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EXERCICES SUR TOIJTI^S LES DIFFICULTÉS DU PARTICEPE PASSÉ

Les Hollandais ont porté dans la confeclion do leurs dignes rinlelligf^nce de. soins et d'(^conomie qu'ils ont a|iplic[néc il Ions leurs travaux. Ils ont remplacé la pierre qui manque à leur pays par des fascines de roseaux ou de petites branches de saule placées par couches d'un pied d'épaisseur, et disposées de manière qu'une couche fut parallèle et l'autre perpendiculaire au courant. Ces fascines, dont les intervalles sont garnis avec du sable, sont contenues par des pieux qui les traversent. Les pierres que l'on s'est procurées ont servi à consolider l'ouvrage et ii faciliter la circulation des voitures. De tous les travaux que les hommes ont exécutés, aucun n'a excité aussi vivement mon admiration; mais c'est un effrayant spectacle que celui d'une mer ouverte, luttant de son poids immense conire des amas de fagots recouverts de 5able, et menaçant d'engloutir une population de deux millions d'ames qui vit aussi rassurée que si Dieu l'avait placée sur les som-

mets élevés (]ii Mont-B!nric on dos CordillicreiJ. Le (léplacernent d'une fascine, on l'ouverlnro inaperçnc d'nn tron de rat, penl snlFirc ponr qne la pins épouvantable catastrophe soit accomplie et consommée. Les Hollandais ont l'air d'être préparés à tout événement, on plnlôt ils ne semblent ni occnpés ni cfl'rayés du danger dont h toute heure ils sont menacés.

Pendant l'excursion qne les Français ont faite en Egypte, sous un chef que la victoire s'est plu h couronner tant de fois, les savants qui s'étaient empressés de l'accompagner, ont trouvé dans la Haule-Lgyple deux zodiaques sculptés avec le plus grand soin! Ils b^e sont convaincus alors que les zodiaques nont pu être inventés qu'en Egypte, h l'époque où les noms qu'eu avait jugé à -propos de donner aux douze constellations qu'on y a représentées, indiquaient les travaux relatifs h l'agriculture dans chacun des douze mois correspondant h ces signes. Ils se sont également assurés qne les zodiaques dont il s'agit avaient appartenu h une année solaire, et, qu'à l'éjjoque cil les Egyptiens les ont imaginés, le solstice d'été se trouvait dans le signe du capricorne. Les preuves que ces savants en ont données, se sont trouvées consignées par eux dans la magnifique description de l'Egypte qu'ils ont publiée. Ils ont démontré avec clarté, et d'une manière plus po-

suive qu'on ne l'aurait cm, que l'invention du zodiaque remonte 5 plus de quinze mille ans; que la précession des équinoxes , supposé qu'on ne l'ail pas connue h une époque si reculée, a élé connue inconleslablenaent par les Egyptiens depuis plus de six mille ans: el que depuis le jour qui les a vus inventer et fixer le zodiaque, le solstice d'été a rétrogradé de sept signes. Or, qu'on juge conibion de siècles se sont succédé avant qtie les hommes se soient trouvés capables de faire des observations dans lesquelles la science et non le hasard les a dû conduire. Que de reconnaissance ont méritée les savants qui se sont volonlair(nnent exposés aux dangers de la guerre et de lu peste, dans le seul but d'aplanir les difficultés dont les sciences sont hérissées, et d'ajouter h cette multitude de découvertes que leurs devanciers avaient faites.

Enfants , souv(Miez-vous que la nature n'a prolongé la faiblesse el l'imbécillité de l'homme, que pour le lier plus étroitement h ceux dont il a reçu la vie. Si elle eût voulu vous dispenser de la reconnaissance ([u'elle vous a imposée, elle vous eût pourvus des moyens de vivre indépendants cl votre naissance, et de vous suffire h vousmêmes. Votre longue enfance est dénuée de force et d'intelligence; votre faiblesse n'a point pour ressource la ruse ni la finesse de Tinstinct. Tel

est Tordre de la nature, elle vous a forcés à chérir et h révérer vos parents; il semble qu'elle vous ait abandonnés à leurs soins pour leur en laisser le mérite, et qu'elle ail consenti h passer pour marâtre, afin de donner lieu à toute la tendresse qu'ils vous ont ténîoignée. Ainsi , quand elle vous a tout refusé^ elle a suppléé à tout par l'amour maternel. Raj)j)elez-vous donc votre enfance, et tous les soins qu'elle a coulés à vos parents; rap])eIez-vous qu'ils vous ont dérobés aux besoins, aux périls qui vous ont assiégés; songez Ji tant de biens, songez que c'est de vos pdrents que vous les avez reçus. La nature, quand elle vous a jetés parmi les écueils dont celle vie est semée, s'est reposée sur l'amour de ceux qui vous en ont garantis; mais le plus grand des biens que vous ayez reçu di; leur tendresse vigilante, c'est de vous avoir éclairés sur les moyens de vivre heureux : c'est de vous avoir adoucis, apprivoisés, soumis aux lois de l'équité, de la raison, de la sagesse. Sans les soins qu'ils n'ont cessé de vous prodiguer, vous seriez restés sauvages, slupides, féroces, comme les générations barbares qui nous ont précédés. Aimez dcnc vos parents pour vous avoir enseigné lusage des dons de la vie, dont l'innocence fait le charme, et dont la vertu fait le prix.

