DU SPERME
Le sperme est un liquide blanchâtre, épais, visqueux, plus lourd que l'eau, dans laquelle il est soluble ; il est alcalin et doué d'une odeur sut generis ; peu de temps après l'cjaculation, il se liquéfie complètement et laisse déposer par l'évaporation des cristaux de phosphates alcalins. Vauquelin et Berzelius l'ont analysé et J'ont trouvé composé de :
Eau 90
Matière extractive parliculière, siermatine de Vauquelin. 6
Phospliale calcaire et hydroclilorale de chaux 3
Soude 4
Le sperme est sécrété par les canaux séminifères du testicule, mais on le trouve aussi dans les' canaux éjaculateurs et déférents, dans les vésicules séminales qui lui servent de réservoir, et qui ont probablement elles-mêmes une sécrétion particulière. A l'exlrémilé du canal déférent il se présente sous l'aspect d'un fluide assez compacte, translucide, qui contient un nombre immense de corpuscules particuliers, libres ou agglomérés, parfois quelques grandes vésicules sphériques, des cellules ou des noyaux d'épilhélium, des granulations très fines et des cristaux de formes diverses.
Le sperme éjaculé est un liquide beaucoup plus complexe. Il est mélangé d'autres fluides qu'il entraîne dans son trajet, et qui lui donnent l'aspect laiteux et une liquidité plus grande ; ils proviennent des follicules qui occupent la fin du canal déférent, des parois des vésicules séminales, des glandes prostatiques, des glandes de Cowper, de Méry et de Littre.
Les corpuscules, qui vont fixer notre attention, ont été découverts, en 1676, par Louis Hamm, étudiant allemand. Décrits presque aussitôt par Leeuwenhoek et Hartsœker, ils ont été étudiés depuis avec soin par Prévost et Dumas (1824), et plus récemment par MM. Wagner, Lallemand et un grand nombre d'anatomistes. On les a désignés sous les noms à' animalcules, vers, fitamenls spermaliques, zoospermes, spermalozo'ides, etc., etc. Cette dernière dénomination, proposée
par M. Duvernoy, a l'avantage de ne rien préjuger de leur nature. Ils ont, en effet, elé considérés, par les uns comme des animaux et rangés parmi les microzoaires suceurs, les infusoires, les vibrionides, les cercaires, etc., etc.; d'autres, au contraire, les regardent comme des cellules vibratiles particulières, opinion qui paraît très vraisemblable et que j'adopte complètement pour ma part. Les observations les plus modernes rendent en effet leur animalité très problématique. On les rencontre chez tous les vertébrés, les mollusques, les insectes et bon nombre de rayonnes et même d'infusoires ; leur forme est très variée dans l'échelle animale : nous nous arrêterons seulement à ceux de l'homme.
FiG. 189. — Eléments microscopiques du sperme.
4,1,1. Spermatozoïdes. — 2. Ovule mâle, grande cellule du sperme. — 3. Cellules incluses dans chacune desquelles se développera un spermatozoïde. — 4. Mêmes cellules Isolées. — 5. Une crrossie.
Examinés à un grossissement de 5 à 600 fois, ils paraissent formés de deux parties séparées par un léger étranglement : 1" d'un disque pyriforme, aplati, appelé tête ou C07'ps ; 2° d'un long appendice fusiforme, qui, par sa grosse extrémité, se continue avec le corps et se termine par un filament d'une extrême ténuité ; de là vient la comparaison très heureuse des spermatozoïdes avec le têtard de la grenouille. Leur longueur totale est de 0,05 de millimètre, dimension à laquelle la tête prend part à peine pour l/lO*. Yalentin, Gerbert, Schwann, M. Pouchet, ont cru pouvoir reconnaître, dans ces corpuscules, une ouverture buccale, une cavité viscérale et une enveloppe ; mais ces distinctions n'ont pas été admises par la plupart des auteurs, et me paraissent dues à des illusions d'optique.
Les spermatozoïdes sont animés de mouvements très curieux, qui consistent en des oscillalions, des inflexions latérales de l'appendice caudal ; grâce à ces mouvements extrêmement rapides, et qui rappellent ceux qu'on observe dans la marche des reptiles ophidiens, ils peuvent progresser le corps en avant, de manière à parcourir, suivant le calcul d'Henle, 3 centimètres environ en sept à huit minutes,
Cette locomotion, favorisée du reste par le mélange avec les liquides moins denses que le sperme, s'exécute incontestablement dans les voies génitales de la femme. La mobilité des spermatozoïdes s'observe encore vingt-quatre heures, et plus, après i'éjaculation, à la condition que la température et la liquidité du sperme soient conservées; mais elle est bientôt abolie par l'excès du froid ou du chaud, l'électricité, la strychnine, les narcotiques, etc., etc. C'est au sein des organes génitaux de la femelle, lorsque ceux-ci ne sont le siège d'aucune sécrétion morbide (Donné), que cette remarquable propriété se manifeste le plus longtemps.
