CHAPITRE II
Hérédité. — La prédisposition héréditaire doit être placée en tête des causes spéciales, elle joue un rôle important dans la production des maladies mentales; elle est, dit avec raison M. Trélat(i), une cause primordiale, la cause des causes. L'hérédité fixe l'aliénation dans les familles et la rend transmissible de génération en génération.
Les auteurs sont tous d'accord pour reconnaître l'importance que cette prédisposition présente dans le développement des affections mentales ; leur opinion diffère toutefois quant à sa fréquence.
Guislain pense que les maladies mentales sont héréditaires, à peu près dans le quart des familles dont les membres sont admis dans les établissements publics.
Parchappe a rencontré cette cause dans le septième des cas, et John Webster, en Angleterre, chez le tiers des aliénés.
Esquirol et M. Brierre de P.oismont admettent qu'on trouve la prédisposition héréditaire chez la moitié des aliénés.
Cette divergence dans les opinions peut tenir à la manière dont les recherches ont été faites à ce sujet; c'est ainsi que l'hérédité est plus fréquente dans la classe aisée de la société. Les statistiques des établissements privés doivent, par conséquent, accuser une différence notable avec celles qui ont été faites dans les établissements publics, dont la population se compose en grande majorité de malades indigents.
Sur un relevé d'environ mille aliénés, traités à Stéphansfeld, et pour lesquels la cause de la maladie a pu être exactement appréciée, nous avons trouvé un cinquième pour l'hérédité, avec une prédominance marquée du côté des femmes.
Chez la moitié de nos malades, on a pu constater que la transmission héréditaire avait eu lieu directement, c'est-à-dire par le fait du père ou de la mère; deux fois sur trois le côté maternel a prédominé. L'expérience nous semble justifier cette remarque déjà faite par M. Baillarger,
(1) Trélat, Ann. méd.-psych., 185(5, p. 189.
que les cas les plus nombreux el les plus graves de transmission ont lieu par le fait de la mère. Nous ajouterons que l'idiosyncrasie morale de la femme l'expose, plutôt que l'homme, aux formes essentielles de l'aliénation, qui se transmettent plus facilement par la voie héréditaire, et que cette circonstance pourrait déjà, rendre compte des cas d'hérédité plus fréquents observés chez les femmes. Guislain pense aussi que la prédisposition héréditaire provient plus souvent de la mère. « En effet, ajoute-t-il, ainsi que cela a lieu chez l'animal, la forme matérielle de la mère se transmet aux enfants plus facilement que celle du père. »
Chomel fait également remarquer que la mère a une plus grande part que le père dans la constitution des enfants, et dans leur prédisposition morbitique. A l'appui de cette opinion il ajoute que, dans le croisement des animaux, l'influence inégale des deux sexes se montre manifestement; le mulet issu de la jument et de l'âne'est incomparablement plus grand et plus fort que celui qui provient d'un croisement inverse (1).
L'observation démontre que, dans un grand nombre de cas, il existe dans la même famille, chez des parents à divers degrés, plusieurs exemples d'aliénation. C'est ce qui explique d'une part pourquoi des localités, 011 ces familles viennent s'établir, présentent un nombre proportionnel considérable de malades, tandis qu'il n'existe rien dans la constitution du pays qui puisse nous rendre compte d'une semblable prédominance. Cette circonstance peut nous faire comprendre, en partie, ces épidémies de folie qu'on voit apparaître de temps à autre sous l'influence de certaines conditions de surexcitation générale, et qui indiquent avant tout le chiff're des prédispositions héréditaires que la contrée peut renfermer.
Il en est de même pour les cas de folie, dite contagieuse, qui ont pu faire croire que le contact des aliénés avait quelque chose de dangereux, et pouvait à lui seul déterminer la folie. C'est, qu'en effet, il a suffi à quelques personnes éminemment prédisposées, d'assister plus ou moins au spectacle toujours pernicieux d'actes excentriques et extravagants, pour en recevoir une impression profonde qui a pu, à son tour, devenir le point de départ de troubles intellectuels.