L'hisloiic et la poésie, entre lesf|uellcs de fr<'-

qnents parallèlesont été établis, ne doivent pas être confondues ni prises l'une pour l'autre. Le poêle a besoin de tous les Dieux. Quand il veut peindre Agamenuion, il lui faut la tête et les yeux de Jupiter, la poitrine de Neptune et le bouclier de Mars. Les héros sont au contraire représentés par riiistorien tels qu'ils se sont montrés aux hommes au milieu desquels ils ont vécu. Tous ceux par qui a été écrite la vie do Philippe, ont peint ce roi borgne, comme il était.

Alexandre jeta, dit-on, dans l'Hydaspc son histoire écrite par Aristobule qui avait suppose une foule d'actions que le roi n'avait pas faites. L'historien sans doute les avait inventées parce qu'il les avait crues capables de flatter l'orgueil du héros en faveur duquel elles étaient imaginées. Quelques historiens se sont efforcés de ravaler le mérite des ennemis du prince dont ils ont écrit l'histoire, et beaucoup, ne comprenant pas l'importance de la lâche qu'ils s'étaient imposée ou qu'ils avaient acceptée, se sont faits juges maladroits des faits sur lesquels ils n'auraient pas dû prononcer. — Homère a-t-il, pour rehausser la gloire d'Achille, diu)inué cl affaibli la gloire que s'était acquise Hector pendant les dix années qu'a duré le siège de Troie? Non ; la valeur du fils de Priam que le poète a eu Tari d'auguKMîlcr encore, et qu'il a su peindre des plus brillantes couleurs,

nous a inspiré une plus grande admiration pour le vainqueur que nous n'en aurions eu cerlainemenl pour lui si Homère s'était plu ou s'était appliqué à rabaisser le vaincu.

Madame Viot avait été mariée d'abord à M. d'Autrement, puis en secondes noces à M. Bourdic. Lors(|u'elle fut remariée en troisièmes noces à M. Viol, elle se fixa à Paris, où sa société ("ut recherchée de lont ce qu il y avait de gensaimablcs. Douéed'unepréseiiced'ospril rare, elle répondait toujours gaîment aux trails malins qui lui étaient lancés. Dès sa plus tendre jeunesse elle avait montré la plus grande facilité à faire des vers. Elle savait les règles de la versification sans les avoir étudiées; et, comme son imagination très-aclive avait été éveillée de bonne heure, les expressions venaient d'elles-mêmes se placer sons sa plume, ou du moins une facilité apparenle cachait la peine qu'elles lui avaient coûtée. Sa figure était loin d'être remarquable; mais elle avait une taille élégante, ce qui lui iaisait dire plaisamment, en parlant d'elle-même, que si la nature avait manqué la façade , du moins elle s'était surpassée dans l'édifice. Elle avait beaucoup de grâces, et après l'avoir examinée atlentiveuicnl, on était étonné de la trouver beau-

coup moins jolie qu'on ne l'avait cru d'abord. Afin de réparer ce désagrément, elle s'était appliquée h acquérir des connaissances profondes dans tons les genres, l ne honnête aisance, une heureuse existence, permirent h madame Viol de se livrer au goût qu'elle avait toujours eu pour la poésie. Mais elle n'a jamais attaché aucune importance à ses productions, même à celles où, s'élant laissée aller à l'inspiration de son génie, elle s'est montrée vraiment poète; cl elle n'était pas peu étonnée, quand elle lisait dans l'Alnianach desiMuses les vers qu'on lui avait dérobés. Madame Viol s'était tracé un cercle littéraire, donl elle ne s'est jamais écartée, excepté deux fois : la première par une ode au Silence, que n'dnraitnt pas désavouée nos meilleurs poètes, cl la seconde dans son Eloge de Montaigne, ouvrage dans lequel, il faut l'avouer, elle s'est laissé surpasser par tous les écrivains qui se sontoccU' pés du même sujet.

Tu ne saurais l'imaginer, ma chère cousine, combien je me suis trouvée malheureuse, quand je me suis éloignée de toi. Tu m'as priée de l'écrire tous les huit jours, lu ne me reprocheras pas d'avoir manqué h la parole que je t'ai donnée. Je ne le dirai rien de noire voyage : nous avons été transportés de Paris h

la campagne de mon oncle sans nous être aperçus ([ue nous fussions en roule. Les plus beaux sites ont passé devant nous, ou plutôt nous nous sommes vus passer devant eux, comme un éclair : mais je serais fort en peine de le donner les détails que tu m'as chargée de l'écrire su-r un pays à travers lequel nous avons roulé dans noire chaise de poste. Il me serait impossible de recueillir les idées confuses qu'il m'en est resté. Enfin nous sommes arrivés après dix-huit heures de marche. Figure-loi que j'ai trouvé réunies ici toutes les beautés de la nature et de l'art. Joins à ces tableaux qui m'ont Iransporlée d'admiralion , une société bien plus aimable que je ne l'avais espéré, des parents qui m'ont reçue comme une sreur, et qui ne se sont occupés à l'envi que des moyens de varier nos jenx et nos plaisirs. Si mon imagination se fût plu à concevoir toutes les jouissances de la vie réunies dans quelque coin isolé du monde, elle ne m'aurait présenté que l'image de celles que nous avons goûtées dans cette solitude. Jusqu'ici nous nous sommes beaucoup amusés, mais nous n'avons pas perdu nos journées. Notre oncle nous a constamment occupés de travaux utiles. Les lettres qu'il nous a données (ou donné) h écrire nous ontexercés dans le genre épislolaîre; et c'est un délassement, ])lulôt qu'une élude, qu'il nous a imposé. Le sujet de l'amplification que notre oncle nous a chargés de faire aujourd'hui, est la descrip-

CORR. DES tXF.nC. sur, Li:S PARTIC. 3

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tiond'un jeu qui nous a fort amusés. Je snisvivempnt intéressée h bien traiter ce sujet, car ta sauras qu'un jury est établi pour en connaître, et que ce jury, composé de tous nos grands parents, doit décerner au vainqueur la récompense qu'il aura mérité d'obtenir.

