‹ Nouveau traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 78 sur 141 · NS MOSS RTE ES EE · texte numérisé non relu

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action que de satisfaire le besoin, afin d'être en état «le remplir ses devoirs ct de servir Dieu, suivant cette parole de l’apôtre : “ Soit que vous mangiez, soit que vous buviez ‘ faites tout pour l’amour de Dier.”

Pour observer cette leçon de saint Paul, il faut, dans les repas, ne point songer à contenter le corps, mais à suivre l'ordre de Dieu, qui veut que nous conservions notre vie. N'y chercher que la satisfaction des sens, c'est gourmandise, c’est un vice indigne de l’homme : il appesantit l’âme, il abrutit l’esprit, il ruine la santé et abrège la vie.

‘ La gourmandise tue plus d’hommcs que l'épée,” a dit un ancien. Elle produit l’ivrognerie et les excès dans le ranger. Ce vice détestable dégrade l’homme, l’avilit et le met même au-dessous de la bête, Aussi les honnêtes gens ne sont-ils pas sujets à ce vice grossier ; il suffit d’avoir de l'éducation et des sentiments pour l’éviter avec soin.

Elle produit la sensualité, qui consiste à rechercher des mets exquis et délicats, ou à prendre des choses que l’on sait être nuisibles à la santé parce qu'elles flattentde goût, ou enfin à manger avec avulité des viandes communes, Quelle honte pour un homme raisonnable de se laisser dominer par la sensualité, au lieu d’en réprimer les mouvements |

La gourmandise produit encore le mépris des lois de l'Eglise. Quand on est livré à ce vice, on n’est guère disposé à pratiquer les jeûnes et les abstinences que l'Eglise ordonne ; on ne sait ce que c'est que de se mortifier; les lois qui prescrivent certaines privations paraissent un joug insupportable, on cherche des prétextes pour s’en dispenser ct l’on en vient non seulement à violer le précepte du jeûne, mais encore à user sans scrupules des viandes défendues.

Enfin la gourmandise produit la dissension : c’est au sein de l’intempérance que naissent les querelles, les emportements et les violences. Nous en avons dans l’Ecriture un tableau frappant que le Saint-Esprit a tracé lui-même. Voici Îies propres termes dont il s'est servi: “ À qui dira “ t-on malheur! pour qui seront les querelles? pour qui “ les précipices et les chutes ? pour qui les blessures, si ce “ n’est pour ceux qui passent le temps à boire et mettent “ leur plaisir à vider des coupes ? ”

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d'un homme et encore plus d’un chrétien. Pratiquons dans tous nos repas la sobriété chrétienne, cette vertu qui nous règle dans le boire et le manger selon la nécessité, cette vertu qui rend le corps plus robuste et qui prolonge la vie veillons beaucoup sur nous-mêmes, pour ne point passer les bornes du besoin dans une action qui d'elle-même tend à contenter la nature. Un chrétien regarde la nourriture comme un remède ; il r écoute ni l’avidité ni la sensualité ; il évite la délicatesse et !a recherche de ce qui flatte les sens ; en un mt il pense à imiter Jésus-Chris-, qui a bien voulu s’assujétir à cette action humiliante pour nous y servir de modèle; i! a toujours présent à l'esprit cet avis salutaire qu’il nous a donné : ‘“ Veillez avec attention sur ‘“ vous-mêmes, de peur que vos cœurs ne s’appesantissent ‘ par l’excès des viandes et du vin et que le jour du Sei- “ gneur ne vienne vous surprendre tout à coup.” Le moyen le plus propre à nous rappeler les règles de la sobriété et à nous donner la force de les suivre, c’est de faire avec piété la prière qui se dit avant et après le repas. Par là nous attirons la bénédiction de Dieu sur nous et nous obtiendrons la grâce de ne point l’offenser.

Hisrorre.—En fait de crimes, de désordres et d’excès, peutêtre n’est-il rien de si horrible et de si tragique que ce qui arriva à un jeune homme en Afrique, du temps de saint Augustin. Ce jeune homme se nommait Cyrille ; il était extrêmement adonné

. à la boisson. et passait une partie de sa vie dans les cabarets

avec des compagnons débauchés comme lui. Un jour qu'il s'était livré à tous les excès de l’intempérance et de sa passion, il retourna chez lui et commença ses attentats par Doaraes une de ses sœurs’ Aux cris qu’elle fit entendre, le père alarmé accourut et ce fils, plus furieux encore, trempa ses mains dans le sang de celui qui lui avait donné la vie et l'égorgea : il poignarda encore une de ses autres sœurs, qui voulut prendre la défense de son père et l’arracher des mains de ce fils indigne, ou plutôt de ce monstre exécrable.

