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CORR. DES EXERC. SUR LES PART

a j'ai montré! » Les juges restent frappés de surprise. Les templiers sont ramenés dans leurs cachots. Sans être entendus de nouveau, ils furent condamnés au supplice du feu, et la sentence fut exécutée le lendemain. Au milieu des flammes , et jusqu'au dernier soupir, dit un historien, on les a entendus protester de leur innocence , et citer le roi et le pape au tribunal de Dieu, Clément dans quarante jours , et Philippe dans l'année. Témoin de la constance que ces infortunés ont montrée, le peuple les a toujours crns innocents; cette prédiction l'a surtout frappé, et après l'avoir vue s'accomplir, nul n'a douté de lodieuse injustice de l'arrêt qui les a frappés.

On a distingué trois époques dans la comédie grecque; la première, beaucoup rapprochée de lorigine du spectacle drauiatique , en avait conservé et même outré la licence. La vieille comédie peut être assimilée à la satire eu dialogue. Dans les premiers essais que la muse comique a tentés, les personnes sont nommées et immolées sans nulle pudeur à la risée publique. Celte espèce de drame ne pouvait être tolérée qu à Athènes. Il n'y a qu'une tuultilude égarée et emportée

par la passion qui soil portée à proléger et à encourager pitbliqucment la calomnie, parce qu'elle ne l'a jamais redoutée. C'est une espèce de ven- ! £];eance que la populace s'est toujours permis I dexercer sur tous ceux qui se sont élevés audessus d'elle; car l'égalité civile n'a jamais constaté que l'égalité des droits naturels, et ne saurait détruire les inégalités morales, sociales et physiqiies que la nature même a établies parmi les hommes. Cette audace scandaleuse fut réprimée par les lois , il fut défendu de nommer personne sur le théâtre. C'est alors que les auteurs ont commencé à jouer sous des noms supposés des aventures que les Grecs avaient vues se passer sous leurs yeux. Telle fui l'origine du genre qu'on a appelé la moyenne comédie. Mais quand de nouveaux édits l'eurent proscrit, il fallut inventer ; et c'est à cette troisième époque qu'est placée la naissance de la véritable comédie : ce qui l'avait précédée n'en méritait pas le nom. C'est dans celle-ci que se sont distingués Ménandre chez les Grecs, et lipicharme chez les Siciliens. La postérité a consacré la mémoire de Ménandre; quant à ses écrits, le temps les a dévorés. Il ne nous est connu que parles imitations que nous en a laissées ïérence, qui lui a emprunté plusieurs des pièces dont la scène romaine s'est enrichie. Les onze pièces qui nous sont restées des cinquante-quatre qu'on a prétendu qu'Aristophane avait composées, sont rangées

parmi celles de la première époque ou de la vieille comédie. Eupolis , Gratinus, Ménandre et lui, sont les auteurs comiques les plus célèbres que la Grèce ait vus naître.

Après que la Grèce eut passé sous la domination des Mahométans, les sciences et les arts se sont enfuis de cette contrée. On les a vus dispariûtre et chercher une nouvelle patrie. Persécutés par un peuple féroce et ignorant, ils se sont réfugiés h Florence, où une puissante famille s'est empressée de leur ouvrir un asile. De tous les princes qui ont aimé les lettres, Côme de Médicis est peut-être celui qui les a le plus généreusement protégées : c'est lui qui les a vraiment fait fleurir en Italie. Quelles faveurs n'ont pas déployées sur elles les princes de cette famille ! On les a vus accueillir h leur cour les artistes et les savants que la barbarie des Turcs avait forcés de s'exiler de Constantinople. Cette ardeur pour les sciences et les arts , que les Médicis ont montrée, s'était communiquée aux princes voisins ; bientôt Rome les eut adoptés. Telle est l'origine de la faveur dont on les a vus jouir sous le pontificat de Léon X. C'est alors qu'ont brillé ces hommes célèbres qu'on a vus contribuer h la renaissance des lettres, Encou-