VÏII.

Bélisaire envahit l'Afrique avec une flotte qnei Juslinien avait Aiit équiper, et une armée de cinq mille soldats. C'est une des entreprises les plus hardies qu'on ait tentées; car la flotte composée de tous les vaisseaux de l'Orient que Léon avait aussi envoyés contre les Vandales dans l'Afrique, ne s'en était pas emparée, et avait pensé perdre l'empire. Les circonstances ont beaucoup favorisé Bélisaire dans cette campagne. La grande quantité de provisions qu'il avait tirée de Sicile, en conséquence de l'alliance qu'il avait contractée avec Amalasonte, reine des Golhs, lui avait facilité celte conquête. Lorsqu'il fut envoyé dans l'Italie, qu'il avait eu ordre d'attaquer, s'étant aperça quelesGoths ne s étaient maintenus dans leurs possessions que grâce aux subsistances que leur avait fournies la Sicile , il avait commencé parla conquérir, et son armée dès lors s'était trouvés dans lahondance, tandis que les ennemis

qu'elle avait eus [ou eu) à combattre, après s'être laissé enlever la Sicile, s'étaient trouvés affamés et réduits à la dernière extrémité. Carthage, Rome et Ravenne lurent enlevées aux barbares. Les rois des Goths et des Vandales, que Bélisaire avait envoyés captifs à Constantinople, avaient servi à l'ornement des triomphes qu'on avait enfin vus se renouveler. Les principales causes des succès de Bélisaire doivent êlre attribuées à ses qualités personnelles. Fidèle aux maximes des premiers Romains qu'on avait laissées tomber dans l'oubli, et que lui seul avait fait renaître, il s'était formé une armée que les anciennes armées romaines n'auraient pas surpassée. Les jurandes vertus se sont ordinairement cachées ou perdues dans la servitude; mais la grandeur de cette ame et la supériorité de ce génie n'ont pu être étouffées parle gouvernement tyrannique de Justinien.

Florissante Marseille, noble rivale d'Athènes, sœur aînée de Rome, dis-moi , qu'as-tu fait de ces temples fameux dont on t'avait ornée? Que sont devenus tes bois sacrés? Où sont les autels qu'on avait tour h tour élevés h Vénus, iiDiane, à Apollon? Qui a brisé les trépieds et fait taire les oracles? Pourquoi les jeux Pythiens ne sont-ils plus célébrés? C'en est fait : tes cirques immenses, qui

ont tant de fois retenti des acclamations d'une foule empressée el accourue de loin ponr jouir du spectacle au([uel elle était conviée, tes cirques, qu'a rougis si souvent le sang des gladiateurs, sont aujourd'hui abandonnés et déserts. La cité qu'ont fondée les Phocéens a disparu ensevelie sous la bruyante Ville moderne. Quelques tombeaux de marbre, dépouillés des cendres que jadis on y avait déposées, sont les seuls monuments chargés de témoigner do la grandeur déchue ; et de pieuses épitaphes grecques , que le temps a respectées, ont seules surnagé avec eux dans le naufrage des siècles. Ainsi, les monuments élevés jadis h la gloire des citoyens qu'ont illustrés leurs vertus, ont vaincu l'oubli de la mort, et les siècles n'ont pas déshérité la vertu de l'immorlalité qu'elle s'était acquise! Sois fière des souvenirs que le passé t'a légués, ô Marseille, et que te'< fils, dignes de ceux qui les ont précédés, ajoutent h la gloire qu'ils leur ont transmise comme un saint héritage. Le génie et les arts ont ouvert mille routes nouvelles, et aux conquêtes qui t'ont illustrée, il est facile d'ajouter de nouvelles conquêtes. Qu'ils s'élancent dans ces voies nouvelles, et, qu'en réparant les maux qu'une longue guerre l'a occasionnés, ils travaillent à la prospérité et ajoutent à la gloire que tu l'es acquise.

Quelque habile que soit un écrivain, si la réflexion n'a pas guidé sa plume , s'il l'a laissée marcher au hasard, l'ensemble de son ouvrage choquera, quelques beautés qu'il ait su semer dans les détails; et l'impression que produira un tel ouvrage ne répondra pas à l'idée que l'auteur s'en était formée. C'est pour n'avoir pas apporté à la matière qu'ils s'étaient proposé detraiter toute l'attention qu'ils auraient dû; c'est pour ne pas s'en être rendus maîtres par une étude approfondie, et, en quelque sorte, pour s'être laissé dominer par leur sujet, que des hommes d'esprit se sont trouvés embarrassés, et qu'un sujet , peutêtre fort riche, ne leur a pas présenté toutes les ressources qu'ils avaient supposé qu'ils y trouveraient. Ce n'est point que ces écrivains aient manqué d'idées : au contraire, un grand nombre d'idées se sont ofiertes h leur esprit; mais comme ils ne les ont pas comparées, ils ne se sont pas aperçus qu'ils dussent préférer les unesaux autres, et ne se sont pas attachés à établir entre elles une subordination telle qu'on l'aurait désiré. De là le peu de suite qu'on a remarqué dans leurs compositions, le peu de répugnance qu'on a éprouvée en les lisant, quoique d'ailleurs elles ne fussent pas dépourvues d'un certain mérite; et enfin les critiques fondées qu'elles

ont values à leurs auteurs de la part des esprits solides qui se sont toujours plu à n'accorder leur approbation qu'aux ouvrages qu'une raison sage et éclairée a fait éclore. Ce n'est pas ainsi qu'ont procédé Racine, Boileau et tant d'écrivains supérieurs qu'on a vu admirer par toutes les nations policées. Après s'élre tracé un plan, ils se sont empressés de mettre en ordre les pensées qu'ils ont jugées appartenir essentiellement à leur sujet, et ensuite ils se sont livrés au plaisir d'écrire. Alors les idées se sont succédé sans elfort, parées des charmes de l'imagination, et ornées d'un naturel propre à cacher la peine qu'elles ont coûtée : telle est représentée h sa naissance la déesse Minerve . que les anciens nous ont rapporté être sortie tout armée du cerveau de Jupiter.

