DE L'ÉLECTION ET DE LA RÉCOLTE
Ce savant physicien a observé que le bois et l’aubier sont plus denses en hiver, et qu'ils fournissent, plus d'extrait qu’en toute autre saison. |
Sans entrer dans les considérations physiologiques antqntellés il a été conduit par cette observation, tirons-en seulement cette conséquence que c’est en hiver qu’il faut récolter les bois.On avait proposé d’écorcer les arbres pour donner plus de densité au bois. L'expérience à parfaitement confirmé ce que la: théorie avait prévu; les sucs, ne pouvant plus descendre par l'écorce, se jettent sur le bois, et augmentent sa densité: Elle nous à appris en même temps que les bois écorcés à l’avance deviennent plus tôt la proie des vers. Cet inconvénient, qui est d’un très grand poids dans l'emploi des tiges comme bois de construction, ne contre-balance pas, pour l'usage médical, avantage d’avoir -des médicaments plus riches en parties actives ; et l’excortication des arbres pourrait sans doute être pratiquée avec avantage dans Ja culture médicale.
Il faut recueillir les écorces quand la végétation. de l’année est terminée ou ayant la fleuraison. Car, au moment où le travail de la reproduction se fait, les sucs se portent abondamment, d’abord sur les fleurs, ensuite sur le fruit et les graines, au détriment des autres organes , de sorte que ceux-cine sont chargés convenablement de sucs actifs que lorsque les fleurs commencent à poindre ou quelque temps après que la maturation de la’ graine est achevée. On prendra les écorces sur des individus ni trop jeunes ni trop vieux. Quand elles sont arrivées à un certain terme de leur accroissement, les écorces doivent être rejetées de l'emploi médical. Elles se fendent ; les parties extractives s’altèrent, et les matières salines sont entraînées par l’eau des pluies ; toutes circonstances qui tendent à détruire leurs propriétés médicinales.
On récolte les feuilles quand la végétation estdans tonte sa force, au moment où les organes bébtinéterts “commencent à poindre. Plus tard, comme nous l'avons dit, ceux-ci aftirent la majeure partie des sucs de la plante, au. détriment-des autres organes, et, bientôt après la maturation , les feuilles ne tardent pas à changer de:couleurs, ce qui-est un indice certain des chan gements chimiques qui s’y sont opérés. Dans leur jeunesse, au. contraire , les feuilles gorgées de sève contiennent peu de;sucs.
actifs, “et ont besoinique l'acte de la. végétation détermine dans leur tissu le dépôt d’une plus grande quantité de matériaux élaborés. | * Les fleurs ; en raison des propriétés qu’on y recherche et des changements qu’éprouvent les matériaux immédiats qu'élles renferment, ne sont pas toujours cueillies dans le même état. Le plus souvent c’est quand l'épanouissement, en partie opéré, nous offre les pétales dans leur plus grand état de vigueur. Bientôt après l'ouverture de la fleur, la fécondation se fait et les sues cessent de’se porter sur les organes accessoires, qui dépérissent. Quelquefois on cueille les fleurs presque en boutons. Cette prééaution est à prendre pour les composés à aigrettes, dont le développement continue à se faire encore longtemps, parce que le réceptacle charnu qui porte les petites fleurs ne perd son eau de végétation qu'avec beaucoup de lenteur. La rose de Provins est cueillie tout à fait en boutons; c’est de toutes les fleurs indigènes, la seule qui soit dans ce cas. La couleur rouge qu'elle nous fournit et le principe astringent y sont plus développéss Quelle est l’époque de la journée la plus convenable pour
cueillir les fleurs? Si l’on doit les consérver, il ne faut les cueillir qu'après que la rosée est évaporée ; sans quoi humidité qui les recouvre retarde léur dessiccation, et provoque une altération dans leurs principes. Mais quand les fleurs doivent être employées.dé suite, lorsque, par exemple, on les destine à la fabrication des eaux distillées, il est préférable de les cueillir le matin oude soir. L’odeur des fleurs ‘est due à un principe volatil dela nature des hüiles essentielles, que la chaleur du soleil volatilise : aussi, remarque-t-on que lés plantes ont une odeur plus faible dans ta journée, parce qu'au soleil ces’huiles se dissipent plus vite qu’elles né se reproduisent, tandis que le matin où le soir les sucs qui af fluent dans les fleurs s’y conservent beaucoup mieux, et y sont. plus äbondants. Ce m'est pas cependant une raison pour les ré- . éolter à cemoment, quand elles doivent être séchées; car la des- | siécation y produit le même effet que la chaleur du jour. és fruits considérés pharmaceutiquement peuvent être séparés én deux groupes, les fruits charnus et les fruits secs. Les fruits charnus sont ceux dont le péricarpe contient, outre les vaisseaux niourriciers, tuné quantité considérable de tissu cellulaire gorgé désucs. Les fruits secs ont le tissu cellulaire peu abondant,
DE L'ÉLECTION ET DE LA RÉCOLTE. 39 et leur-péricarpe est naturellement d’une consistance presque sèche.