rages par les bienfaits , reçus h la cour du pontife qui les chérissait, ils se sont livrés à Tétude de l'antiquilé, et sont parvenus h tirer les langues savantes de la barbarie où elles étaient plongées. Le Tibre vit revenir sur ses rives les muses qui s'en étaient éloignées depuis tant de siècles , et de nouveaux Virgiies composèrent des vers dignes de ceux qu'il avait entendu chanter sur ses bords. Parmi les princes qui se sont distingués par leur amour pour les sciences et les arts , il faut citer François T'. Les faveurs de toute espèce qu'il a accordées aux savants , les établissements qu il a fondés, les bibliothèques qu'il a formées, sont autant d'institutions qui ont immortalisé son règne : et le surnom de restaurateur des lettres est le plus glorieux des titres que ces institutions lui aient valus. Si les sciences ont brillé avec plus d éclat en Italie, elles furent néanmoins cultivées en France avec succès sous les Valois. Lu trait caractéristique des princes de cette famille, cest qu'ils se sont toujours plu à la conversation des savants, qu ils les ont honorés d une estime particulière, et que les talents ont toujours suffi auprès d'eux pour avoir part aux grâces et aux bienfaits qu'ils ont si libéralement répandus.

Tanaquil et TuUiase sont montrées également

ambitieuses; mais l'ambition a travaillé d'une manière bien difFérente dans ces deux princesses. Tanaqnil , modérée dans ses passions, ne s'en est jamais laissé subjuguer; et pendant les quarante ans qu'elle a vécu, elle a toujours respecté les lois quelle avait trouvées établies. Douce et aft'able , elle ne s'est faite reine des Romains qu'après s'en être faite la bienfaitrice, et l'on peut dire qu'elle ne s'est proposée pour gouverner Rome qu'après s'être assurée que les Romains s'étaient proposé de lui offrir la couronne. A la vérité elle a profité avec habileté des événements , quand il s en est présenté qui dussent contribuer à son élévation; mais si elle les a fait tourner h son profit, jamais elle n'en a abusé. Elle ne s'est pas emparée des dépouilles dAncus, mais elle en a hérité, et elle ne s'en est servie que pour rendre Rome plus florissante qu'on ne lavait encore vue. Tullia , au contraire, enivrée du désir de ré;;ner, a violé ouvertement les lois, et s'est montrée seurde à la voix de la nature, que les hommes les plus pervers ont toujours pensé qu'il importait h leur bonheur d'écouter : autant de crimes elle a jugé nécessaire de commettre |)Our parvenir au trône, autant elle en a conçu et exécuté. Sans parler ici de son mari, dont elle s'est défaite, ni de sa sœur quelle a fait empoisonner pour épouser Tarquin son mari, ne l'a- 1 on pas vue armer contre son propre père le bras de son nouveau mari,

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et, comme pour avoir une pari signalée à cet exécrable parricide, elle s'est empressée de faire passer son char sur le corps mort de celui qui lui avait donné la vie. Les crimes que lui avait coûtés un trône ensanglanté ne restèrent pas impunis ; Tullia , privée de ses enfants, qu'elle avait vus périr sous ses yeux, s'est vu condamner à l'exil, et est devenue l'horreur des peuples et le rebut de 1 Italie.

La tragédie des Horaces fut suivie de Cinna , pièce beaucoup plus régulière. L'unité d'action , de temps et de lieu y est observée; les scènes sont liées entre elles, et l'action ne finit qu'avec la pièce. Sous le^'apport du style, c'est de toutes les pièces de Corneille celle qu'il a le jdus soignée, h on juger par le peu d'incorrection qu on y a remarqué. Les vers que le poète a placés dans la bouche d'Auguste; ces vers qu'on n'a jamais entendu prononcer sur la scène sans être frappé de la grandeur du génie qui les a conçus; ces vers que l'admiration a gravés dans la mémoire de tous ceux qui les ont entendus, joints à la beauté du déuoueiuent, qui fait ressentir au spectateur plus d'émotions qu'il n'en avait éprouvé, ont fait regarder cette tragédie comme la plus belle qu'ait composée Corneille. Ajoutez h ce grand mérite la harangue éloquente

