CARACTÈRES PHYSIQUES
Physionomie. Attitude. — Le mégalomaniaque présente une physionomie caractéristique qui réfiéchit, d'une manière remarquable, les préoccupations orgueilleuses et les sentiments exclusifs qui dominent son esprit (voir planche IV, fig. I). Les traits de son visage, la manière de se tenir, de se mouvoir ; sa démarche originale, sa pose excentrique, la bizarrerie de ses manières, tout dans son extérieur forme un ensemble de phénomènes suffisant pour faire reconnaître à l'œil exercé de l'observateur la nature des conceptions délirantes, alors même que celles-ci ne se manifesteraient pas d'une manière évidente.
La figure est ordinairement colorée, les yeux sont vifs, animés, brillants, quelquefois mobiles, le regard est fier, hautain, dédaigneux.
Le malade marche la tête haute, avec assurance, sa parole est brève et impérieuse, il recherche souvent l'isolement et dédaigne la société de ceux qui l'entourent ; grossier, orgueilleux, sa conduite varie nécessairement et est en rapport avec la nature des préoccupations qui le dominent.
Rien n'est caractéristique comme la tenue des monomaniaques ; ils se drapent dans leurs vêtements, dit M. Calmeil(3), ils fabriquent des épaulettes, des décorations, ils se couvrent de ces indices de leurs dignités. Ils prennent le costume, les manières des personnages historiques qu'ils se persuadent être ; ils racontent comme leurs propres actions celles qui ont illustré ces mêmes personnages.
Un aliéné, M. P..., que nous avons été à môme d'observer, et dont rhisloire est rapportée par Morel (4), est un exemple remarquable de
(1) A. Foville, Amu méd.-psi/cfi., 1870. p. 375.
(2) Ach. Foville, op. cit. p. 374.
(3) Calmcil, Dict. méd.., art. Monomanie.
(4) Morel, t. I, p. 341.
monomaniaque. Il a une taille superbe, satêle a conservé tous ses cheveux; il porte la queue comme au commencement de ce siècle; son front est élevé, il a le regard fin et spirituel, l'œil vif et brillant. Il est tellement identifié à son rôle de monomaniaque que la voix a pris 1 habitude du commandement. Il ne sort, même dans les plus grandes chaleurs, qu'avec un manteau doublé d'une étoffe rouge ; il a un képi, et jamais il ne quitte sa canne de commandant.
Il n'est pas un étranger, visitant l'asile, qui ne demande quel est cet ofûcier supérieur. Avant d'être placé à l'établissement de Mareville, on voyait M. P... en habit de général, armé d'an grand sabre, et porteur de toutes sortes de décorations, se pavaner au milieu delà ville de Nancy. Les fêtes et les réunions publiques n'avaient pas de spectateur plus assidu ; monté sur un mauvais cheval, il caracolait au milieu de la foule.
Les mégalomanes ont, nous venons de le dire, une manière d'agir, de se vêtir, de parler, qui dénoie bien vite le genre de leur aberration. Ils aiment et recherchent la vivacité des couleurs. Les femmes apportent une attention minutieuse dans leur toilette, presque toujours il y a quelque chose de choquant dans leur arrangement. Comme le maniaque, dit Spielmann (1), le monomaniaque a besoin de mouvement ; mais quelle différence dans l'un comme dans l'autre; car tandis que chez le maniaque le mouvement n'a pas de but, le monomaniaque se meut, s'agite, parce que le mouvement, l'agitation constitue sa joie, son bonheur, sa vie ; chez lui aucun mouvement n'est fortuit, n'a lieu sans motifs; sa volonté est toujours mise en jeu, ses actes ont un but déterminé; s'il est violent, c'est pour faire exécuter ses ordres, ses résolutions; c'est pour faire voir sa force capable de tout détruire, de tout anéantir; ce n'est pas l'esprit de destruction qui l'anime, c'est la révélation, la manifestation de sa force, de son pouvoir.
Les fonctions de la vie d'assimilation ne sont pas ordinairement altérées chez ces monomaniaques, elles s'accomplissent d'habitude avec une parfaite régularité. Il semble même que la forme expansive de leur affection , le contentement d'eux-mêmes et l'extrême satisfaction dans laquelle ils ne cessent de vivre, impriment aux appareils de la vie organique un surcroît d'activité, d'où résulte en quelque sorte un excès de santé.
