Nous donnons, bien entendu, l'orthographe de Racine
DE l'ÉLISION et de l'hIATUS. 41
mot, comme peu à peu, çà et là, un à un, sang et eau, à tort et à travers, va-et-vient, il y a, etc.
Je suais sang et eau, pour voir si du Japon Il viendrait à bon port au fait de son chapon.
(lUclIfE.)
4° Enfin les mots terminés par un e muet précédé d'une voyelle accentuée peuvent prendre place devant un mot commençant par une voyelle.
La pauvre femme en proi(e) à des transes mortelles.
(E. Màndel.')
L'hiatus se produit parfois après une consonne, car certaines consonnes finales ne se lient pas au mot suivant dans la prononciation. Dans ce cas, il faudra l'éviter en poésie. La conjonction et ne peut, pour celte raison, précéder un mot commençant par une voyelle ou une h muette. Quelques traités de versification défendent aussi l'emploi, devant une voyelle, des mots terminés par une nasale qui ne se lie pas au mot suivant, comme dans ces vers :
Pourquoi d'un an entier l'avons-nous différée ?
(Racine.)
Les chanoines à table Immolent trente mets à leur faim indomptable
(BoiLEJLD.)
Mes agneaux sont comptés avec un soin avare.
(A. Chénieb.)
Ces hiatus sont nombreux chez nos meilleurs poètes, et il semble impossible de les proscrire d'une manière absolue. D'autant mieux que l'on admet l'hiatus après les mots nez, clef, lit, papier, et tant d'autres dont la consonne finale ne se lie pas à la voyelle suivante.
Je reprends sur-le-champ le papier et la plume.
(BOILEIU.)
Il est certain que dans ces deux cas l'hiatus existe malgré la consonne, et nous ne voyons pas que V. Hugo et Lamartine l'aient supprimé pour le mot nu, en écrivant d'une orthographe surannée :
C'est hideux ! Satan nud et ses ailes roussies.
(V. Hdgo.)
Le rocher vif et nud enclôt de toutes paris...
(Lamartine.)
Au reste, nous le savons, la proscription de l'hiatus ne date que de Malherbe. Les poètes antérieurs ne se faisaient pas faute d'en commettre, ou plutôt ils ne songeaient guère à les éviter.
Tu en pourras dicter \oy ou ^pistre.
(Mabot.)
Vous qui avez pour moy souffert peine et injure, Qui à ma seiche soit et à mon aspre faim Donnastes de bon cœur votre eau et votre pain.
(Agmppa b'Adbigné.)
Et Malherbe lui-même, dans un poème de sa jeunesse, Les larmes de saint Pierre, écrit :
Je demeure en danger que l'âme qui est née Pour ne mourir jamais, meure éternellement.
M. de Banville cite pour leur douceur ces deux exemples d'hiatus :
Ah! folle que tu es, Gomme je t'aimerais demain si tu vivais!
(A. DE Hdssbt.)
Qu'on me vienne aujourd'hui Demander: aimez-vous? je répondrais que oui.
(La Fontaiwb.)
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Et il est vrai d'autre part que la poésie populaire en a fait souvent et par instinct un heureux emploi. Après tout, peut-être eût-il mieux valu laisser le poète juge de l'emploi de l'hiatus. Cette rencontre de voyelles est en général dure pour l'oreille française, et Ronsard avait raison de dire que « telles concurrences de voyelles sans être élidées font le vers merveilleusement rude en notre langue ^ » Mais le contraire est vrai aussi quelquefois. C'est affaire au goût du poète d'éviter tout hiatus pénible, et il convient de ne pas se montrer trop sévère sur ce point, surtout pour les mots terminés par une consonne muette ; car outre que la prononciation de beaucoup de ces vocables n'est pas absolument fixée, notre langage courant, cédant à l'influence de l'orthographe, semble avoir une tendance bien marquée à faire sonner les consonnes finales dans tous les mots.
l. Abrégé de Vart poétique français.