‹ Nouveau traité de versification françaiseChapitre 55 sur 81 · LA GLOSE · texte numérisé non relu

LA GLOSE

La glose paraît avoir été introduite en France avec Anne d'Autriche et les Espagnols. Au reste, elle ne s'est jamais bien acclimatée chez nous, et le seul exemple qui mérite d'en être conservé est celui de la glose composée par Sarrazin sur le Sonnet de Job. Comme son nom l'indique, la glose consiste dans une paraphrase {on glose) d'une pièce de vers. Elle peut prendre toutes les formes suivant la nature de la pièce à laquelle elle s'adapte ; chacun des vers de cette pièce doit servir de dernier vers à chaque strophe de la glose. Nous ne donnerons ici que le premier quatrain du Sonnet de Job,

et les quatre premières strophes de la glose correspondante.

Job de mille tourments atteint Vous rendra sa douleur connue, Mais raisonnablement il craint Que vous n'en soyez pas émue...

(BENSBnADB.)

Monsieur Esprit, de l'Oratoire, Vous agissez en homme saint De couronner avecque gloire Job de mille tourments atteint.

L'ombre de Voiture en fait bruit, EL s'étant enfin résolue De vous aller voir cette nuit, Vous rendra sa douleur connue.

C'est une assez fâcheuse vue, La nuit, qu'une Ombre qui se plaiat; Votre esprit craint cette venue.

Et raisonnablement il craint.

Pour l'apaiser, d'un ton fort doux, Dites : j'ai fait une bévue.

Et je vous conjure à genoux Que vous n'en soyez point émue...

l'iamre.

Le mot ïambe, aujourd'hui consacré par l'usage, sert h désigner un genre de poème de longueur indéterminée, construit en vers alternés de douze et de huit syllabes à rimes croisées. Ce qui peut distinguer l'ïambe des

^B: strophes de quatre vers analogues, c'est que le sens ^B, s'y poursuit sans interruption. L'ïambe n'est véritablc- ■^ ment devenu un genre qu'avec André Ghénier et Auguste Barbier. Voici un fragment de la Cw^ée :

Ainsi, quand dans sa bauge aride et solitaire,

Le sanglier frappé de mort Est là, tout palpitant, étendu sur la terre

Et sous le soleil qui le mord.

Lorsque, blanchi de bave et la langue lirée.

Ne bougeant plus en ses liens, Il meurt, et que la trompe a sonné la curée

A toute la meute des chiens :

Toute la meute, alors, comme une vague immense,

Bondit; alors, chaque mâtin Hurle en signe de joie et prépare d'avance

Ses larges crocs pour le festin; Et puis vient la cohue, et les abois féroces

Roulent de vallons en vallons; Chiens courants et limiers, et dogues, et molosses,

Tout s'élance et tout crie : Allons!

Quand le sanglier tombe et roule sur l'arène,

Allons! Allons! les chiens sont rois; Le cadavre est à nous : payons-nous notre peine,

Nos coups de dents et nos abois!

Allons! nous n'avons plus de valet qui nous fouaille

Et qui se pende à notre cou :

Du sang chaud! delà chair! allons, faisons ripaille

Et gorgeons-nous tout notre soûl !

Et tous, comme ouvriers que l'on met à la tâche,

Fouillent ses flancs à plein museau, El de l'ongle et des dents travaillent sans relâche.

Car chacun en veut son morceau, Car il faut au chenil que chacun d'eux revienne

Avec un os demi-rongé.

loH TRAITÉ DE VERSIFICATION FRANÇAISE.

Et que, trouvant au seuil son orgueilleuse chienne,

Jalouse et le poil allongé, Illui montre sa gueule encor rouge, et qui grogne,

Son os dans ses dents arrêté, Et lui crie, en jetant son quartier de charogne :

« Voici ma part de royauté. «

(A. Babijieb.) LE PANTOUM OU PANTOUN.

A l'imitation du pantoum malais traduit en prose par Victor Hugo dans les Orientales, M. Charles Asselineau et après lui M. Théodore de Banville, M"*Louisa Siéfert et d'autres poètes plus récents ont composé des pantoums. Ce poème est écrit en strophes de quatre vers de longueur indéterminée. Le second et le quatrième vers de chacune des strophes servent de premier et de troisième vers à la strophe suivante; dans la strophe finale, le premier vers du poème reparaît comme dernier vers. De plus, deux sens doivent se poursuivre parallèlement au cours du poème, un sens dans les deux premiers vers de chaque strophe, un autre sens dans les deux vers suivants.

Sur les bords de ce flot céleste Mille oiseaux chantent, querelleurs.

Mon enfant, seul bien qui me reste, Dors sous ces branches d'arbre en fleurs.

Mille oiseaux chantent, querelleurs.

Sur la rivière un cygne glisse.

Dors sous ces branches d'arbre en fleurs^ 0 toi, ma joie et mon délice!

Sur la rivière un cygne glisse Dans les feux du soleil couchant.

DES rOÈMES A FOP.ME FIXE. 1S9

0 toi, ma joie et mon délice, Endors-toi, bercé par mon chant!

Dans les feux du soleil couchant Le vieux mont estbrillant de neige.

Endors-toi, bercé par mon chant, Qu'un dieu bienveillant te protège!

le vieux mont est brillant de neige, A ses pieds l'ébénier fleurit.

Qu'un dieu bienveillant te protège!

Ta petite bouche sourit.

A .ses pieds Vébénier fleurit.

De brillants métaux le recouvrent.

