‹ Nouveau traité élémentaire et pratique des maladies mentales suivi de considérations pratiques sur l'administration des asiles d'aliénés [electronic resource]Chapitre 33 sur 95 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

STUPIDITÉ

Synonymie. - S^Mpewr, stupidité, mélancholia attonita-caialeplica, hyperphrenica ; star-

res, irrfûhlen, phrénoplexie, extase.

Considérations préliminaires. — Sous le nom de stupidité les auteurs français ont désigné une forme particulière d'aliénation mentale dans laquelle des manifestations délirantes peuvent s'observer, mais qui a pour symptôme caractéristique un état de stupeur, et l'impossibilité plus ou moins marquée dans laquelle se trouve le malade de coordonner ses idées, d'apprécier la nature de ses sensations, et surtout d'accomplir les actes de la volonté nécessaires à la vie de relation.

La stupew\ d'où dérive le nom de stupidité, donnée à l'affection dont nous résumons les principaux symptômes, est un phénomène que l'on constate, ainsi que nous le verrons plus loin, dans les circonstances les plus diverses. Elle résulte d'une prostration morale et intellectuelle qui peut être portée au degré le plus élevé, et par. suite d'une suspension plus ou moins complète de l'exercice des fonctions psycho-cérébrales. Elle présente naturellement des formes variables, suivant les circonstances au milieu desquelles elle vient à se développer.

La stupeur se produit quelquefois brusquement, à la suite par exemple d'une émotion soudaine, violente ■ elle se dissipe alors d'habitude assez rapidement, elle semble dans ce cas résulter d'une soustraction instantanée des forces nerveuses. Chez les aliénés elle se manifeste, le plus souvent, à la suite d'un état mental plus ou moins ancien dont elle constitue pour ainsi dire le degré le plus accentué.

La stupeur peut être aussi la conséquence d'une lésion traumatique du crâne, d'un coup, d'une chute de la tête, d'une commotion cérébrale ; quelquefois elle survient sous l'influence de l'action des narcotiques, ou bien on la rencontre dans le cours de certaines affections aiguës, de fièvres adynamiques, etc. Dans ces différents cas, que nous n'avons pas ici à examiner, elle se dissipe plus ou moins rapidement.

Historique. — Pinel a, le premier, appelé l'attention sur cette forme de maladie qu'il avait confondue, sous le nom d'idiotisme, avec l'arrêt de développement des facultés intellectuelles.

Certaines personnes, dit cet auteur, douées d'une sensibilité extrême, peuvent recevoir une commotion si profonde, par une affection vive et brusque, que toutes les fonctions morales sont comme suspendues ou oblitérées. Il cite fice sujet, entre autres exemples remarquables, celui d'un jeune artilleur qui, dans une action sanglante, voit son frère tué

STUPIDITE

d'un coup de feu à côté de lui; à ce spectacle, il reste ^«^^b ^ comme une statue, et, chose remarquable, son arrivée dans cet état à a maison paternelle fait une telle impression sur le troisième fi s de la même famille, et le jette dans une telle consternation et une te le stupeur, que rien ne réalisait mieux cette immobilité glacée demoi, qu'ont peinte tant de poètes anciens et modernes.

D'après cet auteur les affections morales, comme les fonctions de l'entendement, semblent entièrement suspendues dans certams cas, et cette sorte de stupeur apathique porte tous les caractères d un idiotisme passager : regard fixe sans expression, immobilité automatique, point de paroles, point de geste expressif; indifférence absolue pour

toute espèce d'aliments, etc .

Esquirol avait considéré la stupidité comme une forme particulière de démence à laquelle il avait donné le nom de démence aiguë, forme susceptible de guérison ; son invasion, ajoute cet auteur, est plus brusque que la démence chronique, elle guérit facilement à l'aide du régime, des toniques, etc.

Esquirol cite, entre autres, l'observation remarquable d'un malade qui passait alternativement d'un état d'agitation à un état contraire de stupeur. On le voyait alors la tête penchée, les yeux fixes et ternes, uneinsensibilité complète pour les objets extérieurs; il reste à la place où on le met, on est obligé de l'habiller. Une mucosité abondante s'écoule de la bouche et du nez ; l'émission de l'urine est involontaire ; il refuse de prendre des aliments ; il serre la mâchoire lorsqu'on veut lui faire prendre quelques liquides : il garde un silence absolu que rien ne peut vaincre; dans les courtes périodes de lucidité qu'on observe chez lui, il cause volontiers et gaiement. L'interroge-t-on sur ce qui se passe en lui, dans la période de stupeur? « Dans cet état, dit-il, mon intelligence est nulle, je ne pense pas, je ne vois et n'entends rien; si je vois, si j'apprécie les choses, je garde le silence, n'ayant pas le courage de répondre; mes sensations sont trop faibles pour qu'elles agissent sur ma volonté. »

Esquirol ajoute que plusieurs aliénés, dans cet état, peuvent être dangereux, et qu'il importe de les surveiller attentivement, parce que, sortant par intervalle de leur habituelle stupeur, ils cherchent à se livrer aux actes les plus funestes.

