HU1LE8 AZUTËES OU SULFURÉES
Huile de moutarde.
— raifort.
— amandes amères.
^ — laurier cerise.
Il est fort remarquable que toutes les huiles hydro-carbonées qui ont été analysées , sauf le stéaroplène de cannelle, ont la même composition élémentaire que l'essence de térébenthine; on ne connaît pas encore exactement pour toutes les rapports de propriétés.
Les huiles volatiles sont solides ou liquides. Souvent elles se partagent naturellement en un mélange d'huile liquide et d'huile solide. Elles sont toutes acres et odorantes. Aucune d'elles n'a la viscosité et en même temps le toucher gras des huiles fixes. En général elles sont diversement colorées , mais par des matières qui sont étrangères à leur nature essentielle.
Les huiles essentielles sont volatiles ; mais sous ce rapport, on peut les diviser en deux classes. Les plus volatiles peuvent être distillées seules sans décomposition; les autres s'altèrent souvent quand on veut les distiller sans eau. En général elles n'entrent pas en ébulhlion avant une température de 150 à IGO**.
Les huiles volatiles sont très-facilement combustibles; quand on approche de l'une d'elles un corps enflammé, elle prend feu et brûle en répandant une fumée épaisse.
18i DES MliDlCAMENS PRÉPARÉS PAR DISTILLATION.
I.c's liniic's volatiles secolorcnl el s'époississenl nvec le temps. A l'air elles absorbent roxigène. Il se fait de l'acide carbonique, du yazliydro^èneet de l'eau. Elles s'épaississent elconliennen'. lies produits très-variés, de l'acide acétique, quelques matières cristallisées, etc. Elles se rapj)roclicnl alors des résines, el quelques-unes même paraissent se résinifier par un simple phénomène d'oxigénalinn; au moins les résines de pin etdecopaliu ne diffèrent dass leur composition des essences de térébenthine et de copahu que par une plus forte quanlilé d'oxigène.
L'eau peut dissoudre une pelile quantité d'huile essentielle. Les sléaroptènes y sont moins solubles que les huiles liquides. Parfois au contact de l'eau les huiles s'y unissent lentement et forment de véritables hydrates, par exemple, l'huile de térébentliine.ïous ceux de ces hydrates qui sont connus sont solides el proviennent de la combinaison de l'eau avec les élseoptènes. Ils se dissolvent dans l'eau et ils y cristallisent. Ils sont aussi solubles dans l'alcool el dans les huiles. Quoiqu'on ne sache pas toujours distinguer ces composés de quelques stéaroptùpos, on a tout lieu de croire que le sléaroptènc de l'huile de persil, celui d'asarum, de térébenthine et d'anémone appartiennent à cette classe.
Les huiles essenlielles sont solubles dans l'alcool. Il les dissout d'autant mieux qu'il est plus concentré. M. de Saussure croit que les liuiles les plus oxigénées sont aussi les plus solubles. L'eau précipite les huiles volatiles de leur dissolution alcoolique.
L'éther dissout aussi très-bien les huiles essenlielles. Elles se mêlent entre elles el aux huiles grasses.
L'acide acétique pur s'unit très-bien aux essences; mais s'il contient de l'eau, ne fût-ce que 5/00, une partie d'huile se dissout dans l'acide acétique aqueux, tandis qu'une autre partie s'unit à de l'acide acétique fort.
Un grand nombre d'huiles volatiles ne montrent ni propriétés acides, ni propriétés alcalines. Quelques-unes se combinent aux acides (huiles de thérébenthine, de citron, camphre), d'autres se combinent aux bases (huiles de girofle, de piment).
Les anciens pharmacologistes distinguaient deux espèces d'eaux distillées : les eaux essentielles et les eaux distillées proprement dites. Les premières sont lout-ù-fail rejelées de lapra-
lique médicale. On les obtenait en distillant au bain-marie les parties cbarnues de certains végélanx ou des plantes entières assez riches d'eau de végétation pour fournir à l'opération , et retenir les principes odoi ans et volatils. On traitait, de cette naariière, plusieurs crucifères, tels que le cresson, le raifort, le cocbléaria. Les fleurs fournissaient peu de ces eaux essentielles, mais on en retirait abondamment de plusieurs fruits.
