Et encore dans Musset
On dit qu'elle a des gens qui se noi-ent pour elle.
2. Ronsard, dans son Art poétique, propose un moyen terme. Quand l'e muet le gêne, il demande qu'on puisse te supprimer, et écrire épés, rou' jou', venu', donra, sautra, pour épées, roue, joue, venue, donnera, sautera. Une jeune école contemporaine qui se réclame de Ronsard (l'école romane) lui a emprunté ce procédé entre beaucoup d'autres. Musset lui-même n'y faillait point à l'occasion.
Que mes joues et mes mains bleuiront comme celles D'un noyé...
Pas un qu'avec des pleurs tu n'aies balbutié... Mais il se serait vraisemblablement réclamé sur ce point de Moliùrc plus que de Ronsard :
A la queue de nos chiens, moi seul avec Dréau...
(Moi.iÈBE.;
quait récemment * que Yiclor Hugo se fit scrupule un jour d'employer le mot soient à l'intérieur du vers et qu'il crut bon de se justifier par cet exemple de Racine :
Qu'ils soient comme la poudre et la paille légère. !
C'était la logique même du poète qui l'amenait à' douter ainsi de lui-même. Et en effet pourquoi plutôt! autoriser les mots aient ou soient que prient, crient, envient, et tant d'autres 2?
VALEUR DES GROUPES DE VOYELLES OU n'eNTRE PAS l'e MUET.
Deux ou plusieurs voyelles donnent parfois un son évidemment simple : ainsi les diphtongues au, eu, ou,
1. Cf. Annales politiques et littéraires, n» du 26 mai 1889. Jules Tellier : Un manuscrit de Victor Hugo.
•,'. Aussi nos poètes s'affranchissent-ils continuellement de cette prescription.
En second lieu nos mœurs qui se croient plus sévères...
(A. Ds MnssKT.)
Nos hardes qui montrent la corde Crient à Jésus miséricorde.
(Gabriel Vicaire.)
Votent a surtout été employé à l'intérieur du vers : De l'autre côté des tombeaux Les yeux qu'on ferme voient encore.
(Sully-Prodhomme.)
Tandis qu'ils voient grandir ces lointaines collines.
(François Cc*pée.)
Les Naïades en groupe Voient reluire au soleil en cristaux découpés Les flots silencieux qui coulaient de leur coupe.
(Th. de Banville.)
Il semble bien en efl'et que l'e muet ne sonne pas davantage dans voient que dans coulaient.
eau, etc. ; parfois une seule d'entre elles se prononce, paon, faon, Caen, Aaron, etc. La quantité n'ofîre alors aucune difficulté : il ne peut y avoir qu'une syllabe. Nous ne nous occuperons donc que des groupes de voyelles où le son est en réalité double, mais n'est dû cependant qu'à une seule émission de voix.
lA forme en général deux syllabes, pri-a, di-amant, Laissons Dieu seul porler le seul vrai di-adème.
(V. Hugo.)
On excepte les mots : bailliage, dia, diable, diacre, diapalme, galimatias, jusquiame, fiacre, liard, naïade, piaffer, piastre, pléiade. Encore faut-il remarquer que diable a été de trois syllabes jusqu'au xiv' siècle environ • Comment, di-abl{e)sl dist le roi au vis fier...
{Chanson de Raoul de Cambrai.)
que La Fontaine a compté trois syllabes dans piaffe : Or bien, je sais celui de qui procède Cette pi-affe; apportes-y remède...
Molière cinq syllabes dans galimatias :
D'où peut procéder, je te prie, Ce galimati-as maudit?
et que V. Hugo a fait lia7^d de deux syllabes :
Deux li-ards couvriraient fort bien toutes mes terres. En retour, on trouve enthousiame de quatre syllabes dans Ronsard :
D'un nouvel enthousiasme, afin de mieux chanter... Piano de deux, impérial de trois, et immémorial de quatre dans A. de Mu?set :
Piano, signor basson, ainoi-oso. La dame...
Et sous le dais sanglant de l'impérial pavois...
Qui ne voit jamais rien de temps immémorial. .
VALEUR DES SYLLABES. 2o
Enfin la quantité de miasme est variable : Sur la terre où tout jette un miasme empoisonneur.
Mêlé dans leur sépulcre au mi-asme insalubre.
^V. HuGo.l
lAl est généralement de deux syllabes :
Et parbleu ! yonbli-ais Là-bas six grosses tours en pierre de li-ais.
(V Hdgo.)
Cependant on le trouve plutôt monosyllabe dans biais et surtout dans bréviaire.
Au rayon du couchant il lisait son bréviaire.
(Lamartinb.)
Il est certains esprits qu'il faut prendre de biais.
(Rkgnabd.)
lAN, lEN (prononcé ian) sont dissyllabes : pri-ant, expédi-ent ; excepté dans les mots viande, diantre, [ufince et fiente :
Il se réjouissait à l'odeur de la viande.
(La Fontaine.}
Viande était autrefois de trois syllabes : La vi-ande pourtant ne priait pas les gens,
(Régnier.)
On trouve aussi dans La Fontaine fiancé de deux syllabes :
Elle n'en plut pas moins aux yeux de son fiancé. lAU est généralement de deux syllabes : L'un mi-aule en grondant comme un tigre en furie.
(BolLEAU.)
lÉ, lÈ, lED, lEF, lEL, 1ER, 1ÈRE, lET, lEZ forment deux syllabes dans les trois cas suivants :
1° Dans les substantifs, les adjectifs et les verbes, quand ces groupes de voyelles sont précédés de deux consonnes dont la première est une muetle, et la seconde une des liquides / ou r, pri-ère, néfli-er, trtmhli-ez, gri-ef, quatri-ème :
Pour défendre vos jours de leurs lois meurtn-ères Mon amour n'avait pas attendu vos pn-ères.
(Racine.)
Anciennement, dans ce cas, ié formait diphtongue. D'après le père Mourgues \ ce n'est qu'à partir du xvii" siècle que les deux voyelles ont été définitivement séparées :
Sacrilège meurdrier, si on pend im voleur...
(RONSABD.)
Mais vous devriez, ma fille, en l'âge où je vous voy...
(Régnieb . )
On trouve encore parfoiscetle quantité auxvii^ siècle: Non qu'il ne me soit grief que la tombe possède...
(Malherbe.)
Elle n'est pas fort bonne, et vous devriez tâcher...
(Molière.)
Cependant un sanglier, monstre énorrae et superbe^.
(Là Fontaine.)
2° A l'infinitif, au participe passé et à la seconde personne du pluriel de tous les verbes en ier : incendi-er, colori-c, envi-ez :
Béfi-er aux chansons les oiseaux dans les bois.
(Boii.eau.)