Luion, Archives générales de médecine
Voici les propres paroles de MM. Trousseau et Pidoux : « Les » térébenthines et les baumes, disent ces auteurs, semblent se » partager le privilège de modifier avantageusement les mala- » dies catarrhales et ulcéreuses des téguments internes... et pour » parler tout d’abord de notre propre expérience, nous affirmons » qu’il est dans la matière médicale bien peu d’agents aussi » puissants pour combattre les catarrhes pulmonaires chro- » niques, et les anciennes phlegmasies du larynx. »
Lorsque, par la lecture des observations qui viennent apporter à cette étude la sanction de l’expérience, on aura vu les résultats extraordinaires obtenus par l’emploi des balsamiques dans le traitement de l’angine couenneuse, on ne pourra douter que ces précieux médicaments ne soient encore au-dessus des éloges qui en ont été faits. Car, bien que, dans l’angine couenneuse, les balsamiques aient à combattre une affection beaucoup plus redoutable que toutes celles contre lesquelles on les avait jusqu’à ce jour, pour ainsi dire, exclusivement réservés, cependant il n’en est pas une dans le traitement de laquelle leur action soit plus certaine et plus prompte. Phénomène qui, en dépit d’une apparente contradiction, s’explique d’une manière toute naturelle parle caractère essentiellement aigu de l’angine couenneuse, tandis que les autres affections catarrhales des muqueuses, telles que la blennorrhagie, etc., tendent constamment à passer à l’état chronique.
On trouvera, nous n’en doutons pas, suffisamment démonstrative et convaincante la série d’observations ci-après. C’est ce qui nous a déterminé à ne pas en publier, du moins quant à présent, un nombre plus considérable. Il nous aurait été bien facile, en effet, de les multiplier, ayant, depuis plusieurs années que l’épidémie a fait invasion dans notre département, soumis plus de trois cents malades à la médication balsamique, et toujours avec le même succès.
Tous les praticiens comprendront parfaitement que, par là, nous n’entendons pas dire que pas un seul malade n ait succombé. Ils savent, en effet, que surtout lorsqu’il s’agit de la diphthérie, la plus insidieuse des maladies (Ozanam), nous sommes trop souvent appelés alors que le maladeestdésespéré,et que toute espèce de médication est fatalement condamnée à l’impuissance. Mais ce que nous pouvons déclarer hautement, c’est que, administrée pendant la première ou la deuxième période de la maladie, notre
DE L’ANGINE CODENNEUSE
médication a constamment amené une prompte guérison. Nous pouvons même ajouter que la convalescence a toujours été de courte durée.
Toutefois on doit établir une distinction capitale entre le croup d’emblée et le croup qui se manifeste consécutivement à l’angine 1 pseudo-membraneuse. Ce dernier, en effet, [il faut bien le recon- I naître, est presque toujours rebelle à toute espèce de traitement,
I tandis que le croup d’emblée a toujours cédé à l’emploi des bal- ;samiques.
On ne manquera sans doute pas de remarquer que le sirop de : styrax ne figure que dans nos premières observations, tandis qu’au contraire le poivre cubèbe ne fut pas prescrit dès le début.
Yoici l’explication de cette très-utile modification dans notre I traitement.
Le styrax étant dans le commerce l’objet de falsifications inombreuses, nous crûmes prudent de renoncer à en faire usage, 'Mais comme le sirop de copabu ne peut être toléré long-temps, il nous fallait bien y adjoindre un autre balsamique. C’est le poivre cubèbe qui nous sembla devoir remplir le but de la mainière la plus complète. Cette substance, en effet, outre ses proipriétés communes avec les autres balsamiques, possède une reimarquabie puissance comme apéritif.
Or, on se rappelle quelle importance tous les auteurs accordent ■ à l’alimentation dans le traitement de la diphthérie. Voici au suriplus une très-juste appréciation de ce médicament par M. le dociteur S. Dieu :
«En résumé, dit-il, le poivre cubèbe est un puissant médicament '* beaucoup moins désagréable à prendre que tous ceux-dont on I* use dans la blennorrhagie; c’est celui qui présente les effets les I» plus constants : il pénètre rapidement l’économie ; l’adminis- I» tration n’en est suivie d’aucun effet fâcheux; il excite au con- '» traire l’appétit et facilite toute la digestion L »
1. Dieu, Traité de matière médicale et de thérapeutique. Paris, 1848, 1. III, tpag. 341.
Pour les adultes, une demi-cuillerée à bouche de sirop de copahu 1 toutes les deux heures, plus une cuillerée à bouche de sirop simple, servant de véhicule à un gramme de poivre cubèbe ^ récemment pulvérisé, également toutes les deux heures, mais dans les intervalles de l’administration du sirop de copahu.
Pour les enfants les doses seront diminuées de moitié, soit six grammes de poivre cubèbe dans les vingt-quatre heures, et une cuillerée à café de sirop de copahu toutes les deux heures.
Dans les cas graves les doses du cubèbe pourront être portées jusqu’à vingt-quatre grammes, par Jour, pour les adultes et jusqu’à douze grammes pour les enfants.
II arrivera ordinairement qu’au bout de vingt-quatre heures, l’usage du copahu ne pourra plus être supporté. On devra alors en suspendre l’emploi. Il sera même opportun de n’en faire prendre aucune dose aux malades trop affaiblis ou chez lesquels ce médicament provoquerait une trop grande répugnance.
Une ou deux gouttes, et même trois, de laudanum, par trente grammes de sirop de copahu en rendent l’emploi beaucoup plus facile à tolérer.
La maladie cède en général à un traitement de trois ou quatre jours. Cependant on la voit quelquefois résister pendant un septénaire. Dans ce cas l’usage prolongé des balsamiques donne lieu très-souvent à un phénomène qui se manifeste de la ma-