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heureusement les apparences entraînent alors à l'usage des remèdes les plus pernicieux. Le quinquina surtout donne souvent lieu à l'explosion de l'hémoptysie , et toute méthode excitante précipite les progrès de l'affection cachée qui amène nécessairement la consomption pulmonaire, si elle n'est combattue par les seuls moyens qui peuvent au contraire enchaîner son développement, arrêter sa marche, et par conséquent prévenir ses résultats funestes et assurés.
La phihisie pulmonaire n'est pas la seule maladie où le quinquina , indiqué au premier coup d'œil par de trompeuses apparences de fièvre intermittente, puisse devenir meurtrier par le défaut des distinctions convenables. La consomption mésentérique , certains désordres, ou même des lésions graves de l'utérus, à la suite de l'accouchement, peuvent également fournir une occasion de commettre cette erreur avec autant de danger (i).
Mais ce grand fébrifuge , au lieu d'avoir des inconvéniens, devient au contraire un moyen également sûr et rapide de guérison, lorsque la phihisie tient à un état de foiblesse et de relâchement des poumons. Tels étoient sans doute les cas où les succès du quinquina ont fait croire à Van-Hoven(a) que les fièvres intermittentes pouvoient aussi prendre à leur tour la marche de la phihisie. Ici vient se présenter
(i) Voyez Vacca-Berlinghieri, Codice etementare di Medicina pralica , t. i , p. 2 1 2.
(2) Cité par Reil , délia Conoscenza e cura délia Febbre , part. 1 , vol. 11.
SUR LES MALADIES DES ENFANS. 36g
ce grand principe, reconnu par tous les praticiens ( i), que la résolution d'une maladie trouve autant d'obstacles dans le défaut des forces que dans leur excès, et que celles-ci doivent être modérées, mais suffisantes pour pouvoir l'opérer. Il est donc vrai que le quinquina, qui, en règle générale, est d'un usage périlleux dans la phthisie active, qui simule la fièvre intermittente , devient le remède convenable , indispensable même , quand la phthisie est atonique. Donné avec art dans cette circonstance, il procure des succès qui peuvent paroître étonnans, au moins par leur promptitude.
La saine pratique admet encore l'écorce du Pérou comme moyen de prévenir la phthisie dans l'hypov thèse suivante : c'est lorsque, chez des sujets dont les poumons sont mal disposés , des accès de fièvres intermittentes répétés tendent à mettre ces organes dans un état d'engorgement semblable à celui qu'ils produisent dans les viscères abdominaux chezd'autres individus. Ce n'est qu'en tranchant cette série de paroxismes avec le quinquina, qu'on peut prévenir la congestion pulmonaire dont la phthisie seroit la conséquence assurée (2).
4°. Aux péripneumonies et aux pleurésies incomplètement terminées, succède un état de souffrance habituel compliqué de la plupart des accidens décrits dans le paragraphe premier, Rhume. Cet état ramène
( I ) Selle , Médecine clinique , t. 1 , p. 33c). (2) Reil, délia Conoscenza e Cura délia Febbre , part, i, roi. il; p. 243.
de fréquentes récidives de ces inflammations, et conduit presque constamment à la phthisie si on n'y remédie convenablement et à propos (1).
La phthisie est encore une des terribles suites de la petite-vérole, delà rougeole, elde la scarlatine, dans les jeunes gens etles adultes. L'irrilationde la gorge et la toux qui accompagnent ces exantbèmes, se maintiennent après le dessèchement des pustules ou la desquammation de la peau, au lieu de suivre le déclin gradué des antres symptômes et de la maladie. Dans la rougeole et la scarlatine, il semble y avoir une rétrocession plus ou moins sensible de l'éruption ; la chute del'épiderme par écailles furfurenses est lente et incomplète ; la toux , loin de se calmer, devient plus vive ; elle détermine une expectoration muqueuse, accompagnée de mouvemens fébriles irréguliers : ceux-ci adoptent enfin la marche des fièvres consomplives, et dès lors touslessigncsdela phthisie ou de l'empyème se montrent avec évidence.
