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nent. Dans le commencement elle est active , et les sangsues et autres moyens déprimans , tels que l'eau végéto-minérale, en arrêtant les ravages, diminuent le volume de la tumeur, hâtent la guérison. Quand elle a duré long-temps, elle peut s'entretenir par une faiblesse locale et générale, qui réclameroit alors une méthode opposée.
Le propre des tumeurs scrophuleuses suppurées h été jusqu'ici de laisser des cicatrices difformes , qui dénoncent toujours leur cause , et font survivre, aux souffrances physiques, des désagrémens moraux encore plus cuisans. Les causes de celle cicatrisation vicieuse , et les moyens de la rendre régulière n'ont pas été aperçus ; ils sont pourtant faciles à saisir.
Les tumeurs écrouelleuses font éprouver à la peau une distension si considérable , et pendant si longtemps , que son ressort est détruit. D'autres tumeurs aussi volumineuses n'ont pas cet inconvénient , parce qu'elles sont plus aiguës; ici le cas est semblable à ce qui se passe à la peau de l'abdomen des femmes enceintes. De plus , par l'effet de la suppuration , le tissu cellulaire , qui unissoit la peau aux parties voisines, se trouve détruit, et celle-ci est festonnée par les érosions inégales qu'un pus très-âcre y a faites. Quand l'engorgement glanduleux est abaissé, la peau est donc trop étendue pour les parties qu'elle doit recouvrir; ses bords irréguliers ne peuvent s'unir qu'en se fronçant et formant des plis et des godets où le pus s'amasse encore , ce qui retarde la cicatrisation définitive. Pour prévenir cet inconvénient , il suffit d'emporter , avec des ciseaux bien tranchans , une portion de cette peau excédante et
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désorganisée, de manière à rendre ses bords réguliers des deux côtés. On peut aussi la détruire successivement avec les caustiques. On obtient , par ces procèdes, une cicatrice telle qu'on la croiroit successive à une plaie accidentelle. Il est bien entendu qu'on n'y a recours que dans les circonstances où cela est nécessaire.
Qu'on ne s'imagine pas que j'aie adopté avec légèreté les idées que j'expose aujourd'hui sur la dia thèse scrophuleuse. Elles sont pour moi le résultat général de l'observation attentive des maladies, et de longues études d'anatomie pathologique. En effet , d'innombrables ouvertures de cadavres m'ont présenté si constamment, avec des témoignages de scrophules externes ou internes, les diverses lésions d'organes que j'ai déterminées ; ces lésions et les scrophules se sont toujours montrées si inséparables , qu'il éloit presque impossible de considérer à part, et comme distincts, des phénomènes dont l'union étoit évidemment établie de la main de la nature. D'un autre côté , les scrophules et leurs suites se trouvent toujours liées à certaines dispositions et proportions des différens tissus ; de sorte que tous les faits , soit en particulier ou dans leur ensemble, portent presque avec eux cette conséquence dernière et rigoureuse , que les scrophules sont les effets sensibles et inévitables d'un mode particulier de l'organisation, et de la disposition universelle qui en résulte.
On peut aussi bien tirer les mêmes conclusions de l'examen attentif des affections si nombreuses que nous avons rangées dans la même catégorie des maladies scrophuleuses. En considérant, en effet,
qu'elles existent ensemble, qu'elles alternent et se remplacent les unes les autres, soit à raison du régime, ou par les révolutions des âges, ou enfin par un traitement qui les oblige de changer ou de sie£-e, ou de forme ; en considérant que ces affections se présentent, avec toutes leurs variétés, dans les différens individus issus du même sang ; en observant la parfaite analogie de leurs phénomènes importans, quelles que soient les apparences sous lesquelles elles se montrent ; on est forcé d'en conclure qu'elles sont identiques de nature , et l'on y voit le résultat nécessaire d'un ensemble de dispositions organiques, et du défaut d'équilibre dans les fonctions qui en émanent.
Il n'est pas impossible que je sois abusé par une prévention trop favorable à cette théorie. Mais elle présente , ce me semble , un système dont toutes les parties sont dans un enchaînement si serré, que les faits qui lui servent de base pourraient en devenir les preuves , et vice versa. Il peut se faire que pour avoir , aux yeux de beaucoup de personnes , le caractère de vérité qu'elle a aux miens, elle exigeroildes développemens que la nature de cet ouvrage m'interdit actuellement, mais que je me propose de lui donner un jour. Toutefois, si cet essai trouve des lecteurs , je les supplie d'avoir égard aux considérations suivantes.
Quoique mon opinion se soit formée d'après un grand nombre d'observations qui me sont propres , j'ai mis cependant quelque scrupule à ne l'appuyer que sur des faits qui me sont étrangers , que tout le monde peut vérifier , et auxquels manque évidem-
ment la description de beaucoup de circonstances concomitantes qui lui auraient été favorables. D'un autre côlé, il me semble juste aussi de reconnoître que si l'explication de tous les phénomènes de telle maladie, que nous avons mise dans la dépendance de la diathèse scrophuleuse, ne paraît pas encore tout-à-fait satisfaisante , cela lienl en partie à la difficulté de déterminer actuellement l'influence de chaque système d'organes, réunie à la prépondérance du système lymphatique, pour donner à la diathèse scrophuleuse tel siège ou telle forme. On ^conviendra sans peine que le vague et la frivolité manifestes des doctrines reçues jusqu'à ce jour, pour la plupart de ces maladies , doit au moins faire accorder quelque attention à celle que je propose. Dans les arts et dans les sciences , comme en bien d'autres choses , il faut quelquefois savoir oublier. Les vieilles maximes acquièrent souvent, par leur antiquité, et malgré leurs vices, les privilèges de vérités reconnues; et l'esprit qui en est préoccupé apprécie toujours mal les idées nouvelles, s'il veut les raisonner d'après les préjugés qu'elles repoussent ; s'il ne sait les examiner, sans prévention, dans un jour favorable qui lui permette d'en saisir l'ensemble , le détail et les rapports. Pour bien juger la route qu'une théorie neuve nous trace, il faut abandonner entièrement les sentiers battus dont elle sort , pour marcher pas à pas à côté d'elle.
C'est donc dans cet esprit qu'il fout discuter la classification par laquelle j'agrandis le domaine des affections scrophuleuses, de plusieurs maladies qui jusqu'à présent lui ont paru fort étrangères. Les
in[\ ESSAI
sciences ont aussi leur âge adulte. A celle époque de maturité, les faits qui leur sont propres ne supportent plus l'isolement dans lequel il fut d'abord utile et sage de les étudier. De même que tout s'enchaîne dans les actes de la santé, tout est lié aussi dans les opérations des maladies ; car on a droit d'espérer que l'histoire naturelle de 1 homme fera de nos jours les plus grands pas, à raison de la tendance qu'ont tous les esprits à rechercher , dans les désordres qu'on découvre après la mort, la série des phénomènes cachés qui l'ont amenée, et d'où partoit cet enchaînement d'accidens qui ont frappé nos sens. A mesure que les observations d'analomic pathologique se multiplieront, on appréciera plus exactement l'analogie de beaucoup de faits maladifs ; on verra se rallier, autour d'une cause commune, beaucoup de phénomènes qui semblent n'avoir aucune connexilé; des connoissances positives sur les dérangemens intérieurs remplaceront de stériles hypothèses ; et la médecine acquérant à cet égard le complément qu'elle attend , et qui est propre à donner de la rigueur à ses inductions et à ses procédés, le caractère conjectural qu'on lui a tant reproché se réduira pour elle à ce qu'il est pour les autres sciences naturel les.
Du reste, les idées que je viens d'exposer sont exclusivement du ressort des médecins : c'est à eux à les juger, à les confirmer par leur expérience. Les lecteurs pour lesquels cet ouvrage est fait , doivent se borner à observer les préceptes de la méthode prophylactique.
Passons aux affections scrophuleuses de la peau auxquelles les enfans sont sujets.
i4- La teigne. Les anciens, et les médecins arabes surtout, nous ont transmis des connoissances fort étendues sur cette maladie. Mais nos lumières, à ce sujet, ont peut-être été portées aussi loin qu'elles pouvoient l'être par les travaux de Murray , de Franlc, et surtout d'Alibert. Ce dernier en dislingue cinq espèces , à raison de son siège , de ses apparences et de sa gravité : la teigne porrigineuse ou furjuracée ; la teigne granulée ou rugueuse ; la teigne fameuse ; la teigne muqueuse ou de la face; et enfin la teigne amiantacée. Il n'entre pas dans mon plan de décrire les phénomènes propres à chaque espèce de cette hideuse maladie. Je ne veux que répandre sur cet objet, comme sur tous ceux qu'embrasse cet Essai, les connoissances qui peuvent être à l'usage des pareils et régler leur conduite.
La teigne est quelquefois une affecliun purement locale : ce cas, qui est le plus beurenx, est aussi le plus rare. Elle dépend le plus souvent de la constitution, et doit être considérée comme une forme de l'affection scropbuleuse ; aussi est-elle souvent héréditaire. L'inspection cadavérique des teigneux a présenté le bas-ventre rempli de tubercules , toutes les glandes lymphatiques engorgées , et le foie très-volumineux. Ce sont là les dérangemens internes propres aux constitutions scrophuleuses , et qu'on rencontre dans toutes les maladies dépendantes des écrouelles, comme la phthisie, le rachitis , etc. Il est aisé de juger comment doivent être vues les observations des auteurs qui parlent de scrophules
déterminées par la répercussion de la leigne ou des dartres.
L'âge de l'enfance est mieux adapté à celte maladie que l'âge adulte. La teigne de là f.ice , en particulier, se déclare ordinairement à six mois , un an, et déploie sa plus grande fureur au temps de la dentition. Du reste, le défaut de propreté, les mauvais alimens , surtout les farineux , et les affections tristes de l'âme, contribuent beaucoup à en déterminer l'explosion.
Les espèces de teignes les plus graves attaquent, détruisent l'organisation de la peau de la tête , corrodent les bulbes des cbeveux , qui tombent et sont remplacées par des touffes d'une sorte de laine blanche ; quelquefois elles étendent leurs ravages jusqu'à la substance des os du crâne. Les douleurs et la déperdition considérable des sucs nutritifs qui se lient alors à cette maladie, produisent l'amaigrissement, arrêtent l'accroissement et retardent le développement de la puberté. Le sujet tend à l'apathie , au repos, et devient incapable d'aucun effort intellectuel. La teigne de la face, au contraire, paroît utile à la santé générale dans quelques circonstances. Les enfans vifs et gais, tant qu'elle dure, deviennent tristes et languissans si on la dessèche sans ménagement; mais quand elle fournit des quantités considérables de matière , la fièvre lente , amenant une consomption successive, ne tarde pas à s'établir ; et si les aphtbes s'y joignent, ils n'en augmentent pas médiocrement le danger.
La leigne éprouve des variations par l'influence des maisons , suivant que celles-ci activent plus ou
moins la transpiration. Ainsi , elle guérit ou se modère au printemps et dans l'été, et elle reparoît ou s'aggrave en hiver. Quelquefois elle résiste a toute sorte de remèdes jusqu'à l'âge de puberté ; et souvent aussi elle se dissipe d'elle-même à mesure que l'enfant se développe.
II est hors de doute que cette maladie doit , en général, être combattue; mais comme elle tient ordinairement aux dispositions de la constitution , on doit se ménager des succès durables par un traitement interne , et ne recourir aux topiques que lorsque la teigne est réduite , autant que possible , à l'état d'affection purement locale. Une guérison apparente , obtenue par une marche opposée, peut être suivie des accidens et des maladies les plus formidables.
Les diverses espèces de teignes ont des principes communs de traitement : chaque espèce a ensuite ses moyens particuliers. L'expérience en a consacré de très-variés : les succès sont comme les rapports de convenance de chaque méthode aux dispositions de l'individu. On doit désirer un médecin qui les connoisse toutes, et capable de substituer, à des secours qui ont échoué, un autre genre de remèdes mieux appropriés. Je ne saurois offrir à la méditation des parens une considération plus importante que celle-ci : « Cette maladie , dit Bosquillon , ne » fait souvent des progrès rapides, et ne devient » funeste que parce qu'on la traite sans discernej) ment. »
On recommande un régime purement végétal.
Ce précepte me paroît susceptible de beaucoup de
rcslriclions. Mais je crois fort convenable de se conformer au conseil que donnent tous les auteurs , d'éviter la viande de cochon, de quelque manière qu'elle puisse être préparée.
1 5. Si , malgré les idées dominantes de son temps, Lorry, dans son bel ouvrage sur les maladies cutanées, a réduit à un rôle fort secondaire l'influence de la bile dans la génération des dartres; s'il a ramené celles-ci à des conditions vicieuses du système lymphatique et a la dépravation de ses fonctions, c'est que l'analyse de tous les faits qu'une érudition et une pratique étendues ont pu lui fournir , le conduisoit rigoureusement à ce résultat général. Tous les vices des fonctions de la peau , le défaut d'absorption du mucus sous-cutané, l'acrimonie que celui-ci en contracte, l'insuffisance de la transpiration à laquelle suppléent les éruptions herpétiques ; la, manière dont la vivacité des efflorescences dartreuses alterne avec l'état d'énergie ou de langueur des organes digestifs, avec l'aisance ou l'anxiété de la respiration ; enfin, tous les phénomènes intéressans de cette maladie remontent à une cause primitive et commune : l'état du système lymphatique , par rapport aux autres systèmes d'organes. De là ce principe essentiel , déjà établi chap. I er , page 5(i, qu'il faut donner la plus grande attention à ces éruptions dans l'âge tendre, afin d'apprécier si elles sont l'effet de la constitution passagère de l'enfance , ou du tempérament lymphatique permanent que l'enfant a reçu de ses parens. Cependant nous verrons tout à l'heure que les dartres ne reconnoissent pas toutes la même origine.
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La distinction , prise de l'apparence extérieure , en dartres farineuses , pustuleuses , miliaires , écailleuses , rongeantes , etc. , indique les progrès et la forme de l'affection dartreuse , mais non pas sa cause ; et on n'en tire aucu?ie indication essentielle pour le traitement.
Toutes les dartres peuvent, en général , cire rapportées à ces trois causes : les scrophules , la gale , l'infection vénérienne. Les dartres lymphatiques et scrophuleuses sont celles qu'on rencontre le plus souvent. Elles sont opiniâtres, comme la disposition morbifique dont elles dérivent. Les dartres psoriques et vénériennes sont réellement accidentelles , et , à moins qu'elles ne soient entées sur une disposition strumeuse , ce qui n'est que trop fréquent , elles cèdent sûrement quand elles sont combattues par des mains capables de traiter convenablement , dans tous les cas , la gale et la maladie vénérienne. Les dartres, symptôme du scorbut, cèdent, comme les ecchymoses et autres vices cutanés, au traitement de la maladie principale.
L'affection dartreuse peut être plus ou moins désagréable à raison de son siège; mais cette circonstance ne change en rien les vues qu'on doit avoir. Qu'elle soit placée au visage , au menton , aux mains ; qu'elle forme une zone autour du corps, qu'elle affecte les parties sexuelles, les cuisses, les jambes ou le contour des chevilles, etc., il faut considérer si elle n'est que l'effet de la prédominance des sucs lymphatiques et séreux, dans l'enfance; ou si elle tient à une disposition permanente de la conslitu-
lion. Dans In premier cas, elle doit èlre négligée , ou , pour mieux dire , respectée ; dans le second , il n'y a qu'un traitement long, bien méthodique et soutenu par toutes les circonstances de régime, qui puisse rétablir l'équilibre des systèmes organiques et des fonctions , et enfin effacer par degrés les effets de la disposition précédente. Toute méthode empirique qui peut déterminer la répercussion de cet exanthème, se lie à des dangers affreux. La dartre est quelquefois une affection seulement locale , dépendante d'une viciation de la peau et de ses fonctions, dans l'endroit où cet exanthème est placé. Les topiques, l'application d'un vésicatoire, à l'imitation d'Ambroise Paré, peuvent procurer une cure radicale : car la maladie est alors étrangère à la constitution.
La pélagre est encore une affection herpétique à laquelle sont sujets les paysans de quelques contrées d'Italie. Elle entraîne les mêmes incommodités et les mêmes conséquences auxquelles sont exposées . les personnes dartreuses. Nous renvoyons à l'article suivant de parler de la méthode curative de ces maladies par les fumigations sulfureuses.
16 Nous ne parlerions pas de la gale, si ce n'éloit jamais qu'une maladie contagieuse : car elle appartiendroit alors indistinctement à tous les âges. Mais des observations faites et transmises par des auteurs respectables, paroisseni autoriser à mettre quelquefois la gale au nombre des maladies spontanées. Selle semble reconnoîlre aussi la gale spontanée, puisqu'il la regarde comme dépendante d'une dis-
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position scrophuleuse et scorbutique (i). On ne peut cependant disconvenir que l'admission d'une affection psorique , affranchie de toute infection contagieuse , ne soit sujette à beaucoup de difficultés. Parce que les sources et le moment de cette infection échappent à nos recherches , il ne s'ensuit pas qu'elle n'ait en lieu : nous avons appris à mettre plus de circonspection dans nos jugemens , par les exemples nombreux des cas où ils sont erronés. Quoi qu'il en soit, voici les faits qui semblent appuyer celle opinion.
i°. On remarque souvent, chez les enfans sevrés depuis peu , une espèce de gale qui s'étend sur le corps et épargne les extrémités , qu'on attribue ordinairement au mauvais lait de la nourrice , mais qui est une véritable dépuration lymphatique trèssalutaire. Elle cause une vive démangeaison , surtout au nombril, où les pustules sont plus nombreuses. On ne doit la combattre que par beaucoup de propreté et une douce chaleur. Il est permis, tout au plus , d'oindre légèrement , avec de la crème ou du beurre frais, les parties les plus irritées, pour en adoucir le prurit.
2°. Le fait suivant présente encore plus de doutes ; cependant il paroîl constant en bien des cas. A l'âge de sept ans , ou aux approches de la puberté , on observe quelquefois une gale qui ne diffère en rien de la gale ordinaire, si ce n'est qu'on ne peut trouver l'origine de cette affection , ou qu'elle se dérobe aux recherches les plus assidues. Elle semble se commu-
(i) Selle, Médec. cliniq. , t. i, p. 373.
niquer moins aisément que la gale ordinaire; mais elle est aussi opiniâtre, et elle demande une cure aussi méthodique et aussi soigneuse que la gale la plus invétérée. Un simple traitement externe ne la guérit qu'en apparence : car elle se montre de nouveau , peu de temps après , avec au moins autant de force ; ou bien la répercussion qu'il détermine est suivie des arcidens formidables qui attachent de si grands dangers à toute affection psorique traitée sans méthode.
5°. Plusieurs fièvres se terminent beureiisement par l'éruption d'une gale. Le fait est commun pour les fièvres intermittentes, mais il se présente aussi dans des maladies très-graves, comme Sarcone en a fait l'observation dans l'épidémie de Naples (j). L'explosion d'une gale plus ou moins étendue, est le premier phénomène d'une révolution qui amène la guérison du rachitis. On a vu la manie se dissiper par une semblable crise. La gale pourroit donc, être, dans bien des cas, l'effet d'une ébullilion lymphatique salutaire. Elle semble avoir alors plus d'analogie avec les dartres qu'avec la gale proprement dite. Du reste , il ne seroit pas impossible que les guénsons merveilleuses, que l'inoculation de la gale a procurées quelquefois , fussent plutôt dues à une fermentation de ce genre qu'à l'éruption qu'elle auroil déterminée , d'un principe psorique caché. Toutefois , on est forcé d'avouer que les doutes sur la vraie nature de ces faits , s'accumulent dans la pro-
(1) Istoria raggionata dei mail osservali in Napoli , anno 1764, t. 11 , p. 119.
portion de 1 âge du sujet. A mesure que les rapports de l'individu se multiplient , deviennent plus variés, les occasions d'acquérir une maladie contagieuse augmentent, ainsi que les nuages qui voilent quelquefois l'origine et le moment de l'infection. Cette question , dont l'examen intéresse sous le rapport de l'affinité naturelle des maladies , n'entraîne pas heureusement des différences essentielles pour le traitement , qui , dans tous les cas , est et demeure le même.
