DU SACREMENT DE L'EUCHARISTIE
ARTICLE PREMIER
Institution de l'Eucharistie. Transsubstantiation.
L’Eucharistie est un sacrement qui contient réellement et en vérité le corps, le sang, l'âme et la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ, sous les espèces du pain st du vis.
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C’est le plus grand et le plus auguste de tous les sacrements. En eflet, les autres sacrements nous donnent la
âce, mais l’Eucharistie nous donne l’Auteur de la grâce,
ieu lui-même. Par elle Jésus-Christ demeure en nous, et nous demeurons en lui.
Notre-Seigneur en avait fait la promesse longtemps avant qu'il l’instituât : nous la lisons au chapitre sixième de l'Evangile de saint Jean. Après avoir dit aux Juifs: « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel,» Notre- Seigneur ajouta: «Le pain que je donnerai c’est ma «chair que je livrerai pour la vie du monde.» Et comme les Juifs en murmuraient, il insista de nouveau et plus fortement encore, en disant: «En vérité, en « vérité je vous le dis: Si vous ne mangez la chair du « Fils de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous «n’aurez point la vie en vous; celui qui mange ma « chair et boit mon sang demeure en moi, et je demeure «en lui.»
I] a exécuté cette promesse, la veille de sa Passion, dans la cène où il mangea l'agneau pascal avec ses Disciples. Il prit le pain, et après avoir rendu grâces à son Père, il le rompit et le donna à ses Disciples en disant: « Prenez et mangez; ceci est mon corps, qui sera « livré pour vous; fuites ceci en mémoire de moi.» Puis, prenant le calice, il dit: « Buvez-en tous ; c'est mon sang, «le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour « vous et pour plusieurs pour la rémission des péchés : « faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous le « boirez.»
Les espèces du pain et du vin, que nous voyons et que nous goûtons, sont le signe sensible qui nous fait connaître l'effet invisible de l’Eucharistie; elles signitient que le corps et le sang de Jésus-Christ sont la nourriture spirituelle de nos âmes, comme le pain et le vin sont la nourriture de nos corps. Mais quoique ces apparences, comme la couleur, la figure et le goût, restent les mêmes après la consécration, il n’y a plus de pain ni de vin: toute la substance du pain est changée en celle du corps de Jésus-Christ, et toute la substance du vin est changée en celle de son sang; de
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la croix, et qui est maintenant dans le ciel. Et quoiqu’on ne voie pas le corps de Jésus-Christ, mais seulement les espèces, il y est cependant réellement: on voit donc les apparencés d’un pain qui n’existe plus, et on ne voit pas le corps de Jésus-Christ, qui y est réellement.
Comme c’est un corps vivant et animé, il s'ensuit que Jésus-Christ est tout entier sous chacune des deux espèces, et tout entier sous chaque partie des mêmes espèces: sous l'espèce du pain, le corps de Jésus-Christ est uni à son sang, à son âme et à sa divinité, et sous l’espèce du vin, son sang est uni à son corps, à son âme et à sa divinité; car, maintenant que Jésus-Christ est glorieux et immortel, il ne peut plus être divisé, son sang ne peut être séparé de son corps. On reçoit donc autant en communiant sous une seule espèce que si l’on communiait sous les deux espèces.
C’est par la vertu toute-puissante des paroles de Jésus- Christ prononcées en son nom par le prêtre, que se fait le changement admirable du pain et du vin en son corps et en son sang. C’est Jésus-Christ lui-même qui opère toutes ces merveilles par l’organe de ses ministres; lui qui a changé autrefois l’eau en vin aux noces de Cana, lui qui de rien a fait le ciel et la terre, peut tout ce qu’il veut; et il lui est aussi facile de changer une substance en une autre substance que de tirer du néant toutes choses par sa seule parole. Nous ne comprenons pas, à la vérité, comment toutes ces merveilles s’opèrent, mais nous savons que rien n’est impossible
à Dieu, et nous croyons sur la parole de Jésus-Christ, :
qui nous a aimés jusqu’à opérer en notre faveur des choses que nous ne pouvons comprendre. Dieu peut faire ce prodige, puisqu'il est tout-puissant: il le fait réellement, puisqu'il nous assure que c’est son corps. Nous devons donc écouter sa parole avec respect et avec docilité, et ne pas raisonner sur une chose qui surpasse notre raison, ni chercher l’ordre de la nature dans ce qui est au-dessus de la nature. (Croyons done, croyons sur la parole de notre Dieu qui est réellement présent dans l’Eucharistie; croyons, malgré le témoignage de nes sens, qu’il n’y a plus de pain ni
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de vin; quand Dieu parle, nous ne devons plus écouter nos sens.
