TISSU PROPRE DU POUMON
gane, on voit que, sur la surface externe des lignes qui circonscrivent des espaces losangiques, le tissu de l'organe est bombé dans l'intervalle de ces lignes et déprimé à leur niveau. Ces lignes correspondent à des lamelles d'un tissu cellulaire extrêmement délié, assez lâche cependant pour pouvoir permettre la séparation des parties du tissu du poumon qu'il réunit. Ce tissu cellulaire est désigné sous le nom de tissu cellulaire interlobulaire ; les parties de poumon circonscrites par ce tissu sont les lobules.
Les lobules sont complètement indépendants les uns des autres; ils peuvent être insufflés, injectés séparément. Ils ont une forme variable : ceux de la surface figurent une pyramide à base superficielle et à sommet dirigé vers le centre; les lobules profonds, couchés sur les canaux aériens et sanguins, se présentent sous la forme de polyèdres plus ou moins réguliers, accolés les uns aux autres. Chaque lobule représente donc un petit poumon séparé, et si nous déterminons la structure d'un lobule, nous aurons déterminé la texture du poumon.
Chaque lobule est composé d'une petite bronche, d'une ramification veineuse et artérielle provenant de la veine et de l'artère pulmonaires; enfin d'un petit filet nerveux et d'un réseau lymphatique périphérique; les artères bronchiques servant à la nutrition des bronches se perdent dans l'épaisseur de ces conduits.
La partie la plus importante à déterminer est la disposition du petit tuyau bronchique. Deux opinions sont en présence : les unes considèrent le lobule comme formé de vésicules à cloisons incomplètes communiquant largement entre elles, formées ou par le tissu propre des bronches (M. Cruveilhier), ou bien par du tissu cellulaire (Sœmmerring) ; d'autres auteurs pensent que le lobule se trouve formé par des cellules parfaitement closes, formées par les dernières ramifications des bronches qui conservent leur caractère de tuyau bronchique jusque dans les parties les plus reculées du poumon. Les différences qui existent entre les anatomistes qui professent cette dernière opinion consistent dans l'état plus ou moins renflé de ces cellules. Ainsi Malpighi, Hourmann, M. Dechambre, pensent qu'il existe un renflement pour chaque cellule. Reissessen, M.Bazin, M. Rigaud, pensent que le renflement n'arrive que par les progrès de l'âge, ou qu'il est déterminé par le mode de préparation que l'on fait subir à la cellule pour la démontrer. Nous nous rangeons de cette dernière opinion; pour nous, le lobule pulmonaire est le composé de cellules ne communiquant pas entre elles et non dilatées, ou du moins très peu dilatées en ampoule.
Les cellules pulmonaires se trouvent groupées par trois. Reissessen a signalé cette disposition ; nous l'avons constatée sur des préparations faites par M. Desprès. M. Rigaud l'a également vue; il a constaté en outre que les trois embranchements ou folioles ne partaient
SFLANCHNÔLOGIE.
pas du même point ; deux ne sont que des embranchements collatéraux qui deviennent eux-mêmes terminaux, le troisième est la continuation du rameau bronchique lui-même.
Dans les lobules pulmonaires, les parties constituantes présenteraient la disposition suivante. D'après A. Bérard, la membrane qui tapisse l'intérieur des vésicules est la continuation de la muqueuse des bronches; celle qui revêt la cellule à l'extérieur est un prolongement de la membrane fibreuse de ce conduit. Les divisions de l'artère pulmonaire pénètrent dans le lobule, s'y divisent et se répandent en rameaux extrêmement fins jusque dans les cellules; là elles se continuent manifestement avec les veines pulmonaires dont les ramifications peuvent être constatées à l'extérieur des vésicules bronchiques; de là ces rameaux se portent vers la superficie du lobule en croisant la direction des bronches, gagnent les espaces interlobulaires, uù ils se continuent avec les veines qui viennent des lobules voisins. Les lymphatiques trouvent, comme les veines, leur origine dans l'intérieur des lobules; les nerfs disparaissent à la surface des veines et des artères; les artères bronchiques s'épuisent en arrivant à chaque lobule.
La structure et la disposition des bronches dans l'intérieur du poumon mérite une description spéciale. Nous avons vu que les grosses bronches étaient, comme la trachée-artère, formées d'anneaux incomplets réunis par une membrane fibreuse; les divisions bronchiques suivantes sont formées par des anneaux complets; enfin l'extrémité de la bronche destinée au lobule est membraneuse dans tout son pourtour et formée de fibres longitudinales et de fibres circulaires. Si l'on examine la cavité des ramifications ouvertes, on constate que les ouvertures sont assez rares dans les divisions principales, qu'elles deviennent d'autant plus nombreuses que les ramifications sont plus petites. M. Rigaud a constaté que ces ouvertures sont disposées de telle sorte que de quatre en quatre elles suivent exactement la même ligne, c'est-à-dire qu'elles sont alternes par quatre et disposées en manière de spirale dont chaque tour comprend trois ramifications, la quatrième commençant le tour de spire suivant.
Il a constaté, en outre, qu'en poursuivant un embranchement et une de ses ramifications successives, on finit par arriver à ce résultai, que la troisième subdivision redevient parallèle à l'embranchement duquel Ou est parti, d'où il conclut que chaque ramification forme un angle de 60 degrés avec l'embranchement qui lui donne naissance.
Parce retour au parallélisme des divisions bronchiques, il est facile de concevoir comment la masse entière du poumon est caualicuîée, et comment il y a absence de masse de tissu cellulaire, qui, dans toute autre manière de concevoir la structure des poumons.