Souvent, dès l'âge le plus tendre, les enfans reçoivent la gale ou de leurs nourrices , ou des femmes qui les soignent , ou même de leur mère ; ils peuvent enfin venir au monde avec cette affection contagieuse de la peau. Le traitement, dans tous ces cas, présente beaucoup de difficultés, et exige d'autant plus de soins , de ménagement et de méthode. La surdité , la cécité , la danse de Saint-Weith , l'épilepsie, les affections les plus graves de la poitrine , l'engorgement du foie et de la rate , l'hvdropisie , l'œdème de différentes parties , des tumeurs phlegmoneuses , des dartres , une espèce de teigne , etc. , sont fréquemment les tristes fruits d'une cure mal dirigée.
Un vice psorique , qui n'est pas complètement détruit, semble parfois s'identifier jusqu'à un certain point à la constitution ; et quand l'âge adulte arrive , cette infection se montre sous des formes singulièrement désagréables et les plus rebelles, ou devient le principe d'infirmités d'autant, plus terribles que leur cause est moins connue. Rosen met au nombre des motifs de craindre l'éclampsie chez les
enfans, quand leur visage est agité de mouvemens convulsifs , l'application inconsidérée, de quelcpic topique contre la gale (1). Stoll rapporte l'observation d'une fille de vingt-deux ans, qui , à la suite d'une gale mal traitée , eut une douleur presque constante à l'occiput. Il survint , au bout de quelque temps , un écoulement de pus icboreux verdâlre par l'oreille gauche. Les accidens s'aggravant successivement , elle mourut frénétique ; et l'on trouva dans le lobe gauche du cervelet un abcès qui communiquoil avec l'oreille par un canal qui s'étendoit jusqu'à l'os du rocher, lequel étoil entièrement rongé par la carie, de sorte que le pus entroit librement dans l'oreille , et y trouvoit une issue plus ou moins facile au dehors (2).
Cet Essai étant destiné à prévenir, s'il est possible, les dangers auxquels on s'expose souvent par une funeste crédulité , ou par imprudence , je dois avertir de celui qu'on court en confiant le traitement de cette maladie à des ignorans que l'amour des hommes louche peu. Quelques guérisons , fort heureuses sans contredit, ne doivent pas abuser sur les périls attachés à l'usage de certaines pommades ou onguens qu'on donne pour des secrets. Il suffît de dire qu'on ne craint pas d'y faire entrer les oxides métalliques les plus redoutables , tels que le sublimé corrosif, l'arsenic , et autres poisons minéraux ou végétaux d'une affreuse activité , et dont l'usage expose nonseulement aux suites terribles d'une répercussion
( 1 ) Rosen , Traité des Malacl. des enfans , rhap. x , p. ^5. (2) Stoll , Médec. pratiq. , t. m , Dissert, sur ta Frénésie.
rapide, mais encore à un ve'ritable empoisonnement. Le traitement de la gale et des dartres par les fumigations sulfureuses , n'est sujet à aucun de ces reproches. J'en fis usage , pour la première fois, en l'an xn , pendant que j'étois attaché , comme médecin, aux travaux du Simplon, sur un homme de Brigg, dont le bras droit étoit tout occupé par une dartre croùleuse de l'aspect le plus hideux. Je savois que le soufre est le remède le plus constamment efficace des maladies de la peau ; que les préparations antimoniales et mercurielles y ont des succès équivoques , si elles ne sont combinées avec ce minéral ; que le soufre, à son tour, n'a d'action complète et sûre que lorsque ^ pénétrant toute la constitution , il parvient , dans un degré de division extrême, au lissu cellulaire et à la peau , et en modifie les fonctions à sa manière. Je savois, d'un autre côté, que tous les topiques irritans et astringens, appliqués à ces éruptions, les font disparoître , en rendant au tissu cutané l'énergie qu'il avoit perdue , et en donnant à ces affections chroniques la marche rapide des maladies aiguës. Or , en dirigeant sur une partie occupée par une dartre ou par la gale, la vapeur du soufre en combustion, je l'exposois au soufre réduit au plus haut degré de division possible , et les pores, ouverts par la chaleur de cette vapeur, dévoient la recevoir avec facilité. En effet , l'absorption étoit évidente : la transpiration, l'haleine et l'urine du malade avoient une odeur de soufre manifeste. Ainsi cette méthode donnoit , mais avec plus de promptitude, les mêmes résultats que l'administration intérieure de ce minéral. En second lieu, par ce
atir> essai
procédé, non -seulement j'appliquois à la parue le soufre à l'état de division le plus considérable , mais encore sous forme d'acide sulfureux; par conséquent j'administrois un topique égal , ou même supérieur à tous les autres , pour changer la disposition niorbilique de la peau. Le succès le plus prompt et le plus complet prouva la solidité de cette théorie. Dans l'espace de douze jours, une dartre horrible, qui couvroit tout le bras, eut entièrement disparu; et dans un intervalle de deux ans, il n'y eut pas le moindre signe de récidive. J'ai depuis em ployé ce même moyen pour des dartres aux jambes et aux mains, et toujours avec un égal succès.
La méthode curative des maladies de la peau, par les fumigations sulfureuses, étoil donc reconnue depuis plusieurs années, en théorie et en pratique. Mais n'ayant pas encore imaginé un moyen déconcentrer et diriger à volonté les vapeurs sulfureuses, ma méthode étoil limitée aux cas où les alleclions cutanées siégeoient aux extrémités. Elle ne pouvoil s'adapter à ceux où elles intéressent le tronc ou diverses parties à la fois. Je ne pouvois enfin exercer celle action générale sur le système, qui est nécessaire quand toute l'économie est envahie par les maladies herpétiques ou psoriques. Celle découverte devoil donc subir le même sort que tant d'autres qui s'éteignent dans l'oubli , et dont les avantages restent perdus , pour n'avoir pas eu d'abord tout le développement et toute la perfection dont elles étoient susceptibles. Il falloit trouver un moyen d'en rendre l'application générale à tout Je corps , sans que les organes de la respiration et de la vue
pussent être atteints par la vapeur. M. Gales a franchi ce pas qui restait à faire, et s'est acquis par là tous les droits d'inventeur. On pourroit trouver , dans des époques déjà bien reculées , des auteurs qui en ont eu l'idée. M. Gales le reconnoît lui-même (i) : mais on ne peut lui contester le mérite d'avoir découvert le premier le moyen de rendre l'administration des vapeurs sulfureuses générale par un appareil parfaitement entendu. Grâce à ce nouveau procédé, dont l'art vient de s'enrichir, une foule de maladies aussi incommodes qu'opiniâtres sortent de la catégorie de celles qui, jusqu'à ce jour, ont été le désespoir de la médecine. Telles sont la gale invétérée , les dartres , la teigne , certaines paralysies , les rhumatismes chroniques, les engorgemens scrophulcux , la goutte atomque , etc.
Dans les années 1807 et 1808, je fis, dans l'hôpital militaire de la marine de Venise, de nombreux essais des lotions d'acide sulfurique étendu d'eau pour la guérison de ces mêmes maladies (2). Je dus abandonner ce moyen. Quelques guérisons satisfaisantes ne m'aveuglèrent pas sur les inconvéniens de ce topique. Chez plusieurs il rendit les pustules galeuses conflnen tes, et les changea en plaques croùteuses, appuyées à une tumeur phlegmoneuse , dont l'irritation excessive obligeoil de suspendre le trai-
( 1 ) Mémoire sur les Fumigations sulfureuses appliquées, au traitement des affections cutanées , p. 4 et 6. Paris, 1816.
(2) L'arsenic dissous dans l'acide sulfurique constitue un remède anti-psoriquç dont le débit est malheureusement autorisé.
ternent; celle liqueur f;iisoit naître des pustuleî galeuses , des boutons phlegmoneux, des excoriations dans des parties dont la peau étoil saine auparavant; le traitement étoit plus incommode et pins long que par la méthode ordinaire, et il en résultoit une destruction de linge si considérable, que ce motif seul auroil suffi pour le faire abandonner dans uri établissement public. Je trouvai, en i 812, cette même méthode employée, dans quelques hôpitaux de Milan, par des médecins qui s'en croyoient aussi les premiers auteurs; et je pus juger, par l'obstination avec laquelle ils y tenoient, que certains hommes ne sont pas si scrupuleux sur les iuconvéniens d'une méthode, lorsquils y sont attachés par un amour-propre d'invention plus ou moins fondé. Du reste les bains de vapeur sulfureuse remplissent, avec une si grande supériorité, toutes les indications que les afléclionscutanées présentent, qu'ils méritent une préférence absolue sur toutes les méthodes imaginées jusqu'à ce jour; et qu'il est difficile de concevoir un moyen qui puisse jamais réunir autant d'avantages.
Nous allons examiner à présent les maladies qui naissent de la diathèsescrophulenses'exercanlsur le système osseux.
17. Rachiiis et Osteomalacie. C'est sous un ciel inconstant, dans les pays humides et marécageux, parmi la classe mal aisée, qui vil dans des habitations immondes et de mauvais alimens, qu'on voit le plus souvent le rachitis. Cette maladie fourmille également au sein des villes les plus populeuses , sous l'influence des causes déprimantes de la vie , qu'y multiplient à l'infini, dans tous les ordres de
la société , ou les horreurs de la misère, ou les excès de la mollesse , du luxe et de la dépravation des mœurs. L'insalubrité du sol , et le défaut de lois et de règlemens, conservateurs de la santé publique, peuvent-ils rendre les formes rachitiques propres à tout un peuple ? Peut-on regarder , ainsi que l'a fait Sauvages, les différences spécifiques de structure que présentent les Calmoucks , comme l'effet d'un rachitis national? Quoi qu'il en soit, une réunion malheureuse de circonstances généralisa, à un tel point, le rachitis, en 1600 , dans les villes d'Angleterre les plus adonnées aux arts, que Glisson le considéra et le décrivit comme une maladie nouvelle (i). Des causes semblables, agissant sur l'enfant dès sa naissance, sont incontestablement très- propres à détruire l'équilibre entre les divers systèmes organiques, à faire prédominer l'appareil lymphatique, et à préparer, par conséquent , des concentrations vicieuses qui appellent les sucs dans les parties qui
(1) Des critiques très-éelairés, tels que Van-Swielen, Pinel, Darwin , etc. , partagent l'opinion de Glisson , et lui accordent la gloire d'avoir fait connoître cette maladie. Zeviani en a contesté la nouveauté , et l'on doit convenir que Van-Swieten est si peu heureux à résoudre les difficultés du médecin italien, malgré le soin qu'il y met , qu'il fournit plus de preuves pour l'opinion qu'il attaque que pour celle qu'il défend. Testa, non-seulement prouve que le rachitis n'étoit pas inconnu avant Glisson , mais il revendique en faveur d'Arnaud Boot l'honneur d'avoir décrit cette maladie avant et mieux que lui. (Voyez Malattie del Cuore, lit». 1, cap. ni.) Lefebvre de Villebrune prétend que long-temps avant que Glisson publiât ses observations, on donnoit le nom de spiua-ventoxa au rachilis. Voy. ses notes au Traité des Malad. des en/ans de Rosen.
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sont de son ressort, comme les os; néanmoins il est certain que la puissance de ces causes, exercée de longue main sur la constitution des parens, a déjà déterminé en eux ce même défaut d'harmonie et d'égalité clans l'organisation et les fonctions, qui engendre les affections chroniques propres aux constitutions strumeuses, et dont la disposition transmise aux descendans est la cause primordiale du rachitisme. C'est en ce sens que cette maladie est héréditaire : en effet, on remarque toujours, chez les pères ou les frères d'un rachitique, des signes de scrophules. Ces dispositions innées au rachitis peuvent être favorisées par le climat et la manière de vivre, comme elles sont susceptibles d'être, par les mêmes moyens, neutralisées ou même détruites. Voilà comment est quelquefois enchaîné le développement des maladies héréditaires ; on voit quels avanta <r es on peut attendre de l'usage précoce et judicieux des ressources de la médecine, et pourquoi la plupart de ces affections attaquées le plus souvent trop tard opposent ensuite une obstination invincible.
Klen et Pinel ont fourni des observations de rachitis congénital : ce genre de rachitis n'est donc pas inadmissible , mais il est très-rare. Ce n'est ordinairement que du cinquième mois à la troisième année qu'il se manifeste, c'est-à-dire lorsque l'enfant a depuis quelque temps exercé ses fonctions par luimême, et dans l'ordre qui résulte de sa fabrique intérieure , et du concours des circonstances dans lesquelles il vit.
a. Les formes rachiliques les plus prononcées se dessinent ordinairement dans le cours de la pre-
mière dentition. A l'époque de l'éruption des dents (que l'enfant soit pris d'éclampsie ou non), si la peau et les chairs deviennent flasques, si le ventre se gonfle et que la poitrine fasse saillie en avant, on peut être sûr que le rachitis commence. C'est un objet digne de la plus grande attention , depuis le neuvième mois jusqu'à l'âge de deux ans. Les Anglais craignent pour leurs enfans quand ils parlent avant de marcher, et quand les dents paraissent avant heure. Le travail de la dentition et celui de l'ossification sont tellement inséparables, que l'un est une dépendance de l'autre. On a remarqué , dans les enfans morts en poussant les dents, que toute l'économie étoit dans un état de pléthore sanguine extraordinaire , que les os surtout étoient gonflés , gorgés de sang et ramollis. Ces sortes de cadavres s'injectent avec une facilité extraordinaire, et l'injection parvient à de petits vaisseaux, dans certaines parties, où elle n'aurait jamais pénétré, ni avant ni après la dentition. Une maladie qui intéresse la substance de tous les os ne peut épargner les dents, comme la formation des dents doit retentir dans tout le squelette , puisque c'est une opération qui dépend d'un mouvement de développement dans les forces vitales du système osseux. Aussi arrive-t-il souvent qu'elles se carient, quelquefois elles ne se forment pas , d'autres fois elles tombent, et les enfans en restent privés toute leur vie. Puisque une excitation semblable , dans tout l'organisme et dans le système osseux en particulier , se renouvelle à sept ans, pour l'explosion des dénis permanentes , et même à la révolution de la puberté, on ne doit pas
être surpris si ces époques se signalent souvent par des déformations des membres, et des déviations de la colonne épinière plus ou moins sensibles. Les coups, les cbutes, les fractures, chez les enfans mal constitués, peuvent déterminer le rachitis, ou le rendent incurable , s'il existe déjà.
b. Le développement de celte maladie est précédé de signes de foiblesse générale , ou pour mieux dire d'une inégale distribution des forces vitales et des sucs nutritifs. L'enfant est engourdi, foible , ses chairs sont flasques, le plus léger mouvement le faligue, ses jambes plient sous lui en marchant; les jeux tumultueux , l'agitation continuelle de son âge sont pour lui sans attraits , ou même un objet d'aversion : il n'aime et ne désire que le repos. Mais en même temps il y a un centre d'activité considérable vers la tête. Elle croît d'une manière démesurée ; les sutures des os et du crâne s'écartent, les fontanelles s'élargissent, la face devient plus large, et les traits en sont plus prononces que l'âge ne comporte, parce que les os du front, de la pommette et des mâchoires , taut supérieure qu'inférieure, acquièrent un gonflement, un développement contre nature, qui, devenant stable , donne ordinairement une physionomie particulière aux rachiliques. La figure est quelquefois vermeille et bien nourrie; ces enfans ont beaucoup de sagacité ou sont stupides ; le ventre est en même temps très-gros. Autant le volume de ces parties est remarquable, autant l'est aussi l'amaigrissement extrême de tout le reste du corps.
c. De front avec les dérangemens des parties
molles que je viens d'indiquer, marchent les désordres suivans dans les parties dures. Les os s'amollissent dans leur centre , ils se gonflent à leurs extrémités , et se courbent , ou dans le sens des masses musculaires les plus fortes qui s'y attachent , ou dans la direction que leur donne le poids du corps, ou suivant l'impulsion qu'ils reçoivent du dedans au dehors de la part des organes ou de quelques tumeurs internes. Ces difformités rachitiques s'accroissent, jusqu'à un certain point , par leurs effets mêmes, tels que la compression des nerfs et des vaisseaux. La compression de la moelle épinière et des nerfs ne va pourtant guère que jusqu'à ce point où elle doit ajouter l'irritation nerveuse à l'excitation générale qui existe surtout dans le système osseux. Mais comme cette irritation intéresse à la fois toutes les parties, il en résulte une dérivation par rapport au centre de l'influence nerveuse, qui fait qu'on observe rarement l'apoplexie et la paralysie dans le rachitis. Telle me paroît être la cause de ce phénomène qui a excité l'élonnement de Glisson, de Daubenton et autres (i).
d. Les désordres internes les plus constans que l'autopsie cadavérique a démontrés sont : le volume du cerveau ; la petitesse , la compression , les adhérences nombreuses, l'état tuberculeux des poumons ; le cœur présente souvent des vices remarquables , entre autres l'ouverture du trou de Botal , qui fait qu'une grande partie du sang veineux rentre dans
(1) Van-Swieten, Comment, in Hermani Boerh. Jpiwr t. v, p. 558.
ag4 essai
la circulation artérielle, sans avoir subi dans les poumons une régénération nécessaire au maintien de la chaleur animale , et vraisemblablement aussi à la parfaite assimilation de tous les sucs; le foie a un volume prodigieux , au point qu'il remonte quelquefois dans la poitrine jusqu'à la hauteur de la troisième vraie côte; la rate partage, à divers degrés, Jes mêmes dispositions; le pancréas est engcfrgé, ainsi que les glandes du mésentère , et celles-ci deviennent squirrheuses ou passent à un état inflammatoire plus ou moins actif et voisin de la suppuration; les premières voies enfin donnent asile à des nids vermineux considérables. Ces lésions intérieures émanent de la cause générale du rachilis, la diathèse scrophuleuse; elles contribuent à augmenter les résultats; mais le racbitispeut exister sans elles , comme le prouve une observation de Haller (i).
e. Le rachitis , comme toutes les maladies, a plusieurs degrés. Quelquefois il continue ses progrès et ses ravages avec une grande rapidité, et l'individu y succombe, dans les premières années de l'enfance, de lientérie , d'hydrocéphale , de consomption mésentérique ou pulmonaire , la présence des vers ajoutant presque toujours beaucoup à la gravité des accidens. La mort frappe de la même manière les rachitiques avant l'âge de puberté ; mais ils périssent encore plus souvent de phthisie pulmonaire (2).
(1) Haller, Opuscul. patholog. , Observ. x , edit. Lausan. , in-8 , p. 20 et seq.
' (2) Hipp., Aphor. 46, sect. vj, cum recognitione et notis Andr. Pasta.
C'est encore à la phthisie pulmonaire, ou aux plus graves lésions du cœur el des gros vaisseaux , que succcombenl ceux qui ont atteint la jeunesse ou un âge plus avancé.
