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V. phis loin la règle de Yalternance des rimes

3. Art poétique : « Les prétérits imparfaits de l'indicatif et prétéritR imparfaits des optatif et conjonctif, et les dictions soyent et avoyeiit ont le oyent d'une syllabe et l'e n'est tenu pour féminin. »

DK LA RIME. 63

avec vertige et ne pourra s'associer à éloge. Encore doit-on constater que prudente et contente, vertige et prodige ne sont que des rimes suffisantes ; pour que la rime soit véritablement riche, il faut que la tonique soit précédée d'une consonne d'appui, comme dans les mots diligente et régente, prodige et Adige^.

La similitude des consonnes d'appui donne lieu à quelques remarques particulières. Les traités de versification admettent généralement que, dans les verbes, on peut opposer sans scrupule la consonne n au groupe ^n , ainsi : régner, tourner; quelques-uns même considèrent comme légitime l'opposition de 17 simple aux // mouillées. Nous croyons que ces sortes de rimes satisfont plutôt l'œil que l'oreille. Les poètes se refuseront en effet à faire rimer Régnier avec un infinitif en ner, comme tourner, et pourtant la similitude de son est presque entière entre régner et Régnier. En somme le P. Mourgues a raison : « C'est une notable licence que celle de faire rimer dans les infinitifs et dans les participes Vn grasse et Vn dure, ou 1'/ mouillée avec VI naturelle, comme régner, couronner; gagné, donné; briller, exiler :

Au bout de l'univers, va, cours le confiner

Et fais place à des cœurs plus dignes de régner.

(Racine.)

I. C'est ce que los versificateurs du xiv^ siècle appelaient rime léonine, ou leonisme. Ils tendaient mémo à reclierclier la similitude do la voyelle précédant la syllabe tonique. Mais ou arrive facilement ainsi aux jeux de mots dont nous avons parlé ci-dessus : et à moins d'admettre avec P. Fabri que « la plus noble et excellente rithme se fait de termes équivoques », on doit se contenter de la parité des syllabes accentuées.

Quels rayons vois-je dans l'air ?

A voir tant de feux hviller.,.

(VoiTnBE.)

car il n'y a guère plus de raison d'employer ces rimes que celles-ci : règne, mène ; brille, exile, lesquelles ne seraient pas souffertes ■. »

Un mot terminé par deux voyelles fortes, comme aé, oé, éé, éi, rimera Lien avec un autre mot terminé par deux voyelles fortes, même si la première voyelle n'est pas semblable dans les deux mots, mais non avec un mot terminé par une voyelle précédée d'une consonne. Boileau a pu faire rimer Noé avec avoué; il ne l'aurait pu avec gré, témérité, désolé ou tout autre mot identique. La similitude des deux voyelles ne saurait être exigée en effet dans ces sortes de rimes, étant donné la rareté des consonnances finales en aé, oé, éé, éi, etc.

Il ne faudrait pas croire cependant que la similitude d'orthographe soit nécessaire pour constituer une bonne rime. La rime est faite pour l'oreille plutôt que pour les yeux, et il convient de rechercher avant tout la ressemblance des sons. C'est ainsi que deux rimes peuvent être très riches, tout en présentant une orthographe différente: demanda-t-il rimera, bien avec subtil, dis-je avec prodige, aimai avec embaumé, laids avec valets, mots avec maux, obéie avec abbaye, etc.

Par contre une orthographe semblable peut constituer une rime faible. On doit se montrer surtout sévère dans le choix des voyelles accentuées : une voyelle 1. On les trouverait pourtant jusqu'au commencement du xvn» siècle. Affaire de prononciation, sans doute. Si Ronsard faisait rimer dvjne avec limousine, cygne avec épine, c'est qu'apparemment le g ne sonnait pas encore dans certains mots. Il y a chez ce poète des rimes moins explicables, telles que coujd'- et double.

brève ne saurait rimer avec une voyelle longue, un son fermé avec un son ouvert, comme dans les mots : mate et natte, lasse et nasse, et c'est k tort que Boileau a fait rimer grâce Avec pi'é face. De même, une voyelle simple rime faiblement avec une diphtongue : /iure et suivre sont des rimes médiocres. Mais on admet à la rime une diphtongue, dans un mot, et deux voyelles séparées par la prononciation, dans l'autre; ainsi dieux et radi-eux.

Les consonnes qui suivent la voyelle accentuée peuvent être un obstacle à la rime. Les théoriciens conseilleront, par exemple, d'éviter la rime des mots en as, is, os, us, où l's se prononce, avec ceux qui ne font pas sonner l's, bien que cette régie n'ait guère été suivie par nos poètes classiques et qu'elle soit continuellement transgressée par les versificateurs contem- Dorains.

L'insolent, s'emparant du fruit de mes travaux, A prononcé pour moi le Benedicat vos!

(BOILEAD.)

Un bâtiment suédois, chargé de ca.rolus,

Qu'il apporte aux amis des anciens rois exclus.

(V. HcGO.)

Il en est de même pour tous les mots dont la consonne finale, quelle qu'elle soit, se prononce. Ainsi l'on ne saurait trop blâmer cette rime de Voltaire :

Un dix avec un sept Composaient l'âge heureux de cet heureux objet.

Notons en passant que si ces rimes sont assez fré- Versification 5

quentes chez les poètes classiques*, elles n'étaien/ pas toujours fautives ; car telle consonne finale maintenant muette pouvait jadis être sonore. La prononciation s'est modifiée pour bien des mots. Le P. Mourgues considère comme vicieuses les rimes léger et change)', ce qui prouve qu'au xvii* siècle on faisait entendre Vr dans lége7\ tandis qu'aujourd'hui cette lettre est muette dans les deux mots. Rappelons encore comme exemple de ces transformations vocales la syllabe oi, prononcée souvent ai au xvii* siècle, là où nous prononçons oi. Vaugelas^ nous apprend que de son temps on disait fraid, crais, saient, au lieu de froid, crois, soient. Si l'on n'avait prononcé il s'accroît comme on prononce maintenant il connaît, Molière n'aurait pu écrire :

Qui va là? Heu! ma peur à chaque pas s'accroît. Messieurs, ami de tout le monde.

Ah! quelle audace sans seconde De marcher à l'heure qu'il est.

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