Tout porte à croire que celte terminaison des maladies qui intéressent la poitrine, a pour cause des dispositions préexistantes dans les poumons. On comprend, d'après cela, que la constitution particulière du sujet doit attacher souvent au traitement de ces mêmes maladies une foule de considérations qu'on ne néglige pas sans danger. Lorsque leur solution heureuse devient au moins équivoque, il est quelquefois encore possible de prévenir les consé-
(1) Stnll, Médee.pratiq., 1. 1, p. 112, t. m, p. 5i et suiv., et p. i53.
qncnces désastreuses auxquelles le sujet est exposé; maïs c'est un succès qu'on n'obtient pas toujours, et qui , dans tous les cas , est exclusivement réservé aux praticiens les plus habiles. '
La répercussion de la gale, des dartres, de la teigne; le dessèchement d'un ulcère ancien et devenu habituel , peuvent être suivis de la phlhisie pulmonaire ou de ton te autre suppuration interne. La suppression d'une hémorrhagie habituelle ou naturelle détermine quelquefois des congestions dans les organes intérieurs, qui finissent de la même manière.
Toute cause de trouble fébrile , plus ou moins intense, qui n'est pas combattue et enlevée directement, peut exciter le développement de la phlhisie pulmonaire, pourvu qu'il existe dans les poumons une disposition tuberculeuse favorable à cette maladie. C'est ainsi que Sloll a vu des phthisies auxquelles le mauvais état des premières voies servit de cause déterminante. C'est, d'ailleurs, arbitrairement que cet auteur les atlribuoit à une métastase bilieuse : l'autopsie cadavérique ne la démontroit pas, mais elle faisoit voir des lésions que toute autre cause auroit pu mettre également en jeu (i).
Il est étranger au dessein de cet ouvrage de décrire la série des accidens qu'amène la phlhisie pulmonaire quand elle passe à ses second et troisième périodes. Notre but est de tracer les caractères auxquels on peut reconnoître ou soupçonner les maladies les plus dangereuses au moment où il est important d'entre-
(i) Voyez Stoll, McVec. praliq. , t. il, p. 220 et suit., traduct. de Mahon , et les notes du prof. Pinel.
prendre leur traitement, parce qu'on peut le faire avec succès. Comme la phlhisie pulmonaire commence sous des apparences équivoques, plusieurs de ses premiers symptômes peuvent appartenir à d'autres affections; mais leur réunion, et surtout leur insistance dans le début et même dans l'imminence de la pulmonie, doivent suffire pour y donner une attention sérieuse , et pour s'environner des lumières d'un médecin qui sache faire avorter une maladie qui plus tard se joue de tous nos efforts.
Nous avons fait remarquer un genre de crachement de sang où un traitement relâchant est nuisible. Cette même observation est applicable à certaines phthisies , et même à la phthisie ordinaire, à certains temps. Toutes les fois que les sucs destinés à la nutrition sont emportés par des évacuations excessives, comme hémorrhagies , sueurs , diarrhées, il survient un amaigrissement tous les jours croissant; le système nerveux devient extrêmement irritable, et tombe en même temps dans une foiblesse profonde qui se fait ressentir dans toutes les fonctions; il s'établit un mouvement fébrile avec des exacerbations plus ou moins régulières , et enfin une véritable fièvre hectique qu'on appelle phthisie nerveuse. On peut rapporter à ce genre :
i°. La consomption dorsale, déterminée par une déperdition immodérée de matière séminale chez les adolescens adonnés aux fureurs de l'onanisme.
2°. La phthisie qu'amène peu à peu un épuisement radical chez les nourrices de constitution délicate qui veulent soutenir un allaitement prolongé.