Celles de fraises, de framboises, de groseilles, de prunes, de pèches, sont très-agréables, et peut-être pourrait-on les utiliser dans la préparation des liqueurs.
Les eaux distillées ont ordinairement l'odeur des plantes qui les ont fournies. L'on fait surtout usage des plantes aromatiques pour la préparation de ces médicamens; on choisit dans chacune la partie la plus chargée d'huile essentielle. C'est la racine dans les amomées , l'écorce et le fruit dans les laurinées; on se sert des fleurs et des fruits des hespéridées; dans les labiées on prend les sommités fleuries; plus tard, au premier développement de la graine, on obtiendrait plus d'huile essentielle, mais elle serait moins suave. Certaines plantes ne contiennent que peu ou point d'huile volatile, et ce n'est que par une pratique particulière que l'on peut charger l'eau de leur principe odorant ; de là , la division des eaux distillées en eaux distillées des plantes inodores, et eaux distillées des plantes odorantes. Les premières ont une odeur herbacée, toujours à peu près la même, et l'on a cru long-temps qu'elles n'avaient aucune pro[iriélô. Cela est vrai , ou peu s'en faut , quand on s'est contenté d'une seule distillation; mais MM. Deyeux et Clarion ont fait voir que, lorsqu'elles étaient bien préparées, elles méritaient plus de confiance, et que, pour obtenir des plantes inodores tous les principes qu'elles peuvent céder à l'eau par la distillation , il fallait recohober trois ou quatre fois îe produit sur de nouvelles plantes, c'est-à-dire, reverser à trois ou quatre reprises la liqueur distillée sur des plantes nouvelles, et procéder, à chaque fois, à une nouvelle distillation.
Par ce procédé, l'eau de laitue devient calmante, l'eau de centaurée se recouvre d'une huile épaisse ayant une saveur acre et très- mordicante. M. Brossât a préparé de cette manière, avec la fleur du tilleul, une eau distillée d'un effet très-marqué
sur l'économie. Malheureusement ces eaux distillées de plantes inodores ne se conservent pas, et si on voulait s'en servir en médecine, il faudrait les transformer en sirop aussitôt après leur préparation.
Les observations de M. Dubuc, conformes à celles qui ont été faites en Allemagne , nous confirment dans l'opinion que les eaux distillées des plantes inodores sont bien loin d'être identiques entre elles. Il a vu qu'elles se congèlent à des températures différentes; l'eau de laitue et celle de pourpier, plutôt que l'eau de pavot ; celles-ci avant l'eau de plantain ou de chicorée. On ne peut expliquer ces phénomènes que par des différences dans la nature des principes qui sont en dissolution.
Plus généralement on emploie des végélaux frais à la préparation des eaux distillées. Ils donnent un produit plus odorant. Le contraire a lieu pour certaines labiées comme le serpolet et l'origan. Il en est de même du sureau et du tilleul. Au reste, l'eau distillée de ces plantes fraîches est d'aussi bonne qualité.
Avant de soumettre les végétaux ou les parties de végétaux à la distillation, il faut les diviser convenablement. On râpe les bois , on concasse les racines et les écorces , on brise les feuilles ; on peut m.éme piler les plantes inodores , mais les plantes aromatiques doivent être employées entières, pour qu'il ne se perde aucune portion de leur principe odorant.
Les matières sèches doivent être laissées en macération avant qu'il ne soit procédé à leur distillation, et celle-ci doit être d'autant plus prolongée que le tissu est plus dense. Ici la macération a pour objet de pénétrer le tissu des corps, et de le ramollir pour faciliter la sortie des matériaux immédiats qu'ils renferment.
Quand on veut soumettre une plante à la distillation , on la met dans la cucurbite avec de l'eau ; mais la quantité d'eau ne peut être fixée. Il faut en mettre assez pour que les plantes en soient encore baignées convenablement après la distillation ; sans quoi elles brûlent et l'eau acquiert une odeur et une saveur empyreumatique désagréables.
