‹ Nouveau traité des participesChapitre 94 sur 104 · CORR. DES EXERC. SUR LES PART · texte numérisé non relu

CORR. DES EXERC. SUR LES PART

pltis ils les ont jugés propres à être incorporés dans leur république : c'est ainsi qu'ils ont fait tourner au profit de la victoire les efforts et le sang qu'elle leur avait coûtés. Les Samnites qu'on a vus devenir les plus puissants auxiliaires de Rome, ne furent subjugués qu'après vingt quatre triomphes. Quelque temps avantla seconde guerre punique, les Romains ont tiré d'eux et de leurs alliés , sept cent mille hommes de pied et soixantedix raille de cheval, qu'ils ont opposés aux Gaulois dans la guerre qu'ils ont eue {ou eu) à soutenir contre ce peuple, Carlhage a toujours employé plus de force pour attaquer, et Rome pour se défendre : celle-ci avait armé contre les Gaulois et contre Annibal, deux des plus nombreuses armées qu'on eut vues, et n'a jamais envoyé que deux légions au plus contre les rois qu'elle a détrônés : cette habile politique a ménagé ses forces et les a rendues éternelles. L'établissement de Carthage dans son pays n'a jamais eu autant de fixité que Rome en a obtenu dans le sien : les trente colonies que celte dernière avait formées et consolidées autour d'elle, en sont toujours restées les remparts. Avant que la bataille de Cannes eut été perdue, aucun de ses alliés ne l'avait abiuidonnée; c'est que Rome les avait accoutumés à sa domination, et les avait laissés vivre libres h l'abri de ses lois. La plupart des villes d'Afrique, étant peu fortifiées, se sont rendues h tous les généraux qui se sont ])résen'és pour les

prendre : aussi lous ceux qui y sont débarqués et ont menacé Carlhage, l'ont-ils fait trembler, l'ont-ils réduite au désespoir. Tous les malheurs qu'ont éprouvés les Carthaginois dans la guerre que leur a faite le premier Scipion, ne peuvent guère être attribués qu'à un mauvais gouvernement, et au peu de précaution qu'ils avaient pris pour rendre la nation iormidable et le peuple heureux ; leurs villes et leurs armées même étaient affamées, tandis que les Romains étaient abondamment pourvus de toutes choses.

Ce serait sans doute un des hommes les plus extraordinaires qu'on eut vus paraître , que celui qui aurait conçu tout l'art de la tragédie , telle qu'elle a brillé dans les beaux jours d'Athènes, et qui en aurait tracé à la fois le premier plan et le premier modèle. Mais de si beaux efforts ne sont pas donnés h l'humanité. Tous les arts se sont développés par degrés; on ne les a vus se perfectionner qu'avec le temps. Des essais plus on moins heureux se sont succédé, les lumières d'un siècle ont été ajoutées au peu de lumières qti'avait acquises le siècle précédent; et c'est ainsi qu'après une multitude d'efforts réunis et perpétués , les générations dont les travaux se sont reproduits sans cesse , ont balancé la fai-

blesse de notre natnre , et que Ihomme a sans relâche agrandi la chaîne de ses connaissances et de ses travaux, et l'a prolongée dans l'étendue des siècles. L'invention du dialogue a sans doute été un des premiers pas qu'on ait fait faire à l'art dramatique. L'action fut ensuite jointe au dialogue , et celui qui l'a imaginée a fait un second pas bien important. Bientôt cette action s'est modifiée de différentes manières, et est devenue plus ou moins attachante, plus ou moins vraisemblable. La musique et la danse se sont plu à prêter leurs prestiges h cette imitation, et l'ont embellie. C(! n'est que plus tard que l'illusion de l'optique et la pompe théâtrale ont été connues. Los premiers qui, de la combinaison de tous ces arls réunis, ont fait sortir de grands effets et des beautés pathétiques, ont mérité d'être appelés les créateurs de la tragédie. Celte gloire était réservée à Eschyle; mais à Eschyle ont succédé Euripide et Sophocle , les plus grands poètes tragiques qu'il y ait jamais eu; et la tragédie fut alors portée à une perfection telle que les Grecs eux-mêmes ne l'avaient pas supposé. Les chefsd'œuvre que ces génies privilégiés nous ont laissés, ont été admirés d'âge en âge, et sont devenus les modèles que se sont empressés diraiter les grands poètes que le siècle de Louis XIV a vus naître, et que le siècle suivant n'a pas vu surpasser.

Il n'y a point d'ouvrages dont la postérité se soit autant occupée que de ceux d'Homère ; il n'y a point d'écrivain dont la personne et la vie soient plus ignorées. Il ressemble à la divinité, qui n'est connue que par ses œuvres. On ne sait où il est né, ni précisément quand il a vécu. L'époque de sa naissance est assez généralement placée environ mille ans avant Jésus-Christ. Quant à la pauvreté à laquelle il fut réduit, la relation n'en est fondée que sur des traditions incertaines que la crédulité s'est plu h recueillir et h répéter. Quatre-vingt-dix villes, ainsi l'a rapporté Suidas, se sont disputé l'honneur de kii avoir donné naissance. Homère est né dans l'île d'illiaque, si l'on en croit les oracles qu'Adrien avait ordonné de consulter. Ainsi la question qu'une pareille autorité n'a point décidée est encore h résoudre. De tous les titres que chaque ville s'est empressée de produire, ceux qu'ont lait valoir Smyrne et lîle de Chio ont obtenu le plus de suflVages. Les volumes qu'ont écrits Ih-dessus les savants , ne nous ont pas fourni les renseignements que nous aurions désiré qu'ils nous donnassent. Et qu'importe, après tout, quel pays puisse se vanter d'avoir produit Homère ? Il suffît que l'humanité se soit honorée de son génie, et

que depuis mille nns ses écrits aient apparlemi au monde entier. La fable s'est plu à ennoblir de fictions son origine et sa vie. Le commentateur Eustathe assure qu'une prêtresse dlsis l'a nourri de miel au lien de lait; qu'une nuit les cris qu'elle avait entendu jeter à l'enfant lui avaient paru ressembler au chant de neuf différents oiseaux, et que le lendemain neul tourterelles lurent trouvées dans son berceau. Diodorc do Sicile nous apprend qu Homère avait eti connaissance des oracles envers de Daphné, et qu'il les a transportés dans ses poèmes. Les fables qu'on a débitées sur Homère , et le peu d'uniformité que nous avons remarqué dans les jugements qu'on a portés de ses poèmes, prouvent que ce poète et ses écrits élaie.it destinés h être un sujet de discorde dans tous les siècles. Horace et quelques autres poètes qui ont vécu vers la même époque, n'ont pas craint de le placer, pour la morale, au-dessus des philosophes que la Grèce a vus naître, et dont elle s'est le plus glorifiée. Pythagore l'a relégué dans le Tartare pour le punir de 1 opinion qu'il avait émise sur la divinité , et des fausses idées qu'il en a données. Platon l'a banni de sa république ; mais on sait que ce sage, un des plus grands philosophes qui aient existé, ne renvoyait im poète de sa ville qu'après avoir répandu sur lui des parfums , et couronné sa tête de Heurs.

Page 1