‹ Nouveau traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme] (volume 2)Chapitre 71 sur 111 · DIXIÈME COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

DIXIÈME COMMANDEMENT

Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ... ni rien

qui soit à lui.

Biens d'autrui ne convoiteras, Pour les avoir injustement.

Dieu, après avoir défendu, par le septième Commandement, de prendre ou de retenir le bien d’autrui, défend, par le dixième, de le désirer à son préjudice. Remarquons la différence essentielle qu’ily a entre la Loi de Dieu et les lois humaines. Celles-ci ne règlent que les actions extérieures, parce que les hommes ne voient que ce qui paraît au dehors; mais la Loi de Dieu défend jus-

qu'au désir et

aux pensées les plus secrètes, parce que

Dieu voit le fond du cœur. Sans doute il n’est point défendu de désirer le bien d'autrui quand on se propose de l'acquérir par des voies légitimes et de son consentement; autrement il ne serait pas permis de rien acheter. Quand on achète une maison, une terre, c’est qu’on désire de l'avoir ; mais ce désir est légitime lorsqu'on n’emploie, pour s’en rendre maître, que les moyens justes et autori-

sés par les lois.

Ce qui est

défendu par ce Commandement, c’est le

désir d'acquérir injustement ce qui appartient au pro-

chain, c’est |

attachement déréglé pour les richesses,

c'est l'empressement d’en acquérir, c’est la cupidité,

que saint Pau

1 appelle la racine et la source de toute

sorte de maux, et que Dieu maudit en ces termes dans le prophète Isaïe: « Malheur à vous qui joignez maison « à maisod, qui ajoutez terres à terres, jusqu’à ce que

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«la place vous manque, comme si vous étiez les seuls «qui habiterez sur la terre!» Rien n’est lus opposé à l'esprit de l'Evangile que cette avidité de richesses qui veut toujours acquérir, qui fait que l’on n’est jamais content de ce qu’on a et que l’on craint toujours de manquer, que l’on amasse, que l’on accumule comme si l’on ne devait pas mourir. Un homme livré à cette passion n’est occupé que du soin de la satisfaire. Il y pense le jour, il y réfléchit la nuit, il sacrifie son repos, sa santé, sa vie même. A force de vouloir ge procurer un prétendu bonheur, que l'imagination fait consister dans l’opulence, il se rend malheureux, et il consume ses années dans un tourment perpétuel. Que d’injustices cette passion ne fait-elle pas commettre ! qfte de fraudes ! que de violences! On compte pour rieg sa conscience et son salut, pourvu que l’on grossisse ‘son trésor: en un mot, on ne connaît plus d'autre Dieu que l'argent. C’est pour cela que saint Paul appelle cette passion une idolâtrie, et que Notre-Seigneur nous dit dans l'Evangile qu'on ne peut servir deux maîtres, qu’on ne peut aimer en même temps Dieu et l'argent.

Ce n’est pas qu’il nous défende de posséder des richesses, puisque c’est la Providence qui les donne; mais il défend de s’y attacher: il défen] d’y mettre son affection, de faire consister son bonheur à les posséder : ce pe sont pas les richesses qu’il condamne, c’est le dési immodéré de les acquérir. Des biens passagers, des bicns périssables, qui coûtent mille peines à acquérir, que l’on ne conserve qu’avec des inquiétudes inänies, qui nous seront certainement enlevés un jour, et dont on n’empor'era rien avec soi; des biens qui nous causeront d'autant plus de douleur, quand malgré nous il faudra les quitter, que nous y aurons été plus attachés : de tels biens sont-ils propres à nous rendre heureux ? Rien n’est donc plus sage que cette leçon que nous donne le saint-roi David: « Si vous avez des richesses, «n’y attachez point votre cœur 5» et si Dieu ne vous a point fait naître dans l’opulence, ne cherchez point à devenir riches. C’est encore le conseil que Jésus-Christ nous donne: « Ne cherchez point à amasser des tré-

“80rs sur la terre, où la rouille et les vers consument

ET

« tout, nous dit-il; mais travaillez à amasser des trésors «dans le ciel, où il n’y a mi rouille ni vers qui les «consument ; … car où est votre trésor, là aussi est votre

« cœur.»

Hisrorre. — Tobie, qui était devenu aveugle, ayant en tendu crier un chevrenu qu’Anne, sa femme, avait eu pour salaire de son travail, lui dit: « Prenez garde u’il n’ait été dérobé. Rendez-le à ceux à qui il pe Last 1 ne nous est pas permis de toucher à ue chose qui ait été dérobé.» Se voyant proche de sa fin, il donna cet avis à son fils: « Lorsque-quelqu’un aura travaillé pour vous, payez-lui ausaitôt ce qui est dû pour son travail. Que la récompense du mercenaire ne demeure jamais chez vous.» Tob., 1v.

Exeroices. — 1. Montrez la différence qu’il y a entre la loi divine et les lois humaines.—2. Est-il toujours défendu de désirer le bien de son prochain ?—8. Qu'est-ce qui nous est défendu par le dixième commandement ?—4, L'avidité des richesses est-elle bien opposée à l'Evangile ?—6. Quelles sont los suites de l’ardent désir de s'enrichir ?—6. L'Evangile défend-il de posséder des richesses ?—7. Comment faut-il les posséder ?

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