Il y a des choses qu'on a répétées jusqu'h satiété parce qu'on les a entendu dire une fois. Los historiens ont tous parlé de la faute qu'ils ont prétendu qu'Annihal a commise en ne marchant pas droit h Rome après la victoire qu'il avait remportée h Cannes. Il est vrai que la frayeur qu'avait répandue dans Rome cette nouvelle, fut d'abord extrême; mais la conslernation d'un peuple belliqueux, qui s'est presque lou-

jours tournée en courage, peut elle être comparée à celle d'iine vile populace qui n'a jamais senti que sa faiblesse, et qui s'est laissé al)attre par le moindre revers? Une preuve que les Carthaginois n'auraient pas réussi , c'est que les Romains, après avoir essuyé tant de pertes, se sont encore Irouvésenétatd'envoyerparloutdusecours. Parmi les fautes qu'on a reproché à Annibal d'à voir commises, il eu est une sur laquelle les historiens se sont plu h insister, celle d'avoir mené son armée à Capoue , de l'avoir laissée passer l'hiver dans celle ville, où elle s'est amollie; mais ceux qu'on a entendus soutenir celle opinion, n'ont pas remonté h la vraie cause, ou ne s'en sont pas occupés : les soldats de cette armée que la victoire avait enrichis, u'auraient-ils pas trouvé partout Capoue? C'est par les succès mêmes qu'avait obtenus Annibal, que celte guerre a commencé à changer. Ce n'étaient point les magistrats do. Carihage qui avaient nommé Annibal et ses lieutenants, et qui les avaient envoyés combattre en Italie. Le peu de secours en hommes et en argent que ce général a reçu l'a mis hors d'état de tenir la campagne. Tant qu'il est resté avec >on armée tout entière, il a battu les Romains; mais lorsqu'il fut forcé de mettre des garnisons dans les villes dont il s'était einjiaré, de défendre les alliés qu'il s'était faits, d'assiéger des places, ou de les empêcher d'être assiégées , ses forces se sont trouvées trop petites, et c'est ainsi que la plus

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grande partie de ses ressources fut anéantie en détail.

Il importe de combattre une opinion que nous avons entendu émettre par des hommes du siècle, et que des esprits légers se sont trop empressés d'accueillir : c'est qu'en tout temps l'imilalion s'est uionlrée ennemie du génie; qu'elle a étoufle plus de talents qu'elle n'en a produit; que l'esprit a toujours suffi aux personnes que la nature eu a douées, et que ceux ijui se sont crus obligés d'imiter les grands modèles se sont flétris d'une espèce d'esclavage. Ce n'est pas ainsi qu'ont pensé ni que se sont exprimés ces beaux génies dont la postérité s'est plu h nous transmcllre les chefsd'œuvre. Tel n'a pas été non plus le langage de ces grands écrivains que le siècle de Louis XIV a vus naître: que l'éclat de leurs productions a rendus imu)orlels: que le monde entier a admirés comme les législateurs dans l'art d'écrire; enfin que l'envie s'est vue contrainte de respecter, ou que sa malignité s'est efforcée en vain d'égaler. Persuadés que les facultés intellectuelles, si l'art ne s'en est emparé pour les perfectionner, ne se sont jamais élevées au dessus du médiocre, Démosthènes et Cicéron, Bossuet ctFléchier, et tant d'autres génies supérieurs qui sesontsuccédé et se sont rendus célèbres dans la carrière des

lettres, se sont imposéroLligalioD salutaire de chercher dans les modèles étrangers des appuis et des secours sans lesquels ils n'auraient jamais atteint h ce degré de gloire où on les a vus parvenir. En efi'et, n'est-ce pas sur les écrivains que l'approbation unanime s'est accordée h placer au premier rang, que doivent se fixer les regards de ceux qui se sont proposé d'y parvenir. Voyez l'arène où rivalisent une multitude de concurrents réunis pour se disputer le prix de la course : on n'y prend pas pour rivaux ceux qui ont succombe dans la lice long-temps avant de l'avoir parcourue, mais ceux qui se sont élancés avec ardeur vers le but, et qui s'en sont approchés plus légers que le vent.