Il existe, suivant Testa, un tel rapport entre le racliitis et les maladies du cœur, qu'une configuralion rachitique lui suffisoit pour présumer les plus graves désordres dans les principaux organes de la circulation. L'affinité qui existe entre le racliitis et les maladies de la peau (il est rare que les parens d'un rachitique en soient exempts) rend également raison des relations qu'ont entre elles les affections cutanées et les maladies cardiaques. Toutes ces maladies, et la phthisie pulmonaire, se tiennent parla main. Le célèbre professeur de Bologne observe trèsbien qu'en examinant en détail, et avec beaucoup d'attention, le corps de certains individus, qui au premier coup d'œil paroissent bien faits , on y découvre une structure rachitique, masquée par l'opulence des parties charnues, mais dont la difformité devient sensible aussitôt que les maladies organiques auxquelles ils sont disposés se réalisent, et que cet embonpoint est détruit. Je n'hésite pas à me ranger de l'avis de Testa , lorsque , donnant à ces idées tout le développement dont elles sont susceptibles, il place Yhabilus phlhisique, si bien décrit par tous les auteurs, dans la classe des vices de conformation qui appartiennent au racliitis. Quelles maladies ont des rapports plus nombreux et plus intimes que la phthisie et le racliitis? Ces deux affections dépendent de la même diathèse de la constitution ; on y observe les mêmes lésions intérieures ;
elles sont, tour à tour, la cause et la terminaison l'une de l'autre.
Un autre genre de désordres internes qui semblent faciles à concevoir dans celle maladie , tuais qui me paroissentintéressansà remarquer sous le rapport de certaines analogies que j'ai déjà indiquées (wy. art. Scrophules), c'est la formation de graviers, de calculs dans les poumons , le foie, les reins ou la vessie.
f. Le rachitis secondaire, c'esl-à-dire les courbures de l'épine et le ramollissement des os qui surviennent chez les adultes, ont lieu par les mêmes causes, et se rallient à tous les faits que nous avons déjà examinés. Il est inconslestable (et c'est une chose digne d'être notée) que les causes internes les plus ordinaires et les plus puissantes des maladies qui attaquent la substance des os, sont les altérations morbides du système lymphatique. Le virus vénérien et la dégénération cancéreuse surtout, tantôt rendent les os si fragiles qu'ils se cassent par les plus légers mouvemens (1); tantôt ils les ramollissent non-seulement jusqu'à l'état de cartilage, mais les convertissent encore en une véritable chair (2). On peut donc établir d'une manière positive que les os sont principalement affectés par toute altération maladive du système et des fonctions lymphatiques. Les déformations par les virus vénériens et cancéreux se trouvent ainsi déterminées. Mais la masse la plus imposante des faits range surtout ces
(1) J. L. Petit, Maladies des Os, t. 11, p. 3oy et suiy.,
(2) lbid, p. 3i2 à 328.
déformations sous la dépendance d'une cause tout aussi puissante, mais bien plus générale : c'est la diathèsescrophuleuse. On voit évidemment remonter à celte origine commune celles qui paroissent à la suite de certaines maladies chroniques de poitrine , d'affections cutanées , de rhumatismes invétérés.
La vie molle, le défaut d'exercice, le séjour dans des lieux humides, au milieu de vapeurs infectes, la pénurie ou la mauvaise qualité desalimens, produisent la surabondance et la perversité des sucs lymphatiques , et en même temps l'appauvrissement du fluide sanguin. Ce sont les mêmes causes éloignées des écrouelles et du scorbut ; et l'on ne peut qu'être frappé de la facilité avec laquelle obéissent , à un rapprochement aussi intime, le rachitis scorbutique, et plusieurs cas d'ostéomalacie analogues. C'est ainsi queWinslow donne l'histoire d'une femme qui, en demeurant toujours assise, se raccourcit d'un quart de sa hauteur naturelle, et devint bossue. J. P. Frank rapporte qu'une jeune fille, d'une taille svelte et bien prise, au bout de trois mois de séjour dans un cachot, devint petite comme un enfant. Enfin une étude un peu attentive du rachitis ne permet pas de négliger les faits suivans :
g. Sydenham a vu l'atrophie rachitique se dessiner chez les enfans par l'effet de longues fièvres autumnales (1), et Rosen a observé les mêmes conséquences par la coqueluche négligée (2).
h. J'ai déjà parlé du rachitis occasionné pas des
(1) Sydenham , Opcra medica , sect. 1 , cap. v, p. 5g.'
(2) Rosen , Traité des Maladies des Enfans, p. 875.
coups, des chutes. On lit dans les épidémies d'Hippocra te qu'un cuisinier devint bossu à la suite d'une frénésie (i). Des courbures considérables de l'épine, par des tumeurs autour de la colonne vertébrale, ou par carie des vertèbres, ont été observées par un si grand nombre d'anatomistesetde médecins , qu'il est inutile de les citer.
i. Les difformités du rachitis deviennent un bienfait, quand il fait crise pour certaines maladies d'un danger pressant et même inévitable. J'ai vu deux fois l'hémoptysie, et tout l'appareil de la phthisie commençante, se dissiper au moyen d'une déviation sensible de l'épine ; j'ai eu l'occasion de faire la même observation dans la consomption mésenlérique. Le rachitis, à son tour, peut être guéri par les maladies les plus graves, telles que les fièvres intermittentes, les fièvres malignes, la petite-vérole, la rougeole, l'évacuation d'une vomique, etc.
A mesure qu'une science se perfectionne , elle acquiert plus de facilité à ramener un grand nombre de phénomènes à ses lois ordinaires. C'est alors que celte science s'agrandit en se simplifiant, et qu'une foule de théories, appuyées à des hypothèses toutes plus ingénieuses , se dissipent comme une ombre devant d'autres explications , qui deviennent piquantes à force d'être naturelles, et dont la nouveauté ressort d'autant plus qu'elles reposent sur des principes aussi anciens qu'avérés. Il en seroit ainsi de la médecine, relativement à la théorie du rachitis , si l'on pouvoit
(i) Hipp. , de Morbis popularibus , lib. v, §. 22, lib. vir, §. 37, edit. Marinelli.
faire voir que, cette maladie considérée comme une inflammation des os , toutes les circonstances qui lui sont propres rentrent dans les lois communes des inflammations, et que tous ses effets s'expliquent par les dégénérations que produit l'inflammation osseuse , telle qu'elle est aujourd'hui parfaitement connue, grâces surtout aux recherches des médecins allemands.
Les forces vitales qui animent toute l'organisation sont encore celles qui opèrent la nutrition des os et règlent leur développement dans certaines dimensions; c'est en vertu de ces mêmes forces qu'ils réparent leurs pertes , que se forme le cal dans les fractures , et qu'il se régénère quelquefois des portions considérables d'os qui avoient été détruites, ou qu'on avoit dû enlever pour cause de nécrose (i). Or la nutrition des organes osseux, le renouvellement continuel de leurs principes, se font, comme dans toutes les parties, par une absorption constante des molécules anciennes qui rentrent dans les couloirs, y subissent une autre assimilation, ou sont rejetées, et par un versement non interrompu de sucs nouveaux , déjà convertis en substance analogue à la leur, et que ces organes s'adaptent et s'approprient par une élaboration encore plus intime.
Il paroît que le périoste est pour les os comme un véritable organe sécrétoire qui renferme les vaisseaux chargés de ces deux opérations opposées. En effet, la régénération d'une portion d'os est essentiellement subordonnée à la condition que le périoste ne soit
(i) Weidmann , Traité de la Nécrose.
pas détruit. Si la force absorbante dont nous avons parlé s'exerce surtout avec énergie sur la partie crétacée des os , ceux-ci perdent leur solidité et deviennent mous ; si au contraire elle agit sur leur carcasse gélatineuse, ils deviennent cassans et friables : les virus vénérien et cancéreux produisent assez souvent ces effets. Si l'absorption dévore les deux substances également, l'os diminue de volume, se rapetisse; c'est quelquefois le résultat de la paralysie, du ptyalisme, des ijrandessuppurations, comme Cheselden(i) en a fait l'observation sur un fémur qui , par suite d'une plaie, se trouva plus petit que l'autre. Mais si les fluides, au contraire, se portent en abondance aux os', attirés par une irritation inflammatoire, ceux-ci se gonflent à la fois et s'amollissent, parce que leurs mailles solides sont écartées à de plusgrands intervalles par l'interposition des sucs qui affluent; d'un autre côté , les principes qui tendent à la condensation sont plus dissous, par conséquent plus disposés à l'absorption : tel est l'état qui constitue le rachit'is.
Heïlie (i), Soemmering (3) ont voulu expliquer tous les phénomènes du rachitis par l'excès d'énergie de la force absorbante des vaisseaux lymphatiques; maisReil observé, avec raison , que pour que l'absorption du phosphate calcaire, qui entraîne le ramollissement des os, puisse se faire, il faut que cette
(1) Cité par Weidmann , Traité de la Nécrose.
(2) De vasorurn absorb. ad Rachitidem procreandam potentid.
(3) De Morbis vasorum absorbentium corporis hurnani.
SUR LES MALADIES RES ENFAÏYS. 3o l
matière soit auparavant dissoute et liquéfiée. La soustraction de la partie gélatineuse des os qui produit leur fragilité, est évidemment subordonnée à la même condition. La cause de cette liquéfaction, nécessaire dans les deux cas , me paroît consister également dans une irritation inflammatoire.
Dans les os, comme dans tous les organes, l'inflammation résulte de l'exaltation excessive à laquelle arrivent les forces vitales : cette inflammation doit donc commencer dansles points où ces forces agissent avec plus d'énergie. Or, c'est dans la partie moyenne des os longs, c'est dans le point central des os plais que commence l'ossification ; c'est là que l'influence vitale est plus active ; c'est là aussi que l'inflammation et le ramollissement rachitique des os, qui en est l'effet , donnent les premiers signes de leur existence. Lorsque la vie agit dans les os, avec le calme de la santé, pour y porter les sucs, les y élaborer et les distribuer avec tranquillité, leur partie centrale est la première à acquérir une solidité qui va s'irradiant de là dans tous les sens. Mais lorsque les sucs y abordent avec l'affluence tumultueuse de l'état inflammatoire, les os se gonflent et s'amollissent à raison des fluides qui s'insinuent entre leurs mailles solides. L'orgasme inflammatoire ramollit les os, tandisqu'en réduisant à un état de plénitude excessif le tissu celluleux des parties molles , il augmente au contraire leur densité, comme l'hépatisation des poumons en fournit l'exemple.
La disposition d'une partie à l'inflammation est relative à sa mollesse, à sa texture plus ou moins vasculaire et à sa sensibilité. Quoique moins ricbes
en vaisseaux sanguins que d'autres parties , les os ne laissent pas que d'en être abondamment pourvus par l'entremise du périoste , qui reçoit lui-même des artères, des veines et même des nerfs des chairs qui le couvrent. Ces vaisseaux glissent entre les mailles osseuses, forment un beau réseau vasculaire entre leurs couches , et, pénétrant l'os tout entier, vont se distribuer à l'enveloppe membraneuse qui en tapisse la cavité médullaire, de manière à établir une communication facile entre ses surfaces extérieure et intérieure. Dans le jeune âge, les os sont beaucoup plus tendres, et ils possèdent un grand nombre de vaisseaux qu'on ne peut plus reconnoîlre dans l'adulte; le périoste, si lâche alors et si mou qu'on peut l'enlever comme un sac membraneux , se prêle aisément à la fluxion inflammatoire; la turgescence sanguine du système osseux devient surtout très remarquable au temps des deux dentitions: certes , il est difficile de repousser les conséquences qui naissent de la réunion de toutes ces circonstances favorables à l'inflammation osseuse, dans l'âge et aux époques où le rachitis se montre le plus souvent.
Les os, encore comme toutes les parties, sont susceptibles d'une inflammation aiguë ou chronique. Les inflammations chroniques sont plus fréquentes ( et de ce nombre est celle qui constitue le rachitis ) , parce qu'ils sont presque insensibles, et jouissent d'une vie beaucoup moins énergique que les parties molles. De plus, le rachitis, comme produit de la diathèse scrophuleuse, participe à la lenteurdes inflammations lymphatiques; il affecte la charpente osseuse enfin dans son ensemble, et toute inflammation s'affoiblit
SUR LES MALADIES DES ENFANS. 3o3
en se disséminant. Celle-ci , à son tour, est générale, parce qu'elle dépend d'une cause qui l'est, et parce qu'elle agit spécialement sur la tête et la colonne épinière, c'est-à dire sur les parties fondamentales du squelette; car toutes les autres s'y attachent, ou sont soumises à leur influence. Je crois aussi que l'inflammation osseuse est moins vive quand sa cause agit de l'extérieur à l'intérieur, et pénètre toute la substance de l'os. Les douleurs sont donc foibles, mais générales , et la fièvre est sourde et lente.
Mais les os ne sont pas exempts d'inflammation aiguë. Elle est telle, quand sa cause est violemment virulente, ou agit à la surface interne et médullaire de l'os, parce que son enveloppe compacte gênant l'expansion des parties enflammées, augmente l'intensité et les désordres de l'état inflammatoire. Nonseulement il y a alors gonflement, boursouflure des os , mais des douleurs vives comme si on les perforoit avec une tarière, et la fièvre est véhémente. C'est ce qu'on remarque dans le spina-ventosa et le pédarlhrocacé.
La considération des causes les plus constantes du racliilis > l'état de relâcbement , de pâleur et de foiblesse des sujets qui en sont atteints , paraissent , au premier coup d'ceil, peu favorables à une théorie inflammatoire de cette maladie. Pour résoudre ces difficultés, nous pourrions alléguer qu'un état de débilité générale n'exclut pas toujours des concentrations inflammatoires, puisqu'on en trouve dans certains organes (les poumons, le foie, les reins, le mésentère) , et venues même à suppuration , chez des sujets frappes d'asthénie ou atteints de maladies
3û4 ESSAI
adynamiques. Mais dans le cas dont il s'agit , l'atonie générale exclut d'autant moins l'état phlogistique de l'appareil osseux, que ces deux dispositions simultanées et contraires, sont tour à tour et réciproquement dans les rapports de cause et d'effet. Les causes débilitantes des parties molles et des vaisseaux sanguins, sont celles qui augmentent l'énergie et l'opulence du système lymphatique, lequel paroît d'ailleurs spécialement chargé de la nutrition des os. Ces sucs lymphatiques surabondans, ou même pervertis par leur excès, font, sur le tissu tendre et vasculeux des os, dans l'âge et aux époques favorables, l'office de l'aiguillon inflammatoire. Mais dès que l'inflammation commence , et à mesure qu'elle fait des progrès, il y a convergence des fluides nourriciers vers les os, conformément aux lois les plus connues de l'économie vivante; d'un autre côté, comme l'activité des vaisseaux absorbans croît en raison de ces désordres , elle s'exerce avec vigueur au préjudice des parties molles, qui tombent dans un affreux amaigrissement. Ces résultats seront encore plus intenses, s'il y a, en même temps, comme cela est ordinaire , des concentrations inflammatoires dans les poumons ou le mésentère, qui exercent aussi lei\r attraction.
D'après donc ma manière de voir, la diathèse scropbulense agissant dans les os, avec dépravation ou seulement avec excès de sucs lymphatiques, comme elle le fait tantôt à la peau, tantôt dans les ligamens et les tendons, elle engendre, dans un cas, le rachitis, comme elle produit, dans les autres, la teigne, les dartres, le rhumatisme chronique.
SUR LES MALADIES DUS ENFANS. 3o5
La solution de ces maladies , les unes par les autres, est donc évidente.
Que le dépôt d'une fièvre maligne se fasse sur les os, qu'il y ait une migration semblable du pus d'une vomi que, il en résultera facilement le racbitis ; on conçoit sans peine, par la même raison, que les épurations successives à une fièvre grave, que la formation d'une vomique et l'expectoration du pus contenu, puissent faire disparoîlre les difformités d'un rachitis préexistant.
Les déformations racbitiques qui résultent de longues fièvres intermittentes, s'accordent de tout point avec ce que nous avons établi. A la suite de' ces fièvres , les jeunes sujets se trouvent quelquefois plus grands d'un demi-pouce, d'un pouce ou davantage. Cela arrive, non-seulement par l'accélération fébrile de la circulation qui tend à allonger les artères, mais aussi parce que cette excitation donne aux vaisseaux et à tous les solides, une mollesse qu favorise leur allongement. Dans cet état général desi solides, et surtout des organes osseux, si ces fièvres durent long- temps, si, comme cela arrive alors presque toujours, les sueurs de chaque accès sont incomplètes, refoulées à l'intérieur, et qu'elles se portent sur les os, où d'ailleurs une excitation sourde les attire, ceux-ci achèveront de s'engorger, de s'enflammer et de s'amollir au point d'obéir aux tractions des muscles , et de subir toutes les déformations que ceux-ci pourront leur imprimer. Chez un racliitique, au contraire, les sueurs de chaque accès deviendront facilement un moyen de résolution pour l'état maladif du squelette. C'est ici le
3o6 ESSAI
même enchaînement de phénomènes qui fait que de longues fièvresintermittenlesenlraînent desengorgemens abdominaux , et que ces engorgemens déjà existans sont dissipés par d'autres fièvres qui surviennent. Mais trouve-t-on les os enflammés dans cet état de ramollissement qui constitue le rachitis? Les observations de Maanen, de Clossius et autres, ne laissent aucun doute à cet égard. Elles démontrent que, par l'inflammation, les os passent à la consistance des cartilages , qu'ils prennent même la mollesse du périoste, et se gonflent au point d'avoirsix, huit fois plus d'épaisseur que dans l'état naturel (i). Duverney a vu que, dans le rachitis, les os, devenus spongieux , rendent du sang par leurs pores, quand on les comprime ou qu'on les courbe. Lordat a fait la même remarque dans un sajou brun (2).
Notre pénurie en ouverture de cadavres rachitiques fait que nous n'avons pas autant d'exemples d'inflammation générale du squelette , que nous avons d'observations d'inflammations partielles plus ou moins limitées ; mais nous n'en sommes pas en*' tièrement dépourvus. L'histoire de la femme Supiot, décrite par Morand, est assez connue. Brunningliausen (3) rapporte que , dans l'espace de six semaines, toute la charpente osseuse d'un individu malade s'étoit complètement amollie. Des recherches anatomiques mieux suivies sur le rachitis en auraient sans
(1) Maanen , Dlssertatio de Absorplione solidorum , cité par Reil.
(2) Lordat , Traité des JJémorrhagies.
(3) Cité par Soeramering et Pteil.
SUR LES MALADIES DES ENFAIYS. 3c>7
contredit fait plus tôt connoître la nature. Elle est indiquée par une analogie directe, et prouvée par des exemples d'inflammation générale des os.
