DE L’ORAISON DOMINICALE
ARTICLE PREMIER
De ce qu'il faut demander à Dieu.
C’est Notre-Seigneur lui-même qui nous 4 enseigné ce que nous devons demander à Dieu, et l'ordre dans lequel il faut le demander. Il a bien voulu lui-même dresser la requête que nous devons présenter en son nom au Père éternel, et nous laisser une excellente formule de prière, que l’on appelle pour cette raison la prière du Seigneur, ou l’Oraison Dominicale. «Jésus- « Christ, dit saint Jyprien, entre autres avis et préceptes «salutaires qu’il a donnés à son peuple pour le conduire «au salut, lui a prescrit une formule de prière, afin que «nous fussions plus facilement exaucés par le Père, «lorsque nous lui adresserions la prière même que son «propre Fils nous a apprise. Prions donc, ajoute ce saint « docteur, comme notre Maître et notre Dieu nous l’a «enseigné; c’est une prière bien agréable à Dieu que «celle qui vient de lui-même, que celle qui frappe ses «oreilles par les paroles de Jésus-Christ: que le Père «reconnaisse les paroles de son Fils quand nous le «prions. Puisque c’est Jésus-Christ qui est notre avo- «cat auprès du Père, servons-nous des propres paroles « de notre intercesseur ; il nous assure que le Père nous «accordera tout ce que nous lui demanderons en son «nom; combien plus nous accordera-t-il, si nous de- «mandons non-seulement en son nom, mais par ses «paroles l» Aus l'Eglise fait-elle un usage continuel de cette divine prière ; c’est par elle qu’elle commence et qu’elle finit tous ses offices: elle la rappelle en partieulier au saint sacrifice de la Messe. Les vrai: fidèles
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ne manquent jamais de la réciter tous les jours, au moins le matin et le soir.
L’Oraison Dominicale est composée d’une courte préface et de sept demandes, dont les trois premières se rapportent à Dieu, et les quatre autres nous regardent nous-mêmes: elle renferme tout ce que nous pouvons désirer et demander à Dieu; elle est la règie sur la: que nous devons former nos sentiments et nos désirs.
ous pouvons bien rous servir d’autres paroles dans nos prières, mais nous ne pouvons demander à Dieu autre chose que ce qui y est enfermé; toute demande qu'on ne peut y rapporter est indigne d’un chrétien, et ne saurait être agréable à Dieu. La préface consiste dans ces mots: Notre Père qui êtes dans les cieux. Jésus- Christ a réuni dans ce peu de mots tout ce qu’il y a de plus capable d'engager Dieu à nous exaucer, et de nous inspirer à nous-mêmes des sentiments de respect, d’amour et de confiance.
Nous appelons Dieu notre Père, c’est Jésus-Christ qui nous l’ordonne. Dieu est en effet notre Père par la création, puisqu'il nous a donné la vie, et qu’il nous a formés à son image; il l’est encore plus par la grâce de la régénération, puisque dans le Baptême il nous a adoptés en Jésus-Christ pour ses enfants. «Considérez, « dit l’apôtre saint Jean, quel amour le Père a eu pour « nous, de vouloir que nous soyons appelés et que nous «soyons en effet les enfants de Dieu!» « Parce que vous « êtes enfants, ajoute saint Paul, Dieu a envoyé dans vos «cœurs lesprit de son Fils, qui crie: Mon Père, mon « Père!» O nom plein de douceur et de charmes ! quel amour, quelle reconnaissance, quelle confiance ne doitil pas exciter dans votre cœur! S'il est vrai que Dieu est votre Père, pouvez-vous craindre que votre prière soit rejetée lorsque vous lui rappelez un nom qu’il prend à notre égard avec tant de complaisance ? Qu: n’accorde-t-il pas à un enfant qui le prie, après qu’il l’a reçu au nombre de ses enfants par une grâce
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de vous rendre indigne par votre désobéissance d’être appelé l’enfant de Dieu; rien autre chose ne peut arrêter le cours de ses grâces et l’effet de vos prières.
Chacun de nous, en parlant à Dieu, dit: Notre Père, et non pas Mon Père, parce qu'ayant tous le même Père, et espérant de lui le même héritage, nous ne devons pas seulement prier pour nous, mais encore pour tous les Fidèles, qui sont nos frères. Par là nous comprenons que ce n’est pas en notre propre nom que nous prions, mais au nom de Jésus-Christ, et en union avec tout le corps de son Eglise, dont nous sommes les membres. Nous ajoutons: Qui êtes dans les cieux; car, quoique Dieu soit en tous lieux par son immensité, nous considérons néanmoins le ciel comme le trône de sa gloire; c’est dans le ciel qu’il fait éclater sa magnificence, et qu’il se montre à ses élus à découvert et sans nuage. (C’est au ciel que nous sommes appelés nousmêmes; le ciel est notre patrie, et l’héritage que notre Père nous destine. Lors donc que nous nous mettons en prière, élevons nos pensées et nos désirs vers le ciel; unissons-nous à la société des esprits bienheureux, excitons dans nos cœurs le désir et l’espérance de posséder Dieu.
Hisrorres. — C’est maintenant, disait saint François d’Assise après avoir été déshérité par son père à cause de ses grandes libéralités envers les pauvres, c’est maintenant que je pourrai dire: Notre Père, qui êtes aux cieux.
h! quelle est la noblesse d’un chrétien! Dieu est son Père.
— Un jeune berger avait pris l'habitude @e prier en paissant son troupeau. Interrogé s’il n’éprouvait pas souvent de l'ennui à rester aussi souvent seul dans la campagne, il répondit que son Pater lui suflisait pour abréger ses journées et les rendre agréables, parce qu’il y trouvait une source toujours nouvelle de pensées consolantes-et de bons sentiments, en sorte qu’il lui fallait quelquefois toute une semaine pour le méditer en entier. Le bon Catéchiste, par M. de La PALME.
— Saint Hugues, évêque de Grenoble, étant toujours malade, ne fit presque autre chose pendant toute une nuit que de réciter l'Oraison Dominicale. Le domestique qui le gardait lui représenta que la récitation de cette prière, si souvent répétée, serait certainement nuisible à sa santé. Ïl lui répondit: « Dé- « trompez-vous : la récitation d’une prière si belle ne peut me « faire aucun mal, je sens même qu’elle me fait un grand bien.»
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