C'est près de Contras que s'est livrée la bataille de ce nom , dans laquelle Henri de Navarre a dispersé toutes les troupes qu'Henri III avait confiées au duc de Joyeuse. Les six mille soldats qu'avait rassemblés le roi de Navarre s'étaient placés dans une position avantageuse. Les dixhuit mille hommes de l'armée royale qui leur étaient opposés , paraissaient mieux équipés; la cavalerie, parfaitement dressée, était beaucoup mieux montée qu'on ne l'avait supposé. Dès la première charge, les Protestants avaient com-

mencé h plier. Déjh des cris de victoire qu'on avait enlcndus retentir dans les rangs des Catholiques, semblaient leur présager le succès. Mais l'infanterie protestante s'était ralliée, et les capitaines Monlgommeri et Belzunce s'étant écriés : Enfants , ilfaiil périr, mais au milieu des ennemis, et Cépée à la main, tous se furent bientôt jetés tète baissée sur l'infanterie catholique, et en un instant l'eurent enfoncée et forcée de prendre la fuite. A la troisième charge qu'avait tentée Joyeuse, sa troupe s'étant laissé emporter par la fougue, et ayaiit pris carrière de trop loin, s'était vue forcée de fuir précipitamment devant les escadrons du roi de iNavarre, qui l'avaionl attendue de pied feru^.e. En même temps, les arquebusiers de ce roi qui s'étaient avancés pour soutenir les encadrons, avaient couché par terre une infinité de cavaliers qu'ils avaient attaqués, et répandu la terreur dans le reste avant que ceux ci se fussent reformés. Dès qu'ils eurent fait leur décharge, les escadrons du même prince, s'étaient tenus serrés, et étant partis à propos, avaient enfoncé ceux du duc de Joyeuse, et les avaient dispersés. L*aclion ne dura pas une heure. Le duc de Joyeuse et les officiers qui l'avaient conseillé, s'étant aperçus de la l'aute qii'ils avaient coirnnise, et voyant la bataille perdue, s'étaient retirés derrière leur artillerie; mais Joyeuse, ayant été rencontré dans sa retraite par les ennemis, fut tué d'un coup de pistolet, malgré l'appât d'une rançon de cent

inille écus qu'il avail promis de payer aux soldats qui s'étaient emparés de lui.

Comme tous lesBarbaressontenlrés pêle-mêle dans Icmpire Romain, ils se sont incommodés réciproquement ; aussi la politique des Romains les at elle constamment excités h. s'armer les uns contre les autres, et les a laissés s'entre-délruire. Voilà pourquoi ils ne se sont établis qu';ivec peine, et l'empire d'Orient doit à celte politique les siècles qu'il a subsisté après la chute de l'empire d'Occident. D'ailleurs, les contrées du Nord se sont épuisées ; elles ont cessé de produire ces armées innombrables qu'on avail vues sortir de leur sein. Effectivement après les premières invasions des Goths et des Huns, les peuples qui les ont suivis ont attaqué avec moins de forces. Lorsque ces nations qui s'étaient assemblées en corps d'armée se turent dispersées en peuples, on les a vues s'affaiblir ; répandues dans les divers lieux de leurs conquêtes, elles lurent elles-mêmes exposées aux invasions. Ce fut dans ces circonstances que Justiiiifii entreprit la conquête de l'Afrique et de l'Italie qu'il avail projeté de faire d<!puis long-temps ; entreprise qu'on a vu aussi exeuler si heureusement par nos Français, quand

les Visigolhs, les Bourguignons, les Lombards et les Sarrasins se sont enfuis devant nos armées viclorieuses. Les Barbares n'ont jamais attaqué avec art les villes qu'ils ont trouvées sur leur chemin ; ils les ont encore moins bien défendues; loin d'en relever les murailles, ils les ont toujours laissées tomber m ruine. C'est dans cet état que Bélisaire a trouvé celles d'Italie qu'il a eues {ou eu) h reprendre sur les Barbares. Celles d'Afrique avaient été démantelées parGenseric, comme celles d'Espagne que Vilisa avait erdonné de raser, pour s'assurer des habitants qui s'étaient souvent révoltés. Ces peuples du nord, établis dans les pays du midi, en avaient pris la mollesse, et étaient devenus incapables des fatigues de la guerre : ces causes expliquent le peu de résistance qu'ils ont fait, et conséqucnmient la facilité qu'on a eue {ou eu) à les vaincre, quand ils se furent établis dans les pays dont ils s'étaient emparés.

Les suffrages d'un peuple aussi éclairé et aussi délicat que les Grecs ont suffi pour fixer notre opinion sur Pindare. qui ne nous est connu que par quelques fragments que le temps a épargnés. Quelle haute idée ses compatriotes nous ont laissée de son génie! On sait combien ils ont

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révéré sa mémoire; on sait que la vengeance d'Alexandre, qui avait enveloppé toute une ville dans le même arrêt, sesl arrêlée devant cette inscription qu'il a lue avec respect ; Ne brûle: pas la maison du poète Pindare. Le» Lacédémoniens, lorsqu'ils s'étaient emparés de Thèbes dans le temps de leur puissance, avaient eu le même respect. Le grand nombre d'odes que Pindare a composé sur le même sujet, c'est-à-dire pour ceux qui avaient triomphé dans les jeux publics, prouve combien de succès il a obtenus dès son vivant. Tous les triomphateurs se sont montrés jaloux d'avoir Pindare pour panégyriste, et se seraient figuré qu'il manquait quelque chose à l'honneur de la victoire , si Pindare ne l'avait pas chantée. Ces chants n'étaient pas sans récompense. L'aventure fabuleuse de Simonide , que Phèdre a racontée, fait voir que les poètes lyriques étaient alors libéralement payés. Chez nous je ne crois pas qu'il y ait aujourd hui un plus mauvais moyen de fortune que les odes. On en a tant composé que la nation française s'en est lassée, et c'est sans doute la cause du peu d'encouragements que ce genre de poésie a procuré aux écrivains qu'on a vus s'y livrer. Il est vrai que les odes étaient mieux accueillies autrefois. Qui ne se rappelle la récompense qu'une ode a value h Godeau ? et cependant cette ode, récompensée par un évêché, est une dos plus mauvaises qu'il y ait jamais eu. Chapelain en a composé

aussi, et celle qu'il a faite pour le cardinal de Richelieu, qui la lui avait commandée, s'est trouvée au-dessous du médiocre. Ce qui nous a étonnés, c'est que Boileau ne l'a point critiquée, et l'a trouvée même assez bonne. Mais l'ode que celui-ci a donnée sur la prise de Naaiur est très mauvaise. Pour cette fois Despréaux s'est placé au-dessous de Chapelain : cet exemple nous a rappelé ces vers do La Fontaine :

Ne forçons point notre talent ; Nous ne ferions rien avec grâce.