5°. Quelque acrimonie que ce soit qui, unie à nos
fluides , s'oppose à la convenable association des sucs nourriciers avec nos parties , et fait que le corps ne se répare pas en proportion de se? pertes, peut entraîner une consomption semblable. Les virus psorique , dartreux et vénérien produisent assez souvent ces effets.
4°. De longs et cuisans chagrins, des maladies nerveuses éprouvées pendant long-temps , les excès dans les boissons spiri tueuses, réduisent quelquefois la meilleure constitution à cet état de délabrement. Dans ces sortes de consomptions, le dépérissement universel est lié, et en partie subordonné, à une irritabilité accrue , à une lésion profonde du système nerveux qui ne sont pas toujours aussi remarquables dans les cas qu'il nous reste à examiner.
5°. Pour un grand nombre de sujets, la pulmonie n'est que l'épuisement plus ou moins rapide qui résulte d'une sécrétion excessive de mucosités à la surface interne des poumons. C'est surtout dans cette espèce de pblbisies, qu'on nomme muqueuses , qu'il y a absence totale de douleur dans la poitrine. Le relâchement et l'atonie générale des poumons sont quelquefois si considérables , qu'il y aborde une trèsgrande quantité d'humeurs : celles-ci exsudent par les vaisseaux exhalans, par les interstices des fibres et par les pores les plus imperceptibles des vaisseaux ; il en résulte une quantité énorme de crachats, et leur fréquence comme leur quantité ruinent entièrement le corps.
6°. Il est enfin des cas où, dans une foiblesse extrême de toute l'économie, et par une sorte de dégénérescence du sang, les poumons en séparent un véritable pus. C'est ce qu'indiquent des observa-
tions de Morgagni , qui a trouvé les poumons dans une intégrité parfaite chez des phlhisiqnes que tout ]e monde regardoit comme ulcéreux (i). Dehaen insiste sur celle observation qu'il a souvent eu lieu de faire. Il a reconnu, en examinant les cadavres de personnes qui avoient rendu une si grande quantité de crachats purulens, qu'on avoit toutes sortes de motifs pour croire à l'existence de vomiqnes et de tubercules en suppuration , que les poumons éloient pourtant absolument exempts de ces lésions (2). « Il » peut se faire aussi, dit Selle, que dans un corps «relâché, et dont les humeurs sont acres , quel- » que humeur devienne purulente par l'effet d'une » longue stase, et décide ainsi la phthisie (3). » Mais cette conversion en pus ne peut se faire stins un certain degré d'inflammation que l'observateur attentif peut reconnoîlre , en effet, à des douleurs dans la partie affectée, et à un mouvement fébrile plus ou moins continu.
Il suffit de déterminer exactement les cas ci-dessus pour faire comprendre qu'ils réclament , pour la plupart, une cure tonique et anti-seplique diamétralement opposée à la méthode relâchante et déprimante des phthisies ordinaires. Mais , dans un grand nombre de circonstances, le traitement fortifiant doit cire précédé ou modifié par les moyens qu'indiquent ou un état de phlogose, même léger, ou une irritation nerveuse considérable. Tous les
( 1 ) Mor«agm , de sedibus et causis morborum , epist. xxu ; J. B. Borsicri , Instit. medic. pract. , vol. iv. p. 34 , in-t±.
(2) Dehaen, Ratio medendi , 'vol. iv, cap. 11, §. 4.
(3) Selle , Médecine clinique-, 1. 1 , p. 34o.
succès de la pratique sont subordonnes à l'adresse avec laquelle on suit accorder le traitement fondamental avec ces aperçus délicats. Avant que toute l'économie soit descendue à un état dépuisement et de dissolution extrêmes, ou après qu'elle en a été relevée par une méthode corroborante sagement ménagée, lessudorifiques offrent de très-grands avantages , et ce sont , entre autres, deux hypothèses où l'on peut partager les succès que Ph. Ingrassias eu obtenoil (r).