Georget a également admis que cette affection est caractérisée par la suspension des facultés cérébrales, la confusion des idées et l'obtusion -de l'intelligence. Les malades dont il cite l'observation ont déclaré que, pendant l'état étrange dans lequel ils se trouvaient, ils ne pensaient à rien; que les idées leur venaient quelquefois à l'esprit en grand nombre, mais si confusément, qu'il leur était impossible d'en rendre aucune.

Dans un important travail qu'il publia en 1833, M. Etoc Demazy considérait la stupidité comme une complication de la monomanie et de la manie; elle consisterait, suivant lui, tantôt dans une simple diminution

PATHOLOGIE SPÉCIALE, des facullés sensitives intellecLuelles et morales, tantôt dans la cessation complète de toutes les fonctions de la vie de relation; il en rattacherait la cause organiquë à l'infiltration de sérosité dans les hémisphères du cerveau. ' ' '

Cette dernière opinion est partagée par Guisiain.

M. BaiUarger (1), dans de nouvelles recherches sur ce sujet s'est surtout attaché à démontrer la conservation même de l'exercice des facultés chez les individus atteints de cette forme de maladie • il la considère comme une variété du délire mélancolique, et chez les malades qui en sont atteints, ait-il, il n'existe pas une suspension des facultés mais des idées déhrantes de nature triste, et un délire sensorial plus ou moins en rapport avec des idées délirantes.

D'autres auteurs, parmi lesquels nous citerons les docteurs Sauze Aubanel, Morel, Marcé, Delasiauve, ont également émis sur ce sujet des opmions plus ou moins contradictoires.

Nous ne poursuivrons pas davantage cette recherche historique et cet aperçu des opinions divergentes émises par les médecins qui se sont occupés de cette maladie. Pour nous, la stupidité repose sur une suspension plus ou moins complète des facultés, qui peut être dans quelques cas portée jusqu'à ses plus extrêmes limites. L'exercice imparfait de la vie intellectuelle, lorsqu'il a lieu, est lui-même la preuve de cet état de suspension ; c'est en effet le chaos, la confusion au milieu de laquelle les malades ne peuvent se reconnaître, et, comme le fait fort bien remarquer M. Baillarger, il y a chez eux perte de conscience, du temps, des lieux, des personnes, et, ajoute-t-il, même suspension de la volonté.

La stupidité, lorsqu'elle ne se manifeste pas comme une affection primitive, peut présenter dans son expression la plus générale les éléments des affections mentales auxquelles elle succède, c'est ce que nous verrons plus tard ; si par exemple elle succède à la lypémanie, ce qui a lieu le plus ordinairement, elle conservera les idées fixes, les hallucinations, les terreurs, les sentiments de méfiance de l'affection première. Mais il n'en est pas moins vrai qu'elle correspond, une fois développée, à une disposition spéciale de l'esprit, qu'alors elle a sa manière d'être, ses symptômes, ses complications, qu'elle reconnaît des indications thérapeutiques particulières, et qu'elle doit être par conséquent l'objet d'une étude et d'une description à part.

On pourrait se demander si la dénomination de stupidité, pour désigner l'une des formes les plus remarquables d'aliénation, est une expression heureusement choisie. Sous ce nom, on le sait, on comprend communément un individu dépourvu de jugement et d'idée; un sot, en un mot, que caractérise la nullité de la pensée.

(I) Baillarger, Ann. méd.-psych., 18i3.

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La stupidité que nous observons chez les aliénés est toute autre chose : l'individu, frappé de stupeur, n'est nullement un individu dépourvu d'intelligence, etil serait préférable de trouver, sous ce rapport, une expression moins vulgaire et surtout plus scientifique.

Quoi qu'il en soit, la stupidité se manifeste dans les conditions les plus diverses : tantôt elle se montre comme une transformation de certaines variétés d'aliénation mentale, de la manie, de la lypémanie, dans lesquelles la tension et l'épuisement des forces morales et intellectuelles ont été portés au plus haut degré ; tantôt, au contraire, elle se produit d'emblée et plus ou moins lentement, à la suite d'un affaiblissement du système nerveux, comme dans les cas d'anémie profonde, après des excès » vénériens répétés; quelquefois encore elle survient brusquement, après des impressions morales violentes, des attaques épileptiques, après des accès maniaques intenses dans lesquels s'est produite une déperdition plus ou moins rapide des forces nerveuses.

Elle présente par conséquent des symptômes variables et des formes diverses que nous tâcherons de résumer.

Symptômes. — L'individu atteint de stupidité présente, quelle que soit la cause qui a présidé au développement de sa maladie, une physionomie caractéristique, mais qui peut elle-même indiquer des dispositions d'esprit différentes : tantôt la figure empreinte de stupeur exprime en outre la frayeur et les sensations pénibles qu'éprouve le malade; alors les traits sont contractés et le regard profondément triste dénote cependant, par l'animation qu'il montre, l'activité persistante de la pensée.

Tantôt, au contraire, tout en conservant l'expression de la stupeur, les traits sont relâchés et le regard incertain ; tout semble démontrer l'inertie de la pensée et l'absence véritable de l'activité psycho-cérébrale.

