les décompose toujours et l'on remarque que l'un des produits de leur décomposition par le feu est une matière acide pareille à celle qui se serait produite par leur saponilicalion.
Exposés à l'action de l'air, les corps gras absorbent l'oxigène avec lenteur et ils rancissent. Les phénomènes sont surtout remarquables avec les huiles. L'absorption est d'abord fort lente , puis il arrive un moment où elle se fait avec une grande rapidité. Il peut môme arriver que la chaleur produite soit assez considérable pour déterminer l'inflammation de Ihuile. 11 est vrai qu'il faut, pour que ce dernier effet se produise , que l'huile soit eu grande quanlilé et qu'elle présente une grande surface. En absorbant i'oxigène de l'air, il est certaines huiles qui s'épaississent et finissent par se solidifier entièrement; ce sont les huiles de lin, de noix, dechenevis, de pavots, de ricins, de soleil , on les appelle huiles siccatives ; et par opposition on appelle huiles non siccatives les huiles, qui rancissent sans se solidifier telles que celles d'olives, de navette, d'à-» mandes , de faîne , de noisette.
Les huiles comme les sucs s'obtiennent en déchirant le tissu qui les renferme et en exprimant fortement pour les faire écouler; mais l'état de fluidité ou de solidité des corps gras amènent quelque différence dans la manière de procéder.
1°. Quand une huile est lliiide , il suffit, pour l'exl-raire, de diviser les cellules qui la renferment ; à cet effet , on passe les semences au moulin pour les réduire en poudre, on enferme cette poudre dans des carrés de toile de coutil , et on les soumet à la presse, graduellement, afin de ne pas déchirer les toiles.
Il est des matières qui exigent quelques précautions particulières; ainsi on frolte les amandes dans un sac rude et on les crible pour séparer la matière jaune qui est à leur suffaee. On sépare l'enveloppe testacée des ricins pour avoir une huile incolore, et celle des pignons d'Inde pour qu'elle ne diminue pas le produit par la quantité d'huile dont elle resterait imprégnée.
iVCS HUILEUX. 83
On préfère mettre les substances en poudre à les réduire en pôle, parce qu'alors le parenchyme étant plus divisé serait entraîné en plus grande partie ; il troublerait la transparence de l'huile et rendrait sa dépuration plus longue en augmentant pour elle les chances d'altération. Il pourrait arriver aussi que des matières qui ne sont pas mélangées à l'huile dans les graines, mais qui peuvent s'y dissoudre, se trouvassent alors dans le produit en plus grande quantité et modifiassent ses propriétés.
On obtient facilement par ce procédé les huiles d'amandes, de noisette , de pavot blanc , de semences froides , de lin , de noix , de ricins , d'épurge , de croton tiglium , etc.
11 y a toujours avantage dans l'extraction des huiles , à éviter l'emploi de la chaleur, elle dispose les produits à la rancidité; sous ce rapport il faut rejeter le procédé qui consiste à monder les amandes de leur enveloppe par l'eau bouillante afin d'obtenir un tourteau plus blanc.
Dans les arts pour obtenir l'huile de lin , et souvent aussi l'huile de noix , on fait chauffer la poudre de semences pour rendre l'écoulement plus prompt. Quand on ne chauffe qu'à une chaleur modérée , à la vapeur d'eau , par exemple, l'huile éprouve peu de changemens; seulement elle est plus disposée à rancir ; mais souvent on fait subir à la graine un commencement de torréfaction qui altère l'huile profondément, lui donne de Tûcretéet la rend impropre à l'usage médical. Les pharmaciens ne doivent employer que l'huile de lin qu'ils ont préparée eux-mêmes.
2®. Quand les huiles sont solides , il y a nécessité d'élever la température. La chaleur, en les fluidifiant, les met dans les mômes conditio^ns qu'une huile naturellement liquide. Le moyen d'appliquer la chaleur n'est pas toujours le même , ainsi que nous allons le voir.
La première condition à remplir est de diviser suffisamment la substance qui renferme l'huile. A cet effet, quand elle n'est pas mêlée à des corps étrangers , on la pile dans un mortier échauffé, pour ramollir les corps gras, et former une pâle, que l'on achève de broyer sur une pierre à chocolat chauffée. 1* cacao reçoit une opération préliminaire. C'est une torré-
faction qui dessèche, altùre et délache l'enve'oppe. On le verse sur une table, et on le froisse avec un rouloau pour détacher l'épisperme, que l'on sépare au moyen d'un van.
Le procédé le plus simple pour l'extraction des huiles solides consiste , après que la matière a été réduite en pâte dans un mortier chauffé ou sur une pierre à chocolat, à l'exprimer promptement entre des plaques de fer étamées échauffées dans l'eau bouillante. Si on n'exprime pas promptement ou si l'on n'a pas une bonne presse à sa disposition , on perd une partie du produit qui reste engagé dans la masse.