Bosquillon indique une espèce de phthisie catarrhale à laquelle sont sujets les enfans de dix à douze ans , et dont la marche est assez rapide , puisqu'elle emporte dans quatre mois au plus tard ceux qui en sont affectés. Elle débute par un accès fébrile considérable ; la fièvre se maintient avec les caractères de la fièvre catarrliale. Elle se modère au bout de quelques jours, mais elle adopte alors le type, non pas des fièvres hectiques, mais des continues. Le visage est rouge , enflammé ; les malades accusent une chaleur brûlante, ou un sentiment de déchirement dans la poitrine , et il y a une expectoration énorme de matière comme salivaire et écumeuse. Cette maladie, comme on voit , appartient moins aux phlhisies qu'aux affections catarrhales. En effet, elle se montre sous le règne de ces dernières, et elle tient évidemment à une phlogose des bronches qui y détermine une sécrétion excessive de mucus séreux (2).
(1) Voyez Van-Swieten, Comm. in Jph. Boerh., I. iv, p. 80.
(2) Bosquillon dans ses. notes sur la Médecine jiratique de Cullen, t. 11, p. 64.
Tous les cas d'inflammation chronique qui amènent des suppurations considérables , que les parties affectées soient internes ou externes, que la matière soit renfermée ou ait une libre issue au dehors; tous ces cas, dis je, ont une parfaite analogie avec la phihisie en général. Ils se lient aux mêmes phénomènes, une fièvre hectique constante, des sueurs nocturnes, la diarrhée, l'œdème des extrémités; ils conduisent aux mêmes résultats, la consomption et la mort; ils doivent enfin être combattus par une méthode parfaitement semblable; et dans tous ces cas, comme dans la phthisie, les moyens de l'art ne peuvent avoir des succès signalés que tout autant qu'ils sont employés de bonne heure. La vomique, l'enipyème, la suppuration du foie, de la rate, des reins, de la vessie, et autres viscères; les abcès sinueux , les clapiers purulens dans l'interstice des muscles , les glandes scrophuleuses snppurées , les abcès qui paraissent au bas-ventre ou à la partie supérieure de la cuisse , et viennent de la colonne vertébrale cariée en quelque point; les suppurations avec carie dans les grandes articulations , dans le cas de fongus , dans celui de diaslasis des os de la hanche avec le sacrum à la suite de l'accouchement ou autrement (1); tous ces cas, et autres analogues, rentrent clans la même catégorie. Il est seulement remarquable que lorsque la matière purulente est enfermée dans une poche, ou soustraite d'une manière quel-
(1) Reimanu (cité par Bartliez, Maladies goutteuses) a fait l'observation que la sciatique ctoit particulièrement suivie, d'abcès diez les femmes enceintes.
conque an conlact de l'air, elle s'altère moins promptemeni. La fièvre lieclicjue se déclare plus tard, et il est des observations d'abcès intérieurs qui ont duré long-temps sans nuire, et sont même restés inconnus. Mais si ces abcès s'ouvrant, la matière purulente n'est pas complètement évacuée et qu'ils ne se cicatrisent pasentièrementdansleurfond, leconiactdel'aircommunique au pus qui reste , et à celui qui continue à se former, une acrimonie très-active, et la consomption marche dès lors à pas de géant.
La nature procure quelquefois la guérison radicale de ces abcès en plusieurs manières :i°. l'abcès s'ouvre, toute la matière est évacuée au dehors, et le fond de la poche purulente se cicatrise heureusement; 2°. la matière de l'abcès, absorbée par les vaisseaux lymphatiques, peut être jetée dans les intestins, être confiée aux organes urinaires, et être éliminée par l'une ou l'autre de ces voies , ou se dissiper par la transpiration (i); 3°. elle peut enfin être déposée sur les parties externes, où elle se trouveroit à la disposition de l'art chirurgical. Ces sortes de terminaisons sont de véritables bienfaits de la nature , mais dont elle n'est que trop avare.