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de Cinna, et celte peinture effrayante qu'il a tracée des proscriplions d'Oclave; cette scène si théâtrale où Auguste délibère avec ceux qui se sont proposé de l'assassiner : les idées profondes, ainsi que le mérite du style, qu'on a toujours admirées dans le dialogue; la fierté du caractère dLmilie, et les traits heureux qu'il a su y semer; cette préférence paraîtra suffisamment justifiée. Cepcndantcette magnifique scène du quatrième acte , que les connaisseurs n'ont pas balancé à considérer comme un chef-d'œuvre, il est juste de reconnaître que Corneille l'a empruntée à Sénèque. Mais cette idée que lui a fournie le philosophe, comme le poète l'a embellie ! quel génie et quel art il lui a fallu pour ajouter tant de traits imposants au fond qui lui a été fourni! Tel est l'avantage inappréciable des beaux vers, telle est la supériorité qu'ils ont toujours eue sur la meilleure prose, que la mesure et l'harmonie ont gravé dans tous les esprits et mis dans toutes les bouches des beautés qui, si la poésie ne s'en était pas emparée , seraient restées ensevelies dans les écrits d'un philosophe, et n'auraient existé que pour un petit nombre de lecteurs.

La fable a supposé qu'un jour deux femmes, la Volupté et la Vertu, se sont montrées aux

yeux d'Hercule, qui sortait de l'enfance. La première s'étiint servie de tous les artifices de la séduction pour toucher le C(Eur de l'adolescent, la seconde s'est approchée du jeune héros, et s'est exprimée en ces termes : Rends-moi grâce. Hercule, delà démarche que j'ai consenti à faire auprès de toi. Dès ton enfance, j'ai pénétré ton caractère; quelles heureuses espérances j'en ai conçues I Quand tu m'auras entendue, tu reconnaîtras que je n'ai point cherché h le tromper, et que je t'ai montré les choses telles que les dieux mêmes se sont plu h les élahlir : tout ce qu'il y a de beau, d'utile, c'est au prix d un travail assidu qu'ils l'ont accordé aux mortels. La terre te prodiguera ses fruits , quand lu l'auras arrosée de tes sueurs. C'est par les sacrifices qu'il nous a coûtés que le bonheur acquiert le plus de prix à nos yeux. Ici la Volupté l'ayant interrompue : Malheureuse! lui dit la Vertu, quel bien as-tu fait aux hommes? de quels plaisirs véritables les as-tu fait jouir? Rejetée par les dieux, méprisée par les hommes honnêtes, tu levantes d'être immortelle ! Tes oreilles ont été privées des sons les plus flatteurs, car le bruit de tes louanges ne les a jamais frappées, elles ne les ont jamais entendu prononcer. Tes yeux n'ont jamais joui du plus agréable de tous les spectacles , car ils n'ont jamais pu voir une bonne action que tu aies faite. Quels mortels dans leur bon sens a-t-on vus grossir ton cortège ? Ceux qui, s'étant laissé

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éblouir par tes promesses trompeuses, se sont attachés à toi, débiles dans leur jeunesse, ont fini par traîner une vieillesse insensée. Ils ont couru de plaisir en plaisir dans la fleur de 1 âge, et se sont réservé les peines pour le dernier temps de leur vie. Mais moi, admise dans le cercle des immortels, je suis recherchée des mortels estimables. Piicn de beau ne se fait sans moi ; je reçois dans l'Olympe et sur la terre les hommages cpie mont valus les services que j'ai rendus aux mortels. 0 loi ! mon cher Hercule , réponds h la haute d-slinée que t'ont |)réparéc les dieux; tu vois quel bonheur, quelle félicité ils ont réservée h tes travaux.