On peut enfin démontrer, par les faits, que le ramollissement osseux est proportionné à l'intensité de l'inflammation. Il survient quelquefois aux grands os du bassin , pendant la grossesse, et par les opérations vitales très-énergiques, dont il est alors le centre, un ramollissement en vertu duquel cette cavité perd ses formes et ses dimensions. Cela a lieu surtout chez les femmesscrophuleuses,rhumatiques, vénériennes, et aussi par des chutes et l'inflammation qui en résulte. Suivant les degrés de la phlegmasie osseuse, les pièces du bassin deviennent plus ou moins spongieuses, mais conservent quelquefois encore assez de solidité pour rendre l'accouchement très-laborieux ou même impossible (i). Mais lorsque l'inflammation est poussée au plus haut degré, les os se ramollissent au point d'être entièrement carnifiés , de ne faire aucune résistance, et alors l'accouchement peut se faire, comme l'observation suivante en donne la preuve. « T. E. Ewald , exerçant » avec distinction l'art des accouchemens, à Oflem- » bach , fut appelé auprès d'une femme en travail, » chez laquelle, déjà depuis long-temps avant l'accou- » chemeni , les os du bassin et des membres infé- » rieurs avoient subi un tel ramollissement et de telles » déformations , qu'à peine on pouvoit introduire un » doigt dans le vagin. En examinant les os pelviens,
(i) Chopart , Traité des Maladies et des Opéi ations chirurgicales , t. II.
3o8 ESSAI
» il les trouva contournes de la manière la plus dé- » favorable, et déjà il songeoil à pratiquer l'opéra- » tion césarienne, lorsqu'il lui vint dans l'idée de «tenter si, malgré tout, il ne seroit pas possible » de porter la main dans le bassin et de retirer l'en- » fant parles pieds. Celte entreprise réussit à nier- » veille ; il sentit les os prêter comme s'ils eussent » été des membranes, et l'extraction du fétus s'acheva » d'une manière aisée, et dans un court espace de )> temps (i). » Rosen assure que des enfans sont devenus rachiliques pour s'être cassé une jambe. Il fait, dans un autre endroit, la remarque que, si un rachitique , qui n'étoit pas sans espoir de guérison , se donne un coup violent, en tombant ou en se heurtant , ou s'il se casse un membre, il y a un grand risque que la maladie n'empire et ne parvienne même au plus haut degré (2).
De toutes les terminaisons des inflammations, la résolution , pour le rachitis, n'est pas la plus commune. Elle a lieu cependant quelquefois. Par le déclin gradué de l'inflammation , la direction des mouvemens à la périphérie se rétablit, la convergescence des sucs vers les os diminue, ceux qui les engorgent s'assimilent à leur substance et rétablissent leur solidité , les autres s'échappent par les pores de la peau; la sécrétion du phosphate calcaire, plus calme et peut-être aussi moins abondante, est suivie de la fixation régulière des molécules terreuses; celles-
(1) Weidmann, Traité de la Nécrose, Irad. de M. Jourda , page 5.
(a) Rosen , Traité des Maladies des en/ans , p. 3q5.
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ci tendent d'autant plus à l'aggrégation , qu'elles sont étendues dans une moindre masse de fluides , qu'elles sont emportées avec moins de violence dans le torrent de la circulation, et dès lors elles cessent de faire partie d'autres sécrétions, de se montrer dans les urines, de former les concrétions contre nature dans divers organes ; c'est enfin la guérison du rachitis.
La terminaison par induration qui , lorsque l'inflammation est partielle, donne lieu aux exostoses , est beaucoup plus fréquente , et augmente la dureté des os jusqu'à égaler quelquefois celle de l'ivoire. Si l'os reste spongieux, l'inflammation y persiste ordinairement et finit par suppuration et ulcération , c'est-à-dire, par carie. L'induration dans le rachitis, en rend les difformités stables, indélébiles. Quoique le renflement des os diminue plus ou moins , il reste pourtant très-considérable, surtout aux extrémités des os longs, parce qu'en cet endroit les fibres osseuses, à raison de leur entrecroisement et de leur endurcissement inégal, s'empêchent mutuellement de revenir à un certain abaissement. Quanta la suppuration et l'ulcération, c'est-à-dire la carie, quant à la gangrène ou nécrose, quoique quelques-unes de ces lésions s'observent fréquemment aux dents , aux mâchoires et même à la colonne épinière, toutefois elles sont rares dans d'autres parties du scpielette , parce que , si l'inflammation est si vive qu'elle ne puisse ni se résoudre ni finir par induration, la fièvre qu'elle détermine, ou celle qui naît de suppurations établies dans les poumons, le mésentère ou le cerveau, emportent le sujet.
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Ce que Reil a écrit sur l'inflammation des 05 (i), m'a suggéré celle the'orie du rachilis, qu'il nie semble n'avoir pas lui-même soupçonnée, mais que je crois juste dans ses détails et dans ses conséquences. C'est aux praticiens à la juger et à voir jusqu'à quel point les moyens curalifs s'y adaptent, quelles modilications utiles c!!e apporte à la thérapeutique de celte maladie.
Je passe à l'exposition des moyens par lesquels les parens peuvent la prévenir ou en aider la guérison. Ils tendent tous à limiter , d'une pari, la prépondérance des sucs lymphatiques, et de l'autre, à prévenir, entraver leur convergence à l'intérieur, par l'exercice des organes musculaires , et en activant les fonctions de la peau.
Il résulte de tout ce que nous avons dit ci-dessus, qu'on doit vivre soi-même et tenir les enfans dans un air sec, salubre, et avec la plus grande propreté; et qu'en général la meilleure santé se trouve chez ceux qui savent unir , au régime sain et succulent des gens aisés, la vie active des pauvres. L'enfant atteint ou menacé de rachilis doit avoir sa chambre à l'étage le plus élevé et le mieux aéré de la maison. Son lit, comme ses langes et tous ses vêtemens, doit être trèssec et très-propre. Il sera presque dur , fait de fougère, de plantes aromatiques desséchées, et l'enfant y sera dans une situation horizontale, les membres tenus allongés. Frictions sur le ventre et sur l'épine ; promenades fréquentes, mais courtes, surtout si l'on
(i)Reil, délia Febbre , part, i, toI. ii , cap. vu, Infi.mnmazione délie Ossa.
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fait marcher l'enfant ; jeu de l'escarpolette, équitation , etc. Mais dans ces divers exercices , on prendra toutes soties de soins pour que l'enfant ait la lêle, le cou et le tronc dans la plus grande rectitude possible. Le mauvais lait d'une nourrice peut déterminer des accidens rachitiques , qui se dissipent souvent aussitôt qu'on procure à l'enfant une meilleure nourriture. Quant aux remèdes internes, leur choix et leur administration exigent autant d'art et de sagacité, qu'ils peuvent, sans cela, avoir de dangers.
18. Hydrocéphale interne. Nous avons indiqué, ch. II, l'hydrocéphale de naissance. Traitant ici de celle qui survient à une époque pins retardée , nous entrerons dans les diverses considérations de cette maladie les plus importantes pour les parens. Deux maladies, fort différentes à beaucoup d'égards, ont été confondues jusqu'à ce jour, par la plupart des auteurs , sous le nom d'hydrocéphale. L'observation et la méditation des faits ont fait distinguer aux médecins modernes, l'hydrocéphale aiguë de l'hydrocéphale chronique , et l'art a fait un pas considérable, puisqu'il en résulte plus de sûreté dans le diagnostic , et que les indications curalives sont mieux déterminées.
1°. L'hydrocéphale aiguë qu'on pourroit, jusqu'à un certain point , appeler apoplexie des enfans, est propre à cet âge , quoique cependant les adultes d'un tempérament très-irritable n'en soient pas à l'abri. En effet , on en a des exemples à l'âge de 16, ig, 20 et même 45 ans (1). Ramazzini et Hamberger
(1) J. P. Frank, de curand, homin. morbis , lib. ti, p. 182^ edit. Tubingae.
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ont vu cette maladie dans un âge avancé , même avec écartement des os du crâne. Cette disjonction des sutures eut lieu chez Ramazzini lui-même , à l'âge de 70 ans, à la suite d'une violente migraine qui remplaça de fortes palpitations de cœur. Au milieu de ces incommodités , il parut à la fois à la face dorsale des deux mains , entre le pouce et l'index , un anévrisme de la grosseur d'une fève. La douleur de lêle ayant cessé , il perdit la vue d'un œil et ensuite de l'autre. Cet illustre médecin mourut d'apoplexie en peu d'heures. On ne fit pas l'ouverture du cadavre, et on ne put vérifier l'opinion que Ramazzini avoit de son propre état, et qu'il avoit communiquée à Morgagni , c'est que les vaisseaux du cerveau étoient atteints de la même dilatation anévrismalique que les artères externes (1). Testa a observé aussi une hydrocéphale très-considérable chez un adulte. Les organes principaux de la circulation étoient d'ailleurs dans le plus grand désordre. Mais la maladie offrit cela de remarquable, que le sujet n'éprouvoit aucune douleur ni à la tête ni au front (2).
Au reste , l'hydrocéphale se manifeste ordinairement entre la troisième et la dixième année ; elle ne se déclare guère avant l'âge de trois ans ; elle s'est quelquefois montrée chez des enfans d'un an et demi , mais ces exemples sont rares , si le sujet n'est pas venu au monde avec celte terrible maladie. La durée commune de l'hydrocéphale aiguë est de 20 à 28 jours.
(1) Mor»agnt , de Scdibus et Causes morborum , lib. I, epist. m , §. 8 et g.
(2) Testa , Malattie del Cuore , t. 11, cap. ix, p, i5S.
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Des faits irréfragables indiquent que cette cruelle affection des enfans dépend d'une disposition scroplmleuse delà mère, qui, tantôt évidente et d'autres fois nullement apparente, exerce la plus funeste influence sur les opérations de l'utérus (t). L'iiydropisie du cerveau est rarement isolée de quelques-uns des symptômes scrophuleux suivans : l'engorgement des glandes du cou , des aisselles , du mésentère , du foie; la teigne, l'écoulement puriforme chronique par le trou des oreilles, l'ophthalmie scrophuleuse. La maladie dont il s'agit est même très-fréquemment déterminée par le dessèchement de ces écoulemens, soit spontané, soit par le froid ou par des applications répercussives. Le rachitis accompagne souvent l'hydrocéphale ; ces deux maladies se confondent même, jusqu'à un certain point, par des phénomènes essentiels : volume de la tête, ossification tardive des os du crâne , élargissement des fontanelles , écartement des sutures , défaut d'ossification et mollesse extrême des os , dans la partie delà tête où les eaux sont réunies ; tandis que certaines pièces de la boîte cérébrale sont extrêmement minces, d'autres ont plus d'épaisseur et de dureté que l'âge ne comporte ; l'ossification du crâne est même quelquefois nulle , de sorte que le cerveau et les eaux ne sont contenus que par le péricrâne.
Frank pense que le défaut absolu d'ossification du crâne constitue les monstres acéphales. Quoique cette monstruosité puisse quelquefois se réduire
(i)Frank, de curand.homin. morbis , t. vi, p. 33y et seq., edit. Tubing<e.
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seulement à ce vice d'organisation , elle dépend communément d'imperfections infiniment plus compliquées. Ainsi, le cerveau manque pour l'ordinaire, tandis que le cervelet et la moelle épimère existent dans une conformation parfaite ; quelquefois le cervelet même n'est pas formé, et la moelle épinière est d'un très-petit volume. On a vu enfin des cas où l'on n'a pu trouver ni moelle épinière , ni substance cérébrale. Néanmoins les membres recevoienl les mêmes nerfs que dans l'état naturel ; les nerfs dorsaux partoient d'une membrane semblable à la duremère, qui éloit logée dans le canal vertébral. Cependant, quand la substance cérébrale manque, on trouve ordinairement la moelle épinière , mais d'un volume moindre que celui qu'elle doit avoir. Dans ces cas, les ganglions nerveux, suivant Cabanis, remplaceraient la masse encépbabque , quant à l'influence nerveuse qu'exigent les fonctions vitales, pendant le temps assez limité que vivent communément ces êtres imparfaits. Les monstres qui résultent de cette conformation défidueuse , ont le crâne à peu près au même niveau que les yeux (i).
Les enfansles plus disposés à l'bydrocépbale ( au moins aiguë ) ont une intelligence et une vivacité d'esprit qui les rend très-chers à leurs parens. Ils sonttrès-sujetsaux mouvemens convulsifs, aux vers, ont la dentition difficile ; ces accidens excitent souvent le développement de l'hydrocépbale ou en
(l) T'oyez Frank . de curand. homin. morbis , t. vi ; Saillie , Anat. pathol. , cliap. xxvi ; Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'Homme.
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masquent les premiers symptômes. En confrontant celte maladie avec le rachitis et les affections scrophuleuses , l'intimité de leurs rapports, par une foule de circonstances , devient on ne peut plus frappante.
L'hydropisie du cerveau reconnoît aussi des causes mécaniques. Telles sont , cour l'hydrocéphale de naissance, la mauvaise position de l'enfant dans l'utérus, le cordon ombilical entortillé autour du cou, les chutes, les coups sur le ventre de la mère , surtout dans les derniers temps de la grossesse , la compression plus ou moins longue et forte éprouvée par la tête de l'enfant , ou de la part des os du bassin de la mère , ou de la part du forceps. On sait que l'hydrocéphale du fétus rend l'accouchement pour le moins très-laborieux , et réduit souvent l'accoucheur aux plus affreuses extrémités pour sauver les jours de la femme en travail. Les causes de l'hydrocéphale, après la naissance, sont également les coups, les chutes sur la tête, l'ébranlement du cerveau, soit par ces causes ou par une violente secousse du corps. Les taureaux et les béliers qui se frappent de la tête dans leurs combats , sont très-sujets à celle hydropisie.
L'hydropisie n'est pas la seide maladie commune au cerveau et au bas-ventre. Nous avons des exemples de lympanite cérébrale, et entre aulres celui que rapporte Vicq d'Azir : « Dans un sujet dont le » cerveau étoit enflammé et même suppuré à la sur- » face , le ventricule gauche étoit très-distendu ; » ayant été ouvert, il en sortit un fluide aériforme : » tout l'hémisphère de ce côté étoit engorgé. Le
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)) ventricule droit étoit dans l'étal ordinaire, etc. (i). » Morgagni a observé aussi la dilatation gazeuse des vaisseaux du cerveau, unie, chez le même sujet, a un épanchement séreux dans ce viscère (2). On a encore trouvé d'autres capacités et d'autres organes, susceptibles d'hydropisie, occupés par des fluides aériformes. Entre autres lésions que Meckel remarqua dans le cadavre d'une femme de soixante-cinq ans, il trouva un empyème gazeux, si l'on peut s exprimer ainsi, qui remplissoit à tel point la cavité droite de la poitrine , que le diaphragme en étoit considérablement abaissé dans le ventre. A peine euton porté la pointe du scalpel contre le diaphragme, qu'il en sortit , avec grand bruit , une quantité considérable d'air, après 1 issue duquel le diaphragme reprit sa place naturelle. Meckel s'assura que cet air ne venoit point des bronches, par des expériences convenables (3). Enfin, Ruisch a vu la tympanite du cœur chez une femme morte subitement. Le cœur étoit d'une grosseur prodigieuse ; il ne conlenoil pas une goutte de s;mg, et il s'affaissa sous la pointe du scalpel comme une vessie remplie d'air.
Nous écarterons l'examen des différens sièges que la collection aqueuse peut avoir dans le cerveau. Les eaux contenues dans 'e crâne peuvent s'infiltrer dans le tissu des parties externes, et alors l'hydro-
( 1 ) Vicq-cT Azir , Recherches sur quelques points de la structure du Cerveau.
(2) Morgagni, de Sedibus et Causes morborum, 1. 1, epist. v,
(3) Mémoires de ï 'Académie de Berlin, an 1759; Testa , Malattie del Cuore , t. 11, cap. xi.
céphale interne se trouve combinée à l'œdème de la tête ou hydrocéphale externe ; quelquefois les os du crâne sont si mous, dans les points correspondant à la collection séreuse , qu'il s'y forme des tumeurs aqueuses , dans lesquelles une portion même du cerveau peut s'engager avec ses enveloppes. On a vu de ces tumeurs à l'occiput , au front, à la racine du nez , depuis la fontanelle antérieure , jusqu'à l'occiput. La compression de ces tumeurs détermine le tintement d'oreilles , l'assoupissement, des mouvemens convulsifs ; leur ouverture est suivie d'une évacuation considérable d'eau, qui finit par la mort. Chez quelques enfans, un peu plus avancés en âge, l'union des os du crâne est quelquefois assez serrée, pour qu'ils ne puissent se disjoindre par l'action des eaux. Alors il n'y a pas augmentation dans le volume de la tête , mais la maladie n'en est que plus promptement funeste.
Les causes diverses que nous avons déjà examinées , déterminent une congestion inflammatoire dans le cerveau et ses membranes , dont l'épanchement des eaux est le résultat. Un versement de sang, des abcès , des tubercules , des sléatomes , des bydatides , des anévrismes, un dégagement enfin de fluides aériformes dans le cerveau , peuvent donner lieu aux mêmes symptômes que l'hydropisie de ce viscère.
L'hydrocéphale s'annonce ordinairement parquelques signes précurseurs : douleur et pesanteur de tête; rougeur et pâleur fugaces de la face; chaleur inaccoutumée autour de la tête, au front, aux joues, à la bouche; douleurs de ventre, diminution de
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l'appétit, des urines, et constipation; vomissement de temps en temps par la moindre secousse du corps. La lumière vive, Je bruit, les cris sont presque intolérables à l'enfant; s'il marche, il fait de grands pas, il chancelle , il bronche facilement sur un plan uni ; tristesse , propension aux pleurs , amour de la solitude, aversion pour tout mouvement un peu fort. 11 veut être couché ou sur le dos, ou sur un côté particulier, sommeil interrompu par des frayeurs , ou nul. Ces signes peuvent appartenir à d'autres maladies ; les plus importans sont ceux cpie fournit l'excessive sensibilité des organes des sens.
Celte maladie a deux périodes : dans le premier, l'inflammation du cerveau ou de ses membranes commence et fait ses progrès. Violente douleur de tète, derrière les sourcils ou à la nuque, qui alterne quelquefois avec une douleur sympa thique des membres ou des principaux viscères. La tête est si pesante que le malade ne peut la tenir droite; il la penche sur les épaules et cherche toujours à l'appuyer; larmoiement , impatience extrême de la lumière, du bruit el même du moindre ébranlement du plancher. Point de sommeil , ou sommeil inquiet, pendant lequel l'enfant se frotte le nez , grince les dénis , ou a les bras croisés sur la poitrine, avec les poings serrés; souvent il s'éveille en sursaut tout épouvanté ; ventre constipé el qui résiste même aux purgatifs, ou déjections tenaces , verdâtres et très - fétides ; pouls fébrile, petit, très-accéléré, pulsation sensible des carotides; fréquemment, au milieu de ce tumulte, il paroît une ou deux dents, ou bien il sort des vers par la bouche ou par le fondement. Bientôt
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les symptômes se renforcent : strabisme , dilatation de la pupille, vomissemens fréquens, douleur de tête si intense, que le malade en pousse des cris continuels décliirans; celle-ci semble percer la tête et la pénétrer dune tempe à l'autre. La fièvre s'aggrave de plus en plus; respiration profonde, irrégulière, difficile; soif continue, ardeur de tout îe corps ; gonflement et rougeur de la face; exacerbalion de la fièvre le soir. Les facultés de l'âme sont en rapport avec les forces physiques : délire, tantôt de courage, d'énergie, et tantôt d'abattement. La maladie, après avoir marché de ce pas dis ou quatorze jours , prend une tout autre allure. Ce n'est que dans ce premier stade que le traitement de l'hydrocéphale aiguë présente quelque lueur d'espoir ; après cetie époque , la guérison est d'autant plus incertaine qu'on attaque la maladie plus tard.