Je ne dois pas abandonner le sujet de la phlhisie pulmonaire, sans examiner la question de sa propriété contagieuse. Elle ne peut être contagieuse qu'à son troisième degré, et pour les personnes déjà disposées à celte maladie , à raison de la fétidité acre et putride de l'expectoration et de l'haleine des
(i) Voyez Darwin , Zoonomia , t. iv, p. 43o et 453.
pîuhisiques (1). Voilà pourquoi il est toujours trèsprudent de ne pas s'approcher de trop près de la Louche de ces malades, et d'éviter l'odeur de leurs crachats.
2 5. La consomption mésentérique est une des maladies qui enlève le plus d'enfans scrophuleux. Reil a reconnu que l'inflammation des glandes mésaraïques, chez les enfans, étoit une des causes les plus fréquentes de leurs coliques et de la consomption qui résulte de la suppuration établie dans le mésentère (0- Les scrophules internes remplissant les duplicatures du mésentère de glandes et de tubercules scrophuleux , constituent ce qu'on appelle le carreau. Ces tumeurs éprouvent très-souvent un travail semblable à celui des tuberculespulmonaires, elles s'enflamment et suppurent successivement. Par l'effet de l'inflammation des tubercules innombrables quigarnissentquelqucfois, non-seulement le mésentère, mais l'épiploon, la surface de l'estomac, des intestins , du foie , de la rate , de la vessie , et le péritoine dans ses divers prolongemens ; toutes ces parties sont adhérentes entre elles au point de ne faire qu'une seule masse, comme je l'ai vu plusieurs fois , ainsi que beaucoup d'autres observateurs (3).
(1) Van-Swieten , Comment, in Aphor. Boerli. , t. iv, p. 64. Voyez ce que nous avons dit à l'article Scrophules , sur leur propriété contagieuse , p. 244-
(2) Reil, délia Conoscenza e Cura délia Fcbbre , part. I, vol. 11 , p. 563.
(3) Morgagni, de sedibus et causis morborum , epist. xxxix, §§• 28, 29, 3o, 3i , 3a.
SUll LES MALADIES DES ENFANS. 379
Ces tubercules, commeeeux des poumons , contiennent du pus, une matière séreuse, caseuse , lardacée , gypseuse, ou même des graviers. Leur inflammation , comme celle de toutes les tumeurs scrophuleuses , est sourde , lente , et fréquemment sans douleur. Mais quand elle est parvenue à certains degrés, l'enfant éprouve de fréquentes coliques ; la fièvre lente et les sueurs nocturnes se manifestent; l'appétit est quelquefois vorace, mais il y a diarrhée, lientérie, ou du moins celles-ci s'y joignent bientôt, et ces enfans périssent souvent tout à coup , au momentoù l'on y pense le moins , ainsi que cela arrive fréquemment dans la pbthisie. Cette affection des viscères abdominaux, quand elle est moins grave, se dissipe chez quelques enfans par la seule réaction des organes.
Le même traitement que je crois convenir à la phlhisie pulmonaire, est applicable , sous plusieurs rapports, à l'engorgement scrophuleux des glandes niésentériques , pour obtenir la résolution des tumeurs et en prévenir la suppuration. Je n'ai pas décrit ce traitement qui, s'il n'est entièrement nouveau, est du moins peu connu et peu usité, parce que l'analyse de toutes les considérations sur lesquelles il repose, celle des modifications qu'il réclame, aussi bien que l'exposé des observations qui le justifient, exigeroient les soins et l'étendue d'un traité particulier.
Maladies nerveuses.
(Pour les convulsions, voyez l'art. i5, chap. IV.) 26. Il existe cette différence essentielle enlrC Yépi-
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lepsie et ïéclampsie , que cette dernière est une maladie aiguë , qu'elle n'est point divisée en accès séparés, et reconnoît ordinairement des causes accidentelles plus ou moins manifestes. On peut être atteint plusieurs fois d'éclampsie, mais une attaque est indépendante d'une autre ; ces attaques ne se lient qu'à un état présent et passager du corps. Du reste, l'invasion , la marche et les principaux symptômes du paroxysme sont les mêmes dans l'épilepsie et l'éclampsie.