Nous avons observé plusieurs exemples remarquables sous ce rapport. Il y a quelques années, quatre sœurs étaient atteintes d'aliénation dans une commune du Haut-Rhin, à peu d'intervalle l'une de l'autre; trois d'entre elles étaient amenées, le même jour, à Stéphansfeld. Dans une autre circonstance, deux autres sœurs ont dû être dirigées dans le même établissement : la maladie s'était déclarée chez l'une, peu de jours après qu'elle eut donné l'hospitalité à une femme atteinte d'aliénation ; l'autre sœur n'avait pas tardé, elle aussi, à subir les effets de cette espèce de contagion.
1) Chomel, Pathologie générale, p. 159.
M. Trélat cite (1) les faits les plus curieux de cette extension contagieuse de la folie. En moins d'un an, trois surveillantes devinrent aliénées à la Salpêtrière, dans le môme service, et l'une après l'autre. Toutes trois avaient eu, ou avaient encore des aliénés dans leurs familles; deux d'entre elles avaient déjà eu précédemment des accès de folie.
Il ne faut pas, dit ce savant médecin, se laisser fasciner par l'apparence extérieure des faits, l'on doit regarder de plus près, de plus haut, et ne conclure qu'après avoir bien observé.
En tout cas, de pareils exemples ne peuvent être perdus; ils doivent conduire à des mesures d'une sage prophylaxie. La prudence la plus vulgaire prescrit d'éloigner du triste spectacle d'infortunés qui ont perdu leur raison, les personnes chez lesquelles on remarque une susceptibilité spéciale, une imagination vive et mobile, une impressionnabilité anormale; en un mot, une prédisposition quelconque à l'aliénation.
Lois, causes héréditaires. — L'influence héréditaire va s'affaiblissant, à mesure qu'on s'éloigne de la transmission directe; mais, chose remarquable, la science renferme des exemples authentiques où l'on voit la prédisposition sauter une génération pour s'appesantir sur la génération suivante. On a généralement admis pour ce qui concerne l'hérédité les lois suivantes :
L'hérédité directe, celle qui s'observe le plus fréquemment, a lieu lorsque l'enfant hérite des dispositions morales du père ou de la mère, dans quelques cas, des deux à la fois. La prépondérance de l'un des deux auteurs se manifeste de deux manières, elle est tantôt directe, tantôt croisée. Dans le premier cas, c'est celle d'un sexe sur le sexe de môme nom, alors le fils ressemble psychologiquement au père et la fille à la mère. Dans le second cas, l'hérédité va d'un sexe au sexe de nom contraire, du père à la fille, de la mère au fils. On a pu suivre cette dernière forme à travers plusieurs générations, passer du grand-père à la mère, de la mère au fils, pour continuer et revenir à son point de départ.
Entre autres exemples remarquables, dit Brierre de Boismont (2), ■celui de Gœthe doit être mentionné. Il ressemblait physiquement à son père, psychologiquement à sa mère. Il eut de sa domestique, femme d'un esprit vulgaire, qu'il épousa, plusieurs enfants, dont un seul garçon ; ils moururent tous jeunes. Ce fils ressemblait à Gœthe par la force du corps, mais il était borné comme sa mère, et Wieland l'appelait le fils de la servante .
L'hérédité en retour, ou atavisme, consiste dans la reproduction, chez les descendants, des dispositions physiques et morales de leurs ancêtres, passant du grand -père au petit-fils et de la grand'mèreà la petitefille.
Dans les cas d'hérédité en retour, ajoute l'auteur que nous citons,
(J) Trélat, ^««n/e* médico-psychologiques, I85G.
(ZjBnerre de Boismont, De l' Hérédité [Ann. d'hy g., ^. 187-188. 1875).
, quand le pelit-fils ressemble au grand-père, le petit-nevea au grand-oncle et que les intermédiaires sont complètement dissemblables, la seule explication possible est que ces ressemblances ont été conservées à l'état latent, dans les générations intermédiaires, et que par suite l'hérédité médiate en apparence est immédiate en réalité.
L'hérédité est collatérale ou indirecte, lorsqu'elle a lieu des enfants I à leurs ascendants en ligne indirecte, du neveu à l'oncle ou grand-oncle, 1 de la mère à la tanle. Cette variété, beaucoup moins fréquente, ne serait suivant plusieurs auteurs qu'une forme de l'atavisme. Suivant Griesinger, tandis qu'on observerait chez un tiers des aliénés une transmission héréditaire directe, cette proportion ne serait plus que du sixième pour ll'hérédité indirecte.
