‹ Nouveau traité de versification françaiseChapitre 58 sur 81 · ALEXANDRINS · texte numérisé non relu

ALEXANDRINS

Hors son pauvre troupeau, j'étais le seul ami qu'il eût sur cette terre; je vins, comme j'avais coutume, au presbytère, à la Saint-Jean d'été, à pied, par le sentier fréquenté du chamois, mes deux chiens en laisse et mon fusil sous le bras, fatigué de gravir ces monts sans cesse croissant, mais songeant au plaisir

que, versle soir, j'aurais à frapper à sa porte, à monler, à m'asseoir au coin de son ioj'er tout flamboyant d'érable, à voir étendue la nappe blanche et, couverte de fruit et de légume par ses mains, la table nous rassembler, causant dans la nuit bien avant. Déjà, il me semblait entendre dans mon oreille l'accent tendre et tremblant de sa voix touchante, et sentir tout son cœur, à défaut de mots en vain cherchés, me parler d'un serrement de main.

(Lamartine.) VERS LIBRES.

0 plaines de Forez! 0 rives de Lignon! Lieux consacrés aux plus tendres amours, Montbrison, Marcilli, noms pleins d'attraits toujours, que n'ètes-vouspeuplés de Silvandres et d'HilasI Mais pour nous consoler de ne pas les trouver, cesHilas et ces Silvandres, remplissons de ces douces chimères nos esprits, faisons- nous des bergers propres à nous charmer, et faisons-nous aussi des bergères, puisque nous voudrions aimer dans ces champs. Souvent, en s'attachant à de vains fantômes, notre raison séduite s'égare avec plaisir; ellemême jouit des plaisirs qu'elle a feints, et cette illusion répare pour quelque temps le défaut des vrais biens que l'avare nature n'a pas accordés aux humains.

(FoNTEJiELLE.)

15. Remplacer dans les alexandrins suivants les mois soulignés par des synonymes :

Ghio, lîle gaie, est pleine de gémissements.

Au fond d'une habitation où l'on entend les Ilots,

La jeune fille morte, ô père malheureux !

Dans ses longs cheveux blonds repose sur un litd'érable !

Ses yeux de violette, hélas! quand le jour brille,

Contiennent à présent la terrible nuit.

0 Dieu ! c'est l'époque où fleurit la pervenche.

Le père, avec horreur tordant sa barbe blanche.

S'en est allé gémir sur le rivage de la mer.

Dans l'abîme grondant, il verse un ruisseau amer

Et marche, déchiré par sa tristesse sans bornes.

(Th. de Banville.)

16. Remplacer dans les alexandrins suivants chacun des tirets par un mot approprié au sens et à la mesure.

Souvenir de collège.

Je me rappelle encor, non sans ravissement,

La classe, son travail, son silence — ;

Je tressaille, en songeant aux — soirées.

Sous les regards du — au devoir consacrées,

Quand, devant le pupitre en silence inclinés,

Nous n' — , parfois de nous-même étonnés,

Que d'instant en instant quelques pages froissées

Ou l'insensible bruit des plumes — ,

Qui, toutes à l'envi — sur le papier,

De leur — murmure enchantaient l'écolier.

0 jeunesse ! ô plaisirs ! jours — comme un songe !

Du moins, ces temps heureux, l'étude les — .

Elle laisse à nos — cette première paix

Que les autres plaisirs ne prolongent jamais.

Celui qui dans l'étude a mis sa jouissance

Garde sa pureté, ses mœurs, son — ;

Le miroir de sa vie est riant à ses yeux ;

Les jours ne sont pour lui que des moments — .

Pauvre, libre, content, sans — et sans envie,

Dans un lieu de son — il jouit de sa — ;

Et, quand le terme vient, il passe sans — Du calme de l'étude au — de la morl.

(P. LnRI'.DN.)

17. Compléter les vers suivants {vers de huit et de douze syllabes) :

L'offrande a Apollon.

Au pied de l'autel d'...

Un sage de la Grèce avait offert un...

Implorant ses faveurs...

Le vœu qu'il adressait était des plus... Mais lorsque d'une main il prodiguait 1'..,

De l'autre il bouchait ses...

Un augure, qui vint à s'en...

Lui dit: « Crains-tu l'odeur qu'exhale 1'...

— Sans doute, lui répond le...

L'encens avec justice honore les...

Mais s'il est pour les dieux un légitime...

C'est un poison pour les...

(Le Baili.y.)

18. Signaler les différences prosodiques qui peuvent exister entre les ve7's suivants et les vers classiques.

Aide la bêle est à sa fin alée.

Quidet li Reis qu'ele se seit pasmée ; Pitiet en ad, si 'n pluret FEmperere : Prent la as mains, si l'en ad relevée ; Sur les espalles ad la tête clinée.

Quand Caries veit que morte l'ad truvée, Quatre cuntesses sempres i ad mandées; Ad un mustier de nunneins est portée; La noit la guaitent entresqu'à l'ajurnée.

{Chanson de ftoland.)

EXERCICES DE VERSIFICATIOiV. 173

Calons, qui moût vaillanz et de grant cueur estoit, Et qui toz jors garder sa franchise voloit, Ne desoz autri estre nulement ne deignoit, Et que Cesaire moût mesprisoit et haoit, Por ce que la franchise des Romains abessoit, Toz les barons de Rome qu'il assembler pooit, Pour passer vers Aufrique avec lui amassoit Que encontre Cesaire la terre detenroit Et a tôt son pooir vers lui guerre menroit.

(Jacos Forbst).

Combien certes que grant bien me faisoit De veoir France que mon cœur amer doit... Il me souvint de la doulce plaisance Que souloie au dit pais trouver...

(Charles d'Ouléans.)

19. Signaler dans les vers suivants les particularités 01 thographiques spéciales à la poésie :

Ce roi, presques enfant, vit sa France allumée...

(RoNSABD.)

Donques votre lumière a donné de l'ombrage, Donc vous êtes couvert d'un éternel nuage.

(Mairet.)

Vous cherchez, Ptolémée, avecque trop de ruses, De mauvaises couleurs et de froides excuses.

(Corneille.)

L'un fait beaucoup de bruit qui ne lui sert deguères; L'autre en toute douceur laisse aller les affaires.

(Molière.)

Que si mêmes un jour le lecteur gracieux, Amorcé par mon nom, sur vous tourne les yeux.

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