Second période, où les ventricules du cerveau se remplissent d'eau. La maladie est alors au-dessus de tout pouvoir humain , à moins que la nature ne mette en œuvre, en faveur du mal;ide , quelquesunes de ces ressources qui n'appartiennent qu'à elle seule. Le pouls devient extrêmement lent , petit et irrégulier; de 120 à i3o pulsations par minute , il descend à 60 ou 5o. La douleur de tête cède, au moins le plus souvent , ainsi que le sentiment d'ardeur. Le strabisme, au contraire, et la dilatation de la pupille augmentent ; enfin, perle totale de la vue. Si l'on fait des questions courtes à l'enfant, il y répond assez bien; si elles sont un peu longues, ses discours sont incohérens, expriment la plainte d'un étal affreux ) il semble rêver les yeux
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ouverts. Sommeil continuel, pendant lequel le malade a les yeux à demi ouverts et tournes en haut ; il porte souvent la main à la tête , de temps en temps il pousse un cri assez fort, sans se plaindre de rien , ni avant, ni après; constipation toujours plus obstinée; les excrémens sont mêlés de vers ; les urines sont quelquefois retenuesdouzeelmême quatorze heures. Tous les accidens croissent en nombre et en intensité; diverses paralysies , des convulsions générales ou partielles s'y joignent; et les symptômes les plus désastreux s'accumulant, se pressant, la mort vient mettre fin à cette scène désolante.
Après que l'enfanta succombé, outre l'inflammation du cerveau et de ses membranes, on trouve les ventricules de ce viscère remplis d'une eau transparente, inodore, quelquefois mêlée de flocons, qui ne se coagule point au feu, mais qui s'évapore jusqu'à la dernière goutte. D'autres fois il n'y a point de collection aqueuse, mais seulement inflammation du cerveau et de ses enveloppes. Il est trèsimportant de ne pas confondre cette maladie avec la lièvre vermineuse : il est malheureux que cette erreur soit facile, surtout sous ce rapport qu'elle peut entraîner à des délais et des tâlonnemens qui sont fort pernicieux : car , comme nous avons déjà dit, l'hydrocéphale aiguë n'est guérissable que dans son premier période.
La méthode mercurielle poussée jusqu'à la salivation , que les médecins anglais ont préconisée , et que Girtanner regarde comme spécifique, est soumise à bien des considérations, et exige le plus souvent le concours de beaucoup d'autres moyens pour
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développer, soutenir son efficacité' et la rendre plus constante (i). Les vésicatoircs y sont extrêmement utiles , niais leur application sur la têlc est un moyen décidément curalif ou meurtrier, suivant qu'on a su l'adapter aux distinctions de l'hydrocéphale aiguë énergique ou adjnamique (c'esl-à-dire par relâchement). Barlhez a tracé, avec son exactitude et sa profondeur accoutumées, les conditions auxquelles l'utilité et les bons effets du vésicatoire sur la tête sont subordonnés , dans les cas même où ce moyen peut convenir (2). Il ne faut donc pas s'étonner si quelques médecins se louent des services que les vésicatoires leur ont rendus, tandis que d'autres les regardent comme pernicieux. Suivant l'époque à laquelle on les applique , et suivant l'état de la maladie , ils rompent la chaîne de ses progrès ou ajoutent à ses forces ; ils guérissent ou rendent la mort inévitable. Je suppose, en parlant ainsi , que le médecin appelé dès l'invasion de cette maladie ait eu la liberté de choisir dans la série des moyens que son art lui confie.
2 . L'hydrocéphale chronique est très-différente de l'hydrocéphale aiguë , et Girtanner a eu raison de blâmer Rosen de ce qu'il a confondu ces deux maladies dans sa description. Elle me paraît susceptible cependant d'être distinguée , comme la précédente, en adynamique ou par relâchement, et en énergique; et cette dernière alors prendrait rang parmi
(1) Frank, de curand, homin. morbis , lib. vi , p. 437 et seq. , Tubingœ.
(a) Barthez, Maladies goutteuses , 1. 11, p. 434-
les inflammations chroniques. Cette distinction est autorisée par l'analyse des observations intéressantes qu'ont fournies des auteurs du plus grand poids (i), et celle des désordres que l'inspection cadavérique leur a présentés. Elle explique comment , tandis que la plupart des enfans y succombent dans les premières années , d'autres prolongent leur vie jusqu'à un âge assez avancé ; comme celle femme des environs d'Upsal , que cette maladie , développée à l 'âge de six ans , laissa vivre jusqu'à celui de quarantecinq (2). On conçoit alors comment , par une métastase heureuse , la nature peut changer l'hydrocéphale en une hydropisie ascite, ou tout autre susceptible d'obéir plus facilement aux secours de la médecine (3). Cette distinction est encore confirmée, comme nous le verrons plus bas, par l'affinité et la coexistence fréquente de cette hydrocéphale avec l'hydropisie vertébrale. Elle offre enfin l'espoir consolant de la guérir dans le principe , quand elle est énergique, par le traitement de l'hydrocéphale aiguë. Quand celle-ci a duré quelque temps, l'énergie des organes qui se lioit à ses premiers développemens , fait place au relâchement , et alors elle se confond , sous tous les rapports , avec l'hydrocéphale chronique par atonie , laquelle est rare heureusement , car elle est toujours mortelle. Voici ses caractères : Cette hydropisie se forme avec lenteur; la tète de
(1) Ruisch, Schenckius , Morgagui , Borgieri, Frank et autres.
(2) Frank, de curand. homin. morbis, lib. vi, p. 1 74 et seq. ; Rosen cite aussi cette observation.
(3) Frank, ouvr. et liv. cités , p. 179.
l'enfant se gonfle successivement et grossit sans mesure , tandis que tout le reste du corps tombe dans le marasme. Les sutures des os du crâne se séparent ; la fontanelles, au lieu de se fermer , s'élargissent; le crâne , avec un volume prodigieux , prend une figure difforme : le front devient très convexe et fort saillant au dessus des yeux , toute la physionomie est singulièrement altérée. Le malade ne peut tenir la tête droite sur ses épaules, à cause de son poids, et il est obligé de l'appuyer sur une table ou sur des coussins; par une légère percussion, on peut y reconnoître quelquefois la fluctuation des eaux. A raison de la compression qu'elles exercent sur le cerveau, somnolence continuelle ou insomnie, cris, hurlemens, frayeurs dans le sommeil, céphalée, stupeur générale , froid aux pieds ; tout mouvement est pénible on impossible; offuscation des sens, Jacrymation fréquente , strabisme , dilatation de la pupille , perle de la vue , voix rauque , confuse , inintelligible, courbure de l'épine par le poids de la tête ; diverses paralysies , tremblement des membres, convulsions dans lesquelles l'enfant rend Je dernier soupir.
Si l'eau est formée et colligée à la circonférence du cerveau , celui-ci , pressé et repoussé par le fluide dans une desanfracluosilés du crâne , s'y trouve réduit quelquefois à un si petit volume, qu'il semble détruit. Quand les eaux se réunissent et s'accumulent dans les ventricules même du cer\e;iu , leur pression du centre à la circonférence donne, dais quelques cas, à la substance cérébrale, la ténuité
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d'une feuille de papier (i). Les os amincis sont transparens; la têle grossit quelquefois à un point incroyable : Monro lui a trouve, dans un enfant qui n'avoit pas huit ans, deux pieds et quatre pouces de circonférence. La quantité d'eau accumulée peut aller depuis quelques onces jusqu'à neuf livres ; et ce qui rend quelques-uns de ces cas encore pins singuliers , c'est que les malades conservoient leurs facultés intellectuelles (2).
A moins que l'hydrocéphale chronique ne dépende d'une phlegmasie lente du cerveau, comme cela paroît être dans quelques cas, c'est une maladie constamment mortelle , contre laquelle tous les remèdes échouent, et où les opérations chirurgicales ne font qu'accélérer la mort. En effet , quoique la paracenthèse du crâne ait eu quelques succès trèsrares, le nombre des probabilités qu'elle a contre elle , et celui des victimes qu'elle a faites , sont incalculables. Du reste , cette opération ( la paracenthèse) qui est si fréquemment utile dans l'hydropisie du bas-ventre, qui même y est quelquefois indispensable , peut être aussi contr'indiquée , même dans ce cas, par la nature réelle de la maladie, qu'elle semble conseillée par les apparences. Ainsi elle est vaine et sans succès, 1°. lorsque l'ascite apparente consiste dans des hvdatides attachées aux viscères
(1) J. P. Frank, de curand. homin. morbi.i , lib. vi, p. ]66 et SPq.
(3) Vesale, de Corporis humant fabricâ , lib. 1, cap. v; et Frank, dans le livre et chapitre cités.
abdominaux (i); 2°. une ascile apparente peut résulter également, sans qu'il y ait une goutte de sérosité dans la capacité de l'abdomen , d'une énorme collection d'eau dans l'eslomac. Blanckard (2) a vu la ponction faite dans une semblable bydropisie de l'estomac , qu'on avoit prise pour une ascile , donner issue à quatre-vingt-dix livres d'eau. Vacca-Berlingbieri rapporte trois observations de ce genre , et il a reconnu les inconvéniens de la paracenthèse dans ces cas (3). 3°. La ponction au bas-ventre n'est pas mieux indiquée , lorsque les apparences d'ascile tiennent à un amas excessif d'urine dans la vessie. Cet état étant méconnu, on peut, d'un instant à l'autre, voir survenir la mort par la crevasse de la vessie, cbez une personne qu'on avoit crue liydropique, comme cela arriva à Wandoeveren , cité par Chopart, lequel rapporte encore d'autres observalions analogues et du plus grand intérêt (/j).
ig. On appelle hjdrorachis, spina-bijïda , l'hydropisie du canal pratiqué dans le corps des vertèbres, depuis la base du crâne jusqu'au bas de l'os sacrum, et dans lequel la moelle épinière est logée. Il existe la plus grande analogie entre cette maladie et l'hydrocéphale : ces deux affections vont le plus
(1) Dehaen, Ratio medendl, vol. m, cap. v, de Hydrope cyslico et Hydatidibus.
(2) Cité par Dehaen, Ratio medendi , vol. n, cap. i, de Tyrnpanit. et Hydrop. cystico.
(3) Voyez son Saggio intorno aile princip. Malattie , t. n, p. io3 e seg., et son Codice elementare di Medic, t. i, p. 78.
(4) Cbopart , Maladies des Voies urinaires , t. h , p. 24 et suiv.
souvent ensemble; elles se lient aux mêmes dispositions constitutionnelles (les serophules) ; elles reconnoissent des causes accidentelles et mécaniques semblables (éruptions répercutées, coups, cbutes, compression sur l'épine); elles admettent les mêmes distinctions, quant au siège de l'hydropisie (à la circonférence de la moelle épinière, ou dans sa substance); par rapport à la disposition des pariies malades (étal inflammatoire ou de relâchement ); de même , enfin , que l'hydrocéphale peut avoir lieu avec ou sans écartemenl des os du crâne, de même l'hydropisie vertébrale peut exister avec division ou avec intégrité des vertèbres. On voit déjà à combien de combinaisons se lie cette dernière maladie, une des plus fréquemment mortelles, par des raisons que l'on comprendra bientôt, surtout quand on comparera l'importance de certaines circonstances de celle maladie avec les lumières qu'elles exigent.
1°. L'hj dropisie vertébrale avec intégrité des vertèbres , quoique très-fréquente dans l'enfance , se rencontre dans tous les âges. Elle forme, dans un âge avancé, une espèce d'apoplexie séreuse aussi fréquente , mais moins connue que celle qui résulte d'une collection aqueuse dans le cerveau. Celte dernière est souvent suivie d'une hydropisie vertébrale qui détermine et maintient les paralysies qui succèdent à l'apoplexie, et contre lesquelles on échoue pour l'ordinaire, parce que leurs causes et leur siège sont trop généralement ignorés et méconnus.
A la suite du lombago, de douleurs hémorrhoïdales, rhumatismales, et autres qui assiègent la co-
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lonne vertébrale; à la suite de douleurs prises souvent pour des coliques , mais avec fièvre violente et avec tous les signes de l'inflammation de la colonne épinière; après les accès d'une goutte irrégulière, qui, après avoir abandonné les pieds, s'est établie aux lombes, avec douleurs atroces pendant plusieurs semaines ; à la suite d'une teigne répercutée , etc. , il survient quelquefois une foiblesse extrême , ou même une véritable paralysie des jambes , de la vessie et du sphincter de l'anus : ces derniers accidens dépendent d'une hydropisie vertébrale qui est la conséquence des maladies que nous venons d'indiquer.
Une chute sur le dos , une commotion violente du tronc, l'inflammation de la moelle épinière, du cerveau, les maladies soporeuses enfin, sont des causes d'hydropisie vertébrale, qui ayant précédé , jettent un jour nécessaire sur le diagnostic naturellement équivoque de cette affection.
L'hydropisie du cerveau et celle du canal vertébral sont ordinairement réunies : celle-ci est alors une suite de la première. Mais elle peut se former par une maladie propre à la moelle épinière ou à ses enveloppes. Dans les deux cas, l'eau gagnant par son poids les parties les plus déclives, produit les effets suivans : froid, lassitude, torpeur, tremblement des extrémités inférieures, relâchement de la vessie urinaire et du rectum. A mesure que le fluide s'accumule et s'élève à une plus grande hauteur dans le canal , les nerfs du bras , de la poitrine et de l'estomac sont intéressés : soubresauts des tendons, convulsions, douleur gravative à la nuque, paraplégie,
distorsion d'une ou deux vertèbres dorsales , difficulté de respirer, vomissemens, etc.
i". L'effort des eaux contre le canal de la moelle épinière est quelquefois si considérable , que les vertèbres se divisent en deux dans leur corps, ainsi que leurs apophyses épineuses : on appelle alors l'hydropisie vertébrale spina-bijida. Les eaux poussant devant elles leurs enveloppes dans l'enlr'ouverture des vertèbres , forment une tumeur , d'abord rouge ou livide, mais bientôt de la couleur de la peau et transparente, qui tantôt a une base large, tantôt est suspendue par un pédicule , et dont enfin la grosseur peut aller depuis celle d'une aveline jusqu'à celle du poing , et même le double. Frank parle d'un enfant chez lequel cette tumeur avoit dix-sept pouces de circonférence, et ressembloit à une vessie de cochon remplie d'eau. Le spina-bifida est particulier à l'enfance; cependant l'auteur que je viens de citer l'a observé dans un homme de cinquante ans. Celle tumeur peut se présenter à la nuque , au dos , le plus souvent aux lombes ou au sacrum ; mais on l'a vu même au coccix , quoique très- rarement. Il peut yen avoir plusieurs, dans des points différens, qui communiquent ensemble. La tumeur peut régner dans toute l'étendue de la colonne épinière entr'ouvertc. Il y a presque toujours en même temps hydrocéphale plus ou moins considérable. Si on comprime exactement la tunieur , le fluide remontant jusqu'au cerveau , la fontanelle fait quelquefois une saillie sensible; plus souvent encore "le malade tombe dans l'assoupissement, et perd l'usage de ses sens. D'un autre côté , si l'on presse la tête de l'en-
fant, la tumeur aqueuse de l'épine se gonfle; elle a même quelquefois , comme le cerveau , un mouvement d'élévation et d'abaissement qui correspond à la respiration.
Les effets les plus ordinaires du spina bifida sont la foiblesse , la paralysie des extrémités inférieures, de la vessie , du rectum , et celle même des membres supérieurs, à mesure que l'eau s'élève à une plus grande hauteur dans le canal de la moelle épinière. Les facultés intellectuelles sont plus ou moins troublées , mais quelquefois elles sont libres. Les enfaiis sont ordinairement très-maigres, appauvris, mais il en est qui conservent leur embonpoint et toute leur gaîté.
L'hydropisie vertébrale, soit avec intégrité ou avec division des vertèbres, est jusqu'à ce jour regardée comme une maladie presque constamment mortelle. Il est au moins certain que , dans ces deux cas, elle n'offre d'espoir de guérison que dans le principe. Cette hydropisie est le plus souvent le produit d'une inflammation plus ou moins vive ou sourde du cerveau, de la moelle épinière, ou de leurs tuniques. Les observations les plus exactes et les mieux décrites ne laissent aucun doute à cet égard (t). Cependant elle peut naître aussi du relâchement de ces mêmes organes. Mais c'est parce que ce dernier cas a été regardé comme le plus fréquent , tandis qu'il est le plus rare , que la méthode curative en a été fort vicieuse. Peut-être celle niala-
(1) Telles que celles de Ruisch , Morgagni, Camper, Borsieri, Frank, etc.
33o ESSAI
die seroit elle susceptible d'un traitement méthodique et rationnel qui se lieroit à de plus douces espérances.
Si la tumeur aqueuse est ouverte ou par accident, ou par la main du chirurgien, après une évacuation plus ou moins considérable d'une eau lympide ou sanguinolente , ou puriforme , ou d'odeur urineuse, le malade tombe dans des lipothymies fréquentes, les convulsions, et expire. Ainsi l'on doit rejeter tout moyen qui, en dernière analyse , aboutit au même résultat que l'incision on la ponction, comme ligature, selon qui passe à travers la tumeur , etc. Il faut au contraire, par tous les soins imaginables, soutenir la tumeur aqueuse et la garantir de toute espèce de choc ou de frottement qui pourroit la faire ouvrir. Si elle étoit très-considérable, on pourrait , à l'imitation de ce médecin dont Frank rapporte le procédé, faire construire un fauteuil dans le dossier duquel on pratiquerait un espace vide et bien rembourré , où la tumeur seroit logée à l'abri de tout danger , et qui procurerait à l'enfant l'avantage de ne point en sentir l'incommodité. La vie d'un enfant chéri , prolongée même jusqu'à un âge avancé, peut être pour les parens le doux prix de tous ces soins (1).
Il faut distinguer , entre les tumeurs qui paraissent an sacrum , la tumeur du spina-bifida , celle que forme un abcès provenant de la carie des vertèbres, et une tumeur strumeuse qui se seroit formée en cet endroit et aurait suppuré. Celle-ci peut et doit être onverte : l'incision des deux autres hâte la mort (2).
(1) Frank , de curand. homin. morbis , lib. VI, p. 214.
(2) Pinel,, Nosograph. philosopk. , t. m ; p. 264 et suiv.
SUR LES MALADIFS DES FNFA.NS. 33l
20. Paralysie des extrémités inférieures , mal vertébral. Voici une des maladies où les eofans sont le plus cruellement victimes de l'incurie ou de la funeste sécurité des parens. Le meilleur moyen peutêtre de les mettre à même de s'épargner d'éternels regrets , c'est de faire apprécier convenablement cette affection par une exposition exacte des traits qui la caractérisent , des signes de son premier développement, et de l'état affreux enfin où elleconduit.
Les muscles des jambes sont plus maigres, plus petits que dans l'état naturel ; ils sont tendus et roidis, de manière que si les muscles extenseurs ont la prédominance (ce qui n'est pas le cas le plus ordinaire ) , la jambe malade est constamment étendue, et on ne peut plier le genou qu'en mettant en œuvre la plus grande furce. Mais si l'on parvient à vaincre cette résistance, et à opérer la flexion de la jambe, les muscles fléchisseurs à leur tour agissent avec une telle puissance, que les talons viennent s'appliquer contre les fesses. Le plus souvent cependant ce sont les muscles fléchisseurs qui ont l'empire. Ils tiennent la jambe dans une flexion habituelle qu'on a la plus grande peinëà surmonter. Dans le même temps, les orteils sont tellement plies, qu'il est impossible à l'enfant d'appliquer le pied horizontalement et complètement à terre. On voit combien celle afleclion diffère d'une véritable paralysie : car dans quelque situation qu'on place un membre paralytique, il y reste sans douleur, sans incommodité, et surtout sans rétraction , pour reprendre une position antécédente, ou tout autre.