Autant de bravoure les Romains ont montrée, autant de respect, de vénération ils ont témoignée pour les dieux. Jamais ils n'ont déclaré la guerre aux nations qu ils se sont vus forcés de combattre, sans auparavant s'être adressés à la divinité pour obtenir son secours, et se l'être rendue favorable par des sacrifices expiatoires. Lorsque la victoire s'est plu h les favoriser , c'est h la protection du ciel fju'ils se sont empressés d'attribuer leur succès, et non au peu de valeur qu'ils avaient montrée dans les combats. Ils se sont toujours imaginéque la piété envers les dieux

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est la source de la prosjiérilé des empires, el se sont persuadé que les calamités que certaines nations barbares ont vues fondre sur elles, étaient dues au peu de sentiments religieux que ces peuples avaient manifesté. — L'Egypte, un des royaumes les plus anciens qu'il y ait eu, peut être considérée comme le berceau des sciences et des arts; c'est de là qu'ils se sont répandus sur les autres points du globe oii on les a vu cultiver avec plus ou moins de succès. A peine furent-ils transplantés dans la Grèce, quils s'y sont acclimatés, qu'ils s y sont plu , et qu'ils v ont jeté des racines si profondes , qu aucune des révolulions nombreuses qui se sont succédé dans ce pays ne les a empêchés de fleurir. Janiais chez aucun peuple ils n'avaient fait autant de progrès qu'ils en ont fait en Grèce : autant d'arts on y a cultivés, autant on en a pcrleclionné; el c'est sans doute par raport aux progrès rapides que ce peuple leur a fait faire, el aux avantages que l'humanité en a retirés que les nations éclairées se sont accordées h appeler les Grecs les précepteurs et les bienfaiteurs du genre humain.

Un navire, arrivé des îles Canaries, a apporté des lettres qui nous ont informés des malheurs qu a occasionnés une éruption volcanique dans

l'île Lancerotte. Un habitant de cette île s'exprime en ces termes : Le vingt-neuf août 18^4» nous avons éprouve pendanlla matinée des tremblements de terre, qui, étant devenus plus terribles dans la nuit, nous ont fort alarmés. Ils ont augmenté de force, le trente; et les bruits souterrains que nous avons entendus gronder sourdement toute la journée, nous ont déplus en plus effrayés. Mais la nuit que nous avons eue {ou eu) h passer a été encore plus affreuse que nous ne l'avionssupposé: les bruits souterrains qui ont augmenté, se sont accrus d'heure en heure, et nous ont frappés d'épouvante. Tous les habitants de la capitale de l'ile et des villages environnants se sont enfuis dans la campagne, s'étant imaginé qu'ils seraient engloutis sous les débris de leurs maisons. Le trente un, h sept heures du malin, à la suite d'une des secousses les plus violentes que nous eussions ressenties, et des bruits les plus forts qui se fussent lait entendre, un volcan a éclaté, à une demi-lieue de la montagne. Les flammes qu'il a vomies par son cratère ont éclairé toute l'île; mais un spectacle qui nous a glacés de crainte, c'est celui d'une grêle de pierres énormes, rougies par le feu, que le volcan a lancées en si grande quantité , que pendant les vingt quatre heures que ce terrible phénomène a duré, elles ont formé par leur réunion une montagne considérable. Le premier septembre, le volcan a paru se fermer, et n'a laissé que des crevasses

d'où s'est échappée une fumée épaisse qui nous a enveloppés. Mais le deux au matin, trois grandes colonnes de fumée , chacune d'une couleur différente, se sont formées et nous ont jetés dans la consternation. Le quatre , ces fléaux que nous avions cru voir finir, ont recommencé; il est sorti une grande colonne de fumée, le volcan a éclaté de nouveau; aux pierres et aux matières embrasées que nous avions vues sortir du cratère , a succédé une quantité considérable d'eau que le volcan a vomie, et qui a formé une rivière, qui semblait menacer d'un danger encore plus grand le peu d'habitants que le tremblement de terre avait épargnés.

Plusieurs considérations , dît une femme d'esprit qui a publié une histoire contemporaine, m'ont inspiré le désir de m'instruire à Ibnd des causes des événements que j'ai vus arriver pendant les vingt années que j'ai vécu au milieu des révolutions qui se sont succédé en Europe; et le loisir dont j'ai long-temps joui à la campagne m'a portée h écrire celte histoire. Les livres auxquels je me suis vue forcée de recourir sont assez communs, même assez mal écrits, mais ils m'ont parn avoir une exactitude, une fidélité que j'au-

