DÉS ENTRETIENS ET DE LA CONVERSATION
Les personnes qui vivent dans le monde sont obligées, par leurs affaires, de se voir et de se parler mutuellement ; mais ces entretiens fréquents, ces conversations de nécessité ou d’amusement doivent toujours se-ressentir de la circonspection, de la sagesse et de la modestie chrétiennes,
Nous devons, dit le Sage, peser nos paroles au poids de l'or, c'est à-dire que, comme nous attachons un grand prix à ce métal et que nous en usons avec beaucoup d'économie, aous devons également estimer précieusement nos paroles. Car selon Ja remarque de l'apôtre saint Jacques, un cœur our et droit ne fournira que des discours honnêtes, et dé la bouche d'un hoinine corroiwpu, 1l ne sort que des paroles de
nid: 332 anis ME ‘
mort,-que des expressions sales et révoltantes. L'apôtre des nations déclare que les mauvais discours portent la corruption dans les mœurs. Il n’est cependant pas d'actions dans la vie où l’on se permette autant d’excès et de négligence que dans les conversations et les entretiens ; il faut donc s'appliquer à connaître les règles que l’on y doit ob: server, Est-il grossièreté plus impardennable que celle de certaines personnes qui, dans une compagnie, parlent à l'oreille ou se servent d'expressions que les autres ne peuvent entendre ! Ce défaut est cependant très commun parmi ceux qui se piquent d’une bonne éducation. D’autres, non moins incivils, parlent d’une langue étrangère qui n’est entendue que d'eux-mêmes.
1. De la vérité et de la sincérité qui doivent toujours règner : dans la conversation
Le mensonge est un vice odieux ; la vie des menteurs est une vie sans honneur, dit le Sage ; ce défaut est la preuve certaine d’un cœur déréglé et d’une âme avilie par le vice. Pavid nous avertit que si nous. voulons couler des jours heureux, nous devons éviter le mensonge, et Jésus-Christ nous ordonne de dire toujours la vérité, d'assurer‘par un oui ce qui est vrai et de nier par un non ce qui est faux. Le démon étant le père du mensonge, celui qui ment se déclare son enfant. Les équivoques sont des mensonges formels d'autant plus condamnables, qu’ils semblent mettre le menteur à couvert des reproches qu’il mérite et confondre la vérité avec le mensonge, Ce qui ajoute encore un nouveau degré de malice et d’opprobre à l'habitude de mentir, c’est que le menteur tombe souvent dans des indiscrétions funestes à son prochain et à lui-même ; si, pour sauver ou ronserver sa réputation exposée par un mensonge, il faut joindre la perfidie à l’indiscrétion, il ne balancera pas ; il veut mentir et ne veut pas passer pour menteur; le secret révélé d’un ami le sauve de la confusion, cela suffit ; il répand ce qu’il avait juré de tenir secret, Voilà cependant, où conduit l'habitude de mentir. Qu’arrive-t.il? On perd la confiance des hommes, on ruine sa réputation, on perd ses amis ; s’il en reste, ce sont où des imprudents ou des
perfides.
L’apôtre at la cord'actions de négli- ; il faut doit ob.
» celle de ent à l’opeuvent h parmi res, non n’est en-
8 rêgner
eurs est à preuve le vice.
es Jours s-Christ “par un b faux.
it se déges forlettre le nfondre un noumentir, crétions
uver ou .
il faut pas ; il > secret 3 ilréndant, n perd n perd ou des
T1 y a des parents qui tolorèrent dans les enfants J'habitude de mentir quand ils ne proposent que de s’exouser sur l’omission d’un devoir, sur quelques autres actions qui leur sont interdites : c’est les familiariser avec la dissimulation, vice d'autant plus dangereux, qu'il paraît se rapprocher plus naturellement de la prudence.
Le déguisement dans les paroles est une production du mensonge artificieux, également proscrite par l'esprit évangélique. Les nouvellistes de profession sont pour l’ordinaire de grands menteurs ; si l’on ne veut pas leur ressembler, il ne faut jamais avancer de nouvelles qu’on ne soit sûr de leur exactitude, ou du moins pour douteuses, si elles sont telles, et ne pas affecter une érudition déplacée en les embellissant de narrations fausses ou peu vraisemblables.
On dirait, à voir ia conduite de certains hommes, qu'ils mettent leur gloire à tromper leur prochain. Cependant, chacun se devrait faire une loi inviolable d’une fidélité à toute épreuve dans ses promesses, car rien ne rend plus méprisable que de manquer à sa parole.