Quand on doit employer les fruits charnus récents, il convient de les cueillir à leur parfaite maturité. Il est cependant quelques exceptions à cette règle. Ainsi, les framboises, les müres, les oroseilles très müres donnent des sues visqueux qui s’altèrent promptement. Il est convenable de les FAP à leur maturité , mais avant qu’elle ne soit très avancée.
Si les fruits charnus doivent être conservés dans leur état de fraicheur, il faut les enlever de l'arbre avant qu’ils soient fout à fait mürs. La maturation s'achève dans le fruitier, et sans cette précaution les fruits blessiraient bientôt.
Les fruits secs capsulaires, c’est-à-dire dont les valves se séparent naturellement à la maturité, doivent être récoltés quand la graine etle péricarpe ont acquis tout leur développement, mais avant leur dessiccation naturelle. A-la fin de leur.vie, il se manifeste, dans les péricarpes, des changements de ie qui annoncent des altérations chimiques dans leur tissu. C’est probablement à la négligence mise à la récolte de certains fruits capsulaires , par exemple de ceux du pavot, qu’il faut rapporter, en grande partie, l'incertitude des résultats qu’ils ont donnés dans la pratique médicale. On attribue à la même cause le peu d'efficacité des follicules de séné. Mathiolle assure que nombre de fois il a fait usage de cès fruits pris au moment de leur succulence, et que toujours il les a trouvés aussi purgatifs que les feuilles.
Les fruits carcérulaires ou les fruits.secs indéhiscents doivent être récoltés à des époques différentes, suivant l'usage auquel on les destine. Si le périçarpe est la partie essentielle du fruit, si c’est en lui que résident les propriétés médicinales, on se éohtérhiéta aux règles que nous avons établies pour les fruits capsulaires ; mais, si l’on recherche principalement les vertus-qui appartiennent à la graine proprement dite, laquelle , dans ce genre de fruits, est souvent soudée avec le péricarpe, on devraattendre que la maturité soit complète, afin que les différentes parties de la graine aïentpu acqué-
. lie tout leur développement. En. se conformant à ces principes, on récoltera, avait le moment de leur chute, les fruits secs des ombellifères (polachènes de Richard) qui contiennent, dans lé péricarpe, l'huile volatile à laquelle ils doivent leurs vertus. On attendra le moment où le fruit des graminées (cariopse de Richard) sera
prêt à sortir de ses enveloppes scarieuses, parce que c’est dans la graine, et non dans le péricarpe, que se trouvent. les principes immédiats utiles. On devra attendre la maturité des fruits du carthamé, du blé noir, de l’arroche, et prévenir celle de la noix, quand on aura l'intention d'utiliser le brou.