Dans le procéda; le plus anciennement pratiqué , les plantes sont plongées au milieu du liquide , dans la cucurbite de l'alambic ; mais il arrive que ces plantes, ramollies par la coction, s'attachent au fond de la chaudière, y brûlent ou y éprouvent
au moins un comraencenfienl de décomposition qui communique aux produits une odeur et une saveur désagréables qu'ils ne perdent pas toujours en vieillissant. Le moyen le plus ordinaire d'éviter cet accident, est de garnir le fond de la cucurbile avec une couche de paille longue ou avec une claie d'osier qui empêche le contact immédiat des plantes avec le fond échauffé de la chaudière.
M. Henry a proposé et a mis à exécution, à la pharmaciecen- Irale des hôpitaux, l'emploi d'un seau percé de trous qui reçoit les plantes et les retient plongées dans le liquide , mais qui les éloigne en même temps des parois latérales et du fond de la cucurbite. Celle disposition a été adoptée par beaucoup de pharmaciens , seulement ils ont généralement substitué au seau en métal plein de M. Henry , un sac en toile métallique qui remplit plus économiquement le môme objet.
Plus tard, M. Henry s'est aperçu que ce perfectionnement n'avait pas complètement surmonté la difficulté, et que les eaux conservaient encore, à un certain degré , l'odeur empyreumatique que l'on cherchait à éviter. On s'explique aisément ce résultat. Les plantes soumises à l'aclion de l'eau bouillante pendant tout le temps que dure la distillation, cèdent au véhicule un grand nombre et un« grande proportion de principes fixes; à mesure que la vaporisation se fait , le niveau de l'eau baisse dans la cucurbite, et les matières dissoutes restant à l'état solide sur les parties des parois de la chaudière qui étaient mouillées d'abord par la dissolution. Si ces parois viennent àôtre léchées par la flamme , ou seulement même un peu fortement chauffées , les substances extractives et gommeuses qui les recouvrent sont décomposées , et les produits de celle décomposition viennent se mêler à l'eau distillée et en altérer la qualité.
M. Henry remplaça le seau métallique plongeant jusqu'au fond de la cucurbite par un autre seau beaucoup plus court et également percé de trous. Dans ce nouvel appareil, les matières n'étaient plus plongées dans l'eau, mais les vapeurs qui s'élevaient de la cucurbite traversaient les plantes et passaient à la distillation, entraînant avec elles tous les principes volatils. C'était un perfectionnement heureux, mais il ne mit pas lout-à-fait à l'abri des inconvéniens du bain-marie plongeant. En effet, les
premières vapeurs qui s'élèvent et qui pénètrent les plantes s'y condensent par l'abaissement de température qu'elles en éprouverl , et tant que la tlialeur n'est pas portée et entretenue à 100 degrés dans toulesUs parties de Tappareil, il y a condensation de vapeurs ; le liquide chaud qui en résulte se charge des parties solubles des plantes, retombe en dissolution concentrée, se mêle à l'eau de la cucurbite, et y présente plus tard et par les mêmes causes , les phénomènes d'altération observées avec le seau plongeant. Seulement ici les circonstances sont moins défavorables; une partie plus faible des principes fixes des plantes est dissoute par l'eau ; l'altération ne peut s'effectuer que sur une masse moindre. Il y a réellement amélioration.
Le seul remède lout-à-fait efficace consiste à soumettre les piaules à un courant de vapeurs, sans qu'aucune partie des principes oganiques puisse être soumise à l'action direcle du feu. M. Duporlal a dôciit un appareil de ce genre, qui remplit toutes les conditions désirables pour une bonne fabrication. Son appareil consiste en une chaudière qui fournit la vapeur d'eau, un vase intermédiaire qui contient les plantes et un serpentin qui recueille les vapeurs aromatiques et qui les condense.
Le seul reproche qu'on puisse faire à cet appareil , c'est qu'il est coûteux, et celle circonstance est certainement la véritable cause qui a empêché de l'adopter dans les laboratoires des pharmacies. Je vais faire connaître un autre-appareil que j'ai fait établir à la pharmacie centrale, et qui réunit le double avantage de donner de bons produits et de ne demander presque aucune dépense pour être adapté à l'alambic ordinaire qui se trouve chez tous les pharmaciens.
Fig. 18.