Les convulsions , après s'être emparées d'abord d'une partie , saisissent tout le corps ; le sujet tombe , le visage est violet, bleu, l'écume est à la bouche, et la respiration est râleuse. Cet état, qui a bien ses dangers , suivant sa violence et sa durée , finit par le sommeil , après lequel l'enfant , d'ailleurs sans aucun souvenir de son accident, se trouve bien, quoique exposé à de nouvelles attaques si on n'en détruit la cause. On peut en présumer la prochaine invasion , si la face de l'enfant est agitée de mouvemens convulsifs, de rire sardonique , durant la veille ou le sommeil , si le jeune sujet est très-irritable et se trouve soumis à l'action des causes que nous allons examiner.
L'éclampsie est donc , dans les enfans , une affection le plus souvent symptomatique, et le résultat de la sensibilité excessive de cet âge , aux dérangemens dont il est communément assiégé. La présence du méconium chez le nouveau-né ; plus tard , les tranchées vives que déterminent les acides ou autres produits dépravés des digestions vicieuses , quand on gorge l'enfant de bouillie , quand le lait de la
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nourrice est mauvais, ou le devient accidentellement par quelque erreur de régime, par une colère ou toute autre passion vive, donnent souvent lieu à de terribles attaques d'éclampsie. La dentition et les vers en sont surtout des causes aussi ordinaires que violentes. Cette maladie précède souvent l'éruption de la petite-vérole et de la rougeole.
Les mêmes causes ci-dessus, en déterminant un premier accès , peuvent introduire une habitude vicieuse du système nerveux , en vertu de laquelle s'établit une véritable épilepsie. Le mal caduc est quelquefois le malheureux héritage que les exanthèmes aigus laissent après eux. Cette affreuse maladie doit aussi quelquefois son origine à la répercussion de la gale, de la teigne ou des dartres vives. Lieutaud fait à cet égard une remarque très-digne d'attention : c'est que les enfans teigneux ne sont jamais épileptiques, à moins que l'exanthème ne rentre tout à coup ou qu'on n'en procure le dessèchement (i). Chez les adolescens , l'épilepsie peut être le fruit d'études prématurées et suivies avec une excessive application; on l'a observée enfin en conséquence du désordre et de l'affoiblissement nerveux qu'amènent plus ou moins rapidement les excès de l'onanisme.
Le traitement de l'éclampsie et des premiers paroxymesd'épilepsie, chez les enfans, doit avoir pour objet d'enlever la cause irritante qui les a déterminés, et ensuite de calmer le trouble nerveux. La méthode curative qui me paroîl devoir convenir généra-
(i) Lieutaud , Précis de Médecine , t. ni , p. 33o, in-\i.
lement, lorsqu'il s'agit d'eu prévenir pour jamais les retours, est celle qui s'accorderoit avec les considérations suivantes, sanctionnées d'ailleurs parla plus antique observation : c'est qu'un sujet qui a été liorriblenienl tourmenté d'épi lepsie pendant sou jîge le plus tendre, s'en trouve souvent entièrement délivré lorsque sa constitution a acquis plus d'énergie. En second lien, on observe ( et cela s'accorde parfaitement avec la circonstance précédente) que les enfans qui proviennent de païens nerveux, débiles et empreints de celte foiblesse originaire ; que ceux qui sont élevés avec une extrême délicatesse , qui sont constipés, dont on laisse dépérir les forces par défaut d'exercice et par un excès de mollesse, sont ceux qui y sont le plus disposés.