Les semences doivent être recueillies à la maturité parfaite. Autrement , l’eau qu’elles contiennent encore se vaporise, et les laisse désorganisées ; si elles sont émulsives, elles rancissent plus vite. Le moment de récolter les. semences est celui de la
déhiscence des valves dans les fruits capsulaires, et de la maturité
du péricarpe dans les fruits charnus.
Quand les graines sont enfermées dans une coque osseuse, on ne les en tire qu'au moment d’en faire usage. Elles y sont garanties du contact de l’air, et elles s’y conservent mieux.
Les drogues exotiques nous sont apportées dans un état qui leur permet de se conserver pendant un temps plus ou moins long. Il en est tout autrement de la plupart des médicaments simples indigènes. On ne peut les garder qu’autant qu'ils ont été privés de l’eau qu'ils contiennent. S’il était toujours possible de se procurer des plantes fraîches dans un état convenable de développement, nul doute-que souvent on ne dût leur donner la préférence. Mais pendant une partie de l’année la végétation est inactive, et dans la saison chaude elle-même, ce n'est que pendant un espace de temps déterminé qu’un végétal est dans l'état convenable à l'emploi médical; de là, la nécessité de dessécher les végétaux pour rendre leur adinistration possible dans toutes les saisons. Il faut remarquer en outre que les plantes ne croissant pas en tous lieux, on serait privé, sans la dessication, de l'emploi d’un grand nombre d’entre elles. L'emploi des plantes dans leur état de fraîcheur, ou après leur dessiccation, n’est pas, une chose indifférente. Ilse fait pendant la dessiceation des changements qui n’ont pas été appréciés encore avec une assez grande attention. Nos connaissances, à ce sujet, se bornent à ut Observations générales, qu'une étude plus attentive pourrait souvent dé-
bp On suppose que Ja partie gommeuse des plantes diminue :
de quantité, qu’une partie de l’albumine végétale se coagule. On sait que les matières volatiles se dissipent en partie, et qu’il en
est quelques-unes qui se perdent entièrement, telles que l'huile àcre des crucifères, et le principe fugace des renonculacées, des arum, des sumacs. |
La dessiccation pour les plantes consiste dans la dissipation de leur eau de végétation. Les sucs séveux et les sucs propres sont | composés de matières très diverses, dissoutes ou divisées à la faveur de l’eau. Celle-ci s’évapore, et les principes qui lui étaient unis restent dans le tissu du végétal à l’état de siccité, et peuvent s'y conserver. La dessiccation doit être prompte pour éviter les altérations que les sucs contenus dans les plantes éprouveraient nécessairement, si lévaporation de leur eau de végétation se faisait avec lenteur.
La dessiccation des corps est basée sur la propriété que l’eau possède de s’évaporer à l'air; cette évaporation se fait également, mais avec plus de lenteur, quand l’eau est contenue dans le tissu du végétal. L'air sert à l’évaporation de l’eau, en recevant dans ses interstices la vapeur d’eau qui se forme. Mais par lui-même il nuit à l’évaporation plutôt qu’il ne la facilite. La vapeur d’eau se formerait plus vite dans le vide qui ne lui présenterait pas d’obstacle, tandis que pour’se séparer dans l'air, elle est obligée de’se loger dans les intervalles que les partieules gazeuses laissent
entre elles, ce qui demande plus de temps ; mais pour la dessiccation des plantes, on conçoit que le système d’évaporation dans le vide soit impraticable.
En renfermant de l'eau dans un espace circonscrit , elle forme
de la vapeur : mais la quantité en est limitée par l'étendue de l'atmosphère qui l'enveloppe, et par la température. Aussitôt que l’air est saturé de vapeur pour cette température à laquelle on opère, toute évaporation cesse de se produire. Le même effet, et par les mêmes causes, se produirait dans une chambre bien fermée, où l’on placerait’ des plantes fraîches. Celles-ci . abandonneraient toute l’eau de végétation nécessaire à la saturation de l'air de Ja chambre; mais une fois qu’il serait arrivé à cet état extrême d'humidité, la dessiccation serait interrompue ; de là, là nécessité de renouveler l'air pour remplacer celui qui s’est chargé de vapeur d’eau, par un nouvel air qui puisse en recevoir à son tour.