La genèse des spermatozoïdes a été étudiée attentivement par MM. Lallemand, Kolliker, Wagner, Henle, Ch. Robin, etc., etc. Ces observations intéressantes ont été faites chez des animaux (lapin, ours, cabiai, raie) où elles sont assez faciles; rarement elles ont été répétées sur l'homme, aussi nous arrêteront-elles peu. Elles établissent que les canaux séminifères du testicule ne sécrètent pas du premier coup les zoospermes, mais bien seulement de grandes vésicules analogues à l'ovule (fig. 189. 2), vésicules auxquelles, en raison de cette ressemblance, Reichert et Ch. Robin ont donné le nom d'ovule mâle. Ces vésicules renferment une ou plusieurs cellules (fig. 189. 3, 4, 5) qui, par leur métamorphose, donnent naissance chacune à un spermatozoïde; il se passe là, d'après Ch. Robin, un phénomène analogue à la segmentation du vitellus (1). Il est facile dès lors de s'expliquer comment le sperme recueilli dans les canaux séminifères ne présente presque que de ces vésicules et peu de spermatozoïdes libres. Ceux-ci se dégagent dans le cours de leur marche et ne sont guère à l'état parfait qu'au voisinage des vésicules séminales ; d'autre part, le sperme éjaculé ne renferme presque jamais les vésicules mères remplies encore de leurs corpuscules. Il est logique de considérer la grande longueur, l'étroitesse, les flexuosités des voies spermatiques, ainsi que l'existence d'un réservoir sur leur trajet, comme des dispositions qui favorisent la maturité du sperme en ralentissant sa progression.
Les zoospermes n'existent pas pendant l'enfance, leur apparition signale le commencement de la puberté ; ils disparaissent chez le vieillard, à des âges variables, mais plus tardifs en général qu'on ne l'avait cru (Duplay) ; les eunuques en sont privés ; certaines maladies et certains vices de conformation (orclùtes, ectopies testiculaires) les altèrent ou les font disparaître. On doit les considérer comme l'élément fondamental du sperme et la condition essentielle de la fécondité du mâle.
Vovaîre, dont on a donné plus haut déjà la description, est une
(1) Académie des sciences, 23 octobre 1843. — Voyez Henle, t. II, p. 528. •'^Loïiget, Physiologie, génération, p. H3.
glande d'une structure particulière, dont les acini sont représentés par des follicules clos épars au milieu d'une gangue cellulo-vasculaire, désignée par de Baer sous le nom de stroma. Ces follicules, connus de Fallope, Vésale et Van Horne, ont été décrits avec beaucoup de soin et désignés sous le nom de vésicules par Régnier de Oraaf, célèbre anatomisle hollandais, en 167 2. Comme Van Horne, il les considéra, à tort, comme représentant l'ovule lui-même, hypotiièse qui fut facilement renversée, un siècle plus lard, par Cruikshank. En 1827, quelque temps après les beaux travaux de Purkinje sur l'œuf des oiseaux, Ernst de Baer (de Kœnigsberg) eut l'honneur de découvrir le véritable ovule des mammifères dans l'intérieur des vésicules de de Graaf.
Les vésicules ovariennes se présentent sous la forme de petites sphères creuses remplies d'un liquide transparent, disséminées à toutes les profondeurs dans l'ovaire, et formant, lorsqu'elles sont superficielles, une petite saillie globuleuse qui soulève les tuniques albuginée et péritonéale de la glande. Leur volume est très variable, depuis un demi millimètre et moins encore, jusqu'à 5, 8 et 10 millimètres, et même plus. Ces variations correspondent à leur degré de maturité, c'est-à-dire aux phases de leur évolution; déjà distinctes chez des fœtus, elles disparaissent chez les femmes âgées en même temps que l'ovaire s'atrophie. C'est chez la femme adulte qu'il convient de les étudier. Leur nombre varie beaucoup, on en trouve ordinairement 15 à 20; mais Haller n'en a vu que 2 ou 3, tandis que Rœdercr en a compté jusqu'à 50 ; le microscope en démontre toujours un très grand nombre.
