‹ Nouveau traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme] (volume 2)Chapitre 67 sur 111 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DU SEPTIÈME COMMANDEMENT. A, Tu ne déroberas point.

Le bien d'autrui tu ne prendras, Ni retiendras à ton escient.

Dieu nous défend, par son septième Commandement, de prendre ou de retenir injustement le bien de notre prochain. Maître de tous les biens, Dieu les distribue comme il Jui plaît, et veut qu’on respecte l’ordre que sa providence a établi, défendant d’ôter aux autres ce qu'il leur a donné. Cette loi est écrite dans notre

éœur; consultons-le, et nous y lirons qu’il ne faut point faire aux autres ce que nous ne voulons pas qu’on nous fasse. : Si l’on nous enlevait ce qui nous appartient, nous crierions à l'injustice; c’en serait une en effet: mais un autre a le même droit que nous de se plaindre, quand on n’observe point la justice à son égard. Sans la justice la société ne saurait subsister ; il est donc défendu de faire tort à son prochain dans ses biens, en quelque manière que ce soit.

«Les ravisseurs du bien d'autrui, dit saint Paul, ne «seront point héritiers du royaume de Dieu.» C’est une injustice de prendre le bien d'autrui par surprise, par violence ou par fraude, c’est-à-dire en trompant son prochain soit par rapport au poids, soit par rapport à la qualité ou à la quantité de la marchandise qu’on lui vend.

Il n’est pas non plus permis aux enfants de rien prendre à leurs parents; c'est un véritable vol, contre lequel le Saint-Esprit s'élève avec force dans l’'Ecriture. Il déclare que « celui qui dérobe à son père ou à «sa mère, et qui dit que ce n'est pas un péché, a part au « crime des homicides.» Comment cela? C'est qu'un jeune libertin qui vole ses parents pour satisfaire ses passions semble vouloir s'emparer de leur succession et jouir de leur bien avant leur mort, qui tarde trop à son gré; ce qui suppose un cœur barbare et qui s’est dépouillé de tous les sentiments de la nature.

C'est encore une injustice que de retenir le bien d'autrui en ne payant pas ce que l’on doit, comme les gages aux serviteurs OU le salaire aux ouvriers. « Lors- «que quelqu'un aura travaillé pour vous, disait Tobie «à son fils, payez-lui aussitôt ce qui lui est dû, et que la «récompense du mercenaire ne demeure jamais chez «vous.» C’est une injustice de ne pas rendre ce qui nous a été confié, de s'approprier les choses que l'on a trouvées, de prêter à usure, c’est-à-dire en recevant plus qu'on n’a prêté. C'est encore une injustice de causer quelque dommage au prochain, comme de détruire ou ‘de gâter ce qui lui appartient, soit qu’on fasse le mai par soi-même, soit que l'on conseille aux autres de le faire.

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on lui a causé quelque préjudice, il ne suffit pas de s’en repentir, d’en daihdes pardon à Dieu; il faut encore restituer au prochain ce qu’on lui a pris, et réparer le dommage qu'on lui a causé: sans cette réparation il. n’y a point de pardon à espérer, point de salut à attendre; car on ne peut entrer dans le ciel avec le bien d'autrui. Lorsqu'on ne peut restituer tout de suite, il faut au moins avoir une volonté sincère de s'acquitter de cette obligation aussitôt qu’on le pourra, et faire tous ses efforts pour se mettre en état de la remplir.

Ce Commandement oblige aussi de faire l’aumôue, chacun selon ses moyens et les besoins des pauvres; c’est le Sage qui nous en assure lorsqu'il dit qu’on doit assister le pauvre à cause du Commandement, et ne le pas abandonner dans sa pauvreté. Saint Jean dit que si quelqu'un a des biens dans ce monde, et que, voyant son frère en nécessité, il lui ferme son cœur, la charité ne peut demeurer en lui; et Jésus-Christ condamnera au feu éternel ceux qui auront refusé de l’assister dans la personne des pauvres.