Que de crimes, que d’horreurs dans un seul homme et dans un seul jour ! Saint Augustin fut bientôt informé de cet événement funeste, et quoiqu'il eût déjà prêché deux fois ce jour-là, il assembla sur-le-champ une troisième fois le peuple et monta en chair les larmes-aux yeux ef les soupirs dans le cœur, pour faire part à ses auditeurs des horreurs quo venait de commettre

ce fils indigne de jamais avoir vu la lumière. Aù récit de ce qui venait d'arriver, toute l’assemblé poussa des cris'et des gémissements lamentables ; on ne pouvait eomprendre qu'un homme eût pu se porter à tant et à de tels attentats. On craignit que la vengeance et les foudres du Ciel ne tombassent sur une ville qui avait produit un tel monstre. Saint Augustin profita de l’occasion pour montrer à quel excès peut conduire une passion malheureuse. Ses larmes et ses sanglots en dirent

plus que ses paroles et ses discours. :

—Rapporté par saint Augustin.

EXERCICES.—1. Qu'est-ce que la gourmandise et que faut-il faire pour l’éviter ? 2. Indiquez les funestes suites de ce vice. 3. Montrez combien il dégrade l'homme, 4. Quelles règles faut-il suivre dans le boire et dans le manger

ARTICLE VI De la colère

. I] y a une sainte colère excitée par le zèle qui nous porte à reprendre avec force ceux que notre douceur n’a pu corriger : telle est la colère d’un père ou d’un maître à la vue des désordres qu’il est ébligé d'empêcher. Notre-Seigneur lui même a été ému de cette colère lorsqu'il chassa du Temple les profanateurs qui en violaient la sainteté ; mais la colère qui est un péché capital:est bien différente : c'est un mouvement impétueux de notre âme qui nous porte à repousser avec violence ce qui nous déplaît. Elle vient d’un mauvais principe ; c’est l'effet d’une passion qui règne . dans le cœur et qui rencontre quelques obstacles. Un orgueilleux s’emporte contre ce qui blesse sa vanité ou son ambition ; un avare s’irrite quand quelque chose dérange ses projets de fortune ; un voluptueux s’indigne lorsqu'on traverse ses plaisirs.

Cette colère n’est ni selon Dieu, ni selon la droite raison : elle porte le trouble dans l’âme et le désordre qu’elle y cause se peint sur le visage et dans tout l'extérieur de l’homme qui s’y livre; ses yeux s’enflamment, sa voix-est entrecoupée, tout son corps tremble, il ne se connaît plus, il ne respecte rien : Ge là les injures qu’il vomit contre ceux qui en sont l’objet ; le venin coule de sa bouche à grands flots ; les médisances les plus atroces, les calomnies les plus noires, out est employé pour les déchirer ; de là les imprécations

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qu’il fait contre Jui-même : de là quelquefois les horribles

blasphèmes que son aveugle fureur lui met dans la bouche ;

rien n’est sacré pour cette langue impie ; il en vient ensuite

-aux dernières violences ; les cruautés les plus révoltantes suffisent à peine pour satisfaire sa vengeance, pour assouvir

sa rage. Voilà quels sont les funestes cffets de cette passion terrible.

I] faut donc s’accoutumer de bonne heure à la maîtriser dès qu’on en sent les premières atteintes, ne pas parler quand on ne se sent ému ; il faut oncore s'exercer à la douceur chrétienne. Cette vertu nous fait supporter en vue de Dieu les contradictions qui nous arrivent, elle réprime toutes les vivacités et les saillies que la colère peut exciter ; elle fait qu’on ne donne alors aucun signe d’impatience ou d’aigreur, qu'on ne laisse échapper aucune parole de mépris ou de plainte, qu’on a toujonrs un air honnête et modeste, que l’on se contraint en faveur de certains esprits difficiles et qu’on tâche de les gagner à force complaisance.

HisroiRe.—Ruffin rapporte qu’un solitaire, se sentant souvent ému de colère dans son monastère, dit en lui-même: ‘‘ Je m'en ‘6 jrai dans le désert, afin que, n'ayant là personne avec qui je ‘ puisse avoir des démêlés, je ne sois plus dans l’occasion de me ‘6 fâcher.”’ S'en étant donc allé dans la solitude, il se retira dans une caverne. Un jour qu'il se félicitait d’avoir su éviter les occasions de la colère, il arriva que sa cruche, qu'il avait remplie d’eau, se renversa trois fois de suite, faute de précaution, ce qui l’impatienta tellsment, qu’il la prit et la brisa de dépit. Etant aussitôt rentré en lui-même, il dit : ‘* Le démon ‘6 de la colère m'a trompé ; car, quoique je sois seul il ne laisse ‘ pas me vaincre ; puis donc que nos passions nous accompagnent partout et qu'il y a partout à combattre, je retournerai dans le monastère. — Vie des Pères du désért.

Exercices. — 1:-Quelle est la colère qui est irrépréhensible et quelle est celle EE

offense Dieu ? 2. Quels effets produit cette violente passion? 3. Quels sont fruits de la douceur ct de la patience qui lui sont op ?

ARTICLE VII

-De la paresse

La paresse est une lâcheté et un dégoût volontaire du travail, qui fait que l'on néglige ses devoirs plutôt que de se faire violence.