L'idée première de cette construction m'a été donnée par M.Mitscherlich:
elle doit rapprocher beaucoup cet appaieil de celui qui estusité par quelques pharmaciens allemands, et que je ne connais pas
DE LA DISTILLATION. l89
dans ses détails. Une expérience de deux années m'a confirmé les bons effets de celui quejai fait construire. Il consiste en une modification bien simple apportée à l'appareil distillatoire ordinaire.
Dans la cucurbile de l'alambic , on plonge un bain-marie A pareil à celui qui sert à distiller les liqueurs alcooliques. Si on le fait construire exprès , il vaut mieux le faire en cuivre qu'en étain , parce que ce métal a besoin de moins d'épaisseur et qu'il transmet alors plus rapidement la chaleur. On peut aussi lui donner un peu moins de profondeur qu'au bainmarie ordinaire. Du reste, j'ai reconnu dans de premiers essais que la distillation marche très-bien en se servant du bainmarie d'étain , qui est une des parties essentielles de l'alambic des pharmacies.
A travers la partie du bain-mariè qui s'élève au-dessus de la cucurbite, passe un tuyau en cuivre, recourbé. Le coude extérieur T va s'adapter à la douille de la cucurbile. La partie inférieure du tube descend le long des parois intérieures du bain-marie, se recourbe et vient s'ouvrir au milieu de son fond T'. Ce tuyau est destiné à amener la vapeur qui se produit par l'ébullition de l'eau contenue dans la cucurbile. Jl est commode de faire pratiquer à celle-ci une seconde douille qui reste fermée avec un bouchon , et qui permet d'ajouter au besoin une nouvelle quantité d'eau.
Les plantes que l'on veut distiller sont mises dans le bainmarie ; mais pour qu'elles soient traversées également par la vapeur, et qu'aucune partie ne puisse se soustraire à son action, elles reposent sur un diaphragme percé de trous, porté sur trois à quatre petits pieds qui le tiennent soulevé au-dessus de l'orifice du conduit à vapeur. Ce diaphragme est armé sur les côtés de deux lames en cuivre M M qui lui servent de manches , et qui servent à l'introduire facilement et ù le retirer avec toutes les plantes , quand la dislillalion est terminée.
L'appareil étant ainsi disposé, on recouvre le bain-marie de son chapiteau, on adapte le serpentin, et l'on procède à la distillation. On voit de suite qu'ici aucune partie des plantes ne peutbrûlerpuisqu'elles ne sontjamais exposées à une température qui dépasse 100 degrés. La distillation marche avec au-
190 DES MÉniCAMENS PRÉÏ»ARÉS PAR DISTILLATION.
InnI de npidilé qu'à l'ordinaire, parce que la vapeur n'éprouve d'autre obstacle à son passage que celui qui lui est opposé par son frottement sur les parois du vase et sur la surface des plantes elles-mêmes , parce que l'espace que la vapeur doit traverser étant plongé constamment au milieu de l'eau bouillante et des vapeurs qui en sortent, conserve sa température de 100 degrés pendant tout le temps que dure la distillation. Les vapeurs ne peuvent se refroidir en le traversant, et par suite y éprouver de condensation.
Bien que l'appareil soit fermé et qu'il n'ait aucun indicateur, on n'éprouve pas de difficulté pour reconnaître si la cucurbite contient toujours la quantité d'eau convenable; car il suffit d'y mettre , avant de commencer l'opération , une quantité d'eau un peu plus grande que celle qui doit être recueillie comme produit.
Cet appareil est si simple , il entraîne si peu de frais pour être adapté à l'appareil distillaloire ordinaire des pharmacies , il remplit si bien d'ailleurs toutes les conditions désirables pour une bonne fabrication , que je ne doute pas qu'il ne soit bientôt très-répandu.
On peut se contenter de percer la paroi supérieure du bainmarie, et d'y faire passer un tuyau mobile que l'on met ou que l'on ôte à volonté. L'appareil peut servir alors alternativement à ses usages habituels ou à la distillation à la vapeur. J'ai mieux aimé faire construire un bain-marie qui ne serve qu^à cet usage ; mais je me suis servi dans mes premiers essais du tube mobile, qui réussit aussi bien et qui n'entraîne dans aucune dépense nauvelle.
