SEPTIEME OBSERVATION
Des participes fait et laissé, suivis immédiatement c^un infinitif.
118. D'après l'observation précédente, il semble qu'on devrait écrire avec accord :
En parlant de soldats : on les a faits marcher. En parlant de fruits : on les a faits tomber.
119. Mais le génie de notre langue et l'usage s'y opposent. En effet, le se vhe faire suivi immédia tement d'un infinitif, forme toujours un sens indi-» visible avec cet infinitif, tellement qu'on ne saurait mettre immédiatement après ce participe le substantif dont le pronom complément tient la place. Ainsi on ne peut pas dire : on a fait les soldats marcher, on a fait les fruits tomber. Le génie de notre langue exige qu'on dise : on a fait marcher les soldats, on a
fait tomber les fruits. D'où il résulte que les substantifs soldats, fruits j et le pronom les qui représente ces substantifs, ne sont point le complément du participe fait.
120. Mais, d'un autre côté, les verbes marcher et tomber sont neutres, et comme tels ne sauraient avoir de complément direct; le pronom les ne peut donc être non pi us le complément direct des infinitifs marcher, tomber.
121 . Puisque le complément direct les ne dépend ni du participe fait ni de l'infinitif placé après, de quel mot ce pronom est- il le complément?
122. Il déi)end de l'un et de l'autre réunis : le verbe faire imprime son action et son complément à l'infinitif qui suit; l'un et l'autre ne forment pour ainsi dire qu'un verbe actif; et faire tomber, faire entrer, faire mourir, etc., sont l'équivalent, ou pour mieux dire la périphrase des verbes actifs abattre , introduire, tuer, etc. Ainsi dans ces ext mples : on les a fait marcher, on les a fait tomber, les est le complément di/ecl de fait marcher, de fait tomber , et comme ce complément dépend des ileux mots, et non du participe fait , conséquemment le participe reste invariable. De là résulte la régie suivante :
lâ.'î. Le participe faitsn'wi immédiatement d'un infinitif est toujours invariable, le complément direct qui"préc'de ne dépendant ni du participe ni de l'infinitif, mais des deux réunis.
Tous nos écrivains sont d'accord avec cette règle :
Louis XI fit taire ceux qu'il avait fait parler.
(YOLT.)
Ce sont mes sentiments que j'ai fait entendre.
(Mol.)
.... Je cache en quel rang le ciel les a fait naître.
(Cou.\.)
Une femme s'est présentée, je l'ai fait entrer.
(Beadzée.)
A peine nous avait-il fait sortir. (Le Sage.)
Elle s'est fait aimer, elle m'a fait haïr.