Notre-Seigneur, pour nous unir intimement à lui, a voulu devenir notre nourriture; il nous a ordonné de boire ce même sang qu’il a versé pour nous, et de manger la victime immolée pour nous sur la croix. Il a donc prodigué les miracles pour nous procurer ce bonheur.
Hisrorre. — Saint Ambroise, s’adressaut dans un de ses discours à saint Laurent martyr, s’écrie: « D’où vous vient donc, Ô ilivstre Martyr, d'où vous vient donc ce courage inexplicable qui vous fait supporter les plus affreux tourments comme si vous étiez insensible? Le feu consume vos membres, et vous bravez le tyran et ses bourreaux ! Ah! c’ess que vous avez reçu, dans la sainte communion, le Dieu fort et puissant, c’est que son sang coule dans vos veines [»
EXxERCICES. — 1. Que contient le sacrement de l’Eucharistie, quelle idée devons-nous en avoir, et pourquoi ?—2. Par quelles paroles notre Seigneur Jésus-Christ a-t-il fait la promesse de l’Eucharistie? quand et comment l’a-t-il exécutée?—3. En quoi est changée la substance du pain et celle du vin ?— 4. Reçoit-on Jésus-Christ tout entier sous l’espèce du pain, et pourquoi ?—5. Par quelle vertu s'opère cet admirable changement, et comment le nomme-t-on ? —6. Qu'est-ce qui peut nous aider à croire ce changement, quoique nous ne le comprenions pas ?
ARTICLE Il, Des dispositions pour recevoir lEucharistie.
I] n’y a point de Sacrement qui nous unisse plus étroitement à Dieu que la divine Eucharistie ; il n’y en a point, par conséquent, auquel nous devions nous préparer avec plus de soin. Plus ce Sacrement est saint, plus on doit y apporter de saintes dispositions. (Ce n’est pas à un homme, c’est à un Dieu qu'on prépare une demeure. Parmi ces dispositions, les unes regarde l’âme, et les autres le corps.
La première disposition de l’âme, c’est la pureté de conscience. ii faut s'éprouver soi-même, selon Île pré-
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cepte de l’Apôtre, avant de manger ce pain ékouvoir y: si l’on se sent coupable de quelque péché me. l est nécessaire de recourir au sacrement de Pénités. s L’Eucharistie suppose la vie spirituelle dans ceux qu la reçoivent; il faut être vivant pour s’en nourrir: c’est le Dieu de pureté qui se donne à nous; il ne se plaît que dans un cœur pur. (C’est pour faire po cette vérité à ses Apôtres que Jésus-Christ leur lava les pieds avant de leur donner son corps à manger et son sang à boire. (C’est pour la même raison que, dans la primitive Eglise, le diacre, se tournant vers le peuple avant la consécration des saints Mystères, disait à haute voix: « Les choses saintes sont pour les saints.» L’innocence du Baptême, ou conservée ou réparée par la pénitence, est cette robe nuptiale sans laquelle on ne doit point paraître au festin du Père de famille. Cette innocence, cette pureté est la principale disposition; muis il faut y joindre une foi vive, une ferme espérance et une ardente charité.
L'Eglise appelle l’Eucharistie un Mystère de foi: celui qui s’en approche doit croire sans hésiter qu’en le recevant c’est Jésus-Christ qu'il reçoit, le même qui est venu au monde, qui est mort pour nous sauver, qui est ressuscité glorieux, et qui est maintenant, dans le ciel, à la droite de son Père. La ferme espérance consiste À attendre avec confiance de Jésus-Christ tout ce que nous lui demandons par rapport à notre salut; puisqu'il se donne lui-même tout entier, que pourrait-il nous refuser ? Il a déclaré que celui qui mange sa chair et boit son sang aura la vie éternelle, et qu’il ressuscitera au dernier jour; après une telle promesse, quelle confiance ne devons-nous pas avoir en sa bonté! Allons donc à la sainte table dans la même disposition que cette femme de l'Evangile qui disait en elle-même: Si je touche seulement le bord de sa robe, je serai guérie, et qui effectivement le fut à l’heure même.
L’Eucharistie est un Sacrement d'amour; c’est par un amour incompréhensible que Jésus-Christ l’a instituée ; ne serait-ce pas une ingratitude monstrueuse de la recevoir dens un cœur froid et indiférent? Mais cet
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