On est obligé, dit saint Thomas, de faire l’aumône aux pauvres lorsqu'ils sont dans la nécessité, et qu’on a plus que le nécessaire, selon son état et sa condition.

Quoique l’aumône se prenne directement pour la distribution qu’on fait aux pauvres de biens temporels, on peut dire cependant qu’il y en a une autre bien plus méritoire : elle consiste à soulager le prochain dans ses misères et ses besoins spirituels en contribuant au salut des âmes, soit par de bons exemples et de bons conseils, soit en leur procurant ou en leur donnant ‘instruction. C’est à quoi sont principalement obligés les pasteurs et tous ceux qui sont chargés d’instruire les autres et de travailler à leur salut et à leur sanctification.

Sauver la vie à un pauvre qui manque de nourriture, est sans doute un grand bien; mais contribuer au salut d’une âme est une œuvre dont on ne connaîtra le prix que dans l’autre monde.

«Celui, dit saint Jacques, qui gagnera son frère’ sauvera «son âme et couvrira la multitude de ses péchés.» «Celui «qui en instruira plusieurs, dit le prophète Daniel, brillerg “comme les astres du firmament.»

Hisrorres. — Un barbier chinois, qui était chrétien, trouva dans une rue de Pékin une bourse où il y avait vingt pièces d'or. Il regarde autour de lui pour voir si personne ne la réclame, et jugeant qu’elle pat appartenir à un cavalier

ui märchait à quelques pas devant lui, il court, l'appelle et le joint. «N’avez-vous rien pus Monsieur ?» lui dit-il. Ce cavalier fouille dans sa poche, et n’y trouve plus de bourse. « J'ai perdu, répondit-il, tout interdit, vingt pros d’or dans « une Na. 0e soyez point en peine, répliqua le barbier : « la voici; rien n’y manque» Le cavalier la prend, et, revenu de sa peur, il admire une si belle action dans un homme d’une condition obscure. «Mais qui êtes-vous donc? demande- « t-il; comment vous appelez-vous? d'où êtes-vous ?—Il importe « peu, reprend le barbier, que vons sachiez qui je suis; il suffit « de vous dire que je suis chrétien, et un de ceux qui font pro- « fession dela sainte Loi. Elle défend non-seulementde dérober «le bien d'autrui, mafs même de retenir ce que l’on trouve par « hasard, quand on peut savoir à qui il appartient.» Le cavalier fut si touché de la pureté de cette morale, qu’il alla sur-lechamp à l’église des chrétions pour se faire instruire des mystères de la Religion. .

Lettres édifiantes.

__Un fameux usurier, se voyant près de mourir, fit appeler un confesseur. Celui-ci, ayant trouvé que tout son bien était acquis par la voie injuste de l’usure, lui dit qu’il fallait absolument restituer. «Mais que deviendront mes enfants? « dit le malade.—Le salut de votre âme, dit le confesseur, « doit vous être plus cher que la fortune de votre famille.—Je « ne puis me résoudre à ce que vous exigez, reprit le moribond, «et j’en courrai les risques.» Il se tourne vers la muraille de son lit et meurt. Quelle mort! combien elle doit faire trer:bier ceux qui ne doivent les biens qu’ils possèdent qu'a la fraude et à l'injustice!

Explications du Cutéchisme de l'Empire.

Exercices. — 1 Que nous défend le septième cémmandement ? 9, Sur quoi est fondé le respect du bien d’autrui?—3. En combien de manières prend-on le bien d'autrui ?—4. Est-il permis aux enfants de prendre quelque chose àleurs parents ?—5. Peut-onretenir le salaire des ouvriers, des serviteurs ?—6. A quoi est-on obligé quand on a fait tort à son prochain?—7. A quoi sommesnous encore obligés par ce commandement ?—8, Ne devons-nous assister le prochain que de nos biens temporels ?—9. Quelle sera Ja récompense de ceux qui contribnent au salut des autres ?

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