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CHANGEMENTS SUBIS PAR L'ORGANE GESTATEUR

Tandis que l'œuf se développe comme nous venons de le voir, il se passe dans les organes de la mère une série de modifications très importantes qui portent principalement sur la matrice tout entière, et surtout sur sa muqueuse. Les changements que la grossesse imprime au tissu musculaire de l'utérus, à ses vaisseaux, à ses nerfs, à ses lymphatiques, ont déjà été décrits dans ce livre ; la muqueuse à l'état normal a été aussi étudiée, nous allons passer sur-le-champ à l'étude de la membrane caduque. H est incontestablement prouvé aujourd'hui que cette membrane provient de l'exfoliation de la muqueuse utérine hypertrophiée d'abord, puis considérablement distendue par suite de l'énorme dilatation de la cavité de l'organe geslateur. Qu'il nous soit donc permis d'exposer simplement la théorie nouvelle sans discussion, ni historique.

Le travail dont la muqueuse utérine est le siège commence de très bonne heure. Pendant les huit ou dix premiers jours qui s'écoulent depuis la fécondation jusqu'à l'arrivée de l'ovule dans la matrice, la muqueuse présente une congestion considérable, elle devient très vasculaire, s'hypertrophie dans tous ses éléments ; de telle sorte qu'ayant acquis un développement beaucoup plus grand que la cavité formée par le tissu propre de l'utérus, elle offre un grand nombre de plicatures qui figurent des circonvolutions ; devenue molle, lomen- Icuse, elle comble ainsi la majeure partie de la cavité de la matrice.

EMBHYOLOGIE.

Toutes les fois qu'on pourra examiner la caduque à cette époque, on la verra former une large poche triangulaire représentant rigoureusement la forme de la cavité utérine, et offrant trois pertuis, dont l'inférieur n'est autre que l'ouverture naturelle qui sépare le col du corps, et dont les deux autres, supérieurs et latéraux, répondent aux orifices des trompes. Les choses en sont là quand l'ovule fécondé parvient dans la matrice. Il y arrive nécessairement par une des trompes ; à son entrée il ne tarde pas à rencontrer quelqu'une des anfractuosités de la caduque et il s'y arrête : c'est le plus communément au voisinage de la trompe qu'il élit domicile. Sa fixité est bientôt assurée par

FiG. ]96. — Membrane caduque; enchalonnement de l'ovule à so)i arrivée dans l'utérus; formation de la caduque réfléchie.

\. L'ovule revêtu, à sa surface, des villosités du premier chorion. — 2,2. Coupe du bourrelet circulaire qui vëg'èle tout aulour de l'ovule, et qui formera la caduque réfléchie ou fœtale. — 3. Caduque maternelle formée par la muqueuse utérine hypertrophiée. — i. Corps de l'utérus. — 5. Orifice inférieur de la caduque correspondant à l'ouverture du co! utérin. — 6. Ouverture latérale et supérieure répondant à l'ouverture de la trompe. — 7. Cavité utérine. Ces orifices et celte cavité sont bouchés par l'épaissi-sement considérable de la muqueuse, et par une sécrétion albumineuse épaisse. — De a en b, portion de la caduque maternelle qui répond directement à l'ovide, et qui deviendra la caduque inter-utéro()lacL'nlaire. — c. Point où Povule répond à la grande cavité utérine avant d'êtïe complètement enchalonné par la caduque réfléchie.

CADUaUE. 889

un mécanisme remarquable clairement exposé par M. Coste, et qui explique d'une manière très satisfaisante la formation de ce que l'on appelle la caduque réfléchie. Tandis que la membrane vitelline émet des villosités nombreuses destinées à s'implanter dans la muqueuse, celle-ci végète de son côté tout autour de l'ovule, et commence à former, à la périphérie de ce dernier, un bourrelet circulaire (fig. 196. 2, 2) -, ce bourrelet augmente incessamment, emprisonne l'ovule dans une sorte de cupule profonde, dont la circonférence libre dès qu'elle a dépassé cet ovule, se rétrécit peu à peu au-dessus de lui et fmil par l'envelopper complètement, comme une bourse qu'on ferme enveloppe son contenu. M. Coste a très heureusement comparé cette formation à ce qui se passe lorsque les bourgeons charnus exubérants d'un cautère enchâssent et recouvrent le pois placé dans la petite plaie.

La caduque réfléchie n'est donc autre chose qu'une végétation de la muqueuse utérine ; on peut voir, pendant quelque temps, la trace du pertuis provenant de la soudure de la circonférence libre du bourrelet caducal.