L'histoire a remarqué que les chrétiens s'étaient emparés de Jérusalem un vendredi, h trois heures du soir; c était le jour et l'heure où Jésus-Christ avait perdu la vie pour le salut des hommes. Cette époque solennelle n'a pas malheureusement éveillé dans l'ame des vainqueurs les sentiments de miséricorde qu'elle aurait dû leur inspirer. Irrités par les longues insultes que les Sarrasins leur avaient adressées pendant le siège, aigris par les maux (|u'ils avaient soufferts et par la résistance qu'ils avaient trouvée jusque dans la ville, les croisés se sdiit fait une épouvantable justice; ils ont rempli de sang cette Jérusalem qu'ils étaient venus délivrer, et qu'ils regardaient comme la nouvelle patrie que la religion

leur avait choisie. Les croisés, s'étant rendus maîtres de la mosquée d'Omar, où les Sarrasins s'étaient défendus quelque temps, y ont renouvelé les scènes déplorables qui avaient jadis souillé la conquête de Titus. Pour donner une idée des scènes terribles que la guerre a présentées deux l'ois dans le même lieu, il nous suffira de dire, en en)prunlant les paroles de l'historien Josèphe, que le nombre des victimes qui ont succombé sous le glaive a surpassé de beaucoup celui des vainqueurs accourus de toutes parts pour se livrer au carnage, et que les montagnes voisines du Jourdain ont long- temps répété en mugissant les elFioyables cris poussés dans le temple par les victimes qui s'y étaient rél'ugiées, et qui s'étaient crues dans ce lieu à l'abri de la férocité des vainqueurs. Détournons notre imagination de ce spectacle d'elTroi , et contemplons la joie des chrétiens de Jérusalem dont les croisés étaient venus briser les fers. A peine la ville fut-elle conquise, que tous, accourant au-devant des vengeurs que le ciel leur avait envoyés, partagèrent avec eux les vivres qu'ils avaient pu dérober aux Sarrasins; mais, au milieu de la foule des croisés, les chrétiens de la ville sainte semblaient ne chercher et ne voir que l'ermite Pierre, le cénobite pieux qui les avait visités dans leurs souffrances, et qui était venu remplir les promesses qu'il avait faites et que le ciel l'avait aidé à accomplir.

Les nouvelles de France que nous avons reçues de vous, madame, ne nous sont arrivées que fort tard. Ne soyez donc pas scandalisée, si je ne vous ai pas informée plus tôt de la part que j'ai prise à la perte que vous avez éprouvée. Combien je vous ai plainte ! Après avoir lu ma lettre, ne vous plaignez point si je ne vous ai point entretenue de votre douleur : il est des choses qui veulent h peine être effleurées; et si ma bouche s'est tue, mon ame ne s'en est pas montrée faiblement affectée. Jusqu'ici je vous ai tenue au courant des événements qui se sont succédé h Constantinople; je vous ai prévenue avant mon départ que je snis fort exact, que tous les événements que j'ai vus arriver dans mes voyages ont toujours été fidèlement rapportés h mes amis, et jusqu'ici, madame, je ne vous en ai laissé ignorer aucun, parce que les paroles données doivent être observées avec l'exactitude la plus scrupuleuse. Je commencerai par vous rendre compte de l'entrée de l'ambassadeur d'Aashart, que j'ai vue, et qui vous eût fort divertie. Nous nous étions imaginé voir un échantillon de la magnificence si vantée de Darius et de Xercès. Combien nous nous étions trompés! Combien nous nous étions laissé aveugler par la prévention ! Son excellence s'est montrée revêtue d'un haillon d'étoffe d'or, et

précédée de deux cents chevaux semblables à celui qu'a célébré Cervantes. Dans vos voyages, il vous est peut-être arrivé d'êlre arrêtée par quelques troupes de Bohémiens que vous aurez rencontrés sur votre chemin : c'est le portrait au naturel des gens dont était composée la suite du seigneur ambassadeur. Vous seriez-vous figuré, madame , que tels étaient ces vainqueurs de la Perse, ces Agonaus qui se sont rendus célèbres par tant d'exploits qu'on a entendus retentir partout? 11 n'est point cependant d'honneurs que les Turcs ne leur aient rendus ; deux giilères qu'on a envoyées prendre l'ambassadeur et ses gens à Scutari, les ont amenés à Conslantinople, où ils ont été reçus au bruit du canon du sérail et des vaisseaux.

