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TROISIÈME OBSERVATION

Participe d'un verbe unipersonneL

87. Le participe d'un verbe unipersonnel est toujours invariable :

Il a existé plusieurs princes de ce nom.

Il a régné un vent du nord.

Il en a résulté une guerre civile.

Il a fallu mille francs.

II a fait une grande chaleur.

Il y a eti de mauvais temps.

88. La cause de l'invariabilité de ce participe est que les verbes unipersonnels n'ont pas de complément direct. Dans les exemples ci-dessus , le substantif placé après le verbe unipersonnel est le sujet réel de ce verbe , et non son complément direct , et la preuve , c'est qu'il fait l'action exprimée par le verbe , et qu'il répond à la question qui est-ce qui? ou qu'est-ce qui? Qui est-ce qui a existé? plusieurs princes de ce nom. Qu'est-ce qui a régné ? un vent du nord. Qu'est-ce qui en a résulté? une guerre civile , etc., etc. Puisque le* participes existé, régnée résulté, fallu, fait, eu, conjugués avec avoir, n'ont pas de complément direct , ils doivent , d'après la troisième règle, rester invariables.

89. Il est vrai qu'on dit : les chaleurs qc'i7 a fait ont été excessives; les mauvais temps QV'ily a eu m'ont

contrarié, et il semble ;que les participes fait et eu soient précédés de leur complément direct que. Avec un peu d'attention il est facile d'apercevoir le contraire. Il a fait , il y a eu sont ici des gallicismes (*); il ne s'agit pas de chaleurs faites, ni de mauvais temps eus par quelqu'un; les verbes faire et avoir ont abandonné leur signification active, pour marquer siniplementrexistence;ilssontréquivalent de qui ont été, qui ont existé; comme tels , ils ne peuvent avoir de complément direct, complément qui ne convient qu'à un verbe actif, et le que qui précède n'est véritablement le complément d'aucun verbe.

90. De même quand on dit : les mille francs Qu'il m'a fallu m'ont été prêtés; ces sommes, il me les a fallu; les pronoms que et les ne sont pas non plus compléments directs, et conséquemment ne sauraient exercer aucune influence sur le participe.

91. Pour connaître ie rôle que jouent les pronoms que, le, la, les , avec un verbe unipersonnel, ii suffit de remplacer ces pronoms par le substantif qu'ils représentent : les chaleurs qu'il a fait ont été exces-

{*) On appelle gallicismes certaines façons de parler exclusivement propres à la langue française, et qui s'éloignent lellrmcnt des règ ps de la grammaire générale, qu'on ne saiir.iit les faiie (Wsser «laiis uni* autre langue, sans les détMiiirer; leis snfii il y a, il faut , comment vous portez-cous? etc., etc.

( 49 J sives , c'est-à-dire, il a fait des chaleurs ( représentées par que), ces chaleurs ont été excessives. — Les mauvais temps qu'il y a eu m'ont contrarié, c'està-dire, il y a eu de mauvais temps (reprôsenlés par que) , ces mauvais temps m'ont contrarié. — Il m'a fallu MILLE FRANCS (représentés par que), ces mille francs m'ont été prêtés. — // m'a fallu CES sommes (représentées par les). Les substantifs cualeurs, TEMPS, mille francs, SOMMES j figurent évidemment comme sujets réels des verbes unipersonnels il a fait , il y a eu , il a fallu , etc. ; n'est-ce pas la preuve que les pronoms que, les , représentant ces substantifs dans les mêmes phrases , remplissent la fonction de sujets réels du verbe unipersonnel ?

92. L'unipersonnalité du verbe n'est pas toujours la cause de l'invariabilité du participe. Quand je dis : il est arrivé un malheur, le participe est conjugué avec être, et, d'après la seconde règle, il s'accorde avec son sujet il. Dans celte autre phrase : il s'est glissé une erreur , le verbe unipersonnel est pronominal , et , selon la quatrième règle, le participe glissé s'accorde avec son complément direct se, placé avant le participe, et représentant le pronom il. Il résulte de là que lorsque le verbe unipersonnel est conjugué avec être ou est pronominal , le participe de ce verbe est invariable, parce qu'il s'accorde alors avec un sujet ou un complément direct masculin singulier.

Nous terminerons celle observation par quelques

l'ARTICrPES, 5

exemples de participes de verbes unipersonnels :

Que de perles nous ont coûtées les orages multipliés qu'il y a eu celle année! (Boniface.)

Les mauvais temps qu'il a fait ont nui aux vignes.

ild.) Que de feuilles d'arbre il a fallu pour couvrir ainsi les chemins! (Id.l

Charlemagne a gouverné avec gloire une des plus vastes monarchies qu'il y ait eu depuis celle des Romains.

(Id.) Les chaleurs excessives qu'il a fait ont causé beaucoup de maladies. i.Condillac.)

Que de maux il en est résulté! (Bescher.)

Lorsque le gouvernement fut devenu monarchique, on laissa cet abus, à cause des inconvénients qu'il y aurait eu à le changer. (Veutot.)

Que de temps, que de réflexions n'a-t-il pas fallu pour épier et connaître les besoins, les écarts et les ressources de la nature! (Bauthél.)

C'est en Egypte que l'on conçut une des idées les plus utiles à la morale qu'il y ait jamais eu. (Thomas.)

Rappelez-vous, Athéniens, les humiliations qu'il vous en a coûté. (Volt.)

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