De Baer leur assigne la structure suivante: Indépendamment des tuniques qu'elles empruntent à l'ovaire (tunique albuginée et péritonéale, tégument et coquille), elles se composent d'une membrane enveloppante et d'un contenu. La première {capsule, theca) est formée : 1" d'une couche externe mince, résistante, transparente, élastique, non vasculaire ; 2" d'une couche interne plus molle, non rétractile, renfermant un réseau capillaire riche et très fin; sa surface interne est tapissée par un épilhélium nucléaire ou pavimenteux, dont les cellules réunies par une substance unissante se juxtaposent, et forment, en s'appliquant contre la face interne de la capsule, une couche continue à laquelle on a cru devoir donner le nom spécial de membrane granuleuse, à tort, puisqu'il ne s'agit que d'un revêtement épithélial analogue à celui de tous les autres acini glandulaires.
Toutefois, en un point limité qui répond à la surface libre de l'ovaire, les cellules, disposées partout ailleurs en couche mince, s'accumulent en plus grand nombre, et forment un renflement discoïde auquel de Baer a imposé le nom de disque ou cumulus proligère. C'est dans son centre que se trouve l'ovule. La cavité centrale de la vésicule est remplie d'un liquide jaunâtre, albuminoïde, dans lequel nagent des granulations et des gouttelettes graisseuses.
L'ovule, œuf humain, a donc une position fixe et constante. C'est un corps sphérique, opaque, del/lO'^ de ligne (Bischoff), qui présenle: 1° une enveloppe, membrane vitelUne, transparente, épaisse, résistante, sans structure déterminée, et privée de vaisseaux; 2° un amas de granulations qui constituent le jaune, vitellus, et qui forment la presque totalité de la masse de l'œuf; 3° une vésicule enchâssée sur un point de la circonférence du vitellus et touchant à la face profonde de la membrane vitelline dans un point qui correspond à la surface de l'ovaire : c'est la vésicule germinative découverte che^'j l'oiseau par Purkinje, puis chez les mammifères par M. Coste. Elle est sphérique ou aplatie, transparente, munie d'une membrane de délimitation très mirfce et remplie d'un liquide incolore, albumineux ; ses dimensions sont de 1/60^ de ligne en moyenne. 4° La vésicule germinative présente une tache obscure plus ou moins centrale, d'apparence granuleuse, découverte par Wagner, qui l'a appelée tache germinative.
FiG. 190. — Vésicule de de Graaf contenant l'ovule. 1, Tunique péritonéale de l'ovaire. — 2. Tunique fibreuse de l'ovaire. — 3. Tissu de l'ovaire. — 4. Tunique propre externe de la vésicule. — 5, Tunique propre interne de la vésicule. — 6. Membrane granuleuse. ^- ,7. Cumulus proliger. — 8. Ovule. — 9. Cavilé remplie de liquide. — 10. Vaisseaux de l'ovaire se ramifiant dans l'épaisseur des parois de la vésicule.
Nous ne nous arrêterons point à discuter si l'on doit considérer la vésicule de de Graaf comme un appareil formé de cellules emboîtées, ou comme un cul-de-sac glandulaire, si l'ovule lui-même représente une cellule avec son noyau et son nucléole ; pourtant il est naturel, en comparant la glande mâle et la glande femelle, de voir dans la vésicule de de Graaf l'analogue du tube séminifère, et dans l'ovule celui des grandes vésicules qui engendrent les spermatozoïdes.
La vésicule de de Graaf et son contenu possèdent déjà, à l'époque de la naissance, la structure que nous venons d'esquisser. Cet état reste stationnaire pendant de longues années ; mais à un moment donné, vésicule et ovule subissent une évolution dont les phase s pré
sentent le plus haut intérêt. D'une part la vésicule se modifie pour chasser l'ovule ; de l'autre l'ovule se développe sous l'influence de la fécondation pour donner naissance à un être nouveau. Ces deux grands faits vont nous occuper.
Évolution de la vésicule de de Graaf; expulsion de l'œuf; menstruation.
Les recherches modernes ont démontré, de la manière la plus évidente, la relation intime qui existe entre la puberté et la fécondité de la femme, d'une part-, de l'autre, la rupture d'une vésicule de de Graaf, l'expulsion d'un ovule, et l'apparition d'un écoulement sanguin parles parties génitales externes, phénomène connu sous le nom de menstruation.