La méthode de distillation à la vapeur est considérée avec raison comme préférable à toutes les autres ; mais il est bon de n'accepter cette opinion qu'avec réserve. Nul doute que les eaux obtenues par ce moyen ne soient plus suaves , mais il peut bien arriver qu'elles soient moins chargées.
La distillation à la vapeur ne convient pas pour les matières compactes que l'eau pénètre difficilement et qui ont besoin d'une macération préalable. Elle est plus appropriée aux parties d'un tissu délicat comme les feuilles , les fleurs , que la vapeur attaque facilement et encore l'expérience m'a-t-elle montré que les eaux de cochléaria , de cresson et de raifort,
DE LA PISTILLATION, 191
obtenues par ce moyen, sont bien moins odorantes et moins acres que lorsque la plante est restée plongée dans l'eau môme. Sans doute dans ces plantes comme dans beaucoup d'autres l'huile volatile n'est pas entièrement formée, et les principes qui lui donnent naissance ont besoin du contact prolongé de l'eau.
On a cru remarquer qu'on obtient moins d'huile volatile par Iq distillation à la vapeur ; on l'a attribué un peu légèrement à ce qu'elle était en combinaison plus intime avec l'eau ; mais le fait principal lui-même est douteux et certainement inexact pour quelques plantes; il a besoin d'être éclairci par des expériences plus positives que celles qui jusqu'à ce jour l'ont fait admettre.
On recommande de distiller les eaux rapidement parce que, dit-on, une partie de l'huile essentielle s'altère ou se détruit par l'action prolongée de la chaleur. Je ne répondrais pas de la vérité de cette assertion ; en suivant ce précepte, on ferait bouillir l'eau de la cucurbite avant d'introduire les Heurs , soit que la distillation soit faite à feu nu, soit qu'on veuille distiller à la vapeur.
On relire ordinairement un poids d'eau distillée double de celui de la plante qui la fournit.
Les matières exotiques très-riches en huile essentielle, comme la cascarille , le sassafras , les girofles , donneraient un produit trop chargé. On en relire quatre fois autant que l'on a employé de matière aromatique.
Du reste la quantité d'eau distillée à retirer d'un poids donné d'une substance ne saurait être réglé que par des expériences directes pour chacune d'elles.
Le premier produit qui passe à la distillation est très-suave, le second est chargé d'huile dont la présence se manifeste par la laclescence de la liqueur quand la densité de l'essence est 6 peu près la même que celle de l'eau, par la séparation de l'huile en gouttelettes qui se déposent ou qui se réunissent à la surface si la densité des deux liquides est différente; l'odeur de ce second produit est moins agréable. A mesure que la distillation avance , la proportion d'huile diminue , et l'eau , qui souvent était rendue laiteuse par l'huile qui s'y trouvait suspendue, devient transparente. Ce caractère de transparence n'est pas cependant toujours l'indice de l'absence de l'huile.
Ainsi, suivant l'observalion de M. Robiquet, le preniier produit qui esl fourni par les amande^ amères, bien qu'il soit transparent, est plus riche en huile volatile que les produits qui viennent en second lieu , quoiqu'ils soient laiteux.
Enfin les dernières liqueurs que l'on obtient ont une odeur fade et herbacée désagréable. MM. Henry et Guibourt ont proposé avec raison d'arrêter la distillation au moment où l'eau cesse d'être aromatique, et de compléter la quantité de produit prescrite par une suffisante quantité d'eau distillée.
Au moment où elles viennent d'être obtenues , les eaux distillées sont peu suaves. Quand elles ont été obtenues à feu nu surtout, elles ont contracté une odeur peu agréable qui se mêle à leur odeur aromatique. Celte odeur désagréable se perd à la longue; mais, suivant l'observation de Geoffroy sur l'eau de fleurs d'oranger , et qui a été étendue par le professeur Nachet à toutes les autres eaux distillées , on peut détruire cette odeur en quelques instans en tenant les eaux distillées plongées dans un bain de glace.