Mais, comme le fait observer M. Ribot, dans l'acte de la génération : il y a deux sexes, par conséquent deux hérédités en lutte, première cause ide diversité. Il y a aussi des causes accidentelles, agissant au moment même de la génération, autre source de diversités, et de plus des in- :fluences externes ou internes postérieures à la conception (1).
Quoi qu'il en soit, les auteurs reconnaissent généralement que, pour ce iqui concerne l'aUénation mentale, les affections les plus diverses, qui (de près ou de loin viennent atteindre le système nerveux des parents, peuvent devenir pour les enfants une cause de prédisposition héréditaire à la folie. Quelle que soit l'explication donnée, les faits sont là; il faut bien les admettre. Toutefois, plutôt que d'étendre sous ce rapport d'une manière en quelque sorte illimitée, le champ d'observations, il nous paraît nécessaire de le restreindre et d'établir d'utiles distinctions, Morel faitremarquer (2) que les auteursmodernes,'Griesinger, Moreau, de Tours, Guislain et différents aliénistes, avaient insisté sur l'importance qu'il y avait à faire entrer dans la statistique des affections héréditaires, non-seulement l'aliénation des parents, mais les maladies nerveuses dont ils étaient atteints.
On a poussé de ce côté l'exagération jusqu'à indiquer, comme pouvant devenir une cause de prédisposition héréditaire pour l'aliénation, les maladies diathésiques les plus dissemblables qui avaient pu atteindre les parents, affections rhumatismales, goutteuses, diathèses scrofuleuses, tuberculeuses, cachexies cancéreuses, etc. ; et, par une conclusion forcée, l'aliénation mentale n'était plus qu'une sorte d'expression diathésique pouvant être combattue par un traitement approprié, les eaux minérales, par exemple, suivant la spécificité même de la diathèse. Nous n'insisterons pas, on le comprend, sur des observations dont la valeur scientifique ne saurait être suffisamment justifiée. Comme le fait remarquer judicieusement le professeur Lasègue, si
(1) Brierre de Boismont, Ann. d'hyg.^ 1875. 2) Morel, Traité des mal . ment., p. 115.
l'on élargissait indéfiniment ce cadre des affections qui pourraient Ctre considérées comme ayant déterminé l'aliénation chez les enfants, on arriverait iï se maintenir dans des limites extrêmement vagues, on se placerait sur un champ d'observation impraticable, les données qui en résulteraient ne sauraient avoir un caractère réellement scientifique.
Sans doute certaines affections constitutionnelles, une syphilis mal traitée, des excès de toute sortes, en venant affaiblir le système nerveux des parents, peuvent transmettre aux enfants une organisation morale et physique fâcheuse, et déterminer ces diverses dégénérescences dont Morel nous a laissé une savante description. Mais ces faits sont exceptionnels, et il serait difficile de les faire entrer dans le cadre des causes héréditaires que nous voulons rapidement examiner. Le germe, a dit Hippocrale, prend sa source dans toutes les parties du corps; il sera sain, si les parties dont il provient sont saines, il sera malade si ellesmêmes le sont. — A sam's sana, a morbosts morbosa (1).
Habitudes alcooliques des parents. — Si nous jetons un coup d'oeil rapide sur les conditions morbides qui peuvent, chez les parents, en dehors de l'aliénation mentale elle-même, devenir pour les enfants une cause de prédisposition héréditaire, nous placerons en tête les habitudes alcooliques. Morel en cite des exemples nombreux (2).
L'idiotie et l'imbécillité sont les dégénérescences habituellement observées; on trouve ensuite, par ordre de fréquence, les formes diverses d'aliénation qui se développent plus ou moins rapidement sous l'influence de certaines causes excitantes. L'on rencontre en troisième lieu, chez les enfants de pères adonnés à l'ivrognerie, des dispositions morales vicieuses, des instincts pernicieux que l'éducation est impuissante à corriger, enfin des tendances à commettre, eux aussi, des excès de boisson.
Flemming prétend que les enfants conçus pendant l'ivresse du père, quand même ce père ne serait pas un ivrogne, présentent une forte prédisposition à l'aliénation mentale. Suivant cet auteur, l'enfant né pendant un accès de folie de la mère serait moins prédisposé à l'aliénation que celui qui a été conçu pendant l'ivresse du père. Les observationsqu'il possède luidonnentà cet égard uneconviction complète (3).
