‹ Nouveau traité élémentaire et pratique des maladies mentales suivi de considérations pratiques sur l'administration des asiles d'aliénés [electronic resource]Chapitre 34 sur 95 · MONOMANIE (MÉGALOMANIE · texte numérisé non relu

MONOMANIE (MÉGALOMANIE

Synonymie. — Monomanie (Esquirol). — Mégalomanie, monomani'; des grandeurs. Wahnsinn {mit. allem.). — Fanatisme (Jessen). — Monomanie exaltée, aliénation partielle expansive (Falret). — Manie systématisée (Morel). — Manie ambitieuse, vaniteuse (Guislain). — Manie narcisse, amênomanie, etc.

Esquirola compris, sous cette expression de monomanie, toute une catégorie de malades qui présentent en définitive les affections les plus dissemblables. C'est ainsi qu'on a décrit, comme monomanes, les individus à idées fixes prédominantes, portés par la nature même de leur délire à des actes bizarres, excentriques, dont ils peuvent eux-mêmes discuter et justifier d'une manière plus ou moins logique la raison d'être. On a de même considéré comme des monomanes de simples hypochondriaques qui n'osaient faire un mouvement, s'imaginant avoir des jambes de verre, se croyant de beurre, et n'osant approcher du feu ; ou des lypémaniaques ayant les conceptions délirantes les plus absurdes, retenant leurs urines de peur de produire des inondations, elc

Esquirol ne reconnaissait d'ailleurs, en dehors de la démence, que deux sortes d'aliénés : les maniaques à délire généralisé, les monomaniaques à délire partiel systématisé.

Pour la monomanie, il la divisait en deux formes principales : l'une, la monomanie proprement dite, monomanie ambitieuse, caractérisée par un délire partiel, mais gai ou ambitieux; l'autre, la monomanie triste, qu'il a désignée sous le nom de lypémanie, caractérisée aussi par un délire partiel, mais triste, et dont nous avons résumé dans le chapitre précédent les symptômes particuliers.

L'observation et les progrès de la science ont fait reconnaître depuis que, dans la monomanie ambitieuse, Esquirol avait confondu une foule de malades qui présentaient bien un délire ambitieux, mais dont les uns étaient plutôt des maniaques à idées ambitieuses dont le délire n'était nullement restreint ni systématisé, et les autres des individus atteints de cette forme de maladie si bien étudiée dans ces derniers temps sous le nom de paralysie générale.

L'auteur que nous citons a encore décrit, sous le nom de monornames instinctives, des formes singulières d'aliénation mentale qui n'auraient pour ainsi dire d'autres caractères qu'une lésion de la volonté ; les malades qui en sont atteints, sont entraînés par une force irrésistible, par des impulsions qui les poussent à des actes que leur raison condamne et que leur conscience réprouve.

On comprend, dès lors, toutes les discussions que pouvait soulever cette expression de monomanie pour désigner des affections de nature si opposée entre elles, dont quelques-unes paraissaient même fort problématiques aux yeux de bien des personnes.

On a aussi attaqué ce terme de monomanie, comme exprimant une idée absolument fausse, celle d'un délire non-seulement partiel, mais qui ne porterait que sur une idée unique, limité, comme l'indique le nom de monos, à une seule préoccupation fixe, délirante, en dehors de laquelle les individus jouiraient entièrement de l'intégrité de leur raison. L'on a alors ajouté, fort justement, que s'il existait une pareille affection dans laquelle on observerait une lésion tout à fait isolée de l'intelligence, il faudrait bien admettre des degrés variables de la responsabilité morale chez ceux-là mêmes qui seraient atteints d'une semblable maladie, et qui auraient commis des actes répréhensibles.

Il existe en effet, nous le verrons plus loin (les annales de la science en renferment de nombreux et d'incontestables exemples), des malheureux dont la folie a justement pour caractère prédominant des impulsions dangereuses, violentes, irrésistibles, dont ils peuvent avoir la conscience, qui provoquent chez eux un sentiment d'horreur contre lesquelles ils luttent avec une énergie plus ou moins grande, et auxquelles ils finissent souvent par succomber malgré leurs efforts. Mais, comme nous le remarquerons, ces impulsions se manifestent sous l'influence de conditions névropathiques particulières, elles constituent sans doute une forme de folie impulsive ; mais il existe toujours, à côté de ce phénomène morbide prédominant, un ensemble pathologique dont il importe de bien apprécier les causes, la marche et les signes caractéristiques, nous reviendrons plus loin sur cet important sujet.

Sous le nom de monomanie sensoriale Esquirol, et plus tard Marcé (1), ont décrit une forme d'aliénation mentale qui repose essentiellement sur des hallucinations; nous l'avons particulièrement rattachée à l'une des variétés de la manie, et désignée sous le nom de manie sensoriale, délitée sensorial. Dans cette maladie, toutes les préoccupations qui dominent l'esprit, tous les actes bizarres auxquels l'individu est sans cesse entraîné n'ont d'autre raison que les hallucinations auxquelles il est sujet. Dans la plupart des cas on observe alors un délire généralisé en rapport avec la pluraUté môme des hallucinations ressenties.

(1) Marcé, op. ci'.

L'àmonomanie intellectuelle d'Esquirol, que Marcé a également conservée et décrite (1), comprend elle aussi des troubles intellectuels, partiels, systématisés, caractérisés par des idées fixes, mais présentant aussi des symptômes variables et fort opposés entre eux. Tels sont les faits que nous décrirons sous le nom de monomanie ambitieuse ou de mégalomanie; tels sont les cas de monomanie triste^ religieuse, demonolâti'ie, etc., que nous avons compris au nombre des variétés que présente la lypémanie.

En résumé, le terme de monomanie pourrait, sans inconvénient, disparaître de la science oti il devient une cause de confusion et d'embarras pour l'étude des faits pathologiques ; en médecine légale il soulève des difficultés graves et parfois insolubles. Les états morbides dont nous aurons à parler peuvent se ranger, suivant nous, dans les deux classes de maladies suivantes que nous désignerons, l'une sous le nom de mégalomanie, l'autre sous celui de folie impulsive.

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