Cette différente expression que revêt la physionomie, soit de frayeur avec étonnement, soit d'inertie plus ou moins complète, correspond assez bien à deux situations psychologiques essentiellement distinctes, qui présentent également au point de vue du pronostic des indications particulières.

Dans un cas ordinairement moins grave, les idées délirantes et les troubles de la sensibilité générale peuvent être portés au plus haut degré; dans l'autre cas, au contraire, d'un pronostic plus défavorable, les manifestations délirantes n'existent plus, ou, si elles existent pour ainsi dire à l'état de germe, elles ne sauraient plus exercer sur l'esprit de l'individu aucune espèce d'influence.

Les yeux, chez le stupide, à demi fermés, fixent le même objet ou sont quelquefois timidement dirigés à terre ; les pupilles sont tantôt dilatées, tantôt fortement contractées; la dilatation semble correspondre à un défaut d'énergie de l'activité cérébrale.

Dans la forme la plus intense de la stupidité, on rencontre le plus sou-

vent la contraction des pupilles. L'inégalité pupillaire est, on le sait, un signe défavorable qui peut faire craindre une complication de paralysie.

L'altitude du stupide est remarquable ; elle indique le défaut de spontanéité qui est le signe distinctif de celte affection. (Voir planche III.) Le malade se tient accroupi sans paraître s'occuper de ce qui se passe autour de lui ; triste, taciturne, la tête baissée, lorsqu'on parvient à le faire sortir de son mutisme, on le voit répondre avec une sorte d'incohérence ; la lenteur de la pensée, le vague des idées dénote la confusion et l'embarras de l'intelligence (1).

Sa tenue est malpropre, ses cheveux en désordre, il laisse couler librement la salive et les sécrétions nasales. Il reste assis ou debout comme une statue, silencieux, la tête inclinée sur la poitrine ; les mains bleues, froides, pendantes, gardent la position qu'on leur donne, ou retombent par leur propre poids quand on les abandonne à ellesmêmes (2).

Le ptyalisme est chez quelques malades porté au plus haut degré; la salive visqueuse, fétide, s'échappe des deux côtés des lèvres, ou bien elle est retenue dans la bouche, et ce n'est que lorsqu'on force l'individu à l'ouvrir qu'elle s'écoule en quantité plus ou moins considérable; elle peut être gardée par quelques malades pendant plusieurs heures, et alors elle répand une odeur fétide. Ce sy mptôme paraît être d'un augure assez défavorable.

Les individus atteints de stupeur présentent une insensibilité plus ou moins marquée, non-seulement aux stimulants d'ordre moral et intellectuel, mais encore aux stimulants physiques; il y a lieu de faire, sous ce rapport, une distinction importante suivant le degré même et la forme que présente l'affection mentale ; tantôt l'insensibilité est absolue, complète, on peut pincer, piquer, torturer les malades de diverses manières, exciter les muqueuses sans qu'ils donnent, sous l'inQuence de la douleur, le moindre signe de réaction, et plus tard ils affirment n'avoir rien ressenti.

Dans d'autres circonstances, les sensations douloureuses ressenties par les malades se confondent au milieu du trouble et de la confusion de leurs idées, avec les impressions de toutes sortes internes ou externes, et avec les illusions sensoriales dont ils sont le jouet ; il leur est dès lors impossible de faire sous ce rapport aucune distinction, tout se mêle et se confond dans leur esprit.

L'individu peut très-bien sentir la douleur, la preuve en est dans la contraction même des traits de la figure lorsqu'on le pique, ou qu'on le pince; seulement il ne fait aucun mouvement pour se soustraire aux

(1) Sauze, Ann. méd.-pyclu, 1853, p. 259,

(2) Erlenmeyer, op. cit.

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souffrances qu'on lui fait éprouver ; il les prend pour des épreuves qu'il doit subir, etil les rattache simplement àl'ordre des convictions délirantes qui le dominent.

Les diverses fonctions organiques s'accomplissent d'ailleurs d'une manière assez régulière, cependant les malades, par suite de l'insensibilité et du défaut d'initiative qu'ils montrent oublient la faim, la soif, • et ils succomberaient fatalement à la privation qu'ils s'imposent, si l'on ! n'avait soin de pourvoir à leurs besoins les plus urgents. L'absence des soins que leur situation réclame est certainement le plus grand danger ' qu'ils peuvent courir.

Cette espèce d'inertie danslaquelle ils se maintiennent, la lenteur des imouvements, le défaut d'exercice, finissent par apporter une entrave jplus ou moins fâcheuse au jeu normal des fonctions de l'économie. La respiration, la circulation se font souvent d'une manière insuffisante ; lies mouvements respiratoires, faibles et ralentis, donnent lieu à une , hématose incomplète, à l'embarras de la circulation et aux diverses I complications qui en résultent; de là la cyanose, le refroidissement et : l'œdème des extrémités, l'infiltration des paupières, etc.

Le pouls est variable, quelquefois fréquent et précipité, d'autres fois I ralenti; il participe alors à la torpeur qui a envahi les principales fonc- Itions.