Dabord l'enfant se plaint de ne pouvoir se prome-
ner quelque temps sans être bientôt fatigué. Il devient lent , pesant , il s'épouvante du plus léger bruit ; il bronche souvent, même sur un plan uni. S'il veut courir avec vitesse, ses jambes se croisent et il tombe à terre; s'il veut se tenir debout, ses genoux plient , et il reste avec les jambes prises sous le corps. La maladie commençant ainsi , si l'enfant n'a qu'un ou deux ans, les parens se persuadent ordinairement que tous ces accidens se dissiperont quand l'enfant aura appris à marcher. Cependant le temps s'écoule , et le sujet , au lieu d'acquérir l'usage de ses jambes , le perd au contraire tous les jours davantage. En effet, à une époque plus avancée de la maladie, il ne peut plus mettre le pied dans un lieu lise qu'avec beaucoup de peine et d'incommodité. Tantôt douleurs, pincemens dans les jambes, surtout au lit ; tantôt sensation très-désagréable dans l'échiné; l'enfant étant assis, ses jambes se replient sous la chaise ; il finit par ne pouvoir plus faire un seul pas. Quelque déplorable que soit cet élat, les choses n'en restent pas ordinairement là , comme nous le verrons bientôt.
Le mal vertébral et ses accidens , tels que je viens de les décrire , dépendent d'une maladie grave des vertèbres lombaires et des parties adjacentes. Quand la même affection a son siège aux vertèbres du cou, le malade ne peut tenir la tête droite sans douleur, et il cherche constamment à l'appuyer ou sur une table , ou sur un coussin , afin de se soulager de son poids. Lorsque c'est l'épine dorsale qui est attaquée; le sujet perd l'appétit ; il survient une toux sèche , la respiration est difficile, le pouls devient rapide,
la fièvre lenle s'allume et tout le corps se courbe.
Celte- maladie dépend presque constamment de l'affection scropbuleuse agissant sur certaines vertèbres , sur leurs ligamens et les parties voisines. Il en résulte un état d'engorgement, en vertu duquel les rapports de ces parties entre elles et avec la moelle épinière sont plus ou moins altérés. Ce corps médullaire, et les nerfs qui en partent, éprouvent alors, de la part des vertèbres engorgées, une irritation et des tiraillcmens constans qui déterminent la contracture des muscles des extrémités, et des lésions graves des viscères auxquels ces nerfs vont se distribuer. Bailliez a parfaitement analysé les effets qui résultent, dans divers organes,, de l'irritation des rameaux nerveux qui s'y rendent. Ce qu'il a ajouté, ou , pour mieux dire , les rectifications qu'il a apportées aux connoissances que nous avions déjà sur la nature et le traitement de cette maladie, ne laissent que peu de eboses à désirer sous ce double rapport (1). Toute cause ou matière irritante portée sur les appareils articulaires, dans quelque point de la colonne vertébrale , et y agissant de la même manière, peut produire des dérangemens parfiilement semblables. C'est ainsi que Trampel (2) a vu une torsion des vertèbres du cou déterminée par le traitement vicieux d'un rliumatisme de cette région, qui poussa l'affection rlmmatique des muscles sur les vertèbres cervicales et leur appareil articulaire.
La courbure de l'épine est un des effets les plus
(1) Barthez , Traité des Maladies goutteuses , t. 11 , p. 7.
(2) Cité par Barthez.
334 essai
importans du nul vertébral à un degré très-avancé. Celle courbure correspond toujours aux vertèbres affectées el à leur nombre; elle peut se manifester dans tous les points de la colonne vertébrale en général , excepté dans la partie inférieure de la région lombaire , où on la remarcpie rarement. Elle se fait ordinairement de dedans en debors, mais l'intensité de ses effets varie. Quelques individus sont réduits à l'impossibilité de se mouvoir, de faire aucun usage de leurs pieds, de se tenir debout ou d'exécuter aucun mouvement sans le secours d'un aide; d'antres ont même de la peine à rester assis sur une cbaise à bras ; il en esl qui sont incapables de cbangcr de position dans leur lil sans l'assistance de leurs parens ; les plus beurenx sont ceux auxquels il reste la faculté de se servir de béquilles. Quels que soient le siège et l'étendue de celle courbure , il n'y a ordinairement que les extrémités inférieures qui soient frappées de celte rétraction en dedans , et de celte immobilité , qui en sont les effets : les bras le sont rarement, quoique cela ne soit pas sans exemple. Quand cette maladie enfin est parvenue à son dernier période , le corps est tout déliguré , de quelque eôlé qu'on le considère. On comprend bien que lorsqu'elle atteint certains degrés, elle devient incurable. Le malade se consume peu à peu , el meurt avec la fièvre becticpie. Cela n'est pas étonnant , car le mal vertébral finit le plus souvent par la carie des vertèbres affectées, el l'érosion de leurs cartilages intervertébraux. On trouve dans Debaen un exemple très-remarquable de cette maladie, attaquant la colonne vertébrale en trois points différons , aux vertèbres cervicales , à
celles du dos ( les huitième , neuvième et dixième ) , et enfin au sacrum , sans aucune communication entre ces trois foyers de suppuration (i).
L'affection de la colonne épinière à laquelle tiennent tous ces désordres , existe long-temps avant que ses moindres effets commencent à se manifester. Ses premiers signes sont celte foiblesse des jambes et des genoux dont nous avons parlé. Nous avons vu combien les parens s'abusent à cet égard. Ils répugnent à croire à l'existence du mal , à sa gravité ; ils cherchent même à se tromper sur ses causes , ou à se les dissimuler. Ainsi le mal vertébral qui, chez les adultes, a lieu , même fréquemment , par des chutes d'un heu élevé sur le dos, par des coups violens, ou autres causes contondantes , dans les en fans , au contraire, s'établit le plus souvent spontanément, par degrés et sans aucune participation de violences externes. Cependant on ne laisse pas d'attribuer tout aux chutes , aux contre-coups auxquels l'enfant est exposé en conséquence de la foiblesse des extrémités inférieures. Les effets de la maladie se répètent sur les jambes et sur les cuisses , mais elle n'y a pas son siège. Toutes les applications qu'on peut y faire , comme onguens volatils, vésicatoires, frictions, et mille autres remèdes moins indiqués encore, sont sans utilité et ne font qu'entraîner une perte de temps qui fait que la maladie continue ses progrès , et devient plus difficile à guérir. Cependant on y recourt volontiers, tandis qu'on a le plus grand éloi-
(i) Dehaen , Ratio medendi , vol. i , cap. xi , de Gcneratione puris.
336 essai
gnement pour le traitement actif et soigneux qui convient seul à ce cas, et pour son application à des parties qui , quoiqu'elles soient le siège du mal , paroissent d'abord exemptes de toute espèce de lésion. Puisse cet ouvrage préserver les pères et les m ères d'une erreur dont ils seraient punis par un long repentir!
Tous les médecins connoissent la méthode de Pott dans celle maladie. Elle manque rarement de succès, quand on a la sagesse d'y recourir avant que tout espoir de succès soit perdu. Nous avons dit que Barthez avoit indiqué des modifications Irès-uliles de ce traitement. Les personnes tant soit peu versées dans l'art de guérir, savent aussi que les dépôts secondaires qui se forment an bas-ventre, on à la partie supérieure de la cuisse, en conséquence des lésions de la colonne vertébrale, doivent être respectés, si l'on ne veut bâter l'heure dernière du malade (i). Lorsque le mal vertébral a été combattu par la méthode convenable, la convalescence et le retour delà faculté de mouvoir les membres sont marqués, suivant Barthez (2) , par des monvemens involontaires, surtout la nuit , avec un sentiment douloureux dans tous les muscles en action.
Nous avons traité du mal vertébral , comme affection spontanée et particulière alors à l'âge de l'enfance. Les adultes n'en sont pourtant pas exempts. Suivant Vacea - Berlinghieri , la paralysie des extrémités inférieures est assez fréquemment déterminée
(1) Chopart , Traité des Malad. et des Opérât, chirurgie, , t. 11 , p. 5 et 6.
(2) Barthez , Malad. goutt., t. ir , p. 1 16.
SUR LES MALADtES DES ENFANS. 337
on Italie par l'usage du pain fait avec une espèce de vesce qu'on appelle tragellino dans le pays (i). Mais la paralysie des membres inférieurs, avec quelquefois paralysie aussi de la vessie el du rectum , est sur • tout fréquente à la suite des chutes, d'un lieu trèsélevé sur le dos. Les vertèbres peuvent être luxées ou fracturées dans l'endroit où le coup a été reçu ; mais l'ébranlement de la moelle épinière suffit, sans ces lésions, pour déterminer, non -seulement les paralysies que nous venons d'indiquer , mais encore le tétanos , comme Stoll en fournit une observation (2). Outre que le but de cet ouvrage devoil exclure toutes discussions superflues pour les personnes auxquelles il est destiné ( règle à laquelle je n'aurois peut-être jamais dû déroger ) , je n'ai pas besoin de revenir , au moins pour les médecins , ni sur les différences , ni sur les points d'analogie des vraies paralysies dont je viens de parler , avec le mal vertébral. Celte dernière affection fait , de l'enfant qui en est attaqué, un sujet continuel d'affliction pour les parens. Si elle atteint un adulte , ou si elle permet à un enfant d'arriver à cet âge , elle les réduit à l'affreuse situation d'être à charge à eux -mêmes et à tout ce qui les environne.
ai. Les pieds - tournés . La torsion des pieds, chez les en fan s , est de trois genres : ou un pied seulement, ou même tous les deux sont tournés en dedans, ou
( 1 ) Vacca-Bi-rlinghieri , Saggio intorno aile principali Ma~ lattie, t. 1, p. 54.
(1) Stoll, Mérlec. pratiq., t. i, Extraits des registres de t Hôpital de la Sainte-Trinité , à Vienne.
333 F.ssAt
ils sont tournes en dehors; dans ces deux cas , l'enfant marche sur les chevilles externes ou internes; enfin , un pied peut être tourné en dehors et l'autre en dedans.
La machine imaginée par Ackerm.inn , pour corriger celle disposition des membres inférieurs, parotl d'autant mieux entendue qu'elle attaque la déviation du pied et de la jambe à l'endroit d'où elle part , et qu'elle n'apporte aucune gêne au développement des parties , ni à leurs mouvemens. Les bottines, les haleines et mille autres machines trop en usa'e , dont l'action est hornée au pied , ou tout au plus à la moitié de la jambe , empêchent le libre accroissement du membre, ne changent rien à l'état de l'enfant, l'assujettissent nuit et jour à un supplice aussi cruel qu'inutile, et doivent couvrir d'opprobre celui qui aujourd'hui en conseille l'usage insensé. Quand l'un des pieds, ou tous les deux , sont tournés en dedans au moment de la naissance, et que l'accoucheur n'a pas profité de la facilité que donne la mollesse de toutes les parties à cet âge , on attend que l'enfant ait cinq ans pour corriger ce défaut suivant la méthode d'Ackermann. Lorsque l'un des pieds est tourné en dehors et l'autre en dedans, c'est sur ce dernier qu'il faut d'abord agir. Ce n'est que lorsque celui ci est redressé, qu'on doit penser à l'autre, dont il est même alors bien plus aisé de faire disparoîlre la difformité.
2a. Le fondus articulaire est une affection scrophulcuse des grandes articulations, également propre aux enfans et aux adultes , et qui attaque surtout celles du coude, du genou et du pied. Il s'y forme
SUR LES MALADIFS DES ENFANS. 35g
une tumeur qui croît insensiblement , avec quelquefois une douleur véhémente dans le principe, et pourtant sans altération dans la couleur de la peau. Quand In nial.idie n'est pas attaquée à temps et d'une manière convenable (double inconvénient qui est assez ordinaire ) , l'articulation perd son mouvement , le malade est obligé de tenir le membre dans uneflexion constante , l'extension en devient presque impossible, et toutes les parties au-dessous de l'engorgement toriibent successivement dans un état d'atropine. Avec le temps, la suppuration s'élablit, les cartilages, les ligaruens inter - articulaires , les capsules ligamenteuses , et enfin les têtes des os sont attaqués par la carie. La suppuration s'ouvre à la fin un passage au dehors, par une ouverture qui reste fistuleuse. Dans cet état , l'exfolia lion des parties cariées seroit une terminaison infiniment heureuse, quoique inséparable de l'ankilose de l'articulation. Mais on compte les malades qui en sont quittes à ce prix. Le plus souvent l'altération des os et des cartilages , accrue par la libre introduction de l'air, y entretient une suppuration inépuisable; celle-ci entraîne la fièvre lente, la consomption, et conduit nécessairement à la mort , si on ne recourt à l'amputation aussitôt que l'espoir d'une bonne exfoliation s'évanouit.
Celle affection des articulations esl le plus souvent de nature serophuleuse , <lle est quelquefois rhumatismale, ou l'effet d'un coup ou d'une chute. Mais à l'égard de celte dernière cause , quand c'est le °enou qui est affecté , on peut se méprendre jusqu'à un certain point, en la considérant comme
cause primitive. Car les chutes elles-mêmes tiennent à la foiblesse et à l'état maladif antérieur de l'articulation : mais les progrès de ce dernier sont singulièrement hâtés par un choc quelconque.
Polt, Bell , Hufeland , sont ceux qui ont le mieux traité de celle maladie. Lorsqu'elle est parvenue à certains degrés , elle ne laisse d'autre moyen d'assurer la vie que l'amputation. On a jusqu'ici parfaitement décrit la marche de ses accidens ; on a souvent mis à nu les désordres qu'elle avoit produits dans l'intérieur de l'article. Il est bien étonnant que ces connoissances n'aient pas fait mieux apprécier le travail morhifique qui amène tous ces résultats. Les vices du diagnostic ont produit cette incohérence remarquable dans les moyens curalifs qui sont conseillés, et dont plusieurs portent l'empreinte d'un aveugle empirisme ; ils ont surtout privé l'art, jusqu'à ce jour , d'une méthode qui en régularisât l'emploi.
Les remèdes qu'on recommande ne pèchent ni en nombre ni en énergie : cependant les succès sont rares; les cas, au contraire, où le traitement se montre inefficace, et où même l'on a des revers, sont nombreux : des idées plus saines sur cette affection dévoileroient peut-être facilement ce mystère. En effet, ce qu'on appelle cause prochaine, c'est-àdire le dérangement intime qui produit tous les autres, semble se montrer d'elle-même. Si l'on considère les terminaisons ordinaires de celte affect'on, l'ankilose, la suppuration , l'ulcération des surfaces articulaires, la carie des têtes des os , on sent que ces résultats supposent une inflammation antécé-
SUR LES MALADIES DÉS ENFANS. 34l
dente qui est indispensable pour les produire , et que d'ailleurs la douleur ? le gonflement des parties indiquent dès les premiers temps de cette affection et dans tout son cours. Il est donc évident que la maladie que nous examinons ici , dépend d'un engorgement in flammaloire cli ionique ou de l'appareil synovial , ou des cartilages inler-articulaires, ou de ceux qui encroûtent les os, ou enfin de la capsule de l'articulation. Avec le temps , et par la confrication continuelle des parties malades , cette inflammation acquiert plus d'activité et d'étendue, intéresse un plus grand nombre de parties. Je puis assurer que, conduit par ces idées à un traitement antipblogistique direct, à des applications répétées de sangsues autour des articulations malades, je suis parvenu trois fois à des guérisons d'autant plus satisfaisantes que ces engorgemens , très- anciens , avoient déjoué plusieurs traiteniens antérieurs , et que la résolution a été parfaite et même rapide.
Cette théorie de la maladie une fois établie , les succès des sangsues s'expliquent aisément par elle , et par quelques circonstances anatomiques. On sait, en effet, que les vaisseaux des parties charnues voisines (sur lesquelles agissent les sangsues) fournissent ceux que reçoivent les glandes synoviales et tous les liens de l'articulation , aussi-bien que ceux qui se ramifient en grand nombre dans les extrémités spongieuses des grands os. De plus , Clopton- Havers a reconnu que de larges pores établissent , entre les têtes des os longs et leurs articulations, une communication qui explique aisément la propagation de la suppuration et de la carie, non-seu-
lement dans ces cas , mais encore dans le spinaventosa. Quant à la maladie que nous considérons actuellement , on conçoit sans peine que les moyens résolutifs qui sont employés pour l'ordinaire doivent , quand l'inflammation articulaire n'a pas été auparavant suffisamment abattue , être tout-à-fait infrncluenx , s'ils sont (bibles , et permettre à la maladie de parcourir tous ses périodi s ; s'ils sont énergiques, il n'est pas difficile qu'ils activent la fluxion inflammatoire et le travail sourd et désastreux qui s'y lie.
On sent quelquefois un peu de fluctuation au milieu de ces tumeurs. Nous ne dissimulerons pas que toute ponction , tonte ouverture qu'on praliqucroit pour donner issue au fluirle qui paroît eolligé , auroit les plus tristes conséquences Le malade ne doit pas plus la permettre , qu'un opérateur ne doit la basarder. Les observations de Hu friand ne laissent aucun doute à cet é^ard. La suppuration an dedans et autour de l'articulation , est presque toujours unie à la carie des extrémités articulaires des os. (les désordres croissent avec rapidité aussitôt qu'on donne accès à l'air dans l'article, et qu'on expose 1 s surfaces malades à son coniact immédiat. D'ailleurs, la suppuration se fait une issue tôt on tard , l'ouverture par laquelle elle; sort reste listuleuse , et l'on finit par être obligé d'en venir à l'amj-.ntalion. On ne compte que trop peu de cas d'une terminaison plus beureuse (r).
(1) f'oyez une observation très- curieuse que rapporte 3. L. Petit , Traité des Maladies des Os, t. u , p. 366, i/1-12.
Il ne faut pas confondre dans les mêmes règles l'engorgement scrophuleux du genou venu à suppuration , avec les cas où il se forme dans celte articulation des concrétions cartilagineuses ou osseuses qui en gênent , ou même en empêchent les mouvemens , et y causent des douleurs considérables. L'extraction de ces corps étrangers, par une incision qui pénètre jusque dans la capsule articulaire, est directement indiquée et a été faite plusieurs fois, même avec un rapide succès, lorsque l'inconduile du malade ou les vices de sa constitution n'ont pas mis un obstacle aux bienfaits de l'art (1).
2 i. Le spina - ventosa est une affection scrophuleuse des os, qui les altère de l'intérieur à l'extérieur, ce qui l'a fait appeler par Bromlield un abcès de la moelle des os. Bell caractérise encore très-bien le spina-venlosa , en disant qu'il fait dans les os ce que les scrophules opèrent dans les glandes. Cette maladie présente enfin l'exemple de l'inflammation osseuse à l'état aigu.
Dans le spina-ventosa , l'inflammation , la suppu-* ration et l'ulcération s'établissent au cœur de l'os. Celui-ci se gonfle comme s'il étoit rempli d'air, et avec une douleur si aiguë qu'il semble qu'une pointe acérée le perce de dedans en dehors. Le spina-ventosa prend son nom de ces deux symptômes. C'est sur la moelle de l'os que Ja cause délétère de cetto maladie exerce ses premiers ravages.
( ' ) Voyez OEuvr. chirurg. de Dessault , t. i , Mémoire sur les Corps étrangers formés dans tarticul. du genou , p. 28 ; voyez Cboparl , Maladiesdes Voies urinaircs , part. Il, Concrétions ossiformes dans l' articulation du genou.