Sans entrer dans le domaine de la physiologie, nous décrirons rapidement les changements anatomiques qui surviennent dans les organes génitaux pendant cette période importante.
1° Du rôle de l'ovaire. — Ces glandes augmentent de volume. Les vésicules graafiennes s'accroissent et prennent l'apparence de petits kystes par l'accumulation, dans leur intérieur, d'un liquide séro-albumineux. Les tuniques augmentent d'étendue et d'épaisseur. Le réseau vasculaire qui leur est propre devient beaucoipplus riche. La quanlité du fluide intérieur devenant de plus en plus grande, les parois hypertrophiées d'abord cèdent à la distension, s'amincissent et deviennent transparentes. La vésicule, d'abord entourée par le stroma, se rapproche de la surface, puis proémine de manière à former sur un point de la circonférence de l'ovaire une tumeur hémisphérique qui peut acquérir le volume d'un œuf de pigeon et plus encore.
La distension continuant à laire des progrès, le péritoine et la tunique fibreuse de l'ovaire, aussi bien que les tuniques propres de la vésicule,
FiG. 191. — L'ovule avant la fécondation.
l. Membrane vitelline. — 2. Vitellus. — 3. Vésicule germuialive. gerrainative.
'i. Tache
se rompent sur le point le plus faible, c'est-à-dire du côté de la cavité péritonéale ; et connme pendant ce travail d'accroissement l'ovule n'a pas cessé de correspondre au point le plus superficiel de la vésic île distendue, il s'engage aussitôt à travers la lèvre de la déchirure, entraînant avec lui les cellules du cumulus proUger. Il quitte ainsi la cavité de la vésicule.
Le fluide qui remplissait cette dernière s'écoule en même temps ; de séreux qu'il était d'abord, il devient sanguinolent lorsque le volume de la vésicule s'exagère ; au moment de la rupture, c'est presque du sang pur. Il se fait donc après l'expulsion de l'ovule une légère hémonhagie qui n'acquiert que rarement de l'importance. Les parois de la vésicule ne reviennent pas tout de suite sur elles-mêmes, elles restent distendues par un caillot.
Alors commence un travail particulier de cicatrisation, d"où résulte la formation d'une masse particulière connue depuis longtemps et appelée corps jaune {corpus luleum). On donne ce nom à une masse d'un volume variable et décroissant successivement à mesure qu'on s'éloigne du moment de la rupture de la vésicule; sa couleur est d'un jaune pâle ou tirant sur l'orangé ; sa consistance assez ferme ; sa coupe montre une sorte de canal ou cavité centrale et un aspect sinueux mamelonné tout spécial. Les corps jaunes ont été bien étudiés, surtout dans ces dernières années, et de longues discussions, aujourd'hui terminées, ont eu lieu sur leur origine et sur leur signification; M. Cazeaux résume ainsi les trois principales causes qui président à la formation du corpus luteum. « Les corps jaunes sont formés : 1° par l'épanchement dans la cavité de la vésicule, d'un liquide coagulable, sang pour M. Ilaciborsky,- lymphe plastique pour M. Coste ; 2° par le retrait de la membrane externe de la vésicule qui amène le plissement progressif de la membrane interne. Cette dernière, en même temps qu'elle seplisse, s'hypertiophie ; de là vient que sa face interne présente des bosselures qui rappellent les circonvolutions cérébrales. 3° Ces dernières, enfin, sont colorées en jaune par la matière colorante du sang (Haciborsky), par les granulations déposées dans l'épaisseur delà membrane interne (Coste), ou dans les cellules hypertrophiées de la membrane granuleuse. »
MM. Blot et Robin trouvent dans les corps jaunes : au centre un petit caillot sanguin, au fond la membrane interne de la vésicule de de Graaf hypertrophiée, et entre ces deux éléments une couche assez épaisse de gouttelettes graisseuses très petites et très multipliées.