Chez les femmes, la menstruation est ordinairement supprimée, le 1 retour de cette fonction est l'indice d'une guérison prochaine.

Mais c'est surtout au point de vue de l'état mental que la stupidité I présente des particularités intéressantes à étudier; sous ce rapport on I peut admettre deux formes principales: dans l'une l'affection s'accompagne d'un déhre sensorial des plus manifestes; dans l'autre le délire in'existe pas, ou les idées délirantes, si elles existent, sont fugitives et ne [paraissent exercer aucune influence sur l'individu.

On pourrait admettre une troisième forme dans laquelle la stupeur wient se confondre avec l'extase et la catalepsie, dont elle emprunte les (caractères principaux, c'est la stupidité extaliforme, cataleptiforme ; on (constate alors des hallucinations affectant souvent un caractère religieux, dans lesquelles toutes les facultés viennent se concentrer; dans la forme (Cataleptique les malades conservent, nous le verrons, pendant un Uemps plus ou moins long, la position qu'ona imprimée à leurs membres.

En définitive, les manifestations délirantes chez les aliénés atteints cde stupidité, sont marquées au coin delà confusion la plus extrême et de ll'absence des notions, en dehors desquelles tout raisonnement logique (devient impos sible ; c'est ainsi que l'on voit disparaître les idées d'espace, de durée, de lieux, etc. ; les combinaisons intellectuelles qui en résultent rappellent, dès lors, celles qui se manifestent pendant le rêve; chez le rêveur comme chez le stupide il y a suspension de la volonté. Les malades dans la stupidité éprouvent en général des sensations

pénibles; tout ce qu'ils remarquent leur paraît étrange; ils ont les frayeurs les plus singulières; ils craignent d'affreux supplices; ils interprètent dans le sens de leur délire tout ce qui se passe autour d'eux; c'est en général dans la stupeur, suite d'alcoolisme, qu'on voit les terreurs portées au plus haut degré.

Sous l'empire des idées qui les dominent, des hallucinations auxquelles ils sont en butte, on voit quelques-uns d'entre eux opposer une singulière force de résistance pour se soustraire aux prescriptions dont ils sont l'objet, et aux mesures prises dans leur intérêt ; ils refusent de boire, de manger, de se laisser soigner, et ce n'est qu'avec les plus grands efforts qu'on arrive à leur faire accomplir les actes nécessaires à la conservation de leur existence.

La lutte qu'on est alors obligé de soutenir avec eux les jette dans une violente surexcitation ; lorsqu'ils sont à bout de résistance, on les voit se soumettre avec résignation, en versant des larmes abondantes. Cette obstination n'a d'autre raison d'être que les préoccupations elles appréhensions qui ne cessent de les tourmenter.

Il n'estpas rare de voir quelques-uns de ces malades selivrer tout à coup à des actes impulsifs, violents, contre eux-mêmes ou contre les personnes qui les entourent. La conscience du trouble qui se passe en eux persiste le plus souvent, et plus tard ils peuvent donner des explications sur les sensations qu'ils éprouvaient et l'espèce d'automatisme et d'impuissance à laquelle ils étaient réduits.

La stupidité présente, on le voit, des signes caractéristiques ; elle ne doit pas être confondue avec quelques états plus ou moins analogues que l'on observe dans certaines formes d'aliénation. Par exemple, on voit des aliénés se renfermer dans un silence obstiné, par suite de convictions fausses qui les dominent; d'autres se maintiennent dans un état d'immobilité complète pour obéir à des voix qu'ils entendent, à des ordres qu'ils croient recevoir ; mais dans tous ces cas on ne remarque pas les caractères que la stupeur imprime à la physionomie et à l'attitude du malade. De même dans l'amnésie l'individu, faute de mémoire, ne peut fournir les renseignements qu'on lui demande, mais on n'observe pas alors cet état passif qui caractérise la stupeur.

Fréquence, pronostic. — Suivant le docteur Sauze, la stupidité serait plus fréquente chez les hommes que chez les femmes; son maximum de fréquence aurait lieu de 20 h 30 ans; elle est ordinairement curable, et n'expose pas aux récidives ; sa durée serait de plusieurs mois; le pronostic est grave quand elle dépasse une année. Le pronostic dépend d'ailleurs des circonstances au milieu desquelles elle prend naissance. Lorsque, au milieu de la confusion des idéeson observe des préoccupations de grandeur, l'inégalité pupillaire, le tremblement fibrillaire des muscles, de la langue, des lèvres, on peut craindre une terminaison fâcheuse ; elle est enBn, dans quelques cas, la période de transition en

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d'autres formes d'aliénation à la démence; l'on ne larde pas alors à observer les signes qui viennent annoncer cette regrettable transformation.

Stupeur dans quelques affections. — Il nous reste à exammer succinctement lescirconstancesaumilieu desquelles lastupidité se développe et les différentes variétés qu'elle présente.

Elle peut, comme nous l'avons dit, survenir d'emblée avec les caractères qui lui sont propres, à la suite par exemple d'émotions violentes, de mouvements passionnés, etc.

Elle disparaît alors rapidement au fur et à mesure que s'affaiblit la vivacité de l'impression qui l'a fait naître; quelquefois elle a une durée plus longue, plusieurs semaines, plusieurs mois.

