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En voici d'autres exemples

Si bien que je juge à son dii-e, Malgré le feu roi notre sire, Qu'il désirerait volonh'er* Seulement me réduire au tiei's.

(Régnieh.) Et qui suivrait leur pas Les trouverait peut-être assemblés chez Pa.llas.

(Racink )

La fourmi tous les ans traversant les gaérets, Grossit ses magasins des trésors de Gérés.

(601LKAU.)

2. La prononciation en ai fut introduite chez nous par les Italiens de la suite de Catherine de Médicis et fut aussitôt adoptée par la Cour et la société polie.

Même lorsque deux mots pris isolément offrent un son final identique, la présence d'une consonne à la fin d'un de ces deux mots rend parfois la rime fautive. Ainsi les mots terminés par une s ou une r ne peuvent rimer avec d'autres mots dépourvus de consonne finale : mois et émoi^ penser et lassé sont dans ce cas. La raison en est, sans doute, que mois et penser peuvent donner lieu à une liaison avec le premier mot du vers suivant, liaison impossible si la consonne finale est absente. D'où la licence si fréquente autrefois dans notre poésie et qui consiste à retrancher Vs finale à la première personne du singulier dans certains verbes^ :

1 . Il y a bien d'autres licences orthographiques auxquelles recourt la versification pour permettre à certains mots de prendre place à la rime ou dans le corps du vers. Nous avons déjà vu (p. 42) V. Hugo et Lamartine écrire nud pour nu. La Fontaine écrit respec et circoiispec pour faire rimer ces mots avec bec. 11 arrive souvent aux poètes de supprimer Vs finale des noms propres : Londre pour Londres, Charte pour Charles, etc.

Lamartine va même quelquefois jusqu'à supprimer Vs finale des noms communs :

■ Et bondissant après comme un jeune chamoi Me ramène à la grotte en courant devant moi. Ces modifications orthographiques ne sont pas toutes légitimes. Mais, sans parler des mots qui ont une double orthographe même en prose : grâce, grâces, guère, guères, certe, certes, jusqu'à, jusques à, zéphyr, zéphyre,\\ existe des formes orthographiques spéciales à la poésie. On n'écrira plus même adverbe avec une s, comme dans ce vers :

S'empare des discours mêmes académiques.

(BoiLBAD.)

et les formes donques, donque, adonque, ne peuvent plus se substituer à donc, ainsi qu'autrefois :

Doncques si le pouvoir de parler m'est ôté.

(MoLifcnE.)

Je ris, je lis, je mange el boi, Plus heureux cent fois que le roi.

(RÉGNIEB.)

Monsieur, vous êtes bien hardi De supposer cela! — Mylord, ce que j'en di...

(V. Hugo.)

Nos poètes ne faipaient ainsi, il est vrai, que revenir à l'orthographe étymologique de la première personne du singulier. Mais l'orthographe actuelle est trop bien établie pour qu'une telle licence soit maintenant admise; et c'est avec quelque raison que Théodore de Banville * s'élève contre ce procédé.

11 n'y a point k tenir compte des consonnes muettes

Mais avecqiip. pour avec, die pour dise, des singuliers pour des pluriels (à la rime) et réciproquement, etc., se rencontrent encore de nos Jours :

As-tu vu, ma blonde.

Fondant leur essor.

L'onde avecque l'onde Courir vagabonde Sur le sable d'or ?

(E. Paillbhon.]

Mais j'aime trop pour que je die Qui j'ose aimer...

(A. DE Musset.)

Enfin l'on écrit constamment dans les vers encor, remord, au lieu de encore, remords, seule orthographe admise en prose.

Et pour montrer l'état qu'il fait de vous encor Mon maître à votre Altesse offre la Toison d'Or...

Venez-vous dans mon âme éveiller le remord? Lorsque vous n'étiez plus, je n'étais pas encor.

(V. Hugo.) 1. Petit traité de poésie française.

qui peuvent précéder Vs finale, ce qui rend admissibles des rimes comme mets et mais, baisers et boisés, temps et contents. Il suffira même qu'un a? ou un z prenne la place de Vs, comme dans mots et maux, charmés et aimez; car les trois sifflantes donnent un son identique devant un mot commençant par une voyelle. C'est pour la même raison qu'on admet très bien à la rime deux. mots finissant l'un en d ou c, l'autre en t ou en g, pourvu que ces consonnes soient muettes :

Je l'avoue entre nous, mon sang un peu trop chaud S'est trop ému d'un mot, et l'a porté trop haut.