Les corps jaunes, une fois formés, s'atrophient progressivement, ils disparaissent deux ou trois mois après la menstruation simple et quatre à cinq mois après l'accouchement dans les cas de coït fécond. En effet, à chaque époque menstruelle, une vésicule de de Graaf se rompt et un ovule s'échappe : c'est assez dire que ces organes n'arrivent pas tous ensemble à maturité ; il n'y en a le plus souvent qu'un, bjen raremeat deux qui §e (développent simultanément. Pendant tout
le temps que dure la grossesse, les vésicules ovariennes ne se développent pas ; mais le corps jaune, dont la formation a marqué la chute de l'ovule fécondé, acquiert un volume beaucoup plus considérable et persiste pendant un temps bien plus long. La différence qui existe entre les corps jaunes de la menstruation et ceux de la grossesse les avait fait distinguer en vrais et en faux; mais les recherches de M. Coste, surtout, ont détruit celte erreur ; c'est également à tort que l'existence des corps jaunes semblait être, pour les anciens, une preuve irrécusable d'une conception antécédente. On les a pjlus d'une fois rencontrés chez des vierges. Lorsque la disparition du corps jaune est complète, la surface de l'ovaire présente, dans le point correspondant, une cicatrice inégale, déprimée; cette surface en est toute parsemée chez les femmes qui atteignent le terme de l'âge adulte.
Revenons à l'ovule. Aussitôt sorti de la vésicule rompue, il tendrait à tomber dans la cavité abdominale et à s'y égarer. Mais le pavillon de la trompe vient s'appliquer et s'étaler sur la surface de l'ovaire pour recueillir la première cellule. On a beaucoup discuté sur le mécanisme de l'adaptation de la trompe. Les uns ont admis une sorte d'érection du pavillon tubaire, les autres une action musculaire portant l'ovaire et le pavillon à la rencontre l'un de l'autre. La première hypothèse n'est pas acceptable. Quant à la seconde, elle a reçu la démonstration qui lui manquait des beaux travaux de M. le professeur Rouget. Cet habile anatomiste a décrit dans le ligament large et dans les liens fibreux qui fixent les annexes de l'utérus, des faisceaux musculaires lisses qui mettent en conjonction intime et prolongée l'ovaire et son conduit excréteur. Un phénomène d'érection dont l'ovaire est le siège favorise ce rapprochement en même temps qu'il aide la maturité de la vésicule graafienne. M. Rouget a très heureusement comblé une lacune dans ce sujet intéressant (1).
Recueilli par le pavillon tubaire, l'ovule progresse lentement dans le canal de la trompe en suivant les sillons longitudinaux que présente l'intérieur de ce conduit. On n'est pas bien fixé sur les agents qui aident à cette migration, qui, dans tous les cas, est fort lente. On a invoqué les contractions de la trompe, le mouvement de l'épithélium vibratile, etc., etc.
L'ovule se dirige ainsi vers l'utérus. S'il n'est point fécondé, il disparaît dans ce chemin à une époque mal déterminée; s'il est fécondé, au contraire, il va se modifier et descendre dans la matrice pour y subir les phases de son développement. On a beaucoup discuté pour savoir à quel point précis avait lieu la fécondation, c'est-à-dire la rencontre du sperme et de l'ovule. La tendance qu'a le premier à se rendre vers l'ovaire, et le second à descendre vers l'utérus, et d'une autre part le temps souvent fort long pendant lequel sperma-
(1) Journal de plujsiologie de Brown-Séquard, t.!'', i858.
tozoïdes et ovule conservent leur intégrité, expliquent très aisément comment la fécondation peut avoir lieu dans toute l'étendue de la trompe aussi bien que sur l'ovaire lui-même et jusque dans l'épaisseur des parois utérines ; les opinions formulées sur ce point nous paraissent au moins trop exclusives, car le laps de temps écoulé entre le coït fécondant et la chute de l'ovule indique toutes les variétés possibles.
Phénomènes concomiiants du côté de l'utérus. Menstruation. — On donne le nom de menstrues, de règles, etc., à un écoulement périodique sanguin qui se fait par les voies génitales de la femme.