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TN n'y a point de péchés, point de désordres auxquels la paresse ne conduise, parce qu’elle met l'âme dans un état d’engourdissement et de faiblesse qui l'empêche de résister à ses mauvaises inclinations : on l'appelle ordinairement la mère de tous les vices. Ceux qui en naissent plus directement sont, le premier, l’oisiveté et la perte du temps: un paresseux passe les jours, les mois, les annécs, ou à ne rien faire, ou dans des amusements frivoles ; il re remplit point les devoirs de la religion: la prière est «u entièrement omise ou mal faite ; les sacrements sont ; bandonnés ou reçus sans la préparation nécessaire. Il ne ;acquitte pas mieux des devoirs de son état; un jeune homme, par exemple, ne profite point de l’éducation qu'on lui donne, il

ne fait rien de tout ce qu’on lui prescrit ou le fait mal, sans attention, sans application ; 5 de là son esprit n 'est point cultivé, sa mémoire n’est point exercée ; il sort de la maison d'éducation presque aussi ignorant ‘qu 11 y était

entré. Qu’arrivetil} Si on lui donne un emploi important et qui exige des lumières et des connaissances étendues, il eat incapable d'en exercer les fonctions, il s’en acquitte mal, son ignorance perce, son incapacité est reconnue: il tombe dans un souverain mépris Que de regrets alors d'avoir perdu le temps de sa jeunesse ! Regrets inutiles ! il cst trop tard ; cette perte est irréparable.

Le second vice qui naît de la paresse est la pusillanimité. Le paresseux n’a pas la force d'entreprendre les choses les plus faciles : il est arrêté par le moindre obstacle, tout lui paraît impossible, parce qu’il ne veut faire sucun effort. ‘ Malheur, dit l’Ecriture, à ceux qui manquent de cœur ! ”

La paresse produit l’inconstance. S'il arrive que l'on conçoive quelque désir de se corriger, ce désir est faible, il ne dure pas longtemps ; on se lasse bientôt et l’on retombe dans la première indolence. ‘“ Les désirs tuent le pares- ‘“ seux, dit le Saint-Esprit ; il veut et ne veut pas ; il veut ‘ aujourd'hui une chose et demain une autre ; aujourd'hui ‘il veut bien et demain il changera d'avis.”

De là cette tiédeur qui l'accompagne partout, c’est-à-dire une langueur de cœur qui ne laisse aucun goût pour ses devoirs ; de là enfin cette insensibilité qui le rend sourd aux remontrances et aux exhortations de ceux qui veulent

le rôve.ller d: e:t assoupisssment ; rien ne le romue, rien ne le touche, ni les reproches qu'on lui fait, ni ies bons exemples qu'il a sous les yeux. Que de péchés dans une âme lâche ct indolente ! L’Ecriture la compare à une terre inculte et abandonnée. ‘ J'ai passé, dit J’auteursacré, par “ le champ du paresseux et il était plein d mauvaises ‘“ herbes ; les épines en couvraient toute la surface et ‘ l'enceinte de pierres qui devait l’envirunner était renversée.” Ecoutons encore les paroles que Dieu adresse lui. même aux paresseux dans le livre des Proverbes: ‘ Allez ‘ à la fourmi, Ô paresseux! considérez sa conduite et ap- ‘ prenez d'elle à être sage: car, quoiqu'elle n'ait ni chef ‘“ qui la conduise, ni maître qui l’instruise, elle a soin de “faire sa provision pendant l'été et d’amasser dans la ‘ muisson de quoi se nourrir. Jusques à quand dormirez- “ vous ? quand vous réveillerez-vous de votre sommeil? Si ‘ vous ne sortez de votre assoupissement, l’indigence vien- ‘ dra& fondre sur vous et vous accablera.”

Demandons à Dieu la vertu contraire à la paresse, c’est-à-dire une sainte activité, qui nous fasse aimer nos devoirs et qui nous rende prompts à les remplir en vue de lu’ plaire et rour notre salut. Que les difficultés du travail ne nous rebutent point: ayons bon courage et Dieu rendra doux et facile ce qui nous avait d’abord paru dur et pénible : c’est Jui qui nous a imposé l'obligation de travailler ; il nous aide à pratiquer ce qu'il nous commande. Soyons persuadés que l'ennemi qui accompagne toujours l'oisiveté est mille fois plus insupportable que le travail le plus fatigant.

Hisrorre.—Allez à la fourmi, considérez sa conduite ct apprenez à devenir sage, disait souvent, d'après Salomon, un pasteur des âmes. Cette vie est le temps de la moisson, faites

rovisions de bonnes œuvres, afin que vous ayez de quoiachetcr

e ciel.. Paresseux, jusques à quand dormirez-vous ?

—Un saint homme disait chaque fois qu'il entendai. l'horloge: ‘6 O mon Dieu ! voilà une heure passée de celles qui composent ‘“le nombre de mes jours ; il faudra que j'en rende compte ‘ ainsi que de tous les moments de ma vie.

Exsroicrs.—1. Qu'e t-ce que la paresse et de quai est-elle la source? 3. Quel les sont, pour un jeune homine, les süites.de la pare«se ? 8. Comment l1 paresie protuit-elle la pusillanimité et l'inconstance ? 4. Citez quelques paroles de l'Roriture propres à nous faire seutir les dangers de la jrarouve ? b. Que faut-il ture pous vaiuore la paresse-! :

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