‹ Nouveau traité de versification françaiseChapitre 20 sur 81 · Voir plus loin le chap. sur la césure · texte numérisé non relu

Voir plus loin le chap. sur la césure

[Le Rat de ville et le Hat des champs, Jupiter et les Tonnerres), chez quelques lyriques du xviii* siècle, et chez les poètes contemporains. En voici un exemple tiré de Corneille :

Marquise, si mon visage A quelques traits un peu vieux.

Souvenez-vous qu'à mon âge Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses Se plaît à faire un affront :

Il saura faner vos roses, Comme il a ridé mon front.

Le vers de six syllabes, comme le précédent, apparaît tout d'abord dans les chansons du moyen âge. Son histoire est du reste en tout point la même que celle du vers de sept syllabes, bien qu'il ait eu un peu moins de succès. Il convient surtout aux combinaisons hétérométriques et s'allie très bien avec d'autres vers, surtout avec l'alexandrin, comme dans les Stances à Duperrie9-, de Malherbe; mais on le rencontre aussi seul, à peu près à toutes les époques de notre littérature :

Oh! que de belles choses

Nous vîmes en dormant!

Au Paradis les roses

Fleurissent constamment.

Lèvent, qui sur les tombes Sème les romarins.

Comme un vol de colombes Emporte nos chagrins.

''Oaubiei. Vicaire.)

Versification. 4

On pourrait répéter pour le vers de cinq syllabes ce que nous avons dit pour le vers de six syllabes, mais en ajoutant qu'il est d'un emploi plus rare encore, excepté dans les chansons populaires, qui le goûtent tout particulièrement. Ce versa semblé un peu court pour être employé seul ; mais le reproche ne nous parait pas très fondé, au moins pour les pièces d'une petite étendue.

Il voit mille choses Plus belles encor; Des lis et des roses Plein le corridor; Des lacs de délice, Où le poisson glisse, Ofi l'onde se plisse A des roseaux d'or.

(V. Hugo.)

Quant aux vers de une, deux, trois ou quatre syllabes, ils conviennent surtout aux pièces hétérométriques, où ils peuvent être d'un heureux effet. On a souvent cité les vers de La Fontaine :

C'est promettre beaucoup; mais qu'en sort-il souvent? Du vent...

Même il m'est arrivé quelquefois de manger Le berger...

Mais supposons ces deux mètres employés d'une façon continue, la monotonie causée par le retour immédiat des rimes serait bien vite insupportable. Il en est de même des vers de quatre syllabes, et, a fortiori, du vers monosyllabique. Aussi doit-on ranger au nombre des curiosités de versification les quelques

essais tentés par les poètes pour faire entrer ces vers dans des pièces isométriques.

Page 1