Une jeune fille, par exemple, intelligente, laborieuse, se laisse séduire par un jeune homme qui depuis longtemps lui faisait la cour. Celui-ci apprenant qu'elle est enceinte s'emporte contre elle, la frappe, la met à la porte, en la prévenant que si jamais elle lui apporte son enfant, il le jettera par la fenêtre. Aussitôt sa figure s'altère, son regard devient inquiet, ses membres s'agitent d'un tremblement convulsif, puis elle tombe dans un état de profonde stupeur qui la rend complètement étrangère à ce qui se passe autour d'elle; de temps à autre on l'entend prononcer les mêmes mots entrecoupés : « Adolphe, Adolphe, dit-elle, ne jette pas l'enfant par la fenêtre. » Quelques jours après l'accès de délire avait entièrement disparu. On pourrait citer, sous ce rapport, nombre d'exemples analogues (1).

La fièvre typhoïde détermine, on le sait, dès les premiers jours de son iinvasion, un état de stupeur qui ne tarde pas à faire des progrès plus (OU moins considérables au fur et à mesure que se développe la maladie. iCelte sorte de stupeur aété confondue dans quelques cas aveclastupidité ides aliénés, et nous avons vu plus d'une fois des erreurs de diagnostic ise commettre sous ce rapport. Il suffit d'être prévenu à cet égard pour (examiner plus attentivement les signes caractéristiques de la fièvre typhoïde, l'état fébrile, les fuliginosités de la langue, la pulvérulence des narines, le ballonnement et la sensibilité du ventre, les taches lenticulaires, etc.

Mais il n'est pas rare de voir pendant la période de convalescence de cette maladie, par suite de l'ébranlement subi parle système nerveux, de l'épuisement des forces et de l'état d'anémie profonde, survenir une forme plus ou moins grave de stupidité ; on remarque alors des périodes d'excitation submaniaque avec lesquelles elle alterne; elle se caractérise en général par des hallucinations qui rappellent celles que l'on observe dans les accès d'alcoolisme aigu : les malades ont des frayeurs, ils voient des animaux à formes plus ou moins bizarres, des loups, des sangliers, ils entendent des bruits étrangers, des cris, etc. Les accidents

(1) Ann, méd.-psych.

se dissipent d'habitude assez rapidement en môme temps que les forces se rélablissent.

On a encore désigné, sous le nom de stupeur traumatique, cet état nerveux, celte espèce de torpeur môlée de craintes, qui s'empare de malheureux blessés à la suite de blessures graves qu'ils peuvent avoir éprouvés, de la perte d'un membre, d'un écrasement considérable du thorax, des doigts, des testicules, à la suite d'affreuses brûlures, etc. Certains individus y sont particulièrement prédisposés; les gens nerveux, épuisés, découragés, les soldats par exemple après la perte d'une bataille.

Les congestions cérébrales, les chutes, les coups sur la tête, l'insolation, lorsqu'elle s'ajoute à des fatigues et à la privation de nourriture, peuvent déterminer un état de stupeur mêlée d'excitation maniaque à forme ambitieuse; on observe en môme temps dans les gestes, les actes du malade, quelque chose de frénétique, de convulsif qui rappelle de loin les symptômes déterminés par l'irritation et l'inflammation des méninges.

Nous avons pu observer des formes remarquables de stupidité liées à une évidente congestion du cerveau; pendant la période congestive, qui peut durer plusieurs semaines, les malades perdent entièrement la conscience des phénomènes psychologiques qui se passent en eux, et plus tard ils n'en peuvent conserverie moindre souvenir. C'est une espèce d'obtusion intellectuelle sous l'influence de laquelle les malades restent absolument étrangers à ce qui les entoure. Ils ne comprennent alors aucune des questions qu'on leur adresse, ils commettent des actes déraisonnables, instinctifs, des vols absurdes, des attentats à la pudeur dont ils ne peuvent plus tard rendre compte, qui attirent sur eux des poursuites judiciaires, et qui les ont fait considérer quelquefois comme des simulateurs.

Quand la période de lucidité reparaît, il n'est pas rare de voir persister pendant quelque temps encore la lenteur dans les opérations de l'intelligence, la difficulté, et la gêne dans l'expression et l'exercice des diverses facultés. Rien n'est en somme plus difficile que d'établir le diagnostic d'un semblable état mental.

Les habitudes d'onanisme, comme les excès vénériens répétés, sont, on le sait, une cause puissante d'épuisement nerveux; la stupidité en a été quelquefois la conséquence. On observe alors une forme mixte se rapprochant de la lypémanie misanlhropique, ou plutôt de l'hypochondrie, quelquefois elle affecte la forme de mélancolie anxieuse.

Stupidité dans raliénation mentale. — Mais la stupidité se manifeste surtout à la suite des affections mentales les plus diverses, elle alterne quelquefois avec elles, elle présente alors une physionomie et des symptômes qui rappellent la forme d'aliénation qui lui a donnC' naissance.