La même affection observant une autre marche, a reçu un nom différent. Le malade éprouve , dans une partie de l'os, une douleur vive que la pre:*sion n'augmenle pas, et d'ailleurs sans altération apparente de la partie. Il s'y forme bientôt une tumeur assez élastique, mais qui n'est pourtant pas dure. Après quatre ou cinq semaines, la peau devient rouge et ensuite brune. La tumeur croit toujours , et elle s'ouvre enfin en donnant issue à une matière purulente , mêlée de sang , extrêmement fétide. L'os placé au dessous se trouve carié, spongieux et comme vermoulu. On a donné, à celle maladie de la substance des os, le nom de pédarihrocace.
Lespina-ventosa est plus propre aux enfans qu'aux adultes ; il attaque plus souvent les petits os, tels que ceux des pieds et des mains, que les os longs, et il est alors moins dangereux. Le pédarllirocace , au contraire , se présente aux extrémités des grands os, et ordinairement chez les adultes. Mais on rencontre quelquefois ce dernier chez les enfans , comme le spina-ventosa s'observe, en quelques cas, dans des sujets d'un âge plus mùr ( 1 ). La cause la plus ordinaire de ces affections , c'est la diathèse scropbuleuse. Mais, dans des individus ainsi disposés, elles peuvent être déterminées par une contusion en apparence légère (■?.) ; elles peuvent êlre le résultat de l'infection vénérienne (3).
(i ) Vâyez J. L. Petit, Traite des Malad. des Os, t. Il, p. 298; M. Aur Si vérin , de reconditâ abscesmum naturd, p. 347.
(a) F'ojrz J. L. Petit , Maladies des Os , loco citât.; Van- Swielen , Comment, in Boerhav. , Aphor. , t. 1 , p. 870.
(3) f'ojezi. L. Petit , Maladies des Os, 1. 11, p. 38q et suiv.
SUR LES MALADIES DES ENFANS. 3^i
On a vu le spiria - vcniosa durer plusieurs années sans s'ouvrir, sans se convenir en ulcère, llya des exemples de ces tumeurs, qui , après avoir résisté pendant long temps à la force de tous les remèdes , se sont évanouies d'elles-mêmes : ces cas sont aussi rares qu'ils sont heureux. Les deux maladies que nous venons de caractériser, ne sont susceptibles de gnérison que dans leurs premiers temps. Quand le spina-ventosa est parvenu à son dernier degré, et affecte les extrémités des os longs, on sauve quelquefois le membre par des opérations très-pénibles. Mais, dans le plus grand nombre de cas de cette maladie , on ne met la vie du sujet en sûreté que par l'amputation ; encore est-il prudent d'y recourir à temps , et l'on est trop heureux si l'état des parties voisines permet qu'elle ait du succès. Il est donc bien important de dessiner exactement les traits qui caractérisent ses progrés.
Plenk y reconnoîl quatre périodes : dans le premier, la douleur n'augmente point par les monvemens du corps, ni par la pression exercée sur la partie. La comtitulion des parens et celle de l'enfant peuvent alors fixer l'opinion sur la nature de celte affection. Il convient d'observer également si la douleur, qui ne s'accroît point quand on palpe la partie, s'exaspère cependant par certaines erreurs dans le régime , comme l'abus du vin , un trop long séjour au lit , etc. Dans le second période , la douleur s'aigrit par le contact extérieur. Dans le troisième , 1rs parties commencent à devenir rouges, douloureuses , et à se gonfler comme si elles étoienl pleines d'air. Dans le quatrième, les tégumens s'ou~
vrent par une plaie de mauvais caractère, laquelle se change en un ulcère fétide qui ronge les parties voisines, dont les chairs ont l'aspect gangreneux, et auquel se lie une fièvre consomptive qui conduit à la mort.
Le spina-ventosa (surtout aux os longs) n'est attaquable par les remèdes que dans ses deux premiers périodes. Le troisième peut laisser les ressources suivantes : la tumeur osseuse étant dénudée par les incisions convenables, après y avoir appliqué plusieurs fois le trépan perforatif, et avoir rompu les ponts de séparation , on met à découvert le canal médullaire , qu'on trouve changé en une vaste cavité canense remplie d'une sanie purulente très-fétide , et quelquefois d'une végétation charnue contre nature , considérable. Un savant opérateur , après avoir enlevé toutes ces productions morbifiques , peut avoir le bonheur d'obtenir une bonne exfoliation , et même de conserver le membre (t). Quand cette affection est à son quatrième période , il ne reste d'autre voie de salut pour le malade, que l'amputation.
2/j. La phthisie pulmonaire est encore le désespoir des hommes de l'art. Celte maladie se présente tous les jours à l'observaiion des médecins ; à la honte des moyens connus, l'on n'obtient que des soul.'gemens passagers; on sauve à peine quelques victimes, et pourtant on la traite tous les jours à peu près de la même manière. Il semble que de pa-
(1) Voyez\es observations que rapporte J. L. Petit, Traité des Maladies des Os, t. 11 , p. 298 et suiv. , et p. 38g et suir.
reils résultais auraient dû faire soupçonner que les méthodes curatives ordinaires étoient au moins insuffisantes. Cetie conclusion si naturelle eût fait peut-être franchi* le pas que la médecine avoit à faire à cet égard. Il est certain que la plithisie pulmonaire , à certains degrés, est presque constamment incurable et mortelle : je dis presque constamment , parce que , même dans ce cas , on peut quelque fois, par une pratique judicieuse et savante, obtenir plusieurs exceptions à cette règle générale. La plithisie pulmonaire est, au contraire, ordinairement susceptible d'un traitement heureux , quand elle est combattue à temps et d'une manière convenable , c'est-à-dire par la méthode qui peut seule donner des succès durables. Si on échoue si souvent, c'est que la douceur perfide , avec laquelle cette maladie s'établit (i), abuse le malade et les parens sur
(l'i La douceur des premiers progrès de la plithisie peut tenir à deux causes : la lenteur, la faible activité des inflammations srrophuleuses, ei la médiocre sensibilité des poumons à raison du petit nombre de nerfs qui s'y distribuent. C'est là ce qui fait que l'organe pulmonaire ne donne pas toujours des signes d'une irrilaiion proportionnée aux lésions qu'il éprouve. André Vésale dit avoir trouvé d'immenses suppurations des poumons chez des sujets qui n'avoient accusé presque aucune douleur dans ces organes pendant leur \ ie. On lit dans Sarcone l'observation d'un grenadier «pu leçut un coup de stylet dans la poitrine. Cet instrument perça non seulement les muscles et la plèvre, mais fit encore une plaie visible dans les poumons. Le malade cracha le sang ; on voyoit an fondde la plaie des vessies écumeuses qui s'élevoient et s'abai-.soient dans les mouveinens de la respiration. Malgré tout cria, le sujet ne se plaignit jamais de douleur pleurétique, quoique
l'importance réelle de ses premiers signes ; el parce qu'on ne lui oppose alors , comme dans presque tous les temps, que des moyens palliatifs, qui lui laissent le temps et la facilité de pousser les plus profondes racines. Il faut donc trancher la tête de celte hydre affreuse, au moment de sa naissance. Il n'est pas de maladie grave qu'il soit plus important de reconnoître à son invasion , que la phl'hisie. Quand on ne peut plus la méconnoître , elle est le plus souvent incurable ; quand on peut la faire avorter, ses signes sont équivoques. Mais c'est précisément alors que le vrai médecin se rend éminemment utile , et que brille sa sagacité : car , comme dit Galien , il n'est personne qui ne reconnoisse une plante qui s'est élevée à tout son développement; mais le naturaliste exercé peut seul la caractériser quand elle naît et commence à poindre hors de la terre (i). Nous dévoilerons plus bas les formes insidieuses et variées sous lesquelles la phlhisie pulmonaire fait ses premiers pas.
Il n'est que trop prouvé que la phthisie est héréditaire. Il me paroît indubitable que, même le plus
la plaie se gonflât par les progrés de son inflammation; et même le malade se couclia pendant bien des jours sur le côté de sa blessure ( Istoria deiï Epidemia di Napoli , t. i, p. l5o e seg. ). Cependant la plupart des plilhisiques se plaignent d'une douleur plus ou moins sourde. Dans la phlliisie muqueuse , la douleur est souvent nulle ; elle est ordinairement très-vive dans la péripneuroonie et la pleurésie. Mais cet ouvrage ne comporte pas l'examen de ces différences, ni celui de leurs causes.
(l) Galeni, Comment. ùi\\b. i, Prœdictcon. ; Hipp.j test. i.
souvent lorsqu'elle semble accidentelle, c'est-à-dire lorsqu'elle se déclare à la suite de certaines maladies aiguës, telles que la péripneumonie , la pleurésie , la petite -vérole, la rougeole, etc., celles-ci n'ont fait que mettre en action des dispositions qui existoient antérieurement dans l'organe pulmonaire. Ces dispositions , il est vrai , auroient pu rester endormies toute la vie sans ces causes occasionnelles ; mais elles sont propres à empêcher une terminaison nette des maladies de poitrine, et à leur donner de semblables conséquences , à moins que le médecin n'use de tontes les ressources que peuvent lui fournir beaucoup de connoissances et une rare sagacité. En effet , Reil a reconnu que les individus qui ont les poumons tuberculeux , s'ils sont atteints de pleurésie , succombent le plus souvent (1). On trouve dans la description de la neuvième ouverture de cadavres de Stoll , tous les désordres de la constitution scropbuleuse portés à l'excès (2). Les poumons éloient remplis de vomiques plus ou moins considérables. Le sujet de cette observation , qui éloil une fdle de vingt -deux ans, avoit un goitre volumineux , rempli d'une substance gélatineuse et glutineuse ; les glandes du mésentère étoient dans un état d'engorgement manifeste.
La disposition à la phtbisie pulmonaire se lie ordinairement à un genre de structure que le vulgaire
(l)Reil, délia Conoscenza e cura délia Febbre , part. 11 , vol. 1, p. 56o, trad. ilal.
(2) Stoll, Médec. pratiq., t. 1 , p. 186 et suiv. ; neuvième ouverture.
35o ESSAI
même a appris à distinguer. Une figure agréable avec des traits délicats, une peau blanche, fine, et une rougeur vive et cernée sur chaque joue ( o'tlc blancheur de la peau devient terne, terreuse, et la rougeur des joues devient plus obscure à mesure que la maladie se prononce ) ; dents blanches , un cou long, une poitrine étroite , où les poumons sont plus ou moins serrés, des épaules ailées , une taille élancée, des chairs en général délicates, maigres, des membres longs et grêles ; tel est l'ensemble des traits que présentent les individus menacés de pulmonie. A ces caractères physiques se joignent ordinairement une gaîté et une sagacité d'esprit qui rend ces sujets extrêmement aimables; ces funestes dispositions se trouvent bien souvent unies aux ta- Jens les plus éclatans (i). La plupart ont beaucoup d'ardeur pour les plaisirs ; il en est qu'un sentiment sourd et habituel de malaise rend au contraire moroses et attachés à la solitude. Les formes phthisiques se prononcent très-souvent, chez les jeunes gens, à la suite d'une crue trop rapide.
Que la phihisie se développe dans une constitution frêle , qui n'offre qu'une foible résistance aux causes de maladie qui peuvent l'atteindre, on n'en est pas très-éionné. Mais on ne conçoit pas aussi aisé-
(1) On peut citer entr'aulres Cicéron . qui, dans sa jeunesse, avoit toute cette gracilité de constitution qui caractérise les phthisiques, mais dont le tempérament s'affermit par une longue navigation en Asie. Pline le jeune retira les mêmes avantages d'un voyage par mer en Egypte. Molière mourut d'un crachement de sang en sortant de la scène , où il venait de jouer le rôle du Malade imaginaire.
ment que cette affection se déclare dans des sujets gras, bien nourris, et qui pre'sentoient l'image de la santé dans sa fleur. On peut même dire alors que cette maladie fait ses premiers progrès avec d'autant plus de sûreté, qu'on la soupçonne moins. La figure est pleine, la poitrine paroît assez large, les membres sont volumineux; trompeuses apparences : toute l'économie est ceJluleuse , adipeuse , mais non pas charnue ; et sous un tissu graisseux abondant est une fibre délicate , menue , et même plusieurs défauts dans la charpente osseuse de la poitrine. Quand la phthisie se prononce ( et alors elle a déjà fait de grands ravages) , tout cetappareil succulent s'écroule, le visage , le corps et les membres s'effilent; chez les filles, les mamelles se flétrissent, et la structure du squelette mise alors mieux à découvert, on y reconnut les mêmes vices que dans les sujets décrits dans le paragraphe précédent (i). Le poumon enfin est tuberculeux , et le mésentère parsemé de glandes engorgées et squirrheuses. Tel est l'état intérieur de personnes qu'on n'auroit jamais crues, en les voyant, exposées à devenir poitrinaires.
Les rachitiques, dont les côtes aplaties compriment les poumons, sont très-exposés au développement de la phthisie pulmonaire.
Les désordres que cette dernière produit dans la poitrine, se combinent fréquemment avec les affections les plus graves du cœur et des gros vaisseaux. Des faits positifs démontrent la dialhèse serophuleuse réalisant tous ses désordres accoutumés dans
(1) Voyez ce qui est dit article Hachais , p. 288.
les principaux Organes de la circulation. Baillie a
trouvé dans le péricarde des tumeurs scrophulcuses,
formées d'une matière blanche et molle c uimie du
fromage récent, et dont une avoil le volume d'une
grosse noix, chez un sujet dont le poumon eloit
tuberculeux, et qui mourut pulmonique (i). De
semblables observations deviennent pins singulières
encore , lorsqu'elles présentent des dérangeuiens
énormes dans des viscères aussi essentiels , sans
lésions proportionnées de leurs fonctions, et qui
puissent même les faire soupçonner. Tel est le cas
de cet homme dont parle Dehaen : les poumons
étoient adbérens partout avec la plèvre , avec le
diaphragme , avec tout le péricarde ; leurs lobes
«noient unis entre eux , et leur adhérence étoit si
intime qu'elle ne pùl être rompue, en aucun point,
sans dila ce ration des parties. Dans tout le coté gauche
la plèvre paroissoit convertie en une véritable chair,
qui s'éloit profondément identifiée a\ec la substance
des poumons. Le péricarde qui , comme nous l'avons
dit, adhérait aux po.umons dans tous les points,
étoit uni par sa paroi interne , au moyen d'un tissu
cellulaire très -dense, à toute la surface du creur,
des oreillettes et de tous les gros vaisseaux. Tous
ces organes, ainsi liés, sembloient ne former qu'un
seul et même viscère. Cependant le sujet respirait
sans gêne; la respiration ne souffrit d'altération que
dans les derniers inslans de sa vie (2).
(1) Baillie , Traité (Y Anatomic pathol. , cliap. 1 , sect. v.
(2) Dehaen, Ratio medendi , vol. 1, cap. xvil, de Singid. modo respirationis et motus cordis.
On a souvent remarqué la phlhisie à la suite de l'asthme. On croit que cela a lieu parce que l'asthme détermine la formation des tubercules pulmonaires. Il me paroît plus vraisemblable que l'asthme est, au contraire , l'effet de létal tuberculeux des poumons. L'hémorrhagie nasale fréquente , qui peut dépendre d'obstructions dans les viscères du bas-ventre, ou de grands embarras dans la circulation , est souvent aussi l'indice d'une disposition à la phthisie pulmonaire. Lesindividus quiontde la tendance à cette maladie sont également fort sujets aux esquinancies, à des maux de dents de nature rhumatismale , et surtout aux hémorrhagies , comme nous le verrons plus bas. Ici vient se présenter celle remarque de Selle, bien digne de la sagacité de ce praticien ; c'est que , lorsque après l'hémoptysie , il survient des douleurs rhumatismales dans certaines parties, ces douleurs sont l'effet d'une métastase très salutaire de l'humeur morbilîque , dont il faut favoriser l'issue par le moyen des cautères (i).
Les maladies de peau sont également très-familières aux personnes disposées à la phthisie. Tant qu'elles occupent la surface du corps, les accidens qui émanent de la poitrine sont ordinairement nuls ou assez doux ; ils s'aggravent à mesure que l'organe cutané se nettoie des éruptions dont il étoit le siège (2). Ce déplacement est encore plus dangereux quand il est l'effet de l'irritation pulmonaire,
(1) Selle, Méâec. cliniq. , t. 1, p. 1S6.
(?.) Van-Swieten, Comment, in Jpltor. Boeih., t. îv, p. 1 7.
354 KSSAI
ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit communément.
Les personnes affectées de ver solitaire deviennent aussi fréquemment phthisiques. J'ai quelques observations de ce genre , et l'on en trouve bien des exemples dans les ouvrages des praticiens (i). Les dispositions générales de la constitution qui servent de première base à la phtbisie pulmonaire , sont également les plus favorables pour faire couver et éclore les germes vermineux.
Les formes les plus ordinaires qu'adopte la phtbisie, à sa première invasion , sont, i°. celle de catarrhe pulmonaire ou rhume ; 2°. d hémoptysie OU crachement de sang; 3°. celle de fièvre intermittente ,- 4°. la scène enfin s'ouvre souvent par l'état valétudinaire qui succède à de graves maladies de poitrine, telles que la péripneumonie, la pleurésie, ou à celles qui ont porté une impression très-vive sur l'organe pulmonaire , comme font quelquefois la petite-vérole , la rougeole et les autres exanthèmes. i °. Le rhume. Je l'ai déjà dit : la douceur , l'obscurité du premier développement de la pblhisie et de ses progrès, donnent une sécurité qui fait qu'elle a tout le loisir de s'établir de manière à rendre vaines ensuite toutes les ressources de la médecine. Une maladie aussi désastreuse peut-elle en effet se cacher sous des apparences moins alarmantes que celles d'un rhume? Celui-ci, il est vrai, revient tous les bivers ; il se reproduit par les moindres causes, il
(î)Stoll, Médec. pratiq., t. i, dix-septième ouverture de cadavres.
se prolonge long temps , mais il n'y a point de fièvre, ou du moins elle est légère; il n'y a point de soif, l'appétit est assez bon , et quelquefois même le malade se couche aisément sur tous les côtés. Au milieu de symptômes si doux , la maladie réelle se découvre cependant le plus souvent , par certains accidens , à un observateur attentif et capable de les prendre à leur véritable valeur. Il y a une toux sèche qui revient à de courts intervalles, avec un sentiment de douleur plus ou moins piquante , ou sourde, dans la poitrine : cette toux même, dans quelques cas, est accompagnée de crachats muqueux assez épais. D'autres fois , il y a des liraillemens fixes ou errans, mais qui s'étendent assez constamment de la partie antérieure de la poitrine entre les épaules, et qui augmentent par les travaux de cabinet, ou autres occupations, surtout si elles sont trop prolongées. Quoique le sujet se couche aisément sur tous les côtés , pourtant, si on y fait attention, il est une position en rapport avec l'état des organes internes , et dans laquelle il se couche habituellement. Il n'en prend pas une opposée, sans sentir, au bout de quelque temps , de la gêne dans la respiration , des tiraillemens , ou même de la douleur dans l'autre côté de la poitrine. Le decubitus sur les deux côtés peut être indifférent au malade, mais alors la situation qui convient le mieux , c'est, pour quelques sujets, d'être couché sur le dos, la tête posée sur un mince coussin; d'autres, au contraire, ne peuvent respirer qu'avec peine et douleur , si la tête et le tronc ne sont très -élevés, et s'ils ne sont presque sur leur séant. Quelle que soil celle de ces
356 essai
positions qui incommode le malade ( et il garde habituellement la situation contraire), si, y étant placé quelques instans, on le fait respirer fortement, la gêne, les tiraillemens, la douleur, deviennent infiniment plus sensibles. Quand le rhume se renouvelle, lorsque le sujet éprouve l'effet des variations atmosphériques , c'est à peu près dans les mêmes points qu'il ressent de la douleur, des tiraillemens, de l'oppression ; c'est là que les secousses de la toux vont retentir particulièrement. Tous ces symptômes sont si doux , si fugitifs , si équivoques , que le malade , les parens, et même les médecins ne leur attribuent quelquefois qu'une médiocre importance; on ne leur oppose que des secours palliatifs , qui seroient tout au plus auxiliaires d'une cure radicale, et la maladie s'asseoit sur des fondemens inébranlables.
