SUCS LAITEUX
Les sucs laiteux doivent leur nom au caractère de lactcscence qu'ils possèdent. Ils sont opaques et souvent blancs comme du lait; quelquefois, ils sont colorés; mais toujours ils forment une espèce d'émulsion naturelle qui peut rester permanente pendant assez long-temps.
La composition des sucs laiteux est assez variable. Le plus grand nombre d'entre eux est formé par une liqueur muci'agineuse qui lient une substance résineuse en suspension. Telle était, dans le végétal, l'état des nombreuses gommes résines employées en médecine, qui après avoir été extraites à l'état de suc , ont été amenées par évaporation à l'état de solidité : par exemple, la gomme ammoniaque, la scammonée, Tassa fœtida, le sagapénum, etc.
Quelques sucs doivent leur lactescence au caoutchouc; tels sont ceux dujalropiia elaslica, castilloa elastica, hevea guianensis, etc., etc., qui fournissent le caoutchouc du commerce; tels paraissent être encore les sucs de diverses urticées et apocynées. Une espèce contient une matière fibrineuse et de la cire en abondance. C'est le lait de l'arbre de la vache (galaclodindron).
Une seule espèce de suc laiteux est récoltée par le pharmacien; c'est celui qui s'écoule par des incisions faites à l'écorce des tiges de la laitue et qui est connu sous le nom de thridace. 11 en sera traité à l'article laitue.
On appelle amidon ou fécule amylacée une matière blanche, grenue, brillante, qui se précipite du suc d'un assez grand nombre de végétaux. On l'a trouvé dans diverses parties des plantes. Il abonde en général dans les racines; il existe dans les tiges des palmiers; quelques fruits en contiennent, plus généralement les semences, et il en est dont il constitue la majeure partie de la masse. Son utilité est des plus grandes ; c'est lui qui par sa présence dans les céréales , les semences des légumineuses, les pommes de terre, les patates, rend ces matières gi précieuses pour la nourriture des hommes et des animaux.
L'amidon se retrouve dans loules les plantes avec des propriétés communes et il ne forme véritablement qu'une seule espèce qui se présente d'ailleurs dans chaque végétal avec quelques modifications de caractères; son histoire chimique encore imparfaite s'est accrue dans ces derniers temps des Irà-^ vaux de plusieurs chimistes parmi lesquels il faut citer parti'» culièrement MM. Raspail, Dubrunfaut, Biot, Peisoz, Payen et Guérin Vary.
L'amidon est solide, sans odeur ni saveur; il forme une poudre blanche brillante. Sa densité est de 1,53. Mais si on remplit un môme vase de fécules différentes, il ne contient pas une même quantité de chacune d'elles. Suivant M. Planche, un vase qui contient 1000 d'eau peut contenir 800 de fécule de pomme de terre, 71)4 fécule de blé, 584 fécule de radis noir.
L'amidon est formé d'un tégument renfermant un seul principe immédiat (amidone) dont la texture est organique. Celle-ci est moins compacte à mesure que l'on se rapproche du centre et le tégument lui-même n'est peut-être que la couche extérieure, plus tenace que les autres.
L'amidon est insoluble dans l'eau froide. Quand on le torréfie d'une manière convenable, il devient soluble dans l'eau et forme une sorte de principe gommeux dont les propriétés ont été mal étudiées.
L'eau froide est sans action sur l'amidon et il s'y conserve iq-» définiment s'il n'a pas le contact de l'air. L'eau bouillante le réduit en une colle tremblante opaque qui porte le nom d'empois; si Ton fait bouillir l'amidon dans une plus grande quantité d'eau et que l'on filtre, il reste sur le filtre une petite quantité de matière insoluble, et il passe une liqueur limpide. Celle-ci fournit de l'empois par sa concentration, et si en cet état, ou même après l'avoir séchée complètement, on reprend par l'eau, la masse se partage en une matière qui se dissout et une autre qui refuse de le faire. M. Guérin Vary explique ces faits en disant que l'amidon est composé de trois parties différentes ; la plus extérieure est le tégument ou amidin tégumentaire qui a la plus grande analogie de propriétés avec le ligneux. Dans le tégument se trouve renfermé une combinaison d'une matière
DES PÉCULBS. 91
soluble dans l'eau (arnidine), et d'une autre matière insoluble par elle-même et qui ne se dissout qu'à la faveur de l'amidine, c'est l'amidin soluble.