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Elle survient à la suite d'accès violents de manie aiguë, lorsque la surexcitation a été portée au plus haut degré, et que les forces des malades paraissent en être comme épuisées. Lorsqu'elle alterne avec des accès maniaques, on voit le malade passer successivement d'un état d'agitation considérable à un état contraire d'immobilité et de stupeur profonde; chez les enfants et les jeunes gens, avant l'époque de la puberté, on la voit souvent revêtir la forme extatique.

La stupidité peut se combiner de diverses manières avec la manie; tantôt elle se produit à la suite des accès maniaques, tantôt elle les précède, et dans ce cas l'excitation maniaque a été considérée, par Pinel et Esquirol, comme une période critique précédant la guérison ; dans d'autres cas elle alterne, comme nous l'avons dit, avec les accès d'agitation maniaque. Presque toujours l'état de surexcitation, soit qu'il précède la stupeur, soit qu'il lui succède, se manifeste avec un haut degré d'intensité; les traits de la figure sont agités de mouvements spasmodiques, la physionomie présente une expression remarquable de mobilité, le regard est vif, brillant, il a quelque chose de menaçant; le malade a des hallucinations de la vue et de l'ouïe, et de temps à autre il est dominé par des impulsions violentes.

La lypémanie est bien certainement, de toutes les formes d'aliénation mentale, celle qui détermine le plus fréquemment la stupeur; celle-ci même paraît être souvent comme la période ultime, le degré le plus intense du délire qui lui donne naissance. Dans cette nouvelle phase de leur maladie, les individus conservent les idées fixes, les craintes imaginaires, les convictions erronées qui formaient le caractère essentiel de l'alfection primitive, et c'est pour cette raison peut-être que quelques auteurs ont vu, dans la stupidité, une simple variété de la lypémanie.

C'est surtout dans les formes mentales caractérisées par des angoisses, des frayeurs, que l'on voit apparaître la stupeur, particulièrement dans la lypémanie religieuse, lorsque les malades se reprochent des crimes imaginaires, et qu'ils transforment en fautes impardonnables les faits les plus insignifiants ; la crainte de la damnation et les hallucinations en rapport avec leurs idées déUrantes continuent à les tourmenter; les sentiments d'humihté et l'état de prostration peuvent être portés au plus haut degré; il n'est pas rare d'observer en même temps des impulsions au suicide ; on peut encore rencontrer dans cette catégorie de stupides des impulsions violentes qui dénotent chez eux une profonde perversion morale.

Dans la stupeur panophobique, le sentiment de frayeur qui domine le malade donne à sa physionomie un cachet caractéristique, c'est l'attitude, la tenue de l'homme placé sous l'influence de la peur ; l'individu, le regard effaré, les traits contractés, reste immobile, fixé à la même place, il ne peut souff"rir sans ressentir les plus vives émotions l'approche des personnes les plus inoffensives.

Planche III.

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Fig. I. — Stupidité consécutive à un délire lypémaniaque ; paraît continuer à croire qu'elle doit subir les plus affreux supplices, etc. — Collection photographique du D' Hildenbrand.

Fig. II. — Stupidité consécutive à une lypémanie; prédominance d'idée de persécution. — CoUeclion photographique du D"" Hildenbrand.

Fig. III, — Stupidité survenue à la suite d'une manie aiguë ; tendance à la démence. — Collection photographique du Bonnet.

Fig. IV. — Stupidité tendant à la démence, consécutive à une manie. — Collection photographique du D' Bonnet.

Fig. V. — Stupidité cataleptiforme. Le malade garde la position qu'on imprime à ses membres; comprend les questions qu'on lui adresse, mais conserve un mutisme obtiné. État consécutif à une lypémanie-suicide, prédisposition héréditaire. — Collection photographique du D"" Hildenbrand.

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STUPIDITÉ Publié par .1.-15. Daillicrc cl l'ils.

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La Stupeur se montre aussi dans la simple dépression morale, en dehors de toute manifestation délirante apparente, lorsque, par exemple, elle est particulièrement liée à un invincible découragement et an dégoût de la vie.

On la voit dans quelques cas revêtir une forme cataleptique, ce qui lui a fait donner le nom de stupeur cataleptiforme (voir planche III, fig. V) ; elle semble dans ce cas être comme la prolongation d'une attaque véritable de catalepsie. Cette forme assez rare chez les aliénés s'accompagne souvent d'un état cachectique et d'appauvrissement du sang. Le pouvoir excito-moteur semble avoir dans ce cas disparu, les organes de la vie de relation sont entièrement soustraits h l'influence de la volonté. Le malade reste inerte, passif, incapable de faire de lui-même le moindre mouvement; il conserve plus ou moins longtemps la position qui a été une fois imprimée à ses membres, et, comme on l'a justement remarqué, ceux-ci deviennent semblables à de la cire. Les individus peuvent garder pendant des heures entières l'attitude imposée même contre les lois de la pesanteur, et la position la plus bizarre, la plus pénible; les muscles cèdent lentement à la pression qu'on exerce sur eux comme s'il s'agissait d'un corps élastique.