Par une autre méthode on facilite la sortie de la matière grasse en mêlant à la pâte 1/5 de son poids d'eau bouillante et la soumettant promptement à la presse entre des plaques échauffées. C'est le procédé de Josse, pour extraire le beurre de cacao. Demachy conseillait d'exposer le cacao à la vapeur de l'eau, comme on le fait pour l'huile de lin, et de le presser entre des plaques échauffées. MM. Henri et Guibourl sont d'avis que le procédé de Josse donne un produit plus abondant.
On peut encore , après avoir broyé les matières , les faire bouillir avec de l'eau. Le corps gras vient nager à la surface. On laisse refroidir, et on le sépare. C'est ainsi qu'on se procurait autrefois l'huile de laurier, et que l'on extrait pour les arts la cire du myrica , et l'huile de palme.
Quand une huile solide a été extraite par l'un des procédés ci-dessus, il est nécessaire delà séparer des matières étrangères qu'elle a entraînées. On peut la tenir fondue au bain-marie , pour laisser déposer les fèces. On préfère ordinairement la filtrer à travers un papier, dans un entonnoir à double fond, échauffé par la vapeur de l'eau bouillante.
Quand on dispose d'une étuve, et que les corps gras sont faciles à fondre, on peut y faire la fillralion; on peut encore fort commodément, quand on ne possède pas un appareil exprès pour cet usage, mettre la matière grasse sur un filtre dans un entonnoir de verre ou de fer blanc et celui-ci sur un vase destiné Ix recevoir l'huile. On place le tout dans le bain-marie
ircs HUILEUX. 85
d'un alambic que l'on ferme avec son couvercle et l'on porte l'eau de la cucurbite à l'ébuUition.
Il y a encore d'autres modes d'extraction pour les huiles; ainsi on mêle les ricins et les semences du croton en poudre avec une ou deux fois leur poids d'alcool; on chauffe quelque temps au bain-marie et l'on soumet, à une forte pression. On chasse ensuite l'alcool par la distillation. Cette méthode toute simple demande des précautions particulières suivant chaque substance que l'on y soumet et il en sera traité pour chacune d'elle en particulier. Elle a été appliquée à tort à la préparation de l'huile de ricin. Elle est encore recommandée pour la préparation de ^huile de croton; et nous verrons plus lard qu'elle donne un produit de boime qualité.
Les corps d'origine animale s'obtiennent par un procédé fort simple. Ici le corps gras forme presque toute la masse des matières que l'on traite , et les parties étrangères n'en constituent qu'une petite partie. Aussi suffit-il d'exposer les lissus graisseux à une douce chaleur pour déterminer la liquéfaction et la séparation du corps gras. L'extraction de l'axonge va nous servir d'exemple.
On prend de la panne de porc : c'est la graisse des flancs mêlée de tissu cellulaire , ou bi(^n encore les portions graisseuses accumulées vers l'épiploon. On la coupe par morceaux, et on la pétrit dans l'eau froide, avec les mains, pour en séparer le sang. On met la matière dans une bassine étamée , et on la fait fondre à une douce chaleur. Quand la graisse est transparente, ce qui indique qu'elle ne contient plus d'eau , ni dégraisse solide en suspension, on la passe au travers d'un linge serré, et quand elle est figée, on la gratte pour la séparer des impuretés qui restent au fond. On la fait liquéfier de nouveau au bain-marie, et on la coule dans des pots que l'on a soin de couvrir, et de placer dans un lieu frais.
Il est bon d'agiter la graisse au moment où elle commence à se solidifier, jusqu'à ce qu'elle ait pris assez de consistance. Elle est alors plus homogène parce que la stéarine ne s'en sépare pas, ou plutôt s'en sépare uniformément. On a une masse homogène ; l'air ne peut alors agir que sur la surface, parce qu'il ne se fait pas dans l'intérieur des vides où il puisse pénétrer.
Les portions de matières qui restent sur les toiles sont remises sur le feu et sont soumises ensuite à une forte pression. On obtient un second produit, moins blanc que le premier, mais tout aussi bon pour quelques préparations.
Les corps j^ras doivent être conservés dans un lieu frais , et surtout à l'abri du contact de l'air, lis absorbent l'oxigène de l'air, s'épaississent, et prennent uno saveur et une odeur désagréables. On dit alors qu'ils ont ranci , et i! faut les rejeter de l'emploi médical.
Il est bon de ne préparer les huiles qu'à mesure du besoin , et de les conserver dans des vases bien remplis et qui ferment exactement.
Les huiles solides se conservent bien par le procédé de MM. Henri et Guibourl. On les coule dans des fioles à médecine que l'on en remplit entièrement, et où elles se congèlent : on bouche ces fioles , et on les conserve à la cave.
sucs KÉSINECX.
Les sucs résineux tels qu'ils existent dans les plantes sont formés par de la résine liquéfiée par de l'huile essentielle. Ces sucs sont souvent renfermés dans des vaisseaux particuliers , et on les fait sortir par des incisions faites à l'écorce ou au tronc des arbres. Quand ils contiennent naturellement beaucoup d'huile essentielle, ils conservent leur liquidité après leur sortie, et on les appelle térébenthines ; quand, au contraire, la proportion d'huile essentielle est plus petite, ou quand les sucs résineux restent exposés long-temps à l'action évaporante de l'air, ils prennent de la solidité, perdent presque toute l'huile essentielle et constituent des résines sèches. Quelquesuns de ces sucs résineux contiennent de l'acide benzoïque qui est unf à une huile essentielle d'une odeur suave. On les appelle baumes.