Cependant, ditEsquirol, les monomaniaques ont le pouls développé, dur ; la face est animée, la chaleur de la peau est forte, quelquefois halitueuse ; ils mangent beaucoup, dorment peu; ils ont parfois de la constipation.
La menstruation peut être supprimée chez les femmes, surtout à la période de développement de leur maladie ; les tempéraments sanguins et nervoso-sanguins se remarquent ordinairement dans cette affection ;
(1) Spielmann, Diagn. des mal. ment.
PATHOLOGIE SPÉCIALE, il n;est pas rare non plus d'observer quelques lésions du cœur et narli
§ 2. CARACTÈRES PSTCniQUES.
les n fladtT^r ^^^'^^^'^^^^^ caractéristiques ; comme dans toutes des n^HV • . f rencontre, du côté de la sensibilité morale, des parhculanlés plus ou moins remarquables. Cette faculté principal est profondément lésée. "^^'pdic
rai?7nf'r IT"'' surexcitation géné-
rale, d où résultera mobilité des impressions, et ces dispositions changeantes en vertu desquelles les malades passent instantanément de la joie a la tristesse, de la fureur aux sentiments opposés de bienveillance et d affectueuse expansion; loin de là, la sensibilité est exallée, toujours dans le même sens, et en quelque sorte suivant le même mode
Au contraire du mélancolique, chez lequel on observe les sentiments dépressifs sous toutes les formes, tels que la haine, la méfiance, les craintes, les angoisses ; chez le mégalomane tout est en rapport avec le sentiment exagéré de sa personne, avec celte satisfaction intime et cet exhaussement de son individualité qui contribuent à lui procurer tant de sensations agréables. « Chez les individus atteints de cette affection, les passions, ditEsquirol, sont exaltées et expansives; ayant le sentiment d un état de santé parfaite et inaltérable, d'une force musculaire augmentée d'un bien-être général, ils saisissent le bon côté des choses; satisfaits d'eux-mêmes, ils sont contents des autres, ils sont heureux, joyeux, communicatifs ; ils chantent, rient, dansent ; dominés par l'orgueil, la vanité, l'amour-propre, ils se complaisent dans leurs convictions vaniteuses; ils sont actifs, pétulants, d'une loquacité intarissable, parlant sans cesse de leur félicité; leurs impressions sont vives, leurs affections énergiques, leurs déterminations violentes (1). »
Tant qu'on ne froisse pas ses sentiments, qu'on ne fait pas opposition à ses idées, le mégalomane est de bonne humeur et affable avec les personnes qui l'entourent; mais si on cherche à le contredire, il devient téméraire, arrogant, peu communicatif; il se livre à des actes de fureur, se venge sans pitié pour peu que Ton mette en doute son pouvoir sans bornes, la profondeur de sa raison et l'immensité de son savoir.
Il est sous ce rapport d'une susceptibilité excessive, le moindre obstacle, la plus légère opposition ne tarde pas à développer son irritabilité au plus haut degré, et à donner lieu à des accès d'agitation qui peuvent alors le faire ressembler à un véritable maniaque.
(1) Esquirol, t. II, page 6.
On rencontre en même temps une transformation plus ou moins grande du caractère ; autrefois timide, pusillanime jusqu'à l'indécision, on Toit le malade devenir peu à peu décidé, hardi, entreprenant ; rien ne l'arrôle plus lorsqu'il s'agit de mettre ses idées à exécution ; il ne connaît ni obstacle ni difficulté, du moment oti il veut poursuivre la réalisation de ses chimériques projets.
Le sens moral, et surtout les sentiments affectifs, sont d'habitude profondément pervertis ; si les malades n'ont pas conçu une profonde anti-. pathie à l'égard des personnes qui leur étaient le plus chères, ils n'ont plus, du moins pour elles, que l'indifférence la plus complète. Ils n'hésiteraient pas un seul instant à sacrifier amis, parents, connaissances aux idées qui les préoccupent et aux impulsions qui viennent provoquer chez eux les illusions et les hallucinations auxquelles ils sont en proie.