Quant on traite l'amidon par l'eau le tégunient se déchire, et l'amidin ainsi que l'amidine se dissolvent. Par la lillralion les tégumens restent sur le filtre ; mais à la concentration des liqueurs , l'amidin soluble par sa force de solidité se sépare en retenant beaucoup d'eau entre ses particules ; c'est ce qui constitue l'empois. M. Guérin Vary croit que l'amidin el l'amidine préexistent dans la fécule; d'autres pensent au contraire qu'ils sont le résullal d'une transformation d'un seul principe , l'amidQue de M. Payen. Cette transformation peut avoir lieu même à la température ordinaire, car on obtient de l'amidine en dissolution si l'on broie l'amidon avec de l'eau froide.
L'amidin soluble, sauf la propriété qu'il possède de se dissoudre dans l'amidine, paraît être identique avec l'amidin tégumentaire. Quant à l'amidine, c'est une matière blanche, insipide, inodore, soluble dans l'eau froide, insoluble dans l'alcool et l'élher , très-collante, qui prend par l'iode une belle couleur bleue , qui n'est pas susceptible d'éprouver la fermentation alcoolique , et qui diffère essentiellement de la gomme, en ce que l'acide nitrique la change en acides oxalhydrique et oxalique sans former d'acide mucique.
L'amidon est insoluble dans l'alcool.
L'iode donne à l'amidon une belle couleur bleue , dont la teinte varie suivant les proportions d'iode. Si l'on mêle de l'iode avec la décoction d'amidon que l'on évapore et que l'on reprenne par l'eau , on obtient un iodure d'amidon soluble , et un iodure insoluble , tous deux colorés en bleu. Quand on chauffe la solution d'iodure d'amidon h 90" si elle est concentrée, à une température plus basse si elle est étendue d'eau, elle se décolo."e , et reprend sa couleur par le refroidissement ; mais si on porte à l'ébullition , elle reste incolore. Dans ce cas, suivant M. Lassaigne , il se fait de l'acide hydriodique , el la couleur bleue ne reparaît que par l'addition du chlore.
La propriété que possède l'amidon de se colorer en bleu par l'iode , donne le moyen de reconnaître la présence de l'iode par l'amidon , et celle de l'amidon par l'iode.
92 DES OPKRATIONS PHAllMACEDTIQUKS.
L'aiide sulfurique élondu change l'amidon en un sucre analogu3 avec celui du raisin. La proportion la plus convenable est 500 fécule, 500 acide et 1390 eau. On enlrelient rébullilion pendant plusieurs heures, jusqu'à ce que l'alcool ne précipite plus de matière gommeuse dans la liqueur. A la température de 920,5, les grains d'amidon sont entièrement vidés , et la liqueur tient en dissolution une matière gommeuse f dextrine) que l'on peut précipiter par l'alcool , et qui ne paraît différer de l'amidine que par son impureté. Cependant elle se colore en purpurin , et non en bleu par l'iode; à l'ébullition la dextrine est détruite et transformée en sucre de raisin. Si on augmente la proportion d'acide il faut moins de temps et de température pour produire ces mêmes effets.
M. Dubrunfauta vu , le premier , que l'empois d'amidon est liquéfié et saccharifié par l'orge germé. Il a attribué cet effet à un prii.cipe immédiat, particulier, soluble dans l'eau. MM. Payen et Persoz ont précipité ce principe de l'infusion d'orge germée par l'alcool, et ils lui ont donné le nom de diastase. C'est une matière blanche , solide , amorphe , neutre , soiuble dans l'eau et l'alcool faible. M. Payen attribue à cette matière la propriété de détacher le tégument de l'amidon , et de rendre soluble la matière intérieure; M. Guérin Vary assure qu'elle n'agit pas mieux que l'eau seule ; mais une i)ropriété incontestable de la diastase, c'est celle de transformer 1 amidon en matière sucrée. On emploie 1 partie d'amidon, 50 parties d'eau , 0,05 à 0,06 d'orge germée.
On délaie l'orge germée dans de l'eau ; au bout d'un quart d'heure on passe, on chauffe à 30°; alors on ajoute la fécule délayée dans une partie de l'eau, et l'on continue à chauffer ; on entretient la température entre 60 à 70" , on peut aller jusqu'à 75". Mais si l'on parvient à l'ébullition, la diastase perd sa propriété saccharifiante. Il est remarquable que l'on n'a pu encore produire lasaccharification complète de l'amidon par la diastase. Il reste une partie de dextrine qui ne peut être saccharifiéeen présence du sucre produit. La liqueur est d'autant plus sucrée que l'action a été plus prompte.
L'infusion de noix de galle , par le tannin qu'elle contient, précipite l'amidon. Le précipité qui se forme est soluble à chaud,
et insoluble à froid. Au-dessus de 50» il est en dissolution , il se précipite au-dessous de celle température. On a l'occasion d'observer bien des fois celle propriété dans le traitement des végétaux qui contiennent en même lemps de l'amidon et du tannin.
