Cf. Edelestaud du Méril, p. 118 et sq
'ÎS TRAITÉ DE VERSIFICATION PtlANÇAÎSË.
règles d'ordre inl'^llectiiel ne sont pas aussi absolues que celles qui ont pour objet rhomophonie. Disons aussi que les unes et les autres cèdent plus d'une fois devant l'insuffisance de la langue et qu'on ne doit se montrer difficile que pour les mots qui présentent des rimes nombreuses. Nous avons déjà une soixantaine de mots sans rimes, et qui, par suite, ne peuvent prendre place à la fin du vers*. Pour un plus grand nombre encore, on ne trouve que deux ou trois consonnances finales semblables^ et pour ceux-ci, il est bien évident qu'une
1 . En voici la liste complète : Algue, amorphe, hulbe, camphre, courge, cirqw, dextre, docte, dogme, enfle, épargne, fisc, fourche, froide, gaz, genre, girofle, goinfre, humble, hurle, indemne, legs, m.nrs, m.eurt>e, monstre, muscle, ourle, orle, pampre, perdre, peuple, poivre, pourpre, propre, quatorze, quinze, quelque, rapt, radoub, rumb, sceptre, sépulcre, soif, solde, sou/te, sourdre, sylphe, tertre, triomphe, turc, usurpe, et des noms propres comme Alfred, Ariadne, Bactre, Elbe, etc.
2. Sans compter les mots qui ne riment qu'avec leur composes comme raffle (éraffle), vaincre {convaincre), Christ {antechrist) , coiffe (décoiffe), poil [passe-poil j , microcosme (qui ne rime qu'avec les composés de cosme), répugne {impugne), il en e*st qui ne peuvent s'associer qu'à un seul autre mot : drachme (diaphragme), palpe (scalpe), valse (salse), laps (relaps), arbi'e [marbre), faible (hièb/e), nèfle [trèfle), lèpre (vépre), cercle [couvercle), district (slrict), filtre [philtre), médimne [hymne), simple [pimple), distincte [succinct''), malingre (pingre), tinmcs [vinm.es), tinrent [vinrent), cintre (peintre), thyrse (cirse), myrte (syrté), extirpe (scirpe), mixte (sixte), médioci^e (ocre), fenouil (verrouil), savf i^lofet le vieux mot nauf), dogre (ogre), borgne [lorgne), boucle (escarboucle), morgue (orgue'i, poulpe (coulpe), foulque (houlqué), croup (houp !), couple (souple), courte {tour t"), gonfle [ronfle), lugubre (salubre), divulgue (promulgue), busc[musc), etc. D'autres ne riment qu'avec des noms propres : maïs [Lais, Athénais), paf [Fuhtaff), boa (Goa, Bidassou), talc (Sainf-Malc) , cacao (Bilbao), chanvre ( Vanvi'e), parle (Charte), Béarn (Tarn), quartz (Uartz) spectre (Electre), svelte
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rime qui ne répond pas à toutes les exigences des règles devra cependant être admise.
Mais, ces cas exceptés, retenons qu'on ne saurait trop s'attacher à rendre la rime pleine et variée. Elle est nécessaire à notre versification actuelle, puisqu'elle est le seul moyen de marquer la fin de la période rythmique, et c'est en flattant à la fois l'oreille par sa sonorité et l'esprit par son imprévu qu'elle pourra remplir ce rôle important. Il faut le répéter, en brisant la coupe intérieure du vers, les romantiques ont rendu presque essentielle la richesse de la rime, jusqu'au moment du moins où notre oreille,assez exercée pour saisir aisément ces coupes, n'aura plus besoin qu'on appuie autant sur les dernières syllabes '.