Conscience. — Plus souvent que chez les maniaques et les lypémaniaques, on trouve chez les monomaniaques l'affaiblissement, la perte même de toute conscience de leur situation; les premiers se rendent compte, à certains moments, de leur état; même au plus fort de leur agitation ils ne perdent pas toujours le sentiment d'eux-mêmes ; souvent aussi, chez les mélancoliques, la conservation de ce sens intime fait un singulier contraste avec leur état d'abaissement moral. Au contraire, chez le mégalomaniaque, il y a perte entière de la conscience, il ne se sent plus lui-même, jamais il ne doute de la réalité de ses convictions ; il est loin de se croire malade, et quand arrive la convalescence, son élonnement est extrême, et il ne peut comprendre comment, sous l'influence de sa maladie, il lui était impossible d'entrevoir jamais la fausseté de ses étranges aberrations.
Ainsi que cela a lieu dans quelques formes d'aliénation, les moindres circonstances agissent puissamment sur la sensibilité, et tendent instantanément à surexciter les passions. Sous l'influence delà musique, d'une scène de déclamation, d'une réunion chantante, en présence d'un spectacle, les malades ne se contiennent plus; ils s'exaltent, ils pleurent, ils chantent, ils se substituent aux acteurs ; ces aliénés remplissent parfaitement les rôles qu'on leur fait jouer, lorsque surtout ceux-ci sont en rapport avec leurs idées favorites. On les voit s'identifier avec le personnage qu'ils représentent, et, dans quelques cas, ce n'est pas sans danger qu'on les laisse se livrer à leur enthousiasme.
Délire. — Le délire du monomaniaque est des plus caractéristiques. Ce qui le distingue, c'est son peu d'étendue, c'est le cercle restreint, vicieux, dans lequel se maintiennent les conceptions du malade ; c'est en même temps la netteté des idées et l'intégrité apparente des facultés intellectuelles, pour peu qu'on ne touche pas aux préoccupations maladives de l'individu. Hors de leur déhre partiel, dit Esquirol, les monomaniaques sentent, raisonnent, agissent comme tout le monde.
PATnOLOGIE SPÉCIALE.
Ils conservent plus ou moins, dit Guislain, le masque et le eeste de l'homme normal.
xes e
L'orgueil est en quelque sorte le principe générateur des idées n et des convictions erronées dans lesquelles leur esprit ne cesse d„ s'entretenir; c'est le pivot autour duquel roulent leurs pensées les plus chères. On conçoit toutes les variétés et tous les degrés que Ton peut observer sous ce rapport.
L'orgueil, chez le monomaniaque, peut aller aussi loin que possible ; il n'y a pas, di^t M. Leuret, de durée qui l'épouvante, d'espace qu'il ne franchisse; il s'élève à tout ce que l'imagination est . capable de concevoir, sans considérer l'inanité de sa base. On dirait môme qu'il est d'autant plus hardi, qu'il germe dans un entendement moins cultivé. L'homme instruit, quand il est aveuglé par cette passion, monte quelques degrés; l'homme ignorant va d'un seul bond jusqu'au sommet; le premier se fait ministre, roi ou empereur: le second s'arrête rarement à ces dignités trop fragiles, il se fait dieu. Les dieux que l'on rencontre dans les maisons d'aliénés appartiennent presque tous à la classe pauvre {i).
Il serait difficile d'énumérer toutes les idées chimériques que l'imagination des individus, atteints de monomanie ambitieuse, vient à leur créer, et qu'ils prennent pour autant de réalités. Les uns se croient prophètes, dieux; les autres sont riches, puissants, ce sont des généraux, des ministres, de grands seigneurs, des princes, des rois; ils commandent à l'univers entier, ils donnent avec dignité et protection des ordres à ceux qui les entourent, quelques-uns se croient des savants distingués, des poëtes, des orateurs, etc.. D'autres sont des réformateurs en politique, en finances, en religion; ils réforment jusqu'à la langue et se composent de nouveaux dictionnaires.
Chaque sexe, dit Renaudin, a sous ce rapport un cachet particulier. C'est la monomanie des richesses qui prédomine chez les femmes; elles ont équipage et laquais, elles aspirent à d'illustres alliances ou sont issues de familles princières; elles sont ûUes ou épouses de rois et de grands personnages. C'est la gloire et la renommée qui surexcitent les hommes ; c'est chez eux que l'on trouve surtout les rois et les empereurs. La manière de parler, d'écrire, peut dénoter la nature des aberrations, le caractère du délire; les malades aiment les phrases sonores, les tournures hardies, les antithèses ; leur style est imagé, fleuri, symbolique; souvent il est laconique, impératif.