Ta petite bouche sourit,

Pareille aux corolles qui s'ouvrent.

De brillants métaux le recouvrent, Je vois luire des diamants.

Pareille aux corolles qui s'ouvrent, Ta lèvre a des rayons charmants.

Je vois luire des diamants Sur la montagne enchanteresse Ta lèvre a des rayons charmants, Dors, qu'un rêve heureux te caressi !

Sur la montagne enchanteresse

Je vois des topazes de feu.

Dors, qu'un songe heureux te caresse,

Ferme tes yeux de lotus bleu !

Je vois des topazes de feu Qui chassent tout songe funeste.

Ferme tes yeux de lotus bleu Sur les bords de ce flot céleste!

(Tu. IlB BANyiLLF,)

1. Combien doit-on compter de syllabes dans les mots suivants : adieu, aloés, Antiochus, artificieux, avouant, commerciaux, confier, Diane, défiant, déplia, devrions, ennuyeux, expatrier, Ezéchias, fier, guivre, goélette, gratuité, huer, inconvénient, inférieur, lier, marsouin, oasis, oublieraient ^ plébéien, pluie. Galicien, rébellion, réglions, satiété, sociable, suicide, viennent, venions, elc. ? L'élève pourra citer des vers à l'appui.

2. Quels sont dans les vers suivants les mois dont la quantité s'éloigne de la métrique moderne?

Sanctifier d'avril le neuvième jour.

(RoNSiBD.)

Du pampre et de l'yerre environner son livre.

(Olivier de Magny.)

La hure d'un sanglier aux défenses meurtrières.

(Remy Belleau.)

Tous ces biens donc qu'alors nous voudrions avoir failf

(Anne de Marquets.)

Entre un poëte et un fou il y a peu à dire.

(Antoine de Cotkl.)

Je ne m'aperçois pas que la viande est preste.

(Régnier.)

EXERCICES DE VERSIFICATION. l61

De sa voix enrouée elle bruira ces mots.

(A. d'Addigné.)

Sache que dans les champs je ne suis point paysan.

(Théophile db Viaud.)

Suis-je donc gardien pour employer ce style?

(Molière.)

Nous nous taisons. — Sortez, c'est le mieux, je pense.

(Salnt-Evhemond.)

3. Citer dix mots ne pouvant prendre place dans le covpi d'un vers et donner les règles qui en défendent remploi.

4. Souligner dans les vers suivants les E muets comptant comme syllabe et mettre les autres entre parenthèses.

Bouddha.

Non loin de Bénarès, près des sources du Gange, Dans le Népal, auquel ses eaux font une frange, Il naquit d'une vierge; et le mystique époux Était un roi puissant, un prince sage et doux. Son nom fut Siddarta. Le jour qu'il vint au monde, On entendit au ciel une l'umeur profonde. Le palais, au premier regard du nouveau né, Resplendit comme si l'éclair l'eut sillonné. Les écrins précieux d'eux-mêmes s'entrouvrirent; Dans les jardins royaux les fleurs s'épanouirent ; De merveilleux lotus couvrirent les étangs, Et mille oiseaux, venus du ciel en même temps, Éclatèrent soudain en joyeuses fanfares, Cependant que partout les luths et les cithares Retentissaient, touchés par d'invisibles mains. Ainsi naquit Bouddha, le sauveur des humains.

(Léon Babracand).

Versification. 11

5. Indiquer le nombre des syllabes dans chacun des vers des deux pièces suivantes :

Tout mortel doit ici paraître.

On ne peut naître Que pour mourir.

De cent maux le trépas délivre.

Qui cherche à vivre Cherche à souffrir.

Venez tous sur mes sombres bords.

Le repos qu'on désire Ne tient son empire Que dans le séjour des morts.

Chacun vient ici-bas prendre sa place.

Sans cesse on y passe, Jamais on n'en sort.

C'est pour tous une loi nécessaire; L'effort qu'on peut faire ) N'est qu'un vain effort.

Est-on sage De fuir ce passage ?

C'est un orage Qui mène au port.

(QoiNAHLT. )

Ni le nom de Mélusine Pourtant, Ni le nom d'Argentine Ou de la comtesse de Flassand, Ni celui plus fameux de la reine Qui mourut d'aimer, Ne valent pour la nommer Le nom qu'elle tient de sa marraine.

Nom qui m'êtes courtois échanson De loyal heur, en ma chanson

Las ! faudia-l-il toujours vous taire ! 0 doux nom si gracieux, Qui faites pleurer mes yeux Quand ma bouche vous profère.

(Jean Moréas.)

6. Marquer les élisions et les hiatus dans les vers suivants. On distinguera des autres les hiatus admis par la versification contemporaine.

Le Poète courtisan.

Toi donc qui as choisi le chemin le plus court, Pour être mis au rang des savants de la cour, Sans mâcher le laurier, ni sans prendre la peine De songer en Parnasse et boire à la fontaine Que le cheval volant de son pied fit saillir. Faisant ce que je dis, tu ne pourras faillir. Je veux en premier lieu que sans suivre la trace (Gomme font quelques-uns) d'uu Pindare et Horace, Et sans vouloir, comme eux, voler si hautement. Ton simple naturel tu suives seulement.

Ce procès tant mené, et qui encore dure. Lequel des deux vaut mieux, ou l'art ou la nature, En matière de vers, à la cour est vidé : Car il suffit ici que tu soyes guidé Parle seul naturel, sans art et sans doctrine. Fors cet art qui apprend à faire bonne mine.

(J. DU Bbu,ay.)

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