Les dangers d'un rhume négligé sont passés en proverbe. Mais lorsque ce rhume tient à une lésion profonde du parenchyme pulmonaire, c'est à peu près tout autant que le négliger entièrement , ainsi que Stoll l'a reconnu (i), que de ne le combattre que par des moyens insuffisans , quelle que soit d'ailleurs l'exactitude avec laquelle on en fait usage.
a . L' hémoptysie. Cette maladie , comme la plithisie et les scrojihules , est très-fréquente dans certains pays : elle y est presque endémique. Du reste, nous considérerons exclusivement cette hémorrhagie , en tant qu'elle vient réellement des poumons (2) ; et
( 1) Mcdec.prat. , t. H , p. 8 et g.
(2) Le sang peut être fourni par une des petites artères de
comme telle , elle offre les différences les plus essentielles.
(a) L'hémoptysie est quelquefois périodique, et elle peut même être alors un gage de la santé des poumons. En effet, ceux-ci s'affectent gravement lorsque , par un refroidissement , par exemple , cette hémorrhagie habituelle vient à se supprimer; et, quelque utile que soit alors la saignée, il n'y a de véritable espoir que dans le rétablissement spontané de cette hémoptysie (i). Bordeu et Robert ont établi que l'hémoptysie est quelquefois utile pour prévenir la consomption pulmonaire. Les médecins, comme le dit très -bien Solenghi , ont souvent observé que des personnes sujettes au crachement de sang pendant plusieurs années, ne sont pourtant jamais devenues plilhisiques. Cela arrive surtout après la suppression de quelque hémorrhagie habituelle ou naturelle , soit hémorrhoïdale ou utérine, comme aussi quelquefois à la suite des grandes amputations. Dans ces cas , les poumons donnent au sang une voie qui supplée à celle qu'il avoit antérieurement.
Les sujets adonnés à une vie sédentaire, accoutumés à travailler le tronc penché en avant, sont souvent affectés de crachement de sang, et ne devien-
l'arrière-bouche , comme l'a vu Van-Swieten ( Comment, in Boerh. , t. iv - p. 3 et 4 ) , ou par une petite sangsue avalée en buvant à une source , comme Galien en a fait l'observation.
(i) Van-Swieten , Comment. , t. rv, p. 14;. Testa , Malatûe tlelCuore,t.i,]i. 112.
358 essai
nent pourtant pas toujours la proie de laphthisie(i).
Van-Swieten avoit fait la même remarque.
Il est un autre cas où l'hémoptysie peut également ne donner presque aucune crainte. C'est lorsqu'elle est épidémique, comme Vacca -Berlinghieri dit l'avoir observée à Pise en 1784. Elle ne fut suivie de phthisie chez aucun malade (2).
Toutefois nous ne devons pas dissimuler que le crachement de sang, même dans les cas que nous avons indiqués , est toujours digne de la plus grande attention, quand ce ne seroit qu'à raison de l'importance de l'organe par lequel l'hémorrhagie a lieu. Nous examinerons ses conséquences terribles chez les ouvriers, qui, comme les cordonniers, les tailleurs , travaillent le corps incliné en avant. Quant à l'hémorrhagie de poitrine qui remplace les règles, Bosquillon , dans ses notes sur Cullen (Art. Curede l'hémoptysie) , rapporte une observation qui prouve que cette substitution peut être très-dangereuse, et qu'on ne doit rien négliger pour rappeler le sang vers la voie d'évacuation qui lui est naturelle (3). Le fait suivant, qui s'est présenté à Musgrave, démontre combien certaines hémorrhagies méritent d'égards, et que la nature elle-même ne remplace pas toujours, d'une manière avantageuse, les habi-
(1) Voyez Solenglii , Discorsidi Giovanni Bell , sulle Fcrite , t. u , Ernorrag. di petto.
(2) Vacca-Berlinghieri , saggio intorno aile principale Malattie , t. 11, p. go.
(3) Voyez la Médec. pratiq. de Cullen, t. 11, p. 45, ^fi-
SUR LES MALADIES DES ENFANS. 35g
tudes qu'elle a adoptées. Un homme , depuis sa plus tendre enfance jusqu'à 1 âge de vingt-quatre ans , étoit sujet, toutes les pleines lunes, aune hémorrhagie du pouce de la main gauche qui, jusqu'à l'âge de seize ans , n'excéda pas le poids de quatre onces de sang. Elle s'accrut à celte époque , et s'éleva successivement jusqu'à la quantité de demi -livre. Il voulut alors arrêter celte hémorrhagie ; on cautérisa la partie avec le fer rouge, et l'on obtint effectivement cette suppression qui étoit l'objet des vœux du sujet. On n'eut pas lieu de s'applaudir de ce succès : il s'établit une hémorrhagie de poitrine terrible , qui offrit des dangers affreux , et qu'il fut fort difficile de surmonter par les meilleurs remèdes.
Il est rare que la phthisie achève son cours sans que le crachement de sang se manifeste dans quelques-uns de ses temps. Celui qui se déclare à maladie avancée est le résultat des ravages produits par la pblhisie, et l'état intérieur auquel il se lie est assez connu. Mais on n'a pas généralement des idées aussi bien déterminées sur l'hémoptysie , qui sert d'avantcoureur à la consomption pulmonaire. Le docteur Michel Ryan veut qu'on examine si la toux précède le crachement de sang , ou si le crachement de sang précède la toux : dans un cas, suivant lui , la pblhisie est tuberculeuse ; dans l'autre, elle est l'effet de l'hémorrhagie. La maladie peut très-bien présenter ces différences , sans cesser d'être la même dans sa nature. Des distinctions bien autrement importantes sont celles que nous allons examiner immédiatement.
36o ESSAT
(&) L'hémoptysie la plus ordinaire est active, et a la marche suivante : elle débute la première fois, au milieu des plus belles apparences de santé et par la cause la plus légère, avec frisson, mouvement fébrile, sentiment de brisement dans les membres, palpitation , resserrement dans la poitrine et respiration pénible. Bientôt prurit à l'arrière bouche (i), goût douceâtre et envie d'expectorer, ce qui amène un crachat un peu rouge. La toux se joint à ces premiers symptômes , et ne tarde pas à déterminer un regorgement plusoumoinsconsidérable de sang'vermeil et écumeux. Cet le hémorrhagie est suivie d'u ne rémission sensible de fièvre : celle-ci continue cependant un ou deux jours avec quelques symptômes de gastricité bilieuse. Tous ces accidens sont ordinairement précédés d'affection de poitrine à laquelle on a fait peu d'atleniion. Tels sont des rhumes fréquens, une oppression de poitrine plus sensible à certains temps, et qui ne s'est jamais complètement dissipée. Voyez enenfin les symptômes décrits dans le paragraphe i°. Rhume. On combat cette hémorrhagie comme n'ayant égard qu'au crachement de sang. La turgescence sanguine des poumons étant momentanément dissipée, on ne donne pas assez d'attention à l'irritation sourde qui persiste et qui tend à reproduire les hémorrhagies. Voilà la faute essentielle qui donne à la phthisie le temps de prendre racine. De toutes les formes sous
(l) Ce signe démontrant l'imminence de l'iiémorrhagie , on pourroit quelquefois la prévenir en employant aussitôt des moyens convenables. Voyez Van-Swieteu, t. iv, p. 23.
SUR LES MALADIES X>ES ENFANS. 36 t
lesquelles elle fait sa première invasion, l'hémoptysie est celle qui en impose le plus. Il faut pourtant convenir que l'on compieroit un nombre satisfaisant de succès, si , au lieu de s'en tenir à un soulagement momentané , on exlirpoit , ou du moins on réduisoit à l'inaction , par une cure continue et adaptée , la cause qui ramène sans cesse le crachement de sang jusqu'à ce que la pulmonie soit confirmée. Cullen observe que la phthisie pulmonaire qui succède à l'hémoptysie, se guérit plus souvent que celle qui n'a pas eu cet avant-coureur ; que lors même que le crachement de sang est suivi d'ulcération des poumons , de fièvre lente , etc. ; on la guérit fréquemment, quoique la maladie ait des récidives, le ne doute nullement que celte différence ne (ienne à la méthode anti-phlogistique directe que l'hémoptysie fait mettre en pratique à plusieurs reprises. Mais, d'un autre côté , si la phthisie qui succède à l'héinorrhngie de poitrine résiste à un traitement d'ailleurs bien dirigé , elle marche avec beaucoup plus de promptitude. Celte opiniâtreté indique des lésions extrêmement profondes et graves. On peut souvent reconnoîire le caractère énergique et grave des hémorrhagies aciives dans les liémoptysies qui dépendent de l'irritation qu'éprouvent les poumons, à raison de leur sympathie avec l'estomac, quand celui-ci est surchargé de saletés bilieuses. La médecine pratique de Stoll est remplie d'exemples de ce genre d'hémoptysies. L'éméiique chassant la cause irritante contenue dans le ventricule , l'héniorrhagie cessoit au même instant et se trouvoit radicalement guérie. Le plus souvent il ne
vcnoil pas une goulle de sang du poumon pendant le vomissement La saignée , au contraire, aggravoit ces hémoptysie* bilieuses (i).
(c) Il est un autre genre de crachement de sang bien difïérentde celui-ci , moins commun peut-être, mais dans lequel aussi la méthode ordinaire est à la fois l'erreur la plus grossière et la plus dangereuse. Celte espèce d hémoptysie est le produit d'un état de mollesse et de relâchement extrêmes, tant du tissu pulmonaire que de ses vaisseaux. On s'en fait une idée assez exacte , en le considérant comme un scorbut des poumons et susceptible de plusieurs degrés , depuis le moindre jusqu'au pire. Il paroît que, dans quelques cas, on peut admettre, avec Testa, un amincissement des vaisseaux , et d'antres fois une disposition variqueuse. Hippocrate a connu cette dernière espèce de crachement de sang; il a indiqué le traitement qui y convient , et sa terminaison par suppuration quand on la néglige (2). Les hémorrhagies de celle espèce peuvent être peu considérables (il vient quelquefois à peine une cuiller à café de sang); elles sont sans fièvre et surviennent assez ordinairement la nuit, pendant le premier sommeil. Le pouls est foible , et il y a oppression de poitrine par défaut d'énergie des poumons. Celle hémoptysie prélude très-fréquemment la pulmonie héréditaire; ce qui prouve d'ailleurs que Je traitement de celte dernière ne doit pas êire toujours uniforme, comme nous l'indiquerons bientôt plus par-
(1) Voyez sa Médec. pratiq. en une foule d'endroits.
(2) Hipp. , de Morbis, lib. 1.
ticulièrement. Tous les praticiens que le génie de l'observation a rendus illustres , ont reconnu ce crachement de sang dépendant du relâchement du tissu pulmonaire. B.iglivi l'a signalé (i), et Stoll a remarqué que les tailleurs et tous les artisans qui, parleurs occupations, ont la poitrine penchée en avant ; que ceux qui passent plusieurs heures de la journée à écrire, comme aussi les sujets qui ont le ventre très-serré par les vètemens , sont fort exposés à un crachement de sang , qui , négligé ou mal traité, dégénère facilement en phlhisie (2).
A côté de ces hémoptysies passives viennent se ranger d'elles-mêmes toutes celles qui proviennent de la gêne de la circulation , à raison de la compression des vaisseaux. C'est ainsi que Stoll guérit surle-champ une hémorrhagie de poitrine produite par une longue constipation , en lâchant le ventre avec un lavement purgatif. Il obtint le même succès de la paracenthèse au bas-ventre chez un hydropique atteint de crachement de sang , à raison des obstacles que la présence des eaux metloit à la circulation abdominale (3). Des hémorrhagies de même genre peuvent naître , si la pression de l'atmosphère
(l ) Praxeos medicce , lib. i , de Raris affectibus jecoris.
(2) Stoll, Médec. pratiq., t. I, quatorzième ouverture, p. 225 et suiv. ; t. 11, chap. ni , p. 28 et suiv.
(3) Stoll, Médec. prat. , t. m, p. 16 et 17. On peut consulter d'ailleurs , sur ce genre d'hémoptysie, Darwin, Zno/10mia , t. 11, p. 178 à i83 ; t. iv, p. n4 ; Testa, Malattie del Cuore , t. I, p. 124; Solenghi , traduction de J. Bell, t. 11, chap. Emorragie di petto ; voyez surtout l'excellent Traité des Hémorrhagies de M. Lordat, professeur de Montpellier.
364 essai
sur notre corps est accrue en conséquence de quelque grand phénomène physique. Le célèbre Pilcairn étant à une campagne aux environs d'Edimbourg , en février 1687 , cl le temps étant plus serein qu'à l'ordinaire, fut pris d'une hémorrhagie nasale, au même instant de la conjonction de la lune avec le soleil , sans antre pressentiment qu'une foiblesse et un relâchement extraordinaires. Trois jours après, revenant à Edimbourg, il apprit qu'à l'heure où cet accident lui étoit arrivé ( vers les neuf heures du matin), le mercure avoit baissé dans le baromètre à un degré où lui et d'autres physiciens ne l'avoient jamais vu descendre. Son ami Cockburn, professeur de philosophie , mourut à cette même heure , d'un regorgement de sang par la poitrine , qui fit explosion tout à coup ; et six autres de ses amis , qui le consultoient ordinairement pour diverses petites indispositions, furent surpris au même instant de différentes incommodités.
L'hémoptysie passive , comme toutes les hémorrhagies de celle espèce , veut un traitement directement opposé à celui qu'elle réclame quand elle est active , ou par excès de pléthore et d'énergie. Les sujets qui en sont affectés se trouvent très-mal de la saignée et des relâchans , qui sont si utiles dans l'hémoptysie décrite (b). Le régime tenu, le repos horizontal que celle-ci exige, l'autre, en thèse générale, les exclut. Il faut au contraire une nourriture succulente , du vin généreux , et surtout assez d'exercice. Quelques faits rendront ces principes plus palpables. Un ecclésiastique âgé de trente ans , trèsaffoibli par des hémonhagies nasales qui revenoient
tous les jours, depuis son enfance , en fui guéri par l'usage modéré du vin (i). Cullen avoit donné ses soins à une hémoptysique chez laquelle le crachement de sang se dissipoil par la promenade. Quand elle restoit plusieurs jours chez elle , l'hémorrhagie reparoissoit, et cessoit aussitôt qu'elle se promenoit de nouveau. Elle s'en affranchit enfin pendant longtemps en se promenant heaucoup (2). Ceux qui ont fait la médecine des armées de terre ou de mer ont pu s'apercevoir ; ainsi que moi, que des sujets qui a voient été atteints plusieurs fois d'hémorrhagies pulmonaires , et qui avoient des dispositions manifestes àlaphthisie, avoient trouvé dans 1 activité, les fatigues même de la vie du soldat ou du matelot, la guérison de leurs incommodités et l'affermissement de leur constitution. Le grand Franklin racontoit à Rush que , voyageant dans la Nouvelle- Angleterre, son postillon, après lui avoir rapporté diverses choses de sa vie , lui dit que son premier métier avoit été celui de cordonnier. A raison des habitudes sédentaires et d'autres circonstances de cette profession , il devenoit évidemment pulmonique , et son médecin lui conseilla l'équilation. Ce remède étoit pour lui trop dispendieux ; mais il passa un contrat à rente viagère avec un vieux postillon , pour qu'il lui cédât son emploi. Au bout de deux ans, il eut acquis la plus belle santé. Il voulut
(1) Observation de Borel , cité par Lordat, Traité des Hémorrhagies.
(a) Notes de Bosquillon sur la Médcc. prat. de Cullen , 1. 11, p. 49, Cure de V Hémoptysie.
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alors reprendre son premier mélier ; mais les symptômes de la consomption pulmonaire se montrant de nouveau, il remonta à cheval et se mit à courir la poste dans toutes les saisons , par toutes les intempéries, et depuis trente ans il vivoit ainsi sain et sauf (i). C'est le besoin d'obtenir des avantages analogues, par un air plus vif et sons un ciel plus heureux , qui donne lieu à ces nombreuses émigrations de malades anglais , que nous voyons en temps de paix en Languedoc, à Montpellier et dans la Provence. Un climat d'ailleurs si fécond en phihisies inflammatoires, et qui leur est si redoutable, devient le meilleur remède des phthisies passives qu'engendre le ciel nébuleux de la Grande Bretagne.
3°. On voit tous les jours une fièvre intermittente , à type ordinairement quotidien ou double - tierce , servir de masque à la phlhisie commençante. Les accès s'interrompent et reviennent à plusieurs reprises, mais ils sont constamment accompagnés de catarrhe, de toux, d'expectoration. Ces derniers symptômes ont le plus souvent une douceur qui les fait regarder comme accidentels ( ils le sont réellement dans d'autres circonstances ) , tandis qu'ils tiennent à l'essence de la maladie. Ces signes de rhume habituel sont tellement importans que, suivantBorsieri, lorsque la fièvre intermittente se déclare , c'est unindice que la phlhisie est déjà établie (2).
(j) Solenghi, Discorsi di Giovanni Bell , sulle Ferile , cap. Emorragie di petto.
(?.)Borsieri, Institutiones medicinœ practicce , t. iv, p. 40, in-l± , Mediolan.
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Ce n'est pas ici le lieu d'examiner comment et pourquoi une fièvre à type intermittent se lie à une affection chronique et constante de l'organe pulmonaire. Toutefois ,. ce n'est pas sans raison que j'appelle l'attention sur cette forme trompeuse de la phthisie , et sur les erreurs où elle peut induire : la sagacité des médecins les plus expérimentés s'est souvent trouvée en défaut dans ce cas dangereux ; et ils ont eu le regret d'avoir nui autant qu'il éloit possible de nuire , en combattant une fièvre suppuratoire comme une fièvre périodique simple. On peut voir dans les notes de Bosquillon , sur la Médecine pratique de Cullen (i), que le célèbre professeur d'Edimbourg, une des tètes les mieux organisées qui ait professé la médecine , commit cependant cette grave méprise. Brera rapporte aussi une observation de phthisie couverte du masque d'une fièvre tierce (2).
Pour échapper aux illusions dont on est alors assiégé de toutes parts , il ne faut jamais perdre de vue que la présence d'une affection catarrhale indélébile, avec des points de douleur plus ou moins sourde dans la poitrine, sont, chez certains sujets, des accidens de la plus haute importance, et qui réclament autant de circonspection que de dextérité dans l'emploi des moyens propres à éloigner les paroxysmes fébriles qui cachent la maladie principale. Mal-
(1) Médecine-pratique de Cullen , t. IX, p. g5 , Cure de la Phthisie.
(2) Brera, Annolazioni medico-praliche, t. 1, cap. 1,