La rapidité du courant d’air a une influence très grande sur la promptitude de la dessiccation. Tout le monde sait qu’elle la
rend beaucoup plus prompte. Voici l'explication de ce fait. Nous avons vu que la nécessité pour la vapeur de se faire passage dans les vides laissés entre elles par les particules de l'air, retar- . dait la formation des vapeurs. Par la même raison, l’évaporation dans l’air marchera plus vite dans un air sec que dans un air contenant déjà de l'humidité. Dans l'air sec, les vides sont libres, et la vapeur n’a à vaincre que la résistance des particules de l’airs dans air humide, les vides sont en partie remplis par de la vapeur, et. celle qui arrive trouve cet obstacle de plus. Or, quand l'air ne séjourne pas longtemps sur des plantes.'celles-ci sont en coniact.à chaque instant avec un air nouveau qui n’a pas le temps de se saturer ; elles sont constamment exposées à l'effet d’une atmosphère qui, étant éloignée de son point de saturation, reçoit la vapeur avec plus de promptitude.
Quand l'air est plus sec, l’évaporation marche plus vite; c’est encore une conséquence de la difficulté que la vapeur d’eau ‘éprouve de plus en plus à se nicher dans les vides de l'air, à mesure que ceux-ci se remplissent d'humidité.
Quand l'air est plus chaud, l'évaporation est plus prompte. Ceci tient à une propriété que possède l’eau comme tous les liquides, de former plus de vapeurs dans un espace circonserit quand Ja température est plus élevée; mais pour cette élévation de température, ily a éncore un point de saturation, passé lequel toute évaporation cesse encore; de sorte qu'exception faite de. la faculté de dissoudre plus de vapeur d’eau, toutes les considérations précédentes trouvent encore la même application.
La dessiccation des plantes ét de leurs parties se fait ordinairement dans un grenier aéré qui prend le nom de séchoir. Il est placé de préférence sous les combles, parce que la chaleur du soleil qui frappe sur les tuiles élève la température de la pièce, et rend la dessiccation plus prompte.
Le séchoir.est autant que possible pris à l'exposition du midi. EL doit présenter des ouvertures assez nombreuses, pour que Pair y circule facilement; mais ces ouvertures doivent se trouver surtout du côté qui amène de l’air sec et chaud ; dans nos climats, du côté du miidi ou de l'est. Les ouvertures doi nt être fermées avec des persiennes qui ne s'opposent pas au courant d'air, mais qui empêchent les rayons du soleil de venir tomber sur les plantes. Ces ouvertures .sont même fermées entièrement par des volets,
en temps de pluie, dans la direction du vent qui pourrait faire pénétrer celle-ci dans le séchoir.
Il faut faire présenter aux plantes que l’on veut sécher une grande surface, et renouveler celle-ci autant que possible. À cet effet, on les dispose sur des claies à claires-voies ; on les y étale en pui peu épaisses, et on les retourne souvent pour éviter qu “elles ness’altèrent.
- On peut aussi attacher les plantes par paquets, elles suspendre en guirlandes. Les paquets ne doivent être ni trop épais ni trop serrés pour que la Mass rie puisse se faire facilement jusqu’au centre.
On a souvent recours, pour dessécher les Hantets à Ja chaleur de l’étuve. Celle-ci est indispensable dans les temps pluvieux, pendant desquels l'air est presque saturé d'humidité, ou lorsqu'on opère sur des parties succulentes à tissu compacte qui laissent sortir difficilement ieur eau de végétation.
