DU HUITIÈME COMMANDEMENT
Tu ne porteras point de faux moignage contre le prochain.
Faux témoignage ne diras, Ni no. aucunement.
Dieu défend, par le huitième Co témoignage en justice, le mensonge, peut faire tort au prochain.
Dieu est la vérité même; tout ce qui blesse la vérité l'offense : voilà le fondement de la défense qu’il nous fait si souvent dans l’Ecriture de parler contre la vérité. Ce vice est en effet très-opposé à la société que Dieu a établie entre les hommes. Pourquoi la parole leur at-elle été donnée? N'est-ce pas afin qu’ils se communiquent mutuellement leurs pensées ? C’est donc abuser du don de la parole que de s’en servir pour exprimer le contraire de ce que l’on pense. Ce principe est si évident, que les païens mêmes l'ont fort bien ‘compris, et quelques-uns d’éntre eux l’ont pratiqué avec exactitude. Le mensonge est si odieux, qu’il n’est pas même permis de s’en servir par forme de jeu et d’amusement, non plus que sous le prétexte de sa propre utilité ou de celle de son prochain.
Mais c’est un mal bien plus grand quand il nuit au prochain, quand il tend à le diffamer, par exemple quand on lui attribue un vice qu’il n’a point, ou une faute qu’il n’a pas commise: c’est ce qu’on appelle calomnie. Ce crime renferme une méchanceté et une noirceur qui révoltent toute âme honnêté” «La. langue «du calomniateur, selon l’expression de l’Ecriture, est «une épée à deux tranchants qui fait des blessures «mortelles.» (Ce n’est pas seulement la fortune du prochain qu’il attaque: c’est son honneur, sa réputa-
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bon qu'il at ravir injustement, c’est-à-dire un bieïl plus préciééf que l'or, et dont. la perte nous est infiniment plussensible.
ais ce qui met le comble à l’énormité de la calomnie, c’est lorsqu'elle est portée devant le juge et confirmée par la religion du serment, qui consiste à déposer en justice contre la vérité. Le faux témoin, outre l’injustice atroce qu'il commet envers l’innocent qu’il veut perdre, se rend coupable d’une impiété horrible envers Dieu, dont il profane le nom redoutable en le faisant servir à appuyer le mensonge et l’iniquité.
Ceux qui ont fait tort au prochain par de faux rapports doivent réparer l'injustice qu’ils ont commise et toutes les suites qu’elle a entraînées; il faut qu’ils rétablissent l'honneur qu’ils ont ravi, ce qui ne peut guère se faire que par l’aveu public de leur imposture : mais il est Juste qu'ils sacrifient leur propre réputation pour rétablir celle qu'ils ont injustement flétrie.
Ce Commandement défend aussi de médire de son prochain, c’est-à-dire de faire connaître le mal qu’il a fait. Tant que la faute qu’il a commise reste cachée, il conserve sa réputation: publier cette faute, c’est la lui ravir injustement. Voudrions-nous qu’on fit connaître nos défauts cachés? Non, certainement; nous devons donc taire ceux de nos frères. Aussi la médisance est-elle mise, dans l’EÉcriture sainte, au nombre des crimes qui excluent du bonheur éternel. Semblable au feu porté par le vent, la médisance passe de bouche en bouche, embrase tout, et noircit du moins ce qu’elle ne peut consumer; c’est un mal inquiét qui trouble la société, jette la dissension dans les familles, remplit tout de désordre et de confusion: elle est une source empoisonnée de haines et de vengeances, et pêr conséquent un assemblage de crimes et d’iniquités. Le médisant est coupable de tous les péchés dont il a été l’occasion ; il a péché dans tous ceux qui ont répété cette médisance après lui; il a péché dans ceux mêmes qui l'ont écoutée, car il est défendu non-seulement de parler mal du prochain, mais encore d'écouter le mal qu’on en dit. Si personne n’écoutait la médisance, il n’y au. rait point de médisants. La complaisance avec laquelle
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là on se rend compiice de leur péché.
