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CHAPITRE IV

Les vers peuvent avoir de une à douze syllabes. Les vers de treize çyllabes et plus seront toujours l'exception*.

Nous avons vu précédemment' que les vers de douze, dix et huit syllabes, sont les plus anciens de nos métrés; ils ont toujours été les plus usités, surtout dans les pièces isométriques^, c'est-à-dire où le même genre de vers est employé d'une façon continue.

V alexandrin, ou vers de douze syllabes, est le mètre

1. Se reporter particulièrement chez les contemporains, pour ces vers, à M. Paul Verlaine et à M. Jean Moréas. Au reste les vers de treiae et de quinze syllabes tout au moins ne sauraient passer pour une innovation. Baïf a composé une pièce de 300 vers dans ce dernier mètre, et l'on trouve des vers de treize syllabes dans les chansons à boire de Saint-Amand et de Scarron :

Ainsi chantaient au cabaret Le bon gros Saint-Amand et le vieux père Faret.

(Saint-Amand.)

Jetons nos chapeaux et nous coiffons de nos serviettes Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes...

(SCABBON.)

Franc de tout vice ne suis; mais j'ay mis tousjours mon estude De sauver mon cher honneur du reproche d'ingratitude...

(Baïf.)

2. On appelle hétérométrtques les pièces où le poète mélange des vers de différentes longueurs.

qui se rencontre le plus souvent dans notre poésie depuis la fin du xvi* siècle. Au moyen âge, il est d'un emploi assez rare. Le genre épique cependant en offre un certain nombre d'exemples dans les chansons de geste du cycle antique et du cycle de Charlemagne. Mais ce vers n'est pas aussi particulier qu'on l'a dit à la poésie épique et on le retrouve, par exemple, dans les satires de Rutebeuf et d'Adam de la Halle. La Pléiade comprit quel parti pouvait être tiré de ce mètre grave qui prête à la période, et elle l'adopta généralement dans ses imitations des tragédies et des comédies anciennes. Ronsard reconnaît aussi qu'il produit bon effet dans l'élégie et dans l'églogue. En retour, et dans le genre épique, il choisit pour sa Franciade le vers de dix syllabes, et cela étonne d'autant qu'il admet lui-même que « les alexandrins* sont propres pour les sujets héroïques^. » Le xvu® siècle employa l'alexandrin pour tous les grands genres, et, depuis lors, on le considère comme le vers qui convient le mieux à l'épopée, à la poésie dramatique, à la poésie didactique, à l'élégie, etc. On en fait même un usage fréquent dans la poésie lyrique, où il se combine aisément avec d'autres mètres. Le voici dans une pièce isométrique :

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