Les eaux distillées entraînent souvent avec elles un excès d'huile volatile qui vient nager à leur surface. Il faut avoir l'attention de les en débarrasser par la fillration. A cet effet, on place un fitre de papier dans un entonnoir, on rhumccle préalablement avec de l'eau, et l'on verse ensuite dessus l'eau distillée. Elle traverse les pores du filtre sans que celui-ci livre passage à l'huile. On conçoit quel effet fâcheux pourrait être produit par ces huiles essentielles, toutes ayant beaucoup d'âcreté, et quelques-unes étant vénéneuses, par exemple, les essences de laurier-cerise, de pêcher, d'amandes amères.
Quelques pharmacopées élrangères elà leur imilalion M. Chereau, font entrer de l'alcool dans la préparation des eaux distillées afin de les rendre moins altérables. On ajoute l'alcool avec l'eau dans la cucurbile avant de faire la distillation; ou bien on l'ajoute à l'eau distillée obtenue. Des recherches spéciales sur la préparation de ces eaux distillées alcooliques seraient nécessaires pour faire reconnaître les avantages de l'une ou l'autre méthode. La théorie semble favorable à l'addilion de l'alcool après la distillation; car, ajouté dans la cucurbile, il abaisse le point d'ébuUilion et doit rendre plus difficile le
DE LA DISTILLATION. i03
passage de l'essence; mais l'expérience m'a prou 6 qu'avec la capnelle, au moins , il n'en est pas ainsi. 11 passe plus d'huile à la dislillalion quand l'alcool est ajouté dans la cucurbile. Les proportions indiquées par M. Chereau pour la préparation de ces eaux distillées , est de 1/2 partie d'alcool pour 5 parties de produit.
Les eaux distillées sont généralement des médicamens simples formés par la distillation de l'eau sur une seule substance. On peut faire des eaux distillées avec plusieurs substances à la fois ; mais ce genre de médicament est h peine emi)loyé.
Les eaux distillées s'altèrent très-vite, et il faut les renouvelei souvent. Leur décomposition est surtout rapide quand elles sont exposées à la lumière. Elles perdent leur odeur, laissent précipiter des flocons, et passent à la putréfaction. Les eaux distillées des plantes inodores sont principalement sujettes à ce genre d'altération; elles ne peuvent môme pas être conservées quand on les a obtenues par plusieurs cohobations.
Les eaux distillées aromatiques résistent mieux ix la décomposition.
Les changemens qui se produisent dans les eaux distillées pendant leur décomposition ne sont pas connus ; quelques chimistes pensent que l'huile se transforme en mucilage; ce qu'il y a de certain , c'est que Banhoff ayant fait dissoudre dans l'eau distillée des huiles de citron , de valériane , de menthe et de fenouil, et les ayant abandonnées dans des vases bien bouchés, y trouva au bout de quelques semaines un dépôt mucilagineux.
M. Deyeux a observé un pareil changement en matière muqueuse dans l'eau de fleurs d'oranger.
L'un des produits constans de la décomposition des eaux distillées est l'acide acétique. Les distillateurs des provinces méridionales sont dans l'usage de conserver et d'expédier l'eau de fleurs d'oranger dans des eslagnons en cuivre. Plusieurs fois l'acide acétique existant naturellement dans cette eau, joint à celui qui s'y développe à la longue, a rendu l'eau de fleurs d'oranger fort insalubre.
Pour parer à la décomposition des eaux distillées , on les conserve dans des vases opaques ou dans des lieux obscurs , et on les place au frais. Il faut les filtrer de temps en temps ; on 1. 13
19i DES MÉDICAMENS PRÉPARÉS PAa DISTILLATION.
bouche les bouleilles qui les renferment avec un parchemin ; quand elles sont pleines, on peut sans inconvénient se servir d'un bouchon de liège.
Huiles essentieUes.
La manière de procéder à la distillation pour obtenir des huiles essenlielles est à peu prés la même que celle qui est employée pour la préparation des eauv distillées. On n'a pas eu recours à la dislillalion à la vapeur dans la ciainle de diminuer la quanlilé du produit. On remarque que les huiles volatiles contenues dans les plantes éprouvent à passer ù la distillation plus de difficulté que leur volatilité ne devrait le faire penser. C'est qu'elles sont souvent engagées dans une sorte de combinaison avec d'autres matières. C'est une sorte d'huile grasse dans les racines des ombellifères, une sorte de cire dans le girolle, de la résine dans beaucoup d'autres substances.