Malheureusement il est des épiiepsies pour lesquelles on ebereberoit vainement des remèdes. Telles sont celles qui sont dvies à quelque dérangement dans l'organisation du cerveau , à l'irritation, à la compression exercée sur quelque tronc nerveux , par des tumeurs , des exostoses, etc. L'épilepsie qui succède à la petite-vérole est ordinairement incurable, soit à raison de désordres analogues à ceux-ci , qu'elle a déterminés, ou par une modification singulière qu'elle a profondément gravée dans les forces nerveuses.
27. Rien n'est plus étonnant et plus varié que les bistoires de somnambulisme qu'on trouve dans les annales de la médecine. On a observé qu'il est béréditaire, et se montre assez souvent cbez les personne. - . qui abusent des substances narcotiques et enivrantes. C'est une véritable maladie nerveuse qui , dans beau-
coup de cas, a le plus grand rapport avec la catalepsie. L'analogie est surlout très-sensible , dans ce degré très-intense, mais rare, de somnambulisme, où le sujet , en plein jour, et au milieu de ses occupations, perd tout à coup le sentiment et continue néanmoins à exécuter une ou plusieurs actions. Il n'est pas aisé alors de le faire revenir de son état (1).
Les circonstances les plus importantes que celte affection présente en général , sont les suivantes :
i°. Quoiqu'on trouve le somnambulisme dans des sujets de tout âge, il semble appartenir plus particulièrement à l'enfance, à la jeunesse et au sexe. Ou le rencontre chez des sujets d'une imagination et d'une sensibilité exallées , à la suite d'études forcées, par des affections profondes, violentes, tristes ou sinistres de l'âme. Les filles y sont très-sujettes à la première éruption des règles, et très-souvent elles redeviennent somnambules à chaque période menstruelle.
i°. Quand les paroxysmes sont violens, ils débutent souvent par des mouvemens convulsifs (2). Le somnambule, au moment de son réveil, est dans un état de stupeur, d'abattement considérable, et ne conserve aucun souvenir de ce qu'il a fait pendant son sommeil. Il est des cas où les paroxysmes observent une marche régulière pour les jours et les heures de leur retour.
3°. En général , on remarque dans les actions et
(1) Selle , Médec. cliniq. , t. 11 , p. 58.
(2) Voyez les observations que rapporte Darwin dans sa Zoonomie , t. 11 , p. 66.
les discours des somnambules, pendan t le paroxysme, une série d'idées violentes, ou chevaleresques, ou tristes, ou même sinistres; elles sont en rapport avec les pensées habituelles ou du jour même ; L s sensations externes sont nulles, et leurs actions ne sont en rapport avec les objeis extérieurs, qu'autant que ceux-ci le sont avec la série de leurs idées (i). Du reste, il y a beaucoup de variétés à cet égard ; tantôt le somnambule est insensible aux sons les plus aigus, et même à des irritations très-fortes, tantôt il est extrêmement facile de l'arracher au sommeil.
4°- Les premiers paroxysmes sont les plus courts et les moins forts ; mais cette affection s'affermit par l'habitude. Cela explique en partie pourquoi on trouve le somnambulisme dans des sujets de tout âge et même d'une constitution vigoureuse.
La manière la plus sûre peut-être de guérir cette maladie nerveuse, c'est de prévenir les paroxysmes par les anti-spasmodiques avant le sommeil ou avant l'heure de l'attaque. Nous ne dissimulerons pas qu'on s'expose à d'affreuses catastrophes, en cherchant à guérir le somnambulisme par une peur violente , par des coups et autres moyens perturbateurs, que la raison et l'humanité réprouvent également.
28. Les enfans sont, fort sujets an cauchemar ; il est surtout très-fréquent dans les enfans à la mamelle. Cette affection a lieu, dans un sommeil très-profond, par tout état du corps propre à donner une sensation désagréable, qui pourroit éveiller le sujet si le
(1) Voyez les observations de Darwin, et celles que rapporte Sclienckius, observationes medicce rariores ; de Noctambulis.
sommeil étoit léger. Or , il y a deux choses trèsimporlantes à remarquer sur l'objet qui nous occupe ici.