Une étuve est un emplacement plus ou moins vaste, souvent une chambre qui est chauffée par un fourneau, et dont la construction , bien que variable suivant les localités, doit cependant être conforme à quelques principes. La chaleur lui est donnée par un poêle, dont la bouche du foyer est placée en dehors, pour que la poussière des cendres ne puisse salir les matières.à sécher. Ge poële doit être muni d’unsgrand nombre. de tuyaux et on leur fait parcourir le plus grand espace possible dans le sens horizontal. Is-fournissent alors plus facilement leur chaleur. Les particules d’air, qui viennent toucher à.sa base un tuyau.vertical, s’'échauffent et se dilatent; devenues plus légères, elles s'élèvent Le long du-{uyau en s’échauffant toujours dayantage, et elles forment ainsi une sorte de fourreau quirecouvre constamment le tuyau et.se trouve continué par les particules qui remplacent à Ja base celles que-leur légèreté a fait monter vers Les régions supérieures ; de ce rhéudinèné ilrésulte que les mêmes particules s ‘éphpuffent beaucoup au point de: contact avec le tuyau, mais qu'il faut beaucoup de temps pour qu'elles s’y soient toutes échauffées. Si.le tuyau est horizontal, les particules quile touchent ne restent que quelques jristants en contact avec dui, parce que, dans leur.ascension, elles l'ont bientôt dépassé; ainsi elles se renouvellent sans cesse, et, comme-un corps chaud se refroiïdit d’autant plus rapidement qu'il a le contact-de corps plus froids,
il y a dans un même temps plus de chaleur enlevée au tuyau, quand il est horizontal que lorsqu'il est placé verticalement.
Il ne suffit pas d’échauffer l'atmosphère d’une étuve, il faut encore la renouveler, car elle serait bientôt saturée de vapeur aqueuse, et toute évaporation cesserait. On établit un courant d'air en pratiquant quelques ouvertures sur les parois de l’étuve : il en sort continuellement de l'air chaud chargé d'humidité, qui est remplacé à mesure par de Pair plus froid, qui s’échauffe et devient très propre à hâter la dessiccation. Cet air froid entre par les fissures de la porte de l’étuve, et il a l'inconvénient de la refroidir. On pare à ce défaut en plaçant dans le foyer du fourneau des cylindres métalliques qui S'y échauffent et qui viennent s'ouvrir dans l'intérieur de l'étuve; l'air extérieur les traverse pour entrer dans létuve, de sorte que ces bouches de chaleur y versent continuellement de Pair sec et échauffé qui remplace celui qui sort par les ouvertures. 11 s’agit seulement de modérer. le courant, afin que l'air ne soit expulsé de Pétuve qu'après avoir eu le temps de s’y saturer d'humidité. Cette condition est avantageusement remplie dans le système d’étuve qui à été proposé par M. Cooper. L'air échauffé est porté à la partie supérieure de l’étuve et l'issue lui est ouverte à la partie inférieure : par là le mélange se fait avec lenteur, et ce sont toujours les couches inférieures les plus chargées d'humidité qui sont expulsées. Du reste, la construction de l'étuve peut ns de grandes différences suivant les localités.
Dans-la idecaiin à l'étuve, les plantes déisent être pile: ment étalées en couches minces et retournées de temps en temps pour que la dessiccation s’en fasse facilement. Une autre précaution est indispensable : c’est de ne pas les exposer de suite. à une forte chaleur. Elles subiraient dans leur eau de végétation üne sorte de coction qui les altérefait. On commencera par une température de 20 à 25 degrés que l’on élèvera jusqu'à 35 à 40. *%
Quelle que soit la manière dont les matières organiques aient été séchées, on remarque qu’au sortir. du séchoir elles sont cassantes; au bout de quelque temps elles reprennent un peu de flexibilité, et deviennent plus maniables ; ce qui tient à ce que le tissu végétal est hygrométrique, et s'empare d’une partie dé
l'humidité de l'air, demanière à se mettre en une sorte d'équilibre avec lui. |
l'out ce qui concerne la dessiccation des plantes entières ou des feuilles des plantes se trouve compris dans ce que nous avons dit de leur élection et.de la dessiccation en général. Nous nous contenterons de citer quelques exemples. On dessèchera à l'air libre les labiées, la fumeterre, le trèfle.d’eau, la mercuriale, etc., toutes plantes moyennement aqueuses. La chaleur de l’étuve sera nécessaire pour l’orpin, la joubarbe, dont les sucs sont très abondants.