Les plantes qui croissent dans le midi sont plus chargées d'huiles volatiles ; mais celles qu'elles fournissent ne sont pas toujours de meilleure qualité. Ainsi suivant M. Raybaud, bon juge en celte matière, les huiles de thym, de feuilles de myrte, de fleurs d'oranger et de romarin , obtenues avec des plantes récoltées à Paris sont plus suaves que les essences des mêmes plantes venues de Provence. Les huiles d'hyssope, de tanaisie, de fenouil , de lavande du nord , ne sont pas inférieures aux mêmes essences venues du midi.
Toute époque n'es! pas indifférente pour la récolte des plantes destinées à la fabrication des huiles essenlielles. Les feuilles de myrte donnent plus d'huile essentielle quand on les récolte avant la floraison ; c'est au moment où les fleurs s'épanouissent que l'on récolle les labiées. Après la floraison, ces plantes donnent plus de produits , mais ils sont moins suaves.
Les huiles volatiles sont tantôt plus légères, et tantôt plus pesantes que l'eau. On remarque que leur volatilité est en raison inverse de leur pesanteur; de telle sorte que les plus denses sont les moins volatiles. Les huiles denses sont ordinairement celles des plantes venues dans des climats très-chauds; les essences indigènes sont en général plus légères que l'eau. Certaines, cependant, sont plus pesantes, par exemple, les huiles
d'amandes amères, de laurier-cerise, d'ail, de raifort, de ciguô aquatique, de seseli, etc.
Ces différences dans la volatilité et dans la pesanteur des huiles exigenl des chanyemensdans le mode de distillation , et dans la nature du récipient. Examinons séparément chaque manière de distiller.
PRÉPARATION DES HUILES \OLATILES PLUS LÉGÈRES QUE L'EaU.
On distille Ix la manière ordinaire. Le récipient dont on se Fis;. 19 sert est un vase en forme de carafe dont le col va en se rétrécissant vers le sommet; à la base se trouve un bec , qui s'élève le long du corps principal du récipient , mais qui ne monte pas aussi haut que son col. Par celte construction, l'huile [.lus légère que l'eau se rassemble dans le col , et l'eau sort par l'extrémité du bec , à mesure que la distillation avance. On appelle ce récipient, récipient florentin.
M. Chevallier a fait connaître un récipient qui est d'un usage extrêmement commode, surtout lorsque l'on ne reçoit que de petites quantités d'huile essentielle, comme cela a. lieu ordinairement dans la préparation des eaux distillées. C'est un tube d'un demi-pouce de diamètre , effilé à l'une de ses extrémités. Il s'adapte au moyen d'un bouchon dans le col du ré- Fis. îo. cipient florentin. Le bout du tube qui a toute sa largeur d'ouverture s'élève au-dessus du serpentin ; l'extrémité effilée plonge presque jusqu'au fond. C'est dans ce tube que l'on fait tomber les produits. L'huile volatile reste dans ce tube tandis que l'eau s'écoule par le bec inférieur et se répand dans la capacité du récipient. Quand l'opération est terminée , on enlève le tube qui est alors une véritable pipette, ce qui donne le moyen de retirer jusqu'à la dernière parcelle d'essence.
Il est avantageux de se servir pour distiller, d'une eau déjà saturée d'huile essentielle par une première opération ; elle ne dissout plus aucune portion de l'huile fournie par la plante, et qui passe en même temps qu'elle dans le récipient; celle-
ci se sépare tout entière, et vient nager à la surface de l'eau.
Cependant les huiles sont plus suaves quand elles ont été distillées sans avoir recours aux anciens produits.
Quand on distille une substance dans l'intention d'en obtenir l'huile volatile, il faut retirer celle-ci aussitôt que l'eau cesse d'être laiteuse ; car du moment que la liqueur distillée ne passe plus saturée d'huile , elle dissout une portion de celle qui s'était d'abord déposée.
Observons que , lorsque les huiles volatiles sont solides , à la température ordinaire de l'atmosphère, comme celles d'anis et de roses, etc., il faut tenir le serpentin tiède, pendant tout le temps que dure la distillation , afin qu'elles ne se solidifient pas , et qu'elles ne restent pas adhérentes à ses parois internes.