Carthage, devenue riche plus tôt que Rome, fut aussi plus tôt corrompue; ainsi, pendant qu'à Rome les emplois publics ne se sont obtenus que par la vertu, tous les avantages que le public peut donner aux particuliers se sont vendus h. Carthago. Deux foclions ont' régné dans cotte ville, et l'ont constamment divisée; c'e>t la paix que l'une a toujours voulue, et la guerre que l'autre s'est toujours empressée de conseiller : de

sorte que les uiagistrals, quelques chancei qu'il y ait eu, n'ont pu obtenir l'une complètement, oi jamais y bien faire l'autre. Pendant qu'à Rome la guerre a réuni les intérêts divisés, les a tous conciliés, elle les a séparés encore plus à Carlhage. Dans les Etats gouvernés par un prjnce, les divisions se sont toujours aisément apaisées, on les a vues s'éteindre à sa voix, quand il l'a voulu; mais dans une république elles ont toujours duré plus long-temps, parce que le mal attaque ordinairement la puissance qui l'aurait guéri. A RomC; gouvernée par les lois, le peuplf^ a facilement souflert que la direction des affaires fût confiée aux patriciens; il l'a mémo souvent désiré; à Cartilage, gouvernée par des abus, la populace même ne s'est jamais laissé conduire, et a voulu tout faire par elle-même. Dans la guerre qu'elle n'a cessé de faire avec son opulence contre la pauvreté romaine, elle a eu, par cela même, du désavantage : l'or et l'argent s'épuisent, et Carlhage l'a éprouvé ; mais quant h la vertu, h la constance, à la Ibrce et à la pauvreté, on ne les a jamais vues s'épuiser. Mille circoiislances imprévues auraient pu forcer Carthage h accepter quelque condition de paix qu'on lui eût ru dictée ; mais Rome ne s'est Jamais laissé dominer |)ar les événements; elle ne s'est jamais ooiuluile par le sentiment des biens et (!es niaux; elle ne s'est déterminée que par sa gloire; et comme elle ne s'est en aucun temps imaginé qu'elle pût être, si elle ne com-

mandait pas, quelque espérance, quelque craînle qu'il y eût eu pour elle, elU; n'aurait en aucun cas consenti à une paix qu'elle n'eût point imposée.

Quelques auteurs anciens se sont imaginé qu'Hélène, que sa beauté a rendue si célèbre, n'est jamais allée à Troie, et que Paris n'a enlevé de Lacédémone qu'une vaine ombre qu'il a crue être cette princesse. Selon eux, lu véritable Hélène fut transportée jiar Mercure dans l'ile de Paros; et c'est pour un l'antome que les Grecs et les Troyens ont combattu avec un acharnement, une opiniâtreté qu'on n'a que trop louée. Ce fut pour cette chimère que la Grèce, ébranlée jusque dans ses fondements, s'est assemblée en Aulide, où elle s'était proposé de venger Ménélas; qu'Iphigénie s'est vu immoler par Agamemnon son père, j)0ur apaiser Diane qui s'était montrée irritée parce qu'il avait tué une biche qui lui était consacrée. Pieprésenlez-vous les désastres qu'a entraînés celle guerre, la plus mémorable qu'il ait jamais existé, et le peu d'avantages que les vainqueurs en ont retiré. Considérez les combats que tant de peuples n'ont cessé de se livrer pendant les dix ans qu'elle a duré; songez aux Ilots de sang que la patrie d'Enée a vu répandre, et

qu'elle a vus couler pour la possession d'un fantôme : vous aurez compassion de tant de héros, qui , s'élant laissé aveugler par une vaine gloire, se sont plu à prodiguer leur vie h si bon marché. Vous penserez avec raison que la guerre, surtout quand elle est injuste , est la plus grande calamité qu'il y ait jamais eu , et que , lissue en fûtelle plus heureuse qu'on ne l'avait espéré, elle ne dédommage jamais des sacrifices qu'elle a coûtés. Vous serez convaincus que les princes qui ont aimé la guerre, et qui s'en sont trop occupés, ont enfanté plus de maux que les tyrans les plus cruels n'en ont causé : en effet, autant de guerre les princes belliqueux ont entreprises, autant de sources de prospérité ils ont taries , et plus de nations ils ont vaincues, plus d'ennemis ils se sont faits. C'est alors que vous vous rappellerez cette parole sensée qu a dite un philosophe : la guerre est un procès qui ruine ceux qui l'ont gagné.

Ceux qui ont voulu remonter jusqu'à la naissance de la poésie lyrique, se sont perdus dans le pays des fables et dans les ténèbres de lanliquité. Qui peut savoir au juste quand se sont établies et perfectionnées les lois de l'harmonie ? Il est certain qu'elle seule a créé toute poésie. Il est également probable que les noms les plus ancien-

nement consacrés en ce genre sont ceux des hommes qui s'y sont les premiers distingués, ou qui se sont rendus célèbres par les leçons qu'ils en ont données aux autres. Les merveilles qu'on en a racontées ne sont que l'image allégorique des succès qu'on les a vus obtenir, de la gloire dont ils ont joui. Linus a, dit-on , inventé les rhylhmc et la mélodie, c'esl-ii-dire la mesure de sons et celle des vers, qu'il a combinées ensemble : c'est le plus ancien lavori des muses. Virgile, dans sa sixième églogue, l'a placé auprès d'elles sur le Parnasse, la tète couronnée de fleurs, et l'a représenté comme leur interprète. Il lut le maître d'Orphée, dont la réputation a surpassé la sienne, parce que, par ses soins, la musique et la poésie ont contribué à ennoblir les cérémonies religieuses qu'il a portées dans la Grèce, après les avoir empruntées des Egyptiens. Les mystères de Bacchus et de Cérès-Eleusine qu'il a institués, furent de son nom appelés Orphiques. Il nous est resté quelques fragments des hymnes qu'on y chantait, et qu'on lui a attribués. Ils contiennent les idées les plus hautes et les plus pures que les païens aient exprimées sur l'unité d'un Dieu. Aussi plusieurs savants se sont-ils avisés de prétendre qu'Orphée avait eu connaissance des livres de Moïse, qu'il les avait entendu citer, et que peut-être même il les avait lus.