Les végétaux aromatiques chargés d’huile volatile doivent être séchés de préférence au grenier. On ne peut éviter qu'ils perdent une partie de leur odeur ; mais la proportion en est plus faible à mesure que l’on opère à une, plus basse température, parce que la volatilité de l'huile essentielle décroît par un même abaissement de chaleur dans une proportion plus grande que ne le fait la vapeur d’eau. Il faut rester dans des limites telles que l’évaporation se fasse bien, ce qui n’aurait pas lieu à une température trop. basse, et en même temps.veiller à ce que la dissipation des principes volatils ne soit.pas trop abondante. On remplit ces conditions en étalant les végétaux.à l'ombre, dans un lieu bien aéré. $
Quand les racines sont peu succulentes et peu épaisses, on les déssèche facilement en les suspendant par paquets dans une étuve ou dans un grenier aéré, ou encore en les coupant par tronçons courts et ts étalant sur des claies.
Les racines charnues sont coupées par tranches minces. On en forme des chapelets que l’on suspend au grenier ou dans l’étuve. l'elles sont la pomme de terre et les racines de la te à et du nénuphar. * ;
On recommande généralement de laver les racines avant de les dessécher. Cette opération a pour but d’en séparer la terre qui y est adhérente. Elle se fait sur les racines entières ; à cet effet on met les racines dans un réservoir (un baquet, une auge en pierre) avec une bonne quantité d’eau, et on les y remue avec une pelle ou ayec la main. La terre se détache et se précipite; on retire les racines et on les soumet, s’il est nécessaire, à un second lavage, après quoi on les étale à l’air pour faire évaporer l'eau qui les mouille. Une fois que leur surface est séchée, on les
coupe par tranches et on les fait sécher au grenier ou à l’étuve.
Quelques personnes préfèrent sécher les racines sans les laver, et les secouer dans un sac de {oile une fois qu’elles sont bien sèches. Le frottement que les morceaux exercent les uns sur les autres en détache toute la terre, que l’on ARE ensuite au moyen d’un crible.
Cette méthode est bonne pour les racines un peu fortes, qui ne sont pas composées de plusieurs branches, et que l’on coupe Ordimairement par tronçons; mais le lavage est encore préférable.
Il'est avantageux de conserver quelques racines dans leur état de fraicheur, soit qu’elles perdent, en se desséchant , les propriétés qui les caractérisent ; soit qu’elles en acquièrent de nouvelles. On les tient environnées: et couvértes d’un sable bien sec. On conserve de cette manière les racines de raifort, d’iris. On coupe le collet du-raifort afin que les feuilles ne se développent pas, ce qui ne pourrait : avoir lieu qu'au détriment de Îa racine.
Les bulbes, toutes les fois qu’on les emploie frais (et alors on va les chercher le plus souvent au moment de s’en servir), sont conservés dans du sable. Si on les dessèche, c’est toujours par le procédé suivant. On rejette les parties les Dlus extérieures dont l’aspect seul annonce un commencement de détérioration, et les parties voisines de la hampe dont l’état d’étiolement naturel n’a pas permis aux principes actifs de se produire, et l’on ne récolte que les squammes ou tuniques intermédiaires. On les coupe, Soit transyersalement, soit dans le sens de leurs fibres longitudinales pour diviser la pellicule mince et très dense qui recouvre leur surface, et qui S’opposerait à l'évaporation de l'humidité. On les enfile en chapelets, ou on1les étale sur des claies, cf « on les fait sécher à l’étuve.