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rais vainement cherchée ailleurs. J'ai aussi consulté plusieurs personnes qui se sont trouvées sur les lieux. Les renseignements que j'en ai obtenus, joints an peu d'attention que j'ai appor^ tée pour lier et accorder les faits entre eux, m'ont mise à même de composer cet ouvrage. Je ne me suis point flaltée d'avoir dit tout ce qu'il convenait de dire , ni même de n'avoir point trop dit. Peut-être ai je attaché à certains faits une importance plus grande qiiil ne l'eût fallu; et peut-être aussi n'ai-je point donné à d'autres tous les dévelopjtpmonts que j'aurais du. Il se peut fort bien que je n'aie pas été assez exactement informée de tous les ressorts qu'on a fait jouer; mais ces ressorts si secrets, je m'en suis peu inquiétée, parce qu'en pareil cas je les ai toujours crus siispecls, et d ailleurs des motifs que personne n'a devinés sont souviMit du nombre (le ceux que je n'ai pas cru nécessaire de deviner moi-même. La lâche que je me suis imposé de lemplir , c'est de raconter les choses comme je me suis imaginé qu elles sont arrivées , ou cou)me je les ai vues arriver, et l'expérience m'a confirmée dans l'opinion que les lecteurs équitables se sont toujours contentés de savoir les faits comme une personne qui les a étudiés assez long-lémps, et qui n'a nul intérêt h louer ou h blâmer, que celui qui naît des choses mêmes qu'elle s'est proj)osé de raconter.

XL Vil.

Autant Auf^usle s'est livré lonj^ temps h la dissoliilion la plus eflVénéo , autant son énorme cruauté a été tran(|uillc et réflécliie. C'est an milieu des l'eslins et des fuies qu'il a ordonné ses proscriptions; le nombre des sénateurs qu'il a obligés de s'exiler s'élève à près de trois cents , et celui des chevaliers qu'il a fait périr h près de deux mille. Toutes les terres des citoyens de Mantoue et de Crémone furent i^artagées par Oclave à ses soldais. C'est ainsi qu'il a récompensé par la déprédation les meurtres dont ils s'étaient souillés. Il n'est que trop vrai que la terre fut ravagée depuis l'Euphrale jusqu'au fond de l'Espagne par deux hommes qui se sont laissé dominer par tous les vices , qui se sont laissés aller à toutes les fureurs. Cependant on a toujours admiré le gouvernement d'Auguste, à cause des biens que plus tard il a procurés à Rome, la paix, les plaisirs et l'abondance. Mais la lassitude de la cruauté s'est-elle jamais vue honorée du nom de clémence? On croit qu'Auguste s'est montré plus doux quand le crime ne lui fut plus nécessaire. Mais a-ton jaiiiuio icau compte aux tyrans enrichis et affermis d'avoir joui en paix des fruits des vols qu'ils ont faits , des assassinats qu'ils ont laissé commettre ou quils ont même ordonné qu'on commît? Peut-on tenir compte à Auguste

de n'avoir pas assassiné tous les jours les fils et les pelits-fils de ceux qu'il avoit proscrits, après qu'ils s'étaient prosternés h ses pieds? II s'est montré politique prudent, après avoir été barbare; mais on a remarqué que la postérité, qui ne s'est point laissé éblouir par sa modération calculée et trop tardive, ne s'est jamais ])lu h lui donner le nom de vertueux, dislinclion honorable qu'ont value h Titus , à Trajan et aux Antonin, les vertus qu'ils n'ont cessé de cultiver.

Une multitude immense que la curiosité avait attirée se pressait dans l'enceinte du forum. La terreur avait glacé tous les courages , et ces Romains qui s'étaient montrés si indociles au joug, et qu'on avait vus braver tant de fois la mort, courbent honteusement la tète devant la tyrannie dcsdécemvirs. Appius et ses satellites ont reculé les bornes de leur autorité, et ils s'en sont servis ou plutôt ils en ont abusé pour substituer aux lois la violence la plus excessive. Ils se sont laissés aller h la fougue de leurs passions, ou pour mieux dire , ils se sont laissé entraîner dans tous les désordres que produisent les passions les plus déréglées. Parmi les victimes que la cruauté d'Appius a désignées , se trouve Virginie , fille d'un