Ainsi fixé, l'ovule grossit, il distend la nouvelle enveloppe qu'il vient d'acquérir; mais si l'on étudie ses nouveaux rapports, on voit qu'il n'est en contact avec la caduque réfléchie que dans les trois quarts environ de son étendue. En effet, il touche toujours la muqueuse primitive dans le point où il a commencé à se fixer ; cette portion de caduque, si limitée d'abord, s'agrandira peu à peu à mesure que l'œuf grossira; le développement vasculaire y deviendra excessif, et elle prendra enfin le nom de placenta maternel. Dans les premiers temps on désigne ce point particulier de la muqueuse utérine sous le nom de caduque inter-utéroplacentaire {ûg. 196, a, 6).

En résumé, à la fin du premier mois, la muqueuse de la matrice aura non - seulement changé d'aspect dans sa totalité, mais encore donné naissance à des productions' nouvelles, ou modifié son tissu pour nourrir l'ovule, le fixer, et assurer ultérieurement les connexions les plus intimes entre la mère et l'enfant ; on peut dès lors lui distinguer trois parties ou segments :

1" La caduque proprement dite, ou maternelle (fig. 196. 3) ;

2° La caduque réfléchie, ou fœtale (fig. 196. 2) ,

3" La caduque interutéro-fœtale, ou placentaire (fig. 196, a, b).

Nous allons décrire rapidement ces trois parties.

Caduque maternelle. — Véritable chorion malernel ejlerne, elle comprend la totalité de la muqueuse ancienne, moins la portion restreinte qui répond directement à l'œuf. D'abord hypertrophiée et très vasculaire, elle s'accroît par le fait d'une véritable nutrition exagérée; à partir du commencement du troisième mois, ce travail hypertrophique cesse, l'ampleur augmente néanmoins toujours, mais c'est grâce aux plis qui s'étalent et à l'épaisseur qui diminue. Cette dilatation marche ainsi lentement jusqu'au quatrième mois ; au septième mois la

caduque, devenue anhiste, présente à peine un milliuièlre d'épaisseur.

Dans les premiers temps de son développement, la caduque maternelle adhère fortement au tissu utérin sous-jacent; lorsque au contraire elle s'atrophie, celte union diminue en raison de la formation en dehors d'elle d'une nouvelle muqueuse qu'on trouve déjà bien développée lors de l'accouchement.

Un phénomène inverse s'observe vers la face interne de la caduque. D'abord libre et recouverte seulement par une sécrétion liquide plus ou moins abondante, cette face, lorsque l'œuf grossit, se trouve en contact avec la caduque réfléchie ; les deux membranes, d'abord distinctes, finissent par s'accoler et se confondre en s'atrophiant simultanément : elles sont du reste destinées à tomber ensemble lors de l'accouchement.

Caduque réfléchie, épichorLnn, chorion maternel inlerne. — Nous ne développerons pas longuement son histoire. Nous l'avons vue envelopper l'ovule, ajoutons qu'elle s'accroît par le fait d'une formation nouvelle. Par sa face externe lisse, elle se met en rapport avec la caduque maternelle, tandis que sa face interne, molle, inégale, tomenteuse, se laisse pénétrer par des villosités choriales. La caduque réfléchie partage le sort de la muqueuse entière; elle cesse de s'accroître vers le troisième mois, elle commence alors à se distendre, à s'amincir; elle devient hyaline, résistante^ mince et privée de vaisseaux, bien avant le terme de la gestation.

La troisième partie de la caduque, appelée caduque inler-uléroplacentaire, a été décrite par M. Jacquemier sous le nom de placenta maternel. C'est la seule portion de la muqueuse utérine qui échappe à l'atrophie pendant les derniers mois de la grossesse : elle correspond exactement à cette région de l'allantoïde, dans laquelle le développement vasculaire énorme et incessant donne naissance au placenta fœtal, tandis que le chorion perd peu à peu ses vaisseaux. Avant de décrire le placenta, dont nous connaissons maintenant les éléments, rappelons un fait important acquis à la science, surtout par les travaux de Ch. Robin. En quelque point de son étendue, à quelque époque de son développement que l'on examine la caduque maternelle, fœtale ou placentaire, on y retrouve toujours les éléments anatomiques normaux delà muqueuse utérine. Ainsi on peut y constater les éléments fibro-plastiques , les glandes tubuliformes*î»4'épithélium vibratile et cylindrique, qui caractérisent cette muqueuse. Ce dernier élément seul éprouve des modifications considérables dont nous dirons un mot plus loin, [ics différences d'épaisseur, d'aspect, de consistance sont dues à des proportions inégales de matière unissante amorphe, d'éléments fibro-plastiques, et surtout de vaisseaux.

Placenta. — Destiné à greffer définitivement le fœtus sur l'org'ane gestateur de la mère, le placenta se compose de deux parties que nous allons sommairement décrire.

l*^ Placenta fœtal. — On se souvient que lorsque la vésicule allan-

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