Si l’honneur exige qu’on soit fidèle dans ses promesses, la prudence exige qu’on n’en fasse jamais sans en avoir prévu les suites et sans être premuni contre les regrets qui pour-
raient naître d’une trop grande facilité à promettre.
Lorsqu'on s’entretient familièrement, il ne faut jamais se déguiser, même par plaisanterie: la bonne foi en toute circonstance doit être l’âme de la conversation.
2. Du respect que l'on doit conserver dans la conversation pour tout ce qui a rapport à Dieu et à la religion
Il est des hommes qui se font gloire d'afficher dans leurs discours l'irréligion et l’incrédulité : la parole même de Dieu n’est pas à l'abri de leurs railleries ; ils la tournent
-en des sens scandaléux et quelquefois obscènes. Il faut
éviter avec un soin extrême la société de ces hommes téméraires, car les mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs et l’on peut ajouter de ces sortes de faux chrétiens, avec le Sage, que leur entretien est d'autant plus détestable, qu’ils se font du péché un jeu et un divertissement, On doit non seulement éviter les jurements, les blasphèmes,
à ï - ; A por eat amp RS Ed GET im RES En er 5
LA
&A : 14 ps h-4 LE : | ù T : [Be ! # | 11 1 À ; AN Re.
À i { nul l | k {4 ] | Ra Î At sh RH Re Î } LE RE k | À !
a cnrs -
TE
æ NE AIR TNT TT PRE EEE
es. 334 —
+ ya ; les imprécations, les termes grossiers ; mais on doit encore éviter avec soin l'entretien de ceux qui les ont souvent à la
bouche. Il est d’autres termes qui par eux-mêmes ne si.
gnifient rien, mais dont on doit cependant s'abstenir, ainsi
que de prononcer, sans attention et à tous propos, le saint nom de Dieu. Le respect que tout chrétien doit avoir pour le Seigneur est ennemi deceslégèretés qui dégénèrent souvent en indifférence et quelquefois en une sacrilège habitude.
Les paroles obscènes, aussi bien voilées qu'on les suppose, sont interdites à tout honnête homme: l’équivoque ne leur ôte pas l'infamie, le dessein d’amuser ceux que l'on entretient ne saurait les rendre innocentes,
3. Il ne faut famais parler dans la conversation, au désa vantage du prochain
Celui qui médit de son frère, dit l’apôtre saint Jacques médit de la lui-même, La bienséance en ce point est d’accord avec le commandement de Dieu et il est aussi impol! qu'il est peu chrétien de parler mal du prochain. La médisance, pour être commune et souvent applaudie, n’est pas moins un vice qui décèle une âme basse, jalouse, envieuse et pleine de fiel, de haine ou de vengeance. La délation n'est pas Ioius odieuse. Lorsque l’on entend un mot médisant, il ne faut jamais le relever, mais, au contraire, on doit excuser toujours celui que la médisance attaque et déchire et envisagcr toujours du côté favorable au prochain ce que l'on entend raconter de lui.
C’est une petitesse d’esprit et une lâcheté de médire de quelqu'un, de l’attaquer dans la conversation lorsqu'il est absent.
On doit aussi éviter dans la REA is les parallèles injurieux, humiliants, ou qui pourraient l'être par les circonstances. C’est une impertinence de dire devant un bofîteux, borgne, ou disgracié autrement de la nature, par exemple : Un tel à ce défaut, ainsi du reste. Il faut encore moins rappeler aux personnes présentes les fautes qu’elles auraient commises ou les désagréments qu’elles auraient essuyées ; ce serait les humilier. Les injures, les paroles piquantes, le ton dédaigneux sont tout à fait opposés à lesprit de Jésus-Christ, qui dit dans l'Evangile que celui qui
a doit encore souvent à la iêmes ne si.
stenir, ainsi pos, le saint t avoir pour ent Souvent
habitude.
les suppouivoque ne ux que l'on
, au désa
at Jacques nt est d’ac.
ussi impoll n, La méle, n’est pas e, envieuse La délation n mot méntraire, on aque et déu prochain
médire de rsqu'il est
parallèles ar les. cirant un boî- "e, par exiut encore es qu'elles uraient es- >aroles pisés à l'escelui qui
| es 855 traitera son frere de fou sera digne d'un supplice éteruel,
et la bienséance proscrit jusqu’au ton ironique,
Pour que la raillerie soit permise, elle ne doit jamais attaquer les choses saintes, les défauts naturels, la réputation, le mérite, encore moins ceux qui sont morts. La raillerie peut être innocente, mais de quelles précautions ne doit-on pas l’accompagner ? Il est si difficile de ne pas violer les règles saintes de la charité et de la bienséance, qu’il serait à désirer qu’on n’en fît jamais usage.
