Remarque. Lorsque le complément direct
énoncé avant le participe dépend de l'infinitif, c'est celui-ci qui est le complément direct du participe : ainsi dans cette dernière phrase : cette romance est charmante, je l'ai entendu chanter, le participe entendu a pour complément direct chanter.
108. On reconnaît mécaniquement que le complément direct appartient au participe , et que conséquemment ce dernier doit s'accorder, lorsqu'on peut tourner l'infinitif par le participe présent ou par un des temps du mode indicatif précédé du pronom relatif qui; mais que le complément direct appartient à l'infinitif, et que pour cette raison le participe doit rester invariable , lorsque le changement de l'infinitif en participe présent ou en un des temps de l'indicatif ne peut pas avoir lieu.
On écrira donc avec accord :
Les artistes que j'ai W^ peindre ,
On peut dire : les artistes que j'ai vus peignant oa qui peignaient; le QUE est complément direct de vus, et Comme il précède le participe , accord.
Et sans accord :
Les paysages que j'ai vu peindre.
On ne peut pas dire : les paysages que j'ai vus peignant ou qui peignaient; QUE est conséquemment complémentde l'infinitif, et comme le participe n'est pas précédé de son complément direct, point daccord.
(59) Avec accord :
Il nous a ENTENDUS blâmer te tîce.
On peut dire : Il nous a entendus blâmant ou qui blâmions le vice; donc nous est complément direct du participe, et comme il le précède, accord.
Et sans accord :
Il nous a ENTENDU blâmer par des gens sensés.
On ne peut pas dire : il nous a entendus blâmant ou qui blâmions 2>av des gens sensés; ?io</5L'sl le complément de l'infinitif, et allendu que le participe n'est pas précédé de son complément direct , point d'accord.
Avec accord :
Je les ai VUS partir.
On peut dire : je les ai vus parlant ou qui partaient; donc les est le complément direct de vus, et comme il le précède , accord.
Et sans accord :
Je les ai vu conduire en prison.
On ne peut pas dire : je les ai vus conduisant ou qui conduisaient en prison; les est le complément de l'infiiiiiif, et comme le participe n'est pas précédé de son complément direct, point d'accord.
Avec accord :
Les larniés quêtai sÉNi-iES couler.
On peut dire : les larmes que j'ai senties coulant ou qui coulaient; que est le complément direct du participe, et comme il le précède , accord.
Et sans accord :
Les armes que j'ai SENTI arracher de mes mains.
On ne peut pas dire : les armes que j'ai senties arrachant ou qui arrachaient de mes mains; donc que est le complément de l'infinitif, et comme le participe n'est pas précédé de son complément direct, point d'accord.
Avec accord.
Elles se sont vues dépérir.
On peut dire : elles se sont vues dépérissant ou qui dépérissaient; conséquemment se est le complément direct du participe, et comme il le précède, accord.
Et sans accord :
Elles se sont VU maltraiter.
On ne peut pas dire : elles se sont vues maltraitant ou qui maltraitaient ; donc se est le complément de linfinilif, et comme le participe n'est point précédé de son complément direct , point d'accord.
Avec accord:
Que de fleurs j'ai VUES se flétrir!
On peut dire : que de fleurs j'ai vues se flétrissant
OU qui se flétrissaient f donc que de fleurs est le complément direct du participe, et comme il le précède, accord.
El sans accord :
Que de fleurs j'ai w flétrir par ces enfants!
On ne peut pas due: que de fleurs j'ai vues flétrissant ou qui flétrissaient ^ ainsi , que de fleurs est le complément de l'infinitif; et comme le participe n'est pas précédé de son complément direct , point d'accord.
Tous les auteurs sont d'accord sur ce point ; c'est ce que prouvent les exemples suivants :
De jeunes serviteurs que son toit a vus naître Animent la maison et bénissent leur maître.
(Andrieux.) Pour être sûr de la vérité, il faut l'avoir entendu annoncer d'une manière claire et positive.
(J.-J. Rouss.)
Les a-t-on vus marcher parmi nos ennemis?
(Rac.) 11 augmente l'autorité des lois que trop d'empereurs avaient vouit* anéantir. CThomas.)
Les sujets ont cessé d'en révérer les maximes, quand ils les ont vus céder aux passions et aux intérêts de leurs princes. (Bossuet.)
La terre que les hommes auraient dû fertiliser a produit des poisons. (Volt.)
Jamais de nos débris la montagne couverte
Ne nous a vus tomber par le fer abattus.
(Rac. le fils)
Guillaume se rendit maître de la ville de la même manière qu'il l'avait vu prendre. (Volt.)
La désobéissance s'est trouvée monter au plus haut point. (D'Olivet.)
Il n'est pas croyable qu'Homère et Virgile se soient soumis par hasard à celte règle bizarre que le père Le Bossu a prétendu établir. (Volt.)
Il a élé comme une fleur à peine éclose qui tombe avant la fin du jour où on l'a vue naître. (Féxel.)
Ce sont des événements dont je ne parlerais pas, si je ne les avais entendu raconter. (Condillac)
Nous les aurions reconnus, si nous les avions entendus parler. (Marmontel.)
La guerre ne se faisait pas autrefois comme nous l'avons vu faire du temps de Louis XIV. (Volt.)