Le bois et les écorces se dant avec la plus grande facilité. Il suffit de les laisser exposés à l’action de l'air dans un grenier bien ouvert.
Les fleurs d’un volume un peu considérable ou celles qui nt isolées sur la tige sont récoltées séparément les unes des autres. Quand, au contraire, elles sont très petites et réunies en grand . nombre sur un support commun, en éorymbe, en ombelle où en grappe, on les cueille avec leur pédoncule, et on les désigne sous le nom de sommités fleuries. On les réunit en petites bottes,
à l’aide de ficelles, et on les suspend dans un grenier ; ; quelquefois on les enveloppe de papier, pour éviter que la Hire n'en altère les couleurs ; ; par exemple, pour le caillelait, le millepertuis, : petite centaurée, le mélilot, l’origan, la marjolaine. ;
Les fleurs, en raison de la délicatesse de leur tissu et de la fcilité avec laquelle elles s’altèrent, doivent être desséchées promptement, en se conformant cependant à ce qui a été dit sur les moyens généraux de dessiccation, et pressant d'autant plus la dessiccation que leur tissu est plus aqueux et plus altérable.
On fait subir à quelques fleurs une opération préalable.On sépare le calice et les onglets des pétales des roses rouges et des œillets. On enlève le calice de la violette. Si l'on destine ces dernières fleurs aux usages chimiques, il faut, avant de les sécher, les laver à Peau chaude pour séparer une mâtière verte. Elles conservent fort bien léur couleur si, aussitôt qu’elles sont assez sèches pour être friables, on les bite me encore chaudes dans des vases hermétiquement fermés. L’altération qu'elles éprouvent dans les circonstances ordinaires paraît être le résultat d’une sorte de fer- . mentation déterminée par l'humidité hygrométrique.
Les fruits peu charnus sont desséchés par les procédés ordinaires. On se contente de les étendre dans un grenier aéré ou au soleil. Il est plus convenable de placer à l’ombre ceux qui sont chargés de principes volatils , pas exemple, les polachénes des ômbellifères.
Les fruits pulpeux , tels que les figués , les prunes, les cynorrhodons, ne doivent jamais être desséchés au point de devënir cassants” On les expose d’abord à.la chaleur douce d’un four, et ensuite à celle du soleil, et on les reporte successivement au four . et au soleil, jusqu'à ce qu'ils aient acquis le degré de siccité convenäble. Le but qu'on se propose dans cette manipulation est, 1° de faciliter la dessiccation de la matière charnue, en élevant la température; 2° de déterminer également l'évaporation dans toutes les parties. La chaleur du four agit surtout à la surface; à mesure que l'humidité s'échappe, le tissu végétal se resserre , et devient bientôt assez dense pour S'opposer à l’évaporation des sucs situés plus profondément. Pendant le temps que les fruits passent hors du four, l'équilibre $e rétablit à peu près dans toute leur substance, parce que leurs parties desséchées se ramollissent de nouveau aux dépens des sucs de l'intérieur. Il est aisé de
48 DES OPÉRATIONS PHARMAGEUTIQUES.
concevoir qu’en renouvelant plusieurs fois ces effets, on arrivera graduellement à la concentration convenable des sucs du fruit. Observons que le four doit être chauffé de manière à Pros duire la dessiccation sans cuire les fruits.
Les semences, quand elles ont été récoltées à leur parfaite maturité, n’exigent ordinairement d’autre soin que d’être gardées dans un lieu sec, à l'abri de la voracité des animaux. Ibest convenable de laisser dans leur coque ligneuse celles qui en sont pourvues. On a remarqué qu’elles s’y conservent plus longtemps sans altération.
Toutes les substances prises des animaux doivent être soumises. à .la dessiccation avec les mêmes soins que les plantes, en variant les procédés selon la nature particulière de chacune d'elles.