(COHNEILLB.)

Mais il vaut mieux éviter les rimes comme trésor et soi't, tyran et différent, bien que le t qui termine sort et différent soit absolument muet. Prescription toute platonique, du reste, et qui n'a porté ses pleins efi'eis que chez quelques poètes particulièrement scrupuleux.

Règles d'ordre intellectuel. — Les règles que nous venons d'énumérer sont d'ordre matériel, pour ainsi dire, et n'ont d'objet que la satisfaction de l'oreille. Mais la rime, dans la versification romantique, doit poursuivre encore un autre but : elle doit frapper l'esprit, provoquer la surprise par son originalité, être inattendue, en un mot. Ici c'est le sens des termes qui entre en jeu, et tous les préceptes peuvent se ramener au suivant : « Vous ferez rimer ensemble, autant qu'il se pourra, des mots très semblables entre eux comme son, et très différents entre eux comme sens *.»

I. Banville : Petit traité de poésie française. Il est curieux de retrouver la même opinion, sous une forme plus piquante, dans ce i)assage de Fontenelle: « Il y a un bon mot fort connu. Voilà deux mots bien étonnés de se trouver ensemble, a dit un homme

Il résulte de ce principe qu'un mot ne peut rimer avec lui-même, à moins que sous la même forme il n'offre deux sens différents, comme dans ces vers :

Vous plaidez? — Plût à Dieu! — J'y brûlerai mes livres! — Je... — Deux bottes de foin cinq à six mille livres!

(Raginb.)

Parfois deux mots sont étymologiquement identiques, mais l'usage a détourné l'un d'eux du sens primitif au point de faire oublier complètement leur origine commune. On ne saurait par exemple critiquer la rime de pas ou point (substantifs) avec pas ou point (négations), de bien (substantif) avec eh bien! (interjection), etc.

Mais on évitera de faire rimer ensemble le simple et le composé ou le dérivé : tend7'e et détendre, réglé et déréglé; les composés d'un même mot : mortels et immortels, bonheur et malheur ; à moins toutefois que le sens des deux mots ne soit différent, comme dans plomb et d'aplomb, courir et secourir, mettre et permettre^ veiller et réveiller.

Son chien blanc, inquiet d'une si longue garde, Grondait au moindre bruit, et las de le veiller Écoutait si son souftle allait se réveiller K

(Lamarti.ne.

Une versification rigoureuse se refusera même à to-

d'esprit en se moquant d'un mauvais assortiment de mots. J'applique cela à la Rime, mais en le renversant, et je dis qu'elle est d'autant plus parfaite que les deux mots qui la forment sont plus étonnés de se trouver ensemble. J'ajoute seulement qu'ils doivent être aussi aises qu'étonnés. »

1. Encore Malherbe critiquait-ii ces sortes de rimes. Mais nos vieux poètes (Villon, Marot) ne s'en défendaient point.

lérer à la rime deux substantifs, deux adjectifs, deux verbes au même temps, deux noms propres, et surtout deux adverbes, bien que dans la poésie classique ces rimes s'offrent souvent.

Deux mots de sens absolument semblable et qui pourraient se substituer l'un à l'autre riment faiblement. VArt poétique nous en offre un exemple bien connu :

Un auteur quelquefois trop plein de son sujet Jamais sans l'épuiser n'abandonne nn objet, ^

(BolLBAU.)

On peut en dire autant des mots de sens complètement opposé, comme chrétien et païen, douleur et bonheur, et des rimes banales comme gloire et victoire, lauriers et guerriers^, car la première semble appeler la seconde, et celle-ci ne produit plus la surprise qui doit flatter l'esprit. C'était le bon sens qui dictait à Boileau ces réflexions bien connues:

Si je louais Pliilis en miracles féconde,

Je trouverais bientôt à nulle autre seconde;

Si je voulais vanter un objet non pareil,

Je mettrais à l'instant plus beau que le soleil. ...etc.

Remarques générales. — Les règles précédentes pourrontsembler sévères, maisilfautconsidérerque les

1 . Au contraire, ces deux mots riment bien ensemble dans l'exemple suivant, parce qu'ils ont chacun un sens déterminé ;

J'achèverai mes jours loin du fatal objet Qui doit t'être un juste sujet De haine et de fureur...

(La Fontaine).

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