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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Un poème peut être constitué par une série de vers égaux dans lesquels on adopte, pour ne plus l'abandonner, un des systèmes de rimes indiqués plus haut. Les vers peuvent encore être libres, c'est-à-dire qu'ils se prêteront à toutes les différentes sortes de mètres et h toutes les différentes combinaisons de rimes. Enfin un troisième procédé rythmique, propre à la poésie lyrique, consiste à diviser l'ensemble du poème en un certain nombre d'éléments qui offrent exactement la même disposition de rimes et de mètres. Le poème est alors appelé ode, et chacune de ses parties porte le nom de strophe^; celle-ci est dite isométrique quand les vers sont tous semblables, hétéromélrique quand on emploie des vers différents.

La strophe peut donc être considérée comme l'unité rythmique de l'ode, de même que le vers est l'unité rythmique de tout autre poème. On admet générale-'

lé On se sert aussi parfois du mot stance.

ment qu'elle doit offrir un sens complet. L'arrêt du sens h la fin de chacune des périodes rythmiques a pour effet de concourir à son unité. Aussi ne saurait-on se départir de ce principe que pour des considérations lyriques qui échappent à toute règle précise (et d'ailleurs le cas se rencontre assez rarement').

Quant à établir d'une façon régulière un arrêt du sens à la fin d'un des vers de la strophe, il n'y faut pas songer non plus, sous peine encore d'altérer son unité. On ne peut donc admettre le procédé des métriciens qui divisent les strophes de quelque étendue en deux ou trois parties. (Celle de huit vers, par exemple, en deux strophes de quatre vers ; il est bien évident qu'alors nous n'aurions plus une strophe, mais deux strophes, que ces deux parties soient semblables ou différentes comme disposition de rimes.)

Le plus souvent une ode se compose de strophes toutes semblables. Mais le poète peut aussi avoir recours à deux ou trois systèmes, qu'il reproduira toujours dans le même ordre. Il peut même, surtout si le poème a quelque étendue, abandonner une combinaison à un moment donné, pour en adopter une autre qui convient

1. En voici un exemple d'autant plus remarquable qu'il se produit entre deux strophes très longues (dix-neuf vers). Nous no citons que la fin de l'une et le commencement de Fautre :

... L'enfer de la Bastille, à tous les vents jeté Vole, débris infâme et cendre inanimée ; Et, de ces grands tombeaux, la belle Liberté Altière, étincelante, armée,

Sort. Comme un triple foudre éclate au haut des cicux,

Trois couleurs dans sa main agile Flottent en long drapeau

(ANDBfi Chi^.nibb).

mieux aux nouveaux sentiments qu'il exprime. Prenons pour exemple une ode bien connue des Chants du crépuscule: Napoléon ///nous y rencontrerons six combinaisons différentes. La première partie du poème renferme six strophes de six vers, mais ces strophes sont composées, la 1", la 3® et la 5*, d'alexandrins, les trois autres de quatre alexandrins et de deux vers de six syllabes. La seconde partie offre alternativement une strophe de dix vers octosyllabiques, et une autre de quatre alexandrins et de deux vers de six syllabes ; encore peut-on remarquer que, pour donner plus de gravité au rythme sans doute, le poète dans la dernière strophe a remplacé ces deux vers par deux alexandrins. Dans la troisième partie nous trouvons quatre strophes semblables de six vers, cinq alexandrins et un vers de six syllabes. La quatrième partie présente, répété trois fois, un système de trois strophes; elles sont toutes de six vers, mais dans la première les vers sont tous alexandrins ; dans les deux suivantes ce mètre alterne avec l'octosyllabe. Enfin la cinquième partie se compose de deux strophes semblables de six vers (quatre alexandrins et deux vers de six syllabes) et la sixième de trois strophes semblables de douze vers octosyllabiques.

Ce n'est pas indifféremment que le poète fera choix de tel ou tel de ces systèmes; tout de même que, dans les vers libres, la mobilité des mètres et la libre disposition des rimes doivent avoir pour objet de mieux traduire l'idée poétique, ici encore l'adoption d'une combinaison de mètres et de rimes doit être justifiée par la conformité du rythme à l'idée.

U8 TRATTli: DE VERSIFICATION FRANÇAISE.

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