1°. Dehaen établit, d'après ses observations particulières , que les nerfs , chez les enfans et les jeunes gens, sont plus aptes à être agités de mouvemens convulsifs ( en vertu d'une cause quelconque , capable de déterminer ces mouvemens), dans un sommeil profond et sterloreux , que pendant la veille. Un sommeil doux, suivant lui, est infiniment propre à éloigner et prévenir les accès convulsifs. Cette remarque du professeur de tienne est digne d'une hante considération , dans tous les cas de convulsions, d'épilepsie , de tétanos, de somnambulisme, de cauchemar, etc. (i). Il paroît que les faits du genre de ceux de Dehaen ont lieu en conséquence de l'atonie dont le cerveau et le cœur sont frappés par l'effet d'un sommeil très-profond. Nous verrons dans le chapitre suivant, qu'un sommeil très-intense peut entraver à un tel point le rétablissement des convalescens, qu'on soit obligé de l'interrompre pour qu'il n'ait que ce degré de force où il est plus restaurant. La même précaution employée à temps et à propos pourroit suffire , dans les cas d'affections convulsives préparées par un sommeil stertoreux , pour en prévenir les récidives et empêcher l'établissement de l'habitude de ces mouvemens nerveux.
2°. Quelque attention que méritent, en saine pratique, les cas que nous venons d'indiquer , il est
(i) Dehaen, Ratio medendi , vol. n , cap. x , de Epilepsia et Convulsionibus.
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peut-être un nombre bien plus grand de sujets chez lesquels les mouvemens nerveux ont lieu , au contraire, dans un sommeil léger, à raison d'une irritabilité excessive qui s'oppose à ce degré d'assoupissement qui seroijt nécessaire pour la calmer. C'est dans ces circonstances que convient la méthode de Darwin , laquelle consiste à donner l'opium au moment où le malade se coucbe.
Plusieurs causes de cauchemar produisent évidemment ce phénomène nerveux et pénible du sommeil, en stimulant à l'excès l'irritabilité naturelle de certaines parties. Telles sont la situation incommode, ou une compression éprouvée dans le lit. Ces deux circonstances , qui donnent lieu très-souvent chez les enfans à des accidens nerveux dont on méconnoît l'origine , méritent la plus grande attention , même chez les adultes dans les maladies aiguës. La compression des parties sur lesquelles le corps est couché, excite l'insomnie , la confusion des idées ; faitnaîtrel'oppression ; rallume la fièvre ; détermine la gangrène à l'endroit comprimé , et produit quelquefois un trouble assez considérable pour conduire à la mort, au milieu de mille accidens, un malade qui étoit déjà en convalescence (t). Le cauchemar peut enfin dépendre de la surcharge de l'estomac par excès d'alimens ou de boissons, par des sucs bilieux , glaireux , ou par des vers.
Cette affection si fatigante, non-seulement reconnoît les mêmes causes dans les adultes, mais est
(l) Reil , délia Conoscenza e Cura délia Febbre , part, u , vol. i , p. 3o3 e seguenti.
souvent encore l'effet, dans ces derniers, d'adhérences contre nature, ou d'engorgemensde quelques viscères, surtout lorsque ceux-ci, par la manière dont le sujet est couché , exercent sur les autres une pression qui en gène les fonctions. Le cauchemar habituel accompagne fréquemment les maladies du cœur et des organes cardiaques (i).
Il importe singulièrement de distinguer et d'éloigner , dans les enfans, celles de ces différentes causes qui sont de nature à obéir à nos soins, parce que les images lugubres qui assiègent leur imagination , dans le sommeil, peuvent altérer leurs dispositions morales et engendrer même des maladies très-fâcheuses , telles que l'épilepsie. Quand un enfant est très-sujet au cauchemar, indépendamment de tous les autres secours, il faut le coucher sur un lit un peu dur, mais bien uni, et le faire toujours souper fort légèrement.