Les facultés intellectuelles sont-elles alors suspendues comme le sont celles qui se rapportent à la sensibilité et à la locomotion ? c'est là un point sur lequel les opinions sont partagées. Dans quelques cas les malades ne peuvent plus se rappeler, après leur guérison, les circonstances au milieu desquelles ils se sont trouvés sous l'influence de leur état de torpeur; d'autres fois ils font connaître que le délire a été très-manifeste chez eux et la production des idées très-active. En dehors des afl'ections mentales, que l'on peut rattacher à une simple lésion dynamique des centres nerveux qui rentrent dans la catégorie des névroses proprement dites, on voit la stupeur se manifester dans quelques formes d'aliénation plus particulièrement liées à une altération organique plus ou moins facile à caractériser; on l'observe par exemple dans la paralysie générale, dans les accès d'alcoolisme aigu et chez les épileptiques à la suite de quelques-unes de leurs attaques.

Dans la paralysie générale, c'est dans la forme dépressive qu'où voit la stupidité se montrer dans celte variété remarquable et exceptionnelle qui se caractérise, surtout, par un délire hypochondriaque et panophobique . M. Baillarger avait déjà fait la remarque qu'on observait chez beaucoup de paralytiques, à la première période de leur maladie, une stupeur souvent très prononcée qui pouvait se prolonger des mois entiers. Les malades restent dans une sorte d'inertie et de mutisme complet ; cet état s'accompagne de congestion de la face et ordinairementd'une inégalité des pupilles.

Mais on la voit apparaître aussi à une période avancée de cette affection, et il est alors facile de constater les signes caraclérisliques de la Daconet. 17

paralysie générale. Sous l'influence de la stupeur, les malades ne semblent p us dommés que par une seule idée déprimante dans laquelle 1 concentre leur attention ; toutes leurs facultés sont absorbée dan et e unique préoccupation ; ils répètent qu'ils n'ont plus destoma d'in es uns, que le passage est entièrement fermé aux alimen s 7^,; 1 obstruction sera d'autant plus grande que l'on fera de plus grande effor s pour introduire des aliments dans l'appareil digestif

Ces malheureux luttent fortement contre les efforts que l'on tente ZZZ'T' dans l'intérêt de leur santé, vaincre leur'résistance On es ^Oltd ailleurs, à la même place, complètement insensibles à toutesles souffrances qu'ils peuvent endurer; l'hiver, exposés aux rigueurs d un vent glacial, l'été, à la chaleur ardente d'un soleil brûlant Le pouls est généralement faible et ralenti ; l'immobilité à laquelle ils se condamnent, l'embarras de la circulation et les congestions passives qui en résultent, l'insuffisance de la nourriture à laquelle ils s'assujettissent augmen eut leur état d'affaiblissement, provoquent l'amaigrissement et 1 inliltralion des diverses parties du corps.

On comprend que le diagnostic de la stupeur simple, mélancolique avec celle qui se complique de paralysie générale doive exiger un examen attentif; l'obtusion intellectuelle et les troubles de la motilité qui en sont quelquefois la conséquence sont une cause d'erreur souvent difficile a éviter; l'étude des signes différentiels permet seule défaire celte importante distinction.

La stupeur est encore un accident fréquent de certains excès d'alcooaTI ^^^^ s'accompagne alors de manifestations délirante"^ et

d hallucinations caractéristiques. Les malades qui en sont atteints tombent dans une sorte de morne stupeur, avec perte plus ou moins complète de la conscience de leur situation.

La stupidité, chez les alcooliques, est en général de courte durée et d une guérison facile. Outre le délire sensorial et les interprétations en rapport avec ce délire, on retrouve facilement les symptômes habituels de 1 alcoolisme : la céphalalgie, le tremblement et les contractions spasmodiques des muscles de la face et des membres. La stupeur alcoolique est, quelquefois aussi, mêlée d'agitation et de mouvements désordonnés et d'un incessant besoin de déplacement qui rappelle l'excitation maniaque. L'expression d'hébétude que présente la face du malade peut être encore empreinte d'une sorte de frayeur et d'étonnement ; enfin, comme l'a fait remarquer Magnus Huss, on observe avec la trémutation fibrillaire de la langue et des lèvres la coloration jaunâtre de la peau, et la teinte violacée des muqueuses. Il n'est pas rare de voir des tendances impulsives qui poussent les individus à des actes d'homicide ou de suicide.

Dans la stupidité alcoolique on retrouve aussi les troubles de la sensibilité générale si commune dans l'accès d'alcoolisme aigu, les secous-

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ses, les crampes, les fourmillements, qui sont de la part du malade l'objet d'interprétations délirantes, qui leur font dire qu'ils sont mordus par des serpents, par des aspics, qui leur font croire qu'ils sont couverts de vermine, etc. Il en est de même des troubles visuels, et de ceux de l'ouïe, qui provoquent les hallucinations spéciales de ces organes de la sensibilité. Enfin, comme élément de diagnostic, on doit encore signaler les phénomènes morbides qui apparaissent du côté de la motilité, la raideur des articulations, la gêne apportée à l'exercice des muscles de la phonation, de la déglutition, de la respiration, les sensations douloureuses ressenties de ces différents côtés. Les attaques épileptiformes dépendant de l'alcoolisme sont quelquefois aussi suivies d'une période prolongée de stupeur.