Les fécules , en usage en médecine , sont l'amidon des céréales , celui de la pomme de terre, l'arrow-rool ou fécule du maranla indica, le tapioka, la raoussache, fournis par la racine du jalropha raanihol; le sagou , fécule en partie modifiée de différons palmiers. Toutes ces fécules nous sont fournies par les arls et le commerce. Nous décrirons, pour exemple, le procédé par lequel on procède à l'extraction de la fécule de pomme de terre.
Prenez des pommes de terre , enlevez-en l'épiderme ( dans les arts on se contente de les laver) , réduisez-les en pulpe au moyen d'uae râpe , délayez dans l'eau et passez au tamis ; la fécule se dépose; on la lave à plusieurs eaux pour la purifier , et on la fait sécher à l'ombre.
Pour retirer les fécules médicinales de la bryone de l'arum ou du marron d'Inde , on râpe ces corps pour les réduire en pulpe , et on les exprime dans un suc de loile. On verse le suc qui s'en écoule sur un tamis , pour en séparer quelques débris grossiers , puis on l'abandonne au repos; la fécule se précipite ; on décante , et l'on fail sécher le précipité à l'ombre. Enfin on le pulvérise, et on le conserve dans des vases bien fermés.
Le marc retient encore de la fécule. On le délaie dans le suc d'où la fécule s'est déposée, et on le soumet de nouveau à la presse pour obtenir une nouvelle quantité de fécule. Celle-ci ne doit pas être lavée , car elle n'agit souvent que par les parties des sucs qui lui sont restées adhérentes.
Toutes ces fécules médicinales ont élé , avec raison , bannies de la pratique. On ne pouvait jamais savoir en quelle proportion le principe aclif y était retenu.
9i DE5 MÉDICÂMENS PRiiPARKS PAU flOLUTIOIf.
La solution ou dissolution est une opération qui consiste à faire fondre un corps dans un liquide. La solution paraît consiiter en une simple division des particules du solide entre les parlicules du liquide, d'où résulte entre toutes ces particules une disposition telle, qu'elles sont toutes placées semblableraent et symétriquement les unes par rapport aux autres. La cause de ce singulier phénomène est tout-à-f;iil inconnue. On l'a attribuée à raffiniléionadil qu'un corps se dissolvait dans un liquide, lorsque l'affinilé de ce liquide était plus forte que la cohésion qui tenait réunies les molécules du solide, et qu'au contraire la dissolution n'avait pas lieu quand la cohésion l'emportait sur l'allBnité. Mais dans certaines limites, la dissolution se fait en toutes proportions , ce qui est contraire aux lois ordinaires des combinaisons chimiques. Si, par exemple , un sel est soluble dans Ison poids d'eau , il faudrait admettre que la combinaison Se fait en toutes proportions depuis le moment où la première pàflicule disparaît, jusqu'à celui où la dernière se dissout.
Cependant le retard qu'un liquide éprouve dans son degré d'ébuUition , quand il a dissout certains corps est un indice dans lequel on ne i)eut se refuser à voir une action chimique ; mais comme il est des corps qui ne produisent pas cet effet, il paraît certain que la dissolution d'un corps est un phénomène tout-à-fait indépendant de l'affinité.
La dissolution d'un corps dans un liqtiide est toujours accompagnée d'un abaissement de temi)érature , qui est le résultat de la soustraction du calorique , que le corps solide a rendu latent au moment où il a changé d'état. Ce phénomène n'est cependant constant que si l'on a satisfait d'abord à l'affinité du corps solide pour le liquide. Un morceau de muriale de chaux sec, qui nous servira d'exemple, en se dissolvant dans l'eau élèvera la température , parce que la quantité du calorique produit lors de la combinaison de l'eau avec le sel , sera plus considérable que le froid résultant du passage dumuriate de l'état io-
lide à l'élat liquide. Mois, si l'on a d'abord uni le muriate de chaui à une quantité d'eauconvenable, ce qui sera si on le prend cristallisé, alors il y aura production de froid. Nous devons donc admettre que , dans la dissolution d'un corps solide dans un liquide , il y a toujours abaissement de température, h moins que cet effet ne soit masqué par des circonstances contraires , dont la plus fréquente sera la combinaison du solide avec le liquide.