Quelques monomaniaques ont véritablement un dictionnaire à eux.
L'observation d'un malade, cité par Morel, en est un exemple frappant. M, P..., outre les titres et les honneurs qu'il s'imagine posséder, se croit encore réservé à une gloire nouvelle, celle de réformer la langue
(1) Leuret, Fragments psychologiques, p. 32?.
française par la création d'un dictionnaire nouveau, et d'une langue oh l'on n'entendra plus aucune des dissonances qui heurtent le bon goût et blessent la morale. L'examen des livres qu'il lit (et il lit énormément), est le monument le plus curieux de ces excentricités actuelles; il corrige à la marge les auteurs, réforme les mots, en invente de nouveaux, et si de temps à autre il émet une idée heureuse, elle se trouve bientôt étoulTée sous le nombre de ses idées délirantes ou burlesques (1).
Une femme atteinte de monomanie écrit, le lendemain de son arrivée à l'établissement où on est obligé de la conduire, la lettre suivante : « Français ! je suis dans une maison de santé qui appartient au gouver- « nement; deux médecins sont venus m'annoncer que j'étais devenue « folle et que c'était là la cause que je me disais reine. On veut me « faire travailler et me mettre avec les autres malades, on me traite en « esclave au point que je suis obligée de manger comme tout le monde, «chose qui m'est impossible; enfin, on va jusqu'à me menacer de « m'ôter mes habits pour me revêtir de ceux de la maison.
« Dépêchez-vous de m'arracher d'ici.
« C'est toujours Marie-Anne Hommel, première reine de France, élue « du vrai Dieu, qui vous écrit, et qui vous déclare plus que jamais, que « si Dieu l'a destinée pour régner, elle emportera plutôt sa couronne au « tombeau que de donner ce que Dieu lui a confié; elle défend même « que l'on s'en serve après sa mort;
« L'on veut me forcer de donner ma couronne aux démons....
« Jamais ! »
Le mégalomane conserve, nous l'avons dit, l'intégrité de son entendement sur tout ce qui est en dehors de la sphère de ses fausses croyances; l'idée première de son délire supposée juste, tout vient s'enchaîner dans un ordre logique et naturel. Seulement, il ne peut diriger sa raison dans le cercle d'activité que la maladie lui a imprimée, dans l'ordre des convictions en quelque sorte génératrices et caractéristiques de son affection.
On comprend dès lors que les objections ne puissent avoir aucune prise sur son esprit; elles restent sans influence sur lui, sa conscience les repousse sans examen préalable, on l'offense par cela môme qu'on les lui présente; elles n'ont d'autre résultat que de provoquer chez lui la colère et la fureur.
Nous devons aussi mentionner une particularité de la monomanie, c'est que le délire tend souvent à se généraliser, et que les idées deviennent confuses, presque incohérentes, dès que le malade vient à être placé, et comme poussé sur le terrain môme de ses conceptions délirantes.
On conçoit toute l'influence qu'une semblable disposition d'esprit
(1) Morel, op. cit., t. I, p. 354.
peut exercer sur les déterminations de l'individu. La volonté est véritablement opprimée, elle est dirigée dans le sens même des préoccupations ardentes et vivaces qui le dominent. Non-seulement il n'a pas la conscience de son état, mais, fasciné pour ainsi dire par la satisfaction exagérée de lui-môme, par la conviction que rien n'égale son pouvoir et son mérite, on ne le voit apporter aucune hésitation à la réalisation de ses projets.
Si la monomanie était plus fréquente, dit Wachsmulh (1), il serait plus souvent question de crimes et de délits commis par les malades qui en sont atteints, parce qu'aucune affection ne pousse davantage à des actions dangereuses. Elle fait disparaître à leurs yeux toutes les°limites, tous les obstacles; ils conservent en outre assez de raison pour employer sûrement les moyens utiles au but qu'ils veulent atteindre. Nous avons déjà fait remarquer ailleurs que les idées fixes revêtaient, dans cette forme d'aliénation plus que dans toute autre, un véritable caractère d'irrésistibilité; nous devons ajouter que le délire sensorial, qui donne lieu à une conviction absolue, est également un symptôme d'une extrême fréquence.