Nous sommes partis du Caire avec un officier de l'empereur d'Ethiopie, et nous nous sommes embarqués sur le Nil, h Boiilac, ville située à une demi-lieue du Caire. Les quinze jonrs que nous avons employé:? pour nous rendre de là à Manfelonl nous ont paru bien lonjrs. Nous avons campé dans ce village pour attendre que toute la caravane se fût rassombléo, et nous y avons beaucoup souffert pendant les trois mois qne nous y avons demeuré; car les chaleurs qu'il a fait cette année en Egypte ont paru insupportables anx Européens, qui n'en avaient pas encore épronvé de si fortes. Un parent du roi de Sennar nous a invités h aller h Siout, et nous a envoyé des chevaux arabes. Lh nous avons admiré de belles antiquités romaines; un anaphilhéàtre nous a surtout frappés par sa magnificence. La ville de Siont est environnée de jardins délicieux; nous y avons mangé les plus belles dattes que nous ayons vues en Egypte. Ayant trouvé h notre retour tous les voyageurs assemblés, nous sommes partis le deux octobre, de grand malin, et nous sommes entrés dans un désert affreux. Que de dangers on a courus dans ce désert, lorsque les sables mouvants s'élant élevés tout-à-coup au moindre vent, ont obscurci l'air, et étant ensuite retombés comme une pluie ardente, ont

enseveli , pour ainsi dire , les voyageurs , ou du moins les ont écartés de la route qu'ils avaient résoin de suivre! Vous ne pouvez vous faire une idée de l'ordre , de la discipline que nous avons observée en roule. Notre chefél;iit chargé de décider de tous les différents, dans le cas où il s'en serait élevé. Nous sommes arrivés le six octobre à Ilélaoiié , la dernière des vill(!S de ce côté qui soient soumises au Grand-Sei;i;neur. La beauté du pays nous y a retenus quatre jours. Un grand nombre de jardins arrosés de ruisseaux et plantés de palmiers toujours verts, nous ont présenté des abris contre la chaleur. Le vingt-six octobre, nous nous (M) «omuies éloignés, et nous avons atteint Macbou , où nous nous sommes arrêtés quelques jours. Le gouverneur de celte province ayant su que l'empereur nous avait appelés h sa cour, nous a invilésà venir à Argos, où il demeure. Cette bourgade , où nous nous sommes rendus en bateau , est située de l'autre côté dn Nil, vis-à-vis de Machou. Le gouverneur nous a reçus avec beaucoup d'honnêteté, et pendant les deux mois que nous y avons séjourné , il nous a comblés d'attentionsqui nous ont charmés, après les grandes fatigues que nous avions eues [ou eu) essuyer.

Toqs les conquérants n'ont pas été tués ; tous

les usurpateurs n'ont pas échoué dans les entreprises qu'ils ont tentées; plusieurs même ont paru heureux aux esprits qui se sont laissé prévenir par des apparences trompeuses : mais ceux qui, sans s'êlrc arrêtés aux illusions, n'ont jugé du bonheur des hommes que par l'état de leurs cœurs, ont vu leurs misères dans leurs succès mêmes. Tourmentés par des désirs et des soucis qui se sont étendus et accrus avec leur fortune , ils les ont vus perdre haleine avant d'èlre parvenus au terme {|u'ils s'étaient proposé d'atteindre, semblables h ces voyageurs inexpérimentés qui, après s'élrc engagés pour la première fois dans les Alpes , se sont figuré les franchir h chaque montagne, et, arrivés au sommet, se sonlaperçus avec découragement qu'il existait de plus hautes uionlagnesque celles qu'ils avaient eues [ou eu) à gravir. Auguste, après avoir soumis ses concitoyens et détruit ses rivaux, a régi durant quarante ans la plus grande monarchie qu'il y nit jamais où; mais tout cet immense pouvoir l'a-i-il rendu plus heureux? n'a-til pas fraj)pc les murs de sa lètc? n'a-t-il pas rempli son palais de cris (ju'on a entendus retentir au loin, quand il redemandait h Varus ses légions exterminées? Quand il aurait vaincu tous les ennemis que lui avait suscités son ambition, de quoi lui auraient servi ses vains lriom|)hes, tandis que les peines de toute espèce l'ont assiégé, qu'il les a vues sans cesse renaître autour de

lui; tandis que ses plus chers amis ont attenté h sa vie, et qu'il était réduit à pleurer la honte ou la mort de tous ses proches? Son neveu, son fils adoptii", sa fille, son gendre, tous les siens, il les a vus périr avant lui. L'infortuné! il a voulugouverner le monde, et n'a pas su gouverner sa maison ! Sa fille et sa petite-fille, après s'être couvertes de honte et d'iufamie, ont succombé, lune à la misère et h la faim, dans une île déserte, l'aulre en prison , sous le fer d un archer. Luimême enfin, dernier reste de toute sa famille qu'il avait vu moissoi^ner parla mort, fut réduit par sa propre femme à ne laisser après lui que le monstre qui lui a succédé. Tel fut le sort de ce maître du monde, dont 1j bonheur, ainsi que la gloire, a été tant de fois célébré. Croirai-je qu'un seul de ceux qui les ont le plus admirés les eût voulu acquérir à ce prix?

xxin.

Les Carthaginois se sont servis dans leurs guerres de troupes étrangères, tandis que les Romains ont employé les leurs. Ces derniers ont traité les vaincus avec clémence , et comme ils ne les ont regardés que coaime des instrument* pour les triomphes futurs, ils ont rendu soldats tous les peuples dont ils se sont rendus les maîtres; plus de peine ils avaient eue ti les vaincre,

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