De toutes los médisances, la plus noire et la plus funeste quelquefois dans ses suites est celle qui consiste à rapporter en secret à un homme ce qu'un autre a dit ou fait contre lui: ces rapports produisent presque toujours dans le cœur de celui à qui ôn les fait des haines, des désirs de vengeance, qui se terminent par des inimitiés irréconciliables. L’accusé, qui ne sait pas ce qu’on dit de lui, n’a aucun moyen de se justifier, ou de s'expliquer, ou de faire satisfaction. Le caractère de celui qui fait ces rapports secrets est tracé dans l’Ecriture en ces tormes : «Il y a six choses que le Seigneur «hait, et son cœur déteste la septième; cette septième «chose est le crime de celui qui sème la discorde entre « ses frères.» Ù
Il est cependant permis de découvrir les défauts du prochain lorsqu'ils sont contagieux et qu'ils peuvent nuire aux autres. Mais alors même il ne faut les déclarer qu'aux personnes qui peuvent remédier au mal et en détourner les autres; loin de blesser en cela la charité, c’est en remplir le devoir le plus naturel et le plus pressant: c’est aimer son prochain que de l’empêcher de se perdre lui-même et de perdre les autres; c’est l'aimer que de préférer à sa réputation son salut éternel et celui des personnes avec qui il vit.
Quoique la médisance soit moins criminelle en ellemême que la calomnie, cependant elle est souvent plus funeste dans ses suites: le tort qu’elle fait au prochain est presque irréparable. En effet, quand on a imputé à quelqu'un une faute qu’il n’a point commise, l’on peut et l’on doit se rétracter ; par ce désaveu on guérit la plaie qu'on lui avait faite, et l’on rétablit sa réputation : mais quand le mal qu’on a dit est vrai, on ne peut pas se rétracter; ce serait dire un mensonge, ce qui n’est pas permis. Ainsi, quand même on viendrait à s’en repentir, il n’est presque pas possible de lui rendre ce qu'on lui a fait perdre; il faut néanmoins réparer le mal, autant qu’on le peut, en disant de lui tout le bien que lon connaît, pour effacer ou du moins affaiblir les mauvaises impressioris que la médisance a causées.
us défend par le huitième Commandement ent de parler mal de notre prochain, mais en avoir mauvaise opinion sons. Il n’est donc pas de faibles indices, sans preuve qu’il a fait un mérité, puisque pur là on s'expose Il a droit à notre estime tan vaincu ; la lui retirer sans une raiso
non-seulem
sans de justes raipermis de juger son prochain sur pparences équivoques ; croire cest une injuste téà condamner un intqu’il n’est pas conn suffisante, c’est lui
Le jugement téméraire est donc contraire il ne l’est pas moins à la charité.
est si fort recommandée dans l'E penser avantageusement de nos frères, rablement leurs actions, manifestement mauvais.
pense point le mal :» elle est évident, elle ne le croi effet, quand on aime quel à le croire innocent que coupable.
sans des raisons sufisantes, d’une mauvaise action ou suje sans doute: ne faisons voudrions pas qu’on nous fit.
Ce serait un jugemen beaucoup plus criminel, tentions à des actions mêmes, et de supposer dont la conduite extérieur Rien cependant n’est hignité répandre son Ce fonds de malignit parences de la vertu, âme noire et corrompu autres d’après eux-mêmes ; sincères, ils se persuadent sont aussi; ils sont édifiés d’u à la vertu, et il ne leur vient dehors puissent cacher le vice pres défauts, dont ils doivent font point attention à ceux d
à la justice, Cette vertu, qui nous nous porte à à interpréter favoà excuser tout ce qui n’est pas « La charité, dit saint Paul, ne ne voit le crime que lorsqu'il t que lorsqu’il est prouvé. X on est bien plus disposé Voudrions-nous que, Ou nous jugeât coupables ts à quelque défaut? Non, ce que nous ne
donc pas aux autres
t plus téméraire encore, et d'attribuer de mauvaises inbonnes et louables par ellesdes motifs vicieux dans ceux e est régulière et éd'fiante.
plus ordinaire que de voir la mapoison sur des actions vertueuses.