109. Il arrive quelquefois que le participe , suivi immédiatement d un infinitif, est, précédé de deux compléments diricts, comme dans cette phrase , la lettre qdk je les ai vu^ écrire. Un verbe ne pouvant avoir deux compléments de cette nature,-jl faut absolument qu'un de ces compléments dépende de l'infinitif et l'autre du participe : le complément direct énoncé le premier appartient à l'infinitif: je les ai vus écrire quoi ? la lettre, représentéejpar que ; le complément direct énon é le second appartient au participe : J'ai vu qui? eux, les.
110. D'où il résulte que le participe suivi immédiatement d'un infinitif, et précédé de deux compléments directs, s'accorde avec le second complément direct. Exemples :
La faute qu'on m'a vue commettre, c'est-à-dire qu'on a vu tnoi commeltie {me désigne une femme).
L'affaire que je t'ai vue terminer, c'est-à-dire que j'ai vu toi terminer (fe représente une femme).
La harangue que je les ai entendus prononcer, c'est-àdire que j'ai entendu eux prononcer.
La liqueur qu'il nous a vus boire , c'est-à-dire qu'il a vu nous boire.
Les personnes que je vous ai entendus louer, c'est-àdire que j'ai entendu vous louer.
Accord conséquemment avec les pronoms me^ te, les, nous, vous , compléments directs du participe qu'ils précèdent.
111. Il est vrai que, dans ces phrases, l'usage permet d'employer un complément indirect, au lieu des compléments directs me, te, les, nous, vous, et d'écrire conséquemment avec le participe invariable:
La faute qu'on m'a vu commettre, c'est-à-dire qu'on a vu commettre à moi.
L'affaire que je fai vu terminer, c'est-à-dire que j'ai vu terminer à toi.
La harangue que je leur ai entendu prononcer, c'està-dire que j'ai entendu prononcer à eux.
La liqueur qu'il nous a vu boire, c'est-à-dire qu'il a vu boire à nous.
Les personnes que je vous ai entendu louer, c'esl-à dire que j'ai entendu louer à vous.
Attendu qu'ici le participe n'est pas précédé de so complément direct. Ce complément direct est l'infi niiif qui suit le participe. On a vu quoi? commet TRE à moi la faute. J'ai vu quoi? terminer à te l'affaire. J'ai entendu quoi? prononcer à eux l harangue, etc.
112. Bien que cette dernière construction , c'est à-dire celle où l'on substitue un complément indi rect à un complément direct, soit contraire aux rè gles de la grammaire, il arrive souvent que nos bon auteurs lui donnent la préférence ; c'est ce qu prouvent les exemples suivants :
C'est une licence qu'on leur a vu prendre.
(La Harpe.) Les larmes que je lui ai vu répandre.
(J.-J. Rouss.) La France se montra dans l'attitude qu'on lui avui toujours vu garder. (De Piiadt.)
113. Il y a plus , l'emploi de lui, pour le, la, et d( lettr, pour les, est rigoureusement indispensable poui éviter la répétition des pronoms, le, la, les.
Ainsi l'on dira : il a dérobé mon livre , je le ld ai vuprendre, et non :je le L'ai vu prendre; ils m'on dérobé mes livres, je les leur ai vu irrendre, e non : je les lus ai vus prendre.
114. Cependant il faut remarquer qu'il n'est pas permis de faire usage des compléments indirects me (pour àmoi^, te (pour à foi), nous (pour à nous), vous (pour à fous), /t/ifpour à lui, à elle), leur (pour à eux, àelles), lorsque ces compléments donnent lieu à une équivoque. Conséquemment, au lieu de dire: les discours qu'on nous a vu adresser, les tours qu'on LEUR a vu jouer , phrases qui signifient que nous adressions des discours ou qu'on nous en adressait, qu'ils jouaient des tours ou qu'on leur en jouait ; on dira : Les discours qu'on nous a vus adresser; les tours qu'on les a vus jouer, ^our signifier que nous adressions des discours , qu'ils jouaient des tours.
115. Pour savoir si le pronom complément direct qui précède le participe est sous la dépendance de ce dernier , ou sous celle de l'infinitif, on peut , au lieu de substituer à l'infinitif le participe présent, ou un des temps de l'indicatif, suivre la règle suivante donnée par Bescher, dans sa Théorie du participe :
1 16. Le pronom complément direct qui précède les deux verbes (le participe et l'infinitif, appartient au premier verbe , lorsqu'il peut devenir sujet du second par un simple changement de mode de celuici : il 710US a vus venir , je les ai entendus parler ; on peut dire : il nous a vus, nous venions; je les ai entendus, ils parlaient; c'est la preuve que les pronoms «OMS, les, sont les compléments directs des participes vus , entendus.
117. Le pronom complément direct précédant les deux verbes appartient au second verbe , c'est-àdire à l'infinitif, si ce pronom ne peut en devenir le sujet par le changement de l'infinitif en un autre mode. Ces phrases : il noits a vu battre [on nous battait) ; je les ai entendu gronder (on les grondait), ne pouvant se transformer ainsi: il nous a vus, nous battions;je les ai entendus , ils grondaient , il en résulte que les pronoms nous , les , sont les compléments directs des infinitifs battre, gronder.