Illusions et hallucinations. — Les monomaniaques, dit Esquiroi, sont sujets aux illusions et aux hallucinations; souvent même ces symptômes caractérisent seuls leur délire, et sont la cause de la perversion de leurs affections et du dérèglement de leurs actions ; les faits abondent pour justifier cette proposition.
Les objets qui frappent leurs regards, les paroles qu'ils entendent sont, pour eux, le sujet d'une interprétation délirante qui vient fournir un nouvel aliment à leurs fausses conceptions.
Les hallucinations du mégalomane sont extrêmement vives, elles exercent sur lui un empire absolu et irrésistible; celles de l'ouïe sont surtout fréquentes, elles consistent à faire entendre aux malades des voix qui l'entretiennent dans ses idées de grandeur et d'orgueilleuse vanité.
Madame de R. . ., citée par Esquiroi, s'entretient avec des princes, des rois qui sont ses ancêtres; les plus grands monarques lui rendent des visites; les morts les plus illustres lui apparaissent, elle cause avec eux tantôt avec emportement, leur faisant des reproches, tanlôt avec tranquillité, leur donnant des conseils, et leur annonçant de grands événements : cette dame se pose en souveraine, elle porte la tête haute, proclame sa puissance, sa force, ordonne avec fierté....; l'insomnie et la constipation sont opiniâtres.
Un autre monomaniaque, dont l'observation est citée par le même auteur, croit entendre la voix d'un ange qui lui ordonne d'immoler son fils, à l'exemple d'Abraham, et, sans hésiter, il consomme son sacrifice.
(1) Wachsmuth, op. cit., p. 305 et 306.
MEGALOMANIE. 271
Les hallucinations existent pour ainsi dire d'une manière constante, dans la monomanie religieuse; il n'est guère de malade qui n'en soit affecté. Nous en citerons plus loin des exemples remarquables.
Excitation maniaque. — Les accès d'agitation ne sont pas rares dans la monomanie, l'on peut même dire que la plupart des malades présentent une sorte de disposition maniaque qui se traduit, à certains moments, par des accès caractéristiques d'agitation, avec prédominance d'idées orgueilleuses.
Ainsi que l'a fait remarquer Renaudin dans un excellent travail (1), cette affection présente deux formes différentes qui caractérisent les deux degrés d'une même maladie.
Tantôt la surexcitation est telle, que le malade, entièrement absorbé par son erreur, ne peut fixer son attention sur aucune autre idée; son agitation est portée à ce point, que tout travail suivi lui est devenu impossible; la rapidité de son élocution simule assez bien l'incohérence de la manie; l'irritabilité est excessive; le malade ne voit rien, n'entend rien, tout l'impressionne si vivement que toute discussion est impossible, même sur les sujets étrangers au délire.
Dans une autre forme, au contraire, lorsque surtout le malade est soustrait à toute cause d'excitation, l'irritabilité est moins prononcée et l'idée fixe semble le préoccuper d'une manière moins exclusive. Susceptible d'être occupé, il est raisonnable tant qu'on ne fait pas vibrer la corde sensible. Il discute même l'objet de son erreur, et cherche à opposer des raisons plausibles aux tentatives que l'on fait pour le détromper.
Résumé des symptômes. — En résumé, la mégalomanie (monomanie ambitieuse), constitue véritablement une forme typique, et présente des symptômes caractéristiques.
Attitude orgueilleuse, figure ordinairement colorée, regard assuré, hautain, physionomie exprimant le dédain et la fierté. Les malades prennent le costume, les manières des personnages qu'ils se persuadent être; ils s'identifient avec le rôle qu'ils se croient appelés à jouer, ils agissent, parlent et se vêtissent en conséquence.
Ils sont doués d'une certaine mobilité, ils sont remuants, actifs, entreprenants; mais chez eux ce surcroît d'activité a un but déterminé,' celui de faire voir leur force extraordinaire et leur pouvoir sans bornes!
Les fonctions d'assimilation s'accomplissent régulièrement, les fonctions organiques semblent même éprouver un surcroît d'activité Cependant on remarque un léger degré d'excitation dans la circulation* le pouls est fort et développé, la face est animée, la chaleur de la peau est plus sensible, le sommeil est plus agité; les malades mangent beaucoup et sont sujets à de la constipation.
(1) Renaudin, Rapport, 184G, p. 30.