» Qui voit le vice à travers les apne peut done partir que d’une gens de bien jugent des comme ils sont droits et ment que les autres le n extérieur qui convient pas dans l'esprit que ces Occupés de leurs prorendre compte, ils ne es autres; et, par cette
Et un parler aussitô fit effa que no autant
ExERr commar est si of est-elle l’'énormi ait du t médisan Ssible, —$
nandement bain, mais justes raiochain sur les; croire injuste té- 1er un inst pas con- , C’est lui
la justice, ; qui nous s porte à réter favon'est pas & Paul, ne > lorsqu'il uvé. n 18 disposé nous que, coupables t? Non, le nous ne
ncore, et raises inpar ellesans ceux éd'fiante.
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8 les apue d’une gent des droits et autres le convient que ces
Ssible, —8. Quelles en sont les suites ?
conduite charitable envers le prochain, ils se préparent à eux-mêmes un jugement favorable au trivunal de Dieu, car Jésus-Christ nous a promis de nous juger de la même manière que nous aurons jugé les autres.
Hisrorres. — L’évêque Firmus, dit saint Augustin, ca- Chaït par charité dans sa maison un homme qu’on cherchait pour le faire mourir, Les officiers de l’empereur demandèrent à cet évêque où était cet homme, «Je ne puis pas vous ré- « pondre, leur dit Firmus, parce que j i
e ne puis ni mentir, ni « découvrir celui que vous cherchez.» On fit souffrir au saint
évêque de cruels tourments pour savoir de lui Où était cet homme; on le tienaça même de la mort. «Je sais souffrir et «mourir, leur dit-il, mais je ne sais point parler quand il s’agit «de parler cvatre la vérité ou contre le prochain.» On le présenta à l’empereur, qui, ayant admiré la vertu de ce saint évêque, le renvoya, et fit grâce À celui qu'il cachait chez lui. “e trait nous fait voir qu'il vaut mieux souffrir la mort que “e mentir ou de blesser la charité envers le prochain.
Rapporté par S. Auvausrix.
— Saint Augustin, pour empêcher la médisance, trop ordinaire dans les repas, avait fait écrire dans le li il mangeait deux vers latins dont voici le sens :
ui est eu où
Loin d'ici, médisants,
Dont la langne coupable Déchire l'honneur des absents !
On ne permet à cette table
Que des entretiens innocents.
Et un jour que quelques-uns de ses amis commencaient à parler des défauts de leur prochain, le saint les en reprit aussitôt en leur disant que, s’ils ne cessaient, il fallait ou qu’il fit effacer ces vers, ou qu’il se levât de table, — C’est ainsi que nous devons user de fermeté Pour empêcher la médisance autant que nous le pouvons.
Vie de S. Auqustin, par Possiprus.
ExERc1CES. — 1.
Commandement ?—2 est si opposé à Dieu et si odieux aux hommes.—3, La calomnie est-elle bien coupable ?—4, Qu'est-ce qui porte à son comble l’énormité de la calomnie ?-5, À quoi est-on Obligé quand on a ait du tort à la réputatio i ce que la Médisance ?—7. Montrez combien la médisance est répréhen- —%. De toutes les médi-
défendus par le huitième e pourquoi le mensonge
eq Dom I à
sances, quelles sont les plus funestes 9—10. Quand est-il permis de déœuvrir les défauts du prochain ?—11. Montrez que la médisance est parfois plus nuisible que la calomnie.—12. Le huitième commandement ne défend-il que les paroles contre le prochain ?—13, Faites comprendre que le jugement téméraire est contraire à la justice et à la charité.—14. Interpréter le bien en mal, juger témérairement, est-il un défaut bien rare ?— 15. Que doit-on penser de ceux qui voient si facilement les défauts d'autrui ?
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