L'on a cherché à établir une différence entre la solution et la dissolution. On a dit qu'il y avait solution quand, parla soustraction du liquide, on retrouvait le corps dissous tel qu'il avaitd'abord éléemplpyé; et qu'il y avait dissolution quand le solide, dans la liqueur, élait dans un état différent de celui sous lequel il avait été soumis à l'action du liquide. On faisait une solution en fiiisanl fondre un sel ou du sucre dans l'eau , et une dissolution quand on attaquait un métal par l'acide nitrique. On pourrait réduire la proposition à ces termes : il y a dissolution quand il s'établit une action chimiqi:.e entre le liquide et le corps dissous , et il y a solution quand cette réaction chimique n'a pas lieu. Alors, il faut admettre qu'il se fait une dissolution, et non pas une solution , quand un sel sec se dissout dans l'eau, car le premier effet du contact est de 'i'éterminer la combinaison entre les particules du sel et les particules du liquide. La disparition de la matière saline ne se fcut qu'ensuite, de telle sorte que le sel est dans la liqueur à l'état d'hydrate , et, par conséquent, dans un état chimique différent. Dans cette manière de voir , le mot solution devrait être réservé pour les cas où un corps déjà combiné chimiquement à un liquide, se dissout dans une nouvelle quantflé de ce liquide. Il faudrait établir une différence entre des opérations peu différentes , comme entre une solution de sulfate de soude cristallisé , et une solution de sulfiile de soude effleuri. Ces distinctions sont rarement faites , et l'on emploie indifféremment les mots solution et dissolution. Nous diviserons l'étude de la solution considérée comme moyen opératoire pharmaceutique en trois parties différentes. D'abord nous décrirons les procédés généraux employés pourobtenir les corps en dissolution ; puis nous nous occuperons des matières qui peuvent être dissoutes; et enfin nous étudierons l'action particulière à chaque dissolvant.
DES PROCÉDÉS (lÉN'ÉnAUX EMPLOYÉS POUR OBTENIR DES DISSOLUTIOAS.
Solution.
La solution simple est une opération qui consiste à dissoudre un corps dans un liquide approprié. Elle a pour caractère spécial que toute la matière employée disparaît dans ce liquide ; si la proportion de celui-ci est assez considérable, tout le corps dont on s'est servi se retrouve donc dans la liqueur.
La solution s'opère plus vile si le corps que l'on soumet à l'aclion du liquide est divisé. Elle a aussi lieu plus promplement quand par l'agitation on renouvelle sans cesse le contact du liquide avec le corps que l'on veut dissoudre.
Un moyen toujours avantageux pour obtenir une dissolution, consiste à suspendre le corps dans le liquide, sur un diaphragme mis à la surface. Les couches de liquide qui sont en contact avec lui se saturent, deviennent plus pesantes, se précipitent el sont remplacées à mesure par de nouveaux liquides qui se saturejilàleur tour. Il y aalorsdansle liquide un mouvement qui tend à mettre le corps en contact sans cesse avec de nouvelles portions du dissolvant. C'est le même effet que produit l'agitation avec moins d'avantage, parce qu'elle môle les parties saturées avec la masse de liquide el que celui-ci , de plus en plus chargé , perd à chaque instant de sa faculté dissolvante- La solution peut s'opérer h froid ou à chaud. En général les corps sont plus solubles à chaud qu'à froid; aussi l'éiévalion de température est-elle un moyen d'augmenter la solubilité des corps ou delà rendre plus prompte. Il faut consulter dans le choix de la température la nature du liquide et celle de la substance que l'on veut dissoudre. Avec l'eau , qui est inaltérable par la chaleur et dont la valeur vénale est à peu près nulle, on peut, relativement au liquide en lui-même, opérer indifféremment à une température plus basse ou plus élevée; avec l'alcool ou l'éther, qui n'éprouvent pas d'altération dans les limites de leur ébullilion, on peut également opérer à chaud ou à froid ; mais comme ici le liquide a une valeur qui doit faire éviter avec soin les déperditions, si l'on veut opérer à
MACERATION. 97
chaud, il faulque ce soit dans des vases disliilaloires. L'appareil de M. Corriol et Berlhemol [voyez page 99 ) est très-propre à cet usage. Le vin , qui est altérable par le feu , ne peut 6tre chauffé. Les huiles ne peuvent l'être que dans des limites de température qui ne puissent les altérer : on ne dépasse pas 100" cent.
Les matières qui sont susceptibles de se dissiper par la chaleur, comme les huiles volatiles, doivent être dissoutes à froid, ou l'on doit opérer en vases clos, si on élève la température.
La nature des vases que l'on emploie est souvent indifférente. Mais quand les liqueurs ou les substances à dissoudre sont de nature à attaquer les vases de métal , on a recours à d'autres vases inattaquables. On substitue le cuivre au fer , l'étain au cuivre, l'argent à ces métaux ; on se sert de vases de platine , de verre, de porcelaine.