M. Demeaux(4) conclut d'un certain nombre de faits qu'il a observés, que l'état d'ivresse alcoolique chez l'homme, au moment de l;i conception, devient fréquemment une cause d'épilepsie pour les enfants, et que la même cause peut produire une paralysie congénitale, l'aliénation mentale et l'idiotie.
(1) Hippocrate, De morbo sacro, cap. m.
(2) Morel, Des dégénérescences. Paris, 1857, et Études cliniques, Traité sur les mal. ment. Paris, 1851-5-2.
(3) Flemming, Psyc/tosen, Berlin, 1859.
(4) Demeaux, Compte rendu de l'Académie des Sciences. Séance du 1" novembre
Rien n'est plus commun, suivant M. Lancereaux, que de voir des fils de parents ivrognes s'adonner, dès leur jeune âge, à des excès de boisson. Mais comme le fait observer Magnus Huss, les mauvaises habitudes contractées dans ces circonstances peuvent ôtre plutôt le résultat de l'exemple que de l'hérédité (1).
En résumé, il résulte de l'observation fournie par les différents auteurs, et nous avons pu également constater sous ce rapport des faits remarquables, que les excès alcooliques, chez les parents, donnent lieu pour les enfants aux prédispositions les plus graves ; beaucoup sont atteints de convulsions et succombent dans les premières années de leur existence. Il importe aussi de faire une distinction nécessaire, c'est que, quelques individus peuvent, sous l'influence de causes diverses, contracter des habitudes d'intempérance seulement après plusieurs années de mariage, et après la naissance des enfants, et ceux-ci dans ce cas ne sauraient porter la marque de cette fâcheuse disposition; alors les mauvais exemples, une éducation vicieuse pourraient être invoqués pour rendre compte des dispositions regrettables qu'ils viendraient à présenter.
Épilepsie chez les parents, — L'épilepsie, l'hystérie des parents, ont été indiquées comme pouvant être, pour les enfants, une cause de prédisposition héréditaire. D'après Ach. Foville (2), les données statistiques, pour ce qui concerne l'épilepsie comme cause de prédisposition héréditaire à l'aliénation mentale, sont fort incomplètes; les résultats fournis par les auteurs sont extrêmement variables et opposés. Tandis que certains auteurs admettent la proportion d'un sur quatre, dans le chiffre des enfants prédisposés à l'aliénation par le fait de leur naissance de parents épilepliques, d'autres médecins portent cette même proportion à un sur vingt-six.
Il y a là évidemment une cause de confusion, et de nouvelles recherches doivent être faites à cet égard.
On doit aussi faire une remarque, c'est que beaucoup d'épileptiques ne se marient pas, cette triste maladie est par elle-même un empêchement au mariage; on comprend en effet toute la répugnance que peut éprouver un jeune homme, une jeune fille, à contracter une union dans des conditions qui peuvent entraîner pour l'avenir des conséquences si redoutables.
En général, les épileptiques mariés ont pu dissimuler leur triste situation, ce qui est bien rare ei bien difficile; ou bien ils ont été atteints de leur maladie après plusieurs années de mariage, à la suite de fortes émotions, de vives contrariétés, d'excès ou pour toute autre cause; mais dans ce cas les enfants sont le plus souvent venus au monde après l'explosion môme de ces attaques. Les recherches statistiques qui pourraient
(1) Lancereaux, Dict. se. mëdic, art. Alcoolisme, p. C9I.
(2) Foville, Annales de la Société médico-psychologique.
être faites sur ce sujet doivent donc tenir grand compte de ces distinctions. Un point qu'il importe toutefois de constater, c'est la fréquence même des décès en bas âge des enfants nés de parents épileptiques.
Hystérie des parents, — Des recherches importantes ont été faites au point de vue qui nous occupe particuUèrement, par M. Briquet. Georget avait déjà fait, à cet égard, un grand nombre d'observations; et il avait émis la proposition que les femmes hystériques avaient presque toujours parmi leurs proches des hystériques, des épileptiques, des hypochondriaques, des aliénés, des sourds-muets ou des aveugles. C'était là, suivant ce savant médecin, la preuve d'une liaison entre l'hystérie et les diverses névroses cérébrales.