Les cantharides, es cloportes sont exposés épars sur des toiles ou sur des châssis, dans un grenier ouvert où l'air circule librement. PET
On sépare la peau, la tête et les intestins des vipères. On les suspend ensuite, dans une éfuve, pour les sécher par degrés. Le foie et le cœur étaient autrefois conservés à part, et ils étaient désignés sous le nom de bézoard animal.
Toutes les substances, après avoir été convenablement desséchées, doivent être enfermées dans des vases inaccessibles. à la lubére, à l'humidité et à la poussière. Des vases de verre noir
ou de faïence seraient sans contredit les meilleurs, s'ils n'avaient l'inconvénient. d’être d’une trop petite capacité. On les remplace par des boîtes de bois peintes en dehors, et garnies intérieurement de papier collé avec de la colle d’amidon, à laquelle on a ajouté de l’aloës, de l’absinthe ou de l’alun, pour le garantir des insectes. Les plantes dont on récolte les sommités se conservent beaucoup mieux quand chaque botte est enveloppée de papier. Il est d’ailleurs nécessaire de visiter souvent tous les médicaments simples, pour les préserver des avaries qu’ils peuvent contracter avec le temps, et pour rejeter ceux qui se trouveraient altérés.
Quand on doit conserver des masses assez considérables d’espèces indigènes, une manière avantageuse est de les. tasser fortement en balles, après qu’elles ont été bien desséchées. De cette manière, l'air et l'humidité ne peuvent pénétrer dans l'intérieur, et leur action se borne tout au plus à dénaturer la couche
DESSICCATION , CONSERVATION, RENOUVELLEMENT. 49 superficielle. C’est par ce procédé que, dans les arts, on conserve le houblon; c’est aussi le moyen dont se servent les herboristes engros. Les pharmaciens se trouveront bien de l’employer à l'occasion, suivant le conseil que leur en a donné M. Decourdemanche.
Quand il s’agit de conserver des animaux vivants, on y parvient en les plaçant dans les conditions qui les écartent le moins possible de leurs habitudes naturelles. On conserve les grenouilles et les écrevisses en les mettant dans des vases avec de l’eau et de l'herbe, ou mieux encore des touffes de jones. On recouvre le vase d’un couvercle à claire-voie ou d’un filet. On met les tortues dans un jardin, les vipères dans une boîte garnie de son. Les sangsues sont placées dans de l’eau fraiche que l’on change souvent. Si on peut les renouveler facilement, on se trouve bien de les tenir dans un courant d’eau continuelle; on ne les touche alors : qu'au moment de les appliquer. J'ai fait établir à la pharmacie centrale et dans les hôpitaux de Paris un petit appareil fort simple, dont l’emploi a diminué singulièrement la mortalité de ces animaux. C’est un pot de terre que lon recouvre d’une toile; il porte deux ouvertures, l’une au niveau de son fond ; l’autre à la moitié de sa hauteur. À la première est adapté un tube T terminé en entonnoir à sa partie supérieure et que ferme à sa partie inférieure et dans le pot même une plaque percée d’une multitude de petits trous; c’est par ce tube qu’un petit filet d’eau s’introduit continuellement :
la seconde ouverture porte une pomme ST d'arrosoir P, également criblée de “trous; c’est par elle que s'écoule sans cesse le trop plein. Tout l'appareil est fait avec de l’étain en feuiies, soudé au moyen d’un alliage fusible (étain, bismuth, plomb). ;
Quand la localité exige une provision plus longue de sangsues, on fait bien de les mettre dans un petit bassin contenant de l’argile et du charbon, ou un mélange de tourbe et de charbon; il
est bon encore ici que l’eau se renouvelle peu à peu; enfin, dans 1. 4
là Stison d'hiver, on met les sanÿsues dans une argile fine, détrempée , formant une pâte en consistance de beurre. Elles S'y enferment et y restent jusqu’à la belle saison. On a soin d’ailleurs de les garder dans un lieu à Pabri de la gelée.