L'époque d'apparition et de cessation de celte fonction importante, la quantité et les qualités du sang perdu, la durée de l'écoulement, l'intervalle qui sépare le retour des menstrues, sont étudiés par les physiologistes. Les modernes ont eu le mérite de découvrir la relation directe qui existe entre la puberté, le rut, la fécondité, la rupture de la vésicule de de Graaf, la chute de l'ovule, la congestion utérine et l'hémorrhagie cataméniale. IN'e pouvant entrer dans des détails explicites, nous renvoyons le lecteur aux beaux travaux de MM. Négrier, Gendrin, Pouchet, Raciborsky, Coste, Bischoff et d'autres; nous voulons cependant exposer brièvement les causes anatomiques de la congestion et de l'hémorrhagie utérines, causes récemment mises en lumière par les beaux travaux de notre ami le professeur Rouget, un de nos plus habiles anaiomisies {Journal de physiologie de Brovvn-Séquard, 1858). Il résulte de ses recherches qu'à l'époque de la maturité de la vésicule ovarienne, les riches plexus utéro-ovariques deviennent le siège d'une congestion intense et durable qui se continue pendant plusieurs jours, hâle d'une part la rupture de la vésicule, par conséquent la chute de l'œuf, et d'autre part distend les capillaires de la muqueuse du corps de l'utérus jusqu'à provoquer leur rupture. Ces plexus forment vers le hile de l'ovaire et le long des bords latéraux de l'utérus une masse vasculaire volumineuse formée de vaisseaux entrelacés d'apparence variqueuse, et simulant une sorte de corps érectile. Cette disposition caverneuse se rencontre aussi bien dans l'épaisseur même de la paroi utérine qu'à l'extérieur.
Le sang amené par les branches nombreuses et volumineuses des artères utéro-ovariques stagne dans ces plexus par suite d'un obstacle à la circulation en retour qui résulte des rapports des veines susdites avec les fibres propres de l'utérus et les faisceaux musculaires lisses abondamment répandus dans les ligaments latéraux de la matrice.
Pour compléter l'analogie de cet appareil vasculaire avec celui des organes érectiles de l'homme, M. Rouget a démontré que les artères utéro-ovariques présentaient des flexuosités et un mode de distribution qui rappellent fidèlement la disposition attribuée aux prétendues artères hélicines. Il résulte de cette étude nouvelle des vaisseaux utérins que la congestion dont la matrice est le siège pendant les règles, est assimilable à une véritable érection. Cette théorie, appuyée sur des
dissections nombreuses, sur l'exameii physiologique des phases du phénomène et sur des raisonnements solides, satisfait pleinement l'esprit, et jette une vive lumière sur les anomalies et les dérangements de la fonction, d'où des déductions d'un grand intérêt pour la pratique.
Elle explique encore comment la chute de l'œuf et l'écoulement sanguin coïncident le plus souvent ; comment la congestion ovarique et la congestion utérine sont solidaires et connexes, mais comment aussi elles sont jusqu'à un certain point indépendantes, de façon que l'absence de l'une ne suppose pas nécessairement l'absence de l'autre, etc.
Les modifications survenues dans la muqueuse utérine à la suite d'une congestion prolongée pendant quelques jours sont assez considérables pour amener accidentellement le décollement de cette membrane en dehors de l'état de grossesse et son expulsion sous forme de pseudo-caduque, dans une maladie nommée dysménorrhée memhra^ neuse.
ÉVOLUTION DE l'OEUF.
L'évolution de l'œuf commence à partir du moment où il est fécondé ; les modifications les plus importantes qu'il éprouve consistent dans son accroissement en volume et dans les changements que subit son contenu. Ces premières métamorphoses s'opèrent pendant le temps que l'ovule met à traverser la trompe pour parvenir à l'utérus. Ce temps, il faut le dire, n'est pas exactement connu dans l'espèce humaine ; il en est de même des premières phases du développement de l'embryon humain ; c'est à l'aide d'expériences nombreuses, faites sur les animaux, qu'on a pu acquérir les notions que nous allons exposer.
Du reste, ces observations ont été faites sur des espèces animales assez voisines de l'homme (^brebis, lapine, chienne, etc.), pour qu'on puisse, sans forcer l'analogie, en tirer des conclusions relatives à notre espèce. Résumer en quelques pages ce sujet qui comporle des volumes , est une tâche difficile que nous allons néanmoins chercher à accomplir.
Dans l'état actuel de la science, aucun fait concluant ne prouve que l'œuf ait été vu dans la matrice de la femme avant le dixième ou le douzième jour après la conception (Cazeaux) ; les observations contraires n'ont pas une authenticité suffisante. Notons, en passant, que la progression de l'œuf est rapide dans la moitié externe de la trompe, beaucoup plus lente au contraire dans sa moitié interne.
En regardant comme démontré que la fécondation a lieu aux environs de l'ovaire, il est facile de comprendre l'utilité de la lenteur avec laquelle l'ovule parcourt la trompe pour que la matrice puisse se préparer à le recevoir et à le retenir sur sa paroi interne.
Quoi qu'il en soit, les œufs qu'on observe dans l'utérus à l'époque la plus prématurée présentent déjà des changements très notables.
1° A l'extérieur, les granulations du cumwhïs proliger, que l'ovule