centurion romain. Sa beauté , son innocence n'ont point fléchi le cruel décemvir; rien ne saurait faire naître dans son C03ur un mouvement généreux, ni les services que le père de cette infortunée a rendus à Rome, ni les ennemis qu'il a vaincus , ni les blessures qu'il en a reçues , ni les combats où sa vaillance s'est signalée , ni enfin les récompenses honorables que lui ont values ses exploits. Virginie, debout et tremblante, attend dans les angoisses de la mort le destin qui lui est réservé. Cependant un cri de joie lui échappe : elle a reconnu la voix de son père. A peine avait-il été informé de la résolution qu'Appius avait formée de réduire sa fille à l'esclavage , qu'il avait quitté l'armée pour voler à son secours. Comment peindre l'inquiétude qui s'était emparée de ses esprits , et la force d'ame qu'il lui avait fallu pour ne point succomber à la douleur qui déchirait son cœur! Enfin il arrive, et aussitôt la foule s'est empressée de le laisser passer. A sa vue , le tyran frissonne, ses yeux sont baissés, étonné lui-même de la honte qu'il a sentie rougir son front criminel ; mais bientôt une apparente tranquillité a succédé à la crainte qui s'était montrée un moment sur son visage. « Que veux-tu? dit-il d'un air assuré. — MafiUe, répond ce père malheureux, celle que les dieux ont faite l'unique soutien de ma vieillesse. » A ces mots il s'approche de Virginie j et leurs âmes sont confondues dans les embrassements et dans les sanglots. « Licteurs, s'é-

crie le décemvir, que cette esclave soit livrée à son maître. » Virginie éperdue de douleur est tombée presque inanimée sur le sein de Virginius. Ce malheureux père entraîne sa fille loin de la foule, sous prétexte de lui adresser un dernier adieu , et lui plonge dans le cœur une arme meurtrière que le hasard a fait tomber sous sa main.

La langue provençale, qui étailcelle des troubadours , est parmi nous la plus ancienne que la jjoésie ait parlée. C'est aux troubadours que nous devons la rime, soit qu'ils leussent inventée, soit qu'ils s'en fussent servis à l'exeniple des Maures. Ces peuples, qui s'étaient établis dans l'Europe méridionale au builièuie siècle, l'avaient trouvée entièrement barbare. Ils ont porté, les premiers, dans les climats méridionaux, le goût de la poésie, et c'est h eux sans contredit qu'il faut altiibucr le ])eu de progrès que les lettres out faits h cotte épocjue en Eiu'oprt, Les Ironba^ dours , imitateurs des poètes uiaures , furent honorés et recherchés avec empressement. Los femmes, qui se sont toujours montrées sensibles h la louange, se sont crues obligées de bien traiter ceux qui la dispensaient. A celte époque, des souverains se sont glorifiés du titre et même du

métier de troubadour. Ils ont fleuri jusqu'au quatorzième siècle. S'étant corrompus à mesure qu'ils se sont multipliés, ils onl, par des désordres de tonte espèce, aj)pclé sur eux la sévérité de l'autorité, et l'ont forcée de les réprimer : ils sont tombés insensiblement dans le discrédit, et liicnlôt on les a vus disparaître. Aux troubadours ont succédé les trouvères, poètes qui ont écrit dans la langue nommée originairement langueromance, formée du httin et du celte, et qui, vers le onzième siècle , s'est appelée langue française. Des fabliaux et des contes, voilà les premiers ouvrages poétiques dans lesquels ils se soient essayés, et qui forment une branche de littérature beaucoup j)lus riche que certains critiques ne font pensé. On sait (|uc les fabliaux sont des contes limés, souvent fort gais et plaisamment imaginés. Qui n'a lu les imitations qu'en a données Pétrarque, elles scènes que Molière a jugé convenable de leur emj)runter? L's recueils oîi les nationaux et les étrangers se sont empressés de puiser ne doivent pas être méprisés. Quelle mine féconde les fabliaux n'out-ils pas olTerle h. nos chansonniers modernes! De là vient que les chansons où sont expriuiés les malheurs et les plaintes de l'amour sont encore appelées romances, du nom que Ton a anciennement donné à la langue française,