M. Briquet admet qu'une prédisposition héréditaire existe 25 fois sur dOO hystériques, et que dans presque tous les cas c'est l'affection hystérique de la mère qui a été la cause de la transmission à la prédisposition à l'hystérie. De là, ajoute-t-il, résulte cette conséquence que comme le père ne prend aucune part dans la transmission à l'hystérie, et comme l'influence de la mère y est seule active, le croisement conseillé par Haller et par Burdach, pour prévenir la génération des maladies héréditaires, serait absolument inefficace dans l'hystérie.
M. Briquet a trouvé que 100 mères hystériques avaient transmis leur maladie à un peu plus de 50 filles; ce serait suivant lui l'une des maladies les plus transmissibles par voie d'hérédité; la prédisposition à l'aliénation mentalene serait qu'exceptionnellement transmise (1).
En résumé, l'épilepsie comme l'hystérie n'entrerait que pour une très-faible part dans le chiffre des causes qui viennent déterminer, chez les enfants, une prédisposition à la folie.
Aliénation mentale des parents. — Nous ne poursuivrons pas davantage cette étude des intluences morbides qui, en dehors de l'aliénation mentale elle-même, peuvent être une cause de prédisposition héréditaire. C'est surtout la folie des parents qui présente de ce côté une importance considérable ; c'est elle qui doit être prise en sérieuse considération lorsqu'il s'agit de faire, à cet égard, une appréciation rationnelle.
Nous ne reviendrons pas sur les données statistiques que nous avons présentées plus haut; nous nous bornerons à constater que les enfants, nés d'un père ou d'une mère aliénés, présenteraient une chance sur trois pour être eux aussi atteints d'aliénation; cette chance serait plus grande si la maladie provenait du fait de la mère, et, nous l'avons dit, elle pèserait plus particulièrement du côté des filles.
11 y aurait encore une recherche importante à faire, ce serait d'examiner l'influence môme de la forme mentale sur la prédisposition héréditaire. Il n'est pas douteux que la folie-suicide ne soit une des affections
(1) Briquet, Hystérie, p. 85.
CAUSES SPÉCIALES. 48* qui se transmettent le plus facilement, même à plusieurs membres d'une môme famille. Les auteurs citent sous ce rapport les exemples les plus frappants, nous avons pu nous-même en observer de remarquables, il nous paraît inutile de les reproduire ici.
La paralysie générale doit être, elle aussi, considérée comme une forme grave au point de vue de la transmission héréditaire. Marcé a vu un certain nombre de grossesses survenir dans des ménages où le mari paralytique avait été conservé chez lui, pendant plusieurs mois, avant d'être isolé dans un asile ; les 5/6 des enfants nés dans ces conditions sont chétifs, malingres et succombent en bas âge au milieu de convulsions II y a heu, on le comprend, pour le danger que peut offrir la paralysie générale, de distmguer les cas où les enfants sont nés de parents déjà en état de paralysie au moment de la conception, de ceux qui seraient devenus paralytiques beaucoup plus tard, et dont l'affection reconnaîtrait des causes particulières telles que, par exemple, les excès de boisson.
Caractères généraux de l'hérédité. D'après Esquirol, les enfants nés avant la folie des parents sont moins sujets à l'aUénation que ceux qui naissent après.
L'hérédité peut être, à elle seule, une cause de développement de l'ahénation, et l'on peut voir en pareil cas le délire faire explosion sans qu 11 soit possible de le rattacher à aucune autre circonstance excitante Il semble alors que le germe de la maladie ait besoin de passer par une sorte d'évolution, pour arriver à son entière manifestation. L'on a vu des infortunés s'efforcer en vain d'éviter tout ce qui pouvait contribuer <i la production de la folie, et succomber fatalement, quand une fois la prédisposition était arrivée au terme de son évolution. Quelquefois la folie héréditaire se manifeste, chez les enfants, à la même période de la vie que chez les parents, et dans quelques cas elle affecte le même caractère et la même marche.