Elle peut cependant quelquefois servir à l'agrément de la conversation, mais on doit en bannir l'affectation, la puérilité, le trivial, les redites et les longueurs ; dès qu’elle n’a pas un but fixe, elle devient insipide et inutile.
Les railleurs de profession sont généralement haïs ; si quelquefois ils plaisent, plus souvent encore ils fatiguent et ennuient.
4, Des fautes que l'on commet en parlant inconsidérément
‘Parler inconsidérément, c’est parier sur toutes choses sans faire attention à ce que l’on dit; c'est parler lorsqu'on doit se taire ou dire des choses inutiles ou puériles. Les grands parleurs sont toujours inconsidérés dans leurs discours; la démangeaison de parler fait débiter des sottises et dans un grand nombre de paroles, il est rare de ne pas trouver des fautes considérables. Ainsi, pour suivre l’avis du Sage, il faut mettre la main sur la bouche, si l’on n’a pas assez d'intelligence pour parler à propos ou pour entendre ce que les autres disent. Il faut distinguer et observer le temps où l’on peut dire son mot sans indiscrétion, car c'est un signe de légèreté de discourir toutes les fois qu'on se sent quelque envie de parler. I! faut aussi, selon l'avis de saint Paul, que toutes nos paroles soient dites avec discernement
afin de n’en proférer aucune sans savoir pourquoi et com-.
ment. Enfin, il ne faut parler que de ce que l’on connaît et toujours se taire sur ce que l'on ignore.
Lorsque quelqu’un s'emporte au point de dire des choses désagréables, il ne faut pas riposter par des grossièretés, mais il faut tourner les choses en plaisanteries, ou se taire,
ou enfin se retirer.
Le cœur des ,nsensés, dit le Sage, esidans eur vouche, ei la bouche des sages est dans leur cœur. Cela veut dire que ceux qui parlent beaucoup et avec peu de ‘circonspection décèlent l’état intérieur de leur âme et que le sage, au contraire, annonce ce qu’il est par son discours.
On doit plus écouter que parler avec les vieillarws sensés et les personnes éclairées ; le babil d'un jeune homme dans ces rencontres est une incivilité. C’esv le propre d’un esprit sans consistance de se répandre sans cesse en discours inutiles, d’user de longues périphrases pour dire des choses que l’on doit exprimer r d'une manière concis, d ‘envelopper le principal objet de taat d'incidents, qu’on peut à peine y retourner soi-même et y rappeler les autres.
I] est aussi ridicule que déplacé de parler sans cesse de ses actions, de soi-même, de sa fortune et de se comparer aux autres, etc. Les comparaisons sont toujours odieuses. Peut-on, en effet, supporter ces airs de présomption et de confiance qui tendent presque toujours à donner une médiocre idée de ceux qui les affectent? Il ne faut jamais parler désavantageusement de qui que ce soit, ni en termes bas et populaires ; il faut encore moins user de ceux qui marqueraient du dédain ou du mépris. Il en est beaucoup qui dans l'éloge qu’ils font ou qu'ils entendent faire de quelqu'un, ajoutent malignement un maïs ; ce mot détruit presque toujours l'estime et la bonne opinion et il faut être peu instruit des règles de la charité chrétienne et de celles de l’honnèêteté pour le placer dans le discours où l’on parle des autres.
C’est une étourderie et un manque de savoir-vivre d’appeler quelqu'un dans les rues, ou par une fenêtre ou du haut d’un escalier.
Lorsqu'on est incommodé, il ne faut pas se trouver en compagie, ou bien il faut garder le silence sur ses infirmités et ne point ennuyer les autres par des plaintes langoureuses, Il n’est pas plus honnête de parler sans cesse à un animal familier, qu'on aimerait, en présence même de ses amis.
Une autre espèce d’hommes ennuyeux et impolis, est celle des voyageurs qui ne parlent que de leurs aventrres, des pays qu'ils ont vus ou parcourus, des dungers vrais, ou
Le
oouche, ot It dire que onspéction 7e, au COn-
rs sensés mme dans > d’un es- 1 discours des choses nvelopper à peine y
cesse de comparer odieuses.
ion et de une méut jamais en termes ceux qui beaucoup ‘faire de t détruit.
faut être de celles ‘on parle
ivre d’apre ou du
ouver en nfirmités ingoureusse à un me de ses
polis, est entres, vrais, ou
prétendus-tels, qu’ils ont courus, et qui ne cessent de répétr les mêmes choses. |