L'épilepsie doit également être placée en tête des affections qui viennent déterminer la stupidité; on observe sous ce rapport tous les degrés possibles ; à un degré plus faible on constate comme un état habituel de l'hébétude l'embarras du raisonnement, le vague des idées, l'indécision du caractère ; à un clegré plus avancé, la lenteur inteK lectuelle, la difficulté des réponses, l'absence complète du langage trahissent l'embarras du cerveau ou l'inertie absolue de la pensée. L'expression de stupeur, chez ces malades, ne traduit, comme le remarque justement M. Delasiauve, aucun sentiment dépressif; il résulte uniquement de la suspension même de l'activité intellectuelle. Plus les attaques sont fortes, plus la stupidité présente d'intensité ; l'engourdissement moral s'affaiblit quand les accès diminuent de violence. En tout cas on doit distinguer cette forme de la variété hallucinatoire qui peut aussi se rencontrer dans l'épilepsie.

L'état de stupeur se manifeste quelquefois à la suite de vertiges épileptiques, et dans ce cas il semble être comme la prolongation du vertige lui-même. Les actes automatiques, inconscients et sans but, constituent l'un des signes caractéristiques de cette forme de maladie.

Traitement. — En résumé, la stupidité apparaît, on le voit, au milieu des circonstances les plus diverses ; on comprend dès lors que les indications thérapeutiques devront varier suivant les conditions même au milieu desquelles elle prend naissance, la forme particulière qu'elle présentera et les complications qu'elle pourra déterminer.

Il sera nécessaire de rechercher son point de départ, son mode de développement, d'examiner si elle est survenue comme forme primitive ou consécutive, de constater si elle se rattache à l'alcoolisme, à l'épilepsie, à quelque autre affection organique ou diathésique ; si elle est la conséquence de telle ou telle espèce d'aliénation ou bien encore si elle résulte d'un retentissement violent imprimé sur le système nerveux par une forte secousse morale.

Une première indication à remplir, c'est de remédier aux dangers auxquels sont exposés les malades par le fait même de l'état d'inertie et

d'immobilité auquel ils se condamnent. L'absence de senlimenl, de celui des besoins les plus urgents tels que la faim, la soif; le défaut d'exercice, l'obstacle à la circulation qui en résulte, l'atonie que les principales fonctions peuvent éprouver: telles sont les conditions qui font courir aux malheureux atteints de cette maladie les plus graves dangers.

On observe, comme phénomènes morbides secondaires, les œdèmes, les infiltrations séreuses, les congestions passives des différents organes, la rétraction musculaire et la contracture définitive des membres et même d'autres parties du corps, par suite de la position vicieuse dans laquelle les individus se maintiennent avec une sorte d'obstination.

De pareils malades, abandonnés à eux-mêmes ou livrés aux soins inintelligents et inexpérimentés des personnes qui forment leur entourage, ne tardent pas à voir leur situation s'aggraver, et si leur vie n'est pas en danger, ils tombent, en tous cas, dans un état de véritable incurabilité.

On devra donc recourir à tous les moyens possibles pour remédier à ces inconvénients, il faut à tout prix rendre le mouvement aux fonctions frappées d'inertie, faire appel aux stimulants d'ordre moral et physique pour empêcher l'individu de rester dans un fatal engourdissement, de s'exposer à la faim, à la soif, au froid: mais celte stimulation doit être employée avec persévérance, patience, et dans la mesure indiquée par le médecin lui-même.

Lorsqu'il existe un état de concentration de la pensée, une sorte de tension douloureuse des forces morales et intellectuelles, on doit avoir recours aux sédatifs et aux dérivatifs de diverses sortes : les bains, les Effusions, les lotions froides sur la tête, les purgatifs légers peuvent donner des résultats avantageux. Les calmants sous diverses formes seront utilement employés ; il faut encourager, rassurer le malade, lui donner des conseils bienveillants, éloigner de lui ce qui pourrait être une cause de surexcitation, d'irritation, ce qui pourrait en un mol fournir un nouvel aliment à ses idées fixes, à ses craintes imaginaires.

Si, au contraire, la stupeur dépend d'un affaiblissement de la constitution, d'une sorte d'épuisement du système nerveux, il importe de faire appel au régime réparateur, aux toniques de diverses sortes; il ne faut pas non plus chercher par de trop grands efforts à faire sortir le malade de son état de torpeur ; en un mot, il ne faut pas lui faire violence. Le quinquina, le fer, un régime fortifiant, les bains froids, l'hydrothérapie, les promenades soit à pied soit en voiture pourront exercer l'influence la plus favorable, en même temps qu'on recherchera les moyens les plus propres à procurer des impressions douces et agréables.

On peut dire que la stupidité, comme d'autres formes d'aliénation mentale, présente chez chaque individu une physionomie à part, qui

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fournit elle-même des indications thérapeutiques spéciales. Le traitement, dans tous les cas, devra être tout à la fois moral et physique, comme le sont les causes elles-mêmes qui viennent déterminer la plupart des affections mentales.

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