Le plus ordinairement, le délire fait explosion à la suite de diverses causes provoquantes, de nature physique ou morale. Certaines périodes de la vie exercent, dans ce cas, une influence pathogénique incontestable, par exemple 1 époque de la puberté et l'âge critique
La prédisposition est quelquefois tellement marquée, qu' il a suffi d'affections organiques même légères, pour provoquer l'explosion d'attaques violentes d aliénation, entièrement placées sous la dépendance de la maladie physique elle-même ; celle-ci guérie, l'excitation cérébrale ne tarde pas à disparaître entièrement. C'est ainsi qu'on peut observer ■ ^es accès de fohe se produire à la suite des mouvements fébriles légers . de la plus insignifiante douleur, d'un abcès, d'un furoncle etc Ge^on; I des accidents névropathiques qui peuvent être rangés dans la classe des I folies sympathiques ; mais il ne faut pas oublier que la cause première ' réside dans la prédisposition héréditaire. P^emièie
Des impressions morales vives, subies par la mère lors de la «esta- Dago.net. °
4j^2 ÉTIOLOGIE DES MALADIES MENTALES.
lion viennenl, elles aussi^ exercer une action pernicieuse sur l'enfant qu'elle porte dans son sein, et peuvent déterminer chez lui une disposition nerveuse spéciale.
Guislain admet même l'influence de la nourrice sur son nourrisson ; il pense que l'allaitement modifie le caractère et les tendances de l'enfant, et qu'il peut même lui communiquer l'élément de la folie. Il a eu l'occasion d'observer plusieurs faits qui conûrmeraient cette manière de voir.
Signes de la prédisposition héréditaire. — La prédisposition héréditaire vient, dans un grand nombre de circonstances, se révéler par des particularités qui donnent au caractère une physionomie spéciale. Ainsi l'on peut remarquer dèsl'enfance une impressionnabilité excessive, de l'irritabilité, des bizarreries de conduite, quelques excentricités, des tics nerveux, etc. L'enfant montre quelquefois une nature sauvage, peu sociable : il peut être d'une intelligence faible ; il est quelquefois, au contraire, doué d'une intelligence forte et précoce.
Plus tard, vers l'âge de la puberté, on observe une sorte d'hypochondrie, un tempéramment nerveux exagéré, d'où résultent des névroses de diverses sortes, des attaques d'hystérie, des mouvements choréiques ; enfin, une idiosyncrasie morale particulière qui devient la source de chagrins incessants, et qui, dans la plupart des cas, vient troubler la tranquillité du foyer domestique. «En général, dit Moreau, delaSarthe (1), c'est une disposition favorable au dérangement de la raison qu'une'imaginalion vive, une curiosité inquiète et un penchant dominant pour les théories systématiques, et les abstractions qui ne sont pas contre-balancées par des connaissances positives, ou par une culture harmonieuse et régulière des facultés de l'entendement. »
On doit reconnaître d'ailleurs que, dans l'état actuel de la science, malgré les recherches faites à ce sujet par différents auteurs, Morel, Griesinger, Moreau, de Tours, etc., il est à peu près impossible d'assigner à la prédisposition héréditaire des signes positifs et certains qui la fassent sûrement distinguer, et qui fournissent par conséquent une indication de plus pour lui opposer les moyens hygiéniques appropriés
Pronostic tiré de l'hérédité. - La cause héréditaire n est nullement un obstacle àla guérisondes accès d'aliénation. Nous dirons même Qu'elle n'ajoute pas, en général, un élément absolument fâcheux pour l pronostic qu'on doit tirer de l'affection mentale. La guerison de l'accès de folie a lieu tout aussi facilement dans ce cas que dans d autres circonstances; sans doute on pourra objecter que la guérison n a rien de durable. La prédisposition persiste, en effet, et il suffit que quefois de circonstances insignifiantes pour déterminer une rechu e Les re eves statistiques des asiles d'aliénés démontrent que les réintégrations ont
(1) Moreau (de la SarUie), Encyclopédie méth., t. IX, p. 143.
CAUSES DÉTERMINANTES. 483 lieu, surtout parmi les malades de cette catégorie. Mais il existe aussi des exemples assez nombreux de guérison prolongée qui a pu se maintenir, même pendant tout le reste de l'existence.
Nous avons vu quelquefois le tempérament nerveux se transformer entièrement à la suite d'un accès d'aliénation, comme par une sorte de crise, et les bizarreries de caractère ont pu, dans quelques cas, disparaître plus ou moins complètement après la modification profonde que l'économie avait subie. On sait, en effet, que, chez quelques individus lorsque la guérison tend à se produire, l'embonpoint succède à une constitution sèche et nerveuse, et que sous l'influence d'un tempérament plus favorable, les fonctions nerveuses s'accomplissent d'une manière plus régulière.