Les résines naturelles sont toujours formées par un mélange de plusieurs principes résineux différons que l'on peut séparer les uns des autres par l'action de véhicules qui dissolvent les uns et sont sans action sur les autres, ou par des opérations chimiques plus compliquées ; mais tous ces principes ont uoe série de caractères communs qui les lient à un même type.
sucs RÉSINEUX. 8t
Les résines sont des matières solides, sèches, rudes au toucher; leur saveur est variable et elle est souvent due à des matières élrangères. Souvent elles sont colorées , mais dans l'étal de pureté, il est probable qu'elles sont incolores. Beaucoup sont odorantes, mais on sait pour plusieurs d'entre elles que leur odeur est due à un mélange d'un peu d'huile volatile.
Les résines sont fusibles , et quand elles sont fondues , elles donnent un liquide visqueux et rude au toucher, caractère qui les fait aisément distinguer des corps gras.
Les résines ne conduisent pas l'électricité et elles prennent par le froltenienl l'éleclricilé résineuse.
Elles sont toutes insolubles dans l'eau. Elles sont, au contraire, toutes solubles dans l'alcool. A chaud, la dissolution alcoolique uiélangée avec de l'eau devient laiteuse, et la résine se dépose sous forme de poudre. L'alcool froid ne dissout pas certaines d'entre elles et les laisse déposer par le refroidissement; presque toujours alors elles prermeut une texture cris-» talline plus ou moins prononcée. M. Bonestre les a assez improprement appelées sous-résines.
La plupart des résines sont solubles dans l'élher. Il en est cependant, mais en petit nombre, qui refusent de s'y dissoudre, par exemple, la résine de jalap, de liseron , etc.
En général les résines se dissolvent dans les huiles fixes et dans les huiles volatiles. Elles se comportent avec les alcalis d'une manière très-différente. 11 en est qui refusent entièrement de se combiner avec les alcalis. Exemples : résine molle delà mecque, résine molle de copahu, sous résine d'élémi et d'euphorbe, résine particulière aux sapins. Parmi les résines qui se combinent aux alcalis , Unverdurben en a distingué trois classes.
1" Résines fortement cleclronéyatives. Elles se combinent facilement aux alcalis. L'ammoniaque caustique les dissout aisément et la dissolution soumise à l'ébuliition pendant un quart d'heure ne laisse pas déposer de résine. La solution alcoolique de ces résines. rougit le papier de tournesol. Telle est la résine de la colophane , et l'une des résines du copale.
%^ Résines médiocrement ékclronéyalives. Leur dissolution alcoolique rougit le tournesol. Elles sont solubles dans l'ammo-
niaque à froid; mais la liqueur soumise à une ébullilion rapide pendant un quart d'heure perd toute l'ammoniaque. Ces résines ' sont cependant assez acides pour décomposer le carbonate de soude à rébuHilion. Celle série de résines est la plus nombreuse de toutes. On y trouve la plupart des résines de pin , la résine decopahu, etc.
3" Les résines faiblement êlectronrgatives. Leur dissolution alcoolique ne rougille tournesol qu'à l'ébullilion. Elles se dissolvenl dans les alcalis caustiques mais non dans l'ammoniaque et le carbonate de soude : je citerai comme exemple l'une des résines qui composent le benjoin et le baume du Pérou. Les résines qui ont le caractère acide diffèrent de tous les autres acides végétaux, en ce qu'elles ne contiennent pas d'eau de cristallisation ; en se combinant aux bases, elles forment également des sels qui ne sont pas hydratés.
Les résines sont des corps ternaires qui contiennent peu d'oxigène et qui sont au contraire riches en carbone et en hydrogène. On les considère comme le résultat de l'oxigénalion des huiles essentielles. Il est certain au moins que les résines du pin et du copahu sont représentées dans leur composition par de l'huile essentielle et de loxigène. M. Henry Rose, en comparant la composition des sous-résines d'éiémi et d'euphorbe , et celle des résines de pin et de copahu a vu que ces dernières étaient plus oxigénées et il lui a paru probable que le premier degré d'oxigénation des huiles essentielles donnait des résines insolubles dans l'alcool froid, tandis que les résines qui sont plus oxigénées sont solubles dans ce véhicule.
M. H. Rose s'est assuré encore que les résines acides du pin et ce le du baume de copahu, ont une même composition chimique et une même capacité de saturation. 11 s'est assuré encore que les sous-résines de l'élémi et de l'eu; horbe étaient composées toutes deux delà même manière, et contenaient moitié moins d'oxigène que les premières. Il s'est demandé si toutes les résines acides ne formaient pas un même groupe isomérique et si les sous résines n'en formaient pas un autre.
Les pharmaciens préparent quelques sucs résineux, mais par des procédés particuliers , et qui seront décrits à l'article des extraits^