La langue provençale s'est long-temps conservée dans toute sa pureté au-delà de la Loire; aussi les savants se sont-ils accordés à la regarder comme la tige commune d'où sont sortis le français, l'espagnol et l'ilalicn. Lorsque le reste de l'Europe était plongé dans la barbarie, la Provence s'était déjà rendue célèbre par les poètes qu'elle avait vus briller , et sa langue s'était asservie à des règles sévères. Il nous est démontré que la rime, cet indispensable ornement de la poésie moderne, est née dans cette heureuse contrée; qu'un grand nombre de poètes de ce pays sen sont servis dons leurs ouvrages, et que c'est Ih enfin qu'elle s'est perfectionnée. Quelles que soient les prétentions qu'ont élevées d'autres peuples qui se sont imaginé que c'est chez eux que la rime a été inventée, toujours est-il vrai que tous se sont vus forcés de convenir que l'espèce de mélodie qui résulte de la rencontre des mêmes sons placés àla fin des vers, n'a pu frapper que des oreilles musicales, et n'a dû être appréciée que par elles , qualité qu'on n'a jamais songé à contester aux peuples du ]\Iidi. Portée en Sicile par des troubadours très anciens, la rime s'est répandue de là dans toutes les contrées policées de l'Europe. On ne peut fixer au juste l'époque où s'est faite celle révolution poétique ;

( 117 ) mai», ainsi que l'ont affirmé quelques savants , nous sommes portés h croire qu'elle remonte très haut, et que, vers les temps qui l'ont vue s'opérer, la France était encore plongée dans la barbarie où l'ont laissée croupir la plupart des rois de la première et de la seconde race par le peu d eflorls qu'ils ont fait pour éclairer et civiliser leurs peuples. D'après le peu d'autorités que nous avons consultées , il parait que, dès le règne deCharlemagne, un des monarques les plus éclairés qu'il y ait eu dans ces temps reculés, des vers rimes avaient été publiés en langue romance.

Suite du même sujet.

A peine l'emploi de la rime eut été fixé , que, pou satisfaits des avantages qu'ils en avaient tirés, les troubadours ont cherché de nouveaux agréments, et ne les ont pas toujours heureusement trouvés. On a reproché avec raison à plusieurs d'entre eux, qui d'ailleurs ne s'étaient pas montrés dépourvus de quelque génie, les extravagances dans lesquelles ils se sont jelés, les lois bizarres qu'ils se sont fait gloire de s'imposer, et les combinaisons ridicules des vers et des rimes qu'ils ont jugé convenable d'introduire dans leurs ouvrages. D'autres, pressés de se distinguer dans

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la hiilltitucle , ont affecté une obscurité de style où chaque pensée s'est changée en une énigme indéchiffrable. Cependant les étrangers les ont vus tomber dans ces erreurs sans les imiter; témoins de leurs fautes, ils en ont profité, et comme ils n'étaient entrés que plus lard dans la carrière, ils s'y sont fixés, tandis que leurs maîtres, poussés par le vain désir d'innover sans cesse, et loin de faire Ions les efforts qu'ils auraient dû pour rte pas dépasser les bornes du goiit, s'en sont éloignés continuellement. Les récompenses ex- Iraordinaires que la poésie a values h ceux qui s'en sont occupés , les honneurs dont ont joui les troubadours qui se sont trouvés admis à la cour des princes, ont beaucoup nui aux progrès de l'art, et en ont arrêté l'essor. Une foule d'hommes sans talent ont prétendu au laurier poétique , et souvent même ont obtenu des distinctions que le génie seul aurait mérité qu'on lui accordât; les iongleurs eux-mêmes , qu'on avait vus jusqu'alors se contenter de chanter les vers des troubadours, s'étant laissé éblouir par des succès si éclatants , ont aspiré h la réputation que s'étaient faite leurs maîtres, et cette malheureuse émulation , au lieu de produire les fruits qu'on en avait espérés, n'a fait naître que des ouvrages informes, où de pénibles puérilités ont été érigées en beautés sublimes.

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