‹ Nouveau traitement de l'angine couenneuse du croup et des autres localisations de la diphthérie par le baume de copahu et le poivre cubèbeChapitre 4 sur 5 · FORMULE DU SIROP DE CUBÈBE · texte numérisé non relu

FORMULE DU SIROP DE CUBÈBE

Poivre cubèbe, pulvérisé, 12 grammes.

Sirop simple, 240 grammes.

Mélangez dans un mortier de porcelaine.

DE L’ANGINE COUENNEUSE

nière suivante : un prurit se fait sentir par tout le corps, le mal de gorge augmente, la fièvre s’allume, et l’on voit apparaître une éruption scarlatiniforme, tantôt discrète, sous forme de roséole,

I tantôt confluente et imitant l’urticaire. Cette éruption ne coexiste «jamais avec les fausses membranes. Celles-ci disparaissent inifailliblement lorsque l’éruption se manifeste, si toutefois elles m’ont pas disparu sans qu’on ait été obligé de pousser le traiteiment jusqu’à l’éruption.

Cet exanthème est bien plus fréquent lorsque, au lieu de cubèbe :seul, on emploie des dragées de copahu et cubèbe.

Au point de vue du traitement général, nous avons suffisam- I ment éveillé l’attention sur l’importance de l’alimentation pour ique nous n’y revenions pas. Nous ajouterons seulement que chez iun grand nombre de malades, l’usage du café a puissamment (.contribué au rétablissement des forces.

Nous considérons comme essentiellement favorable un exercice ;modéré.

Le malade ne devra garder le lit que s’il survient une éruption mu si les forces lui manquent complètement.

Je crois devoir prévenir que la médication dont il s’agit plonge da plupart des malades dans un sommeil prolongé et profond. (Cet effet, qui n’a d’ailleurs rien d’inquiétant, doit être unique- ’.ment attribué aux balsamiques, car nous l’avons observé même alors qu’il n’avait été fait aucune addition de laudanum.

Jusqu’ici nous nous sommes borné à faire connaître les cirtmnstances qui nous ont amené à chercher une nouvelle méditation dans le traitement de la diphthérie, les idées qui nous ont dirigé dans cette recherche, les agents thérapeutiques qui ont -ixé notre choix, et les remarquables résultats que nous en avons obtenus.

Il nous reste maintenant à dire sous l’empire de quelle loi se foroduisent, selon nous, les phénomènes que nous avons signalés.

Avant d’exposer nos idées sur une question aussi obscure, lous demandons instamment qu’on veuille bien ne pas juger le la valeur thérapeutique de notre médication sur le mérite des explications que je vais essayer d’en donner.

Les résultats que j’ai obtenus par l’emploi du copahu et du ooivre cubèbe, dans le traitement de la diphthérie, sont des faits oositifs, certains, irrécusables.

Il serait donc contraire aux intérêts de l’humanité aussi bien

NOUVEAU THAITEMENT

([u’au plus simple bon sens de repousser les bienfaits d’une puissante médication parce que nous n’aurions pas réussi à en fournir une explication suffisante.

Ceci bien entendu, voici comment nous comprenons, dans le traitement de la diphthérie, l’action des balsamiques. On se rappelle qu’en nous occupant de la durée du traitement, nous avons signalé la production d’une éruption scarlatiniforme, qui a lieu souvent du septième au huitième jour* du traitement et qui est infailliblement corrélative à la disparition des fausses membranes. Or ce phénomène, aussi remarquable que facile à comprendre pour quiconque connaît les affinités physiologiques et pathologiques qui unissent les tissus muqueux à la peau , démontre clairement comment agit la médication balsamique.

On voit, en effet, d’une part que l’économie tout entière est affectée par le médicament comme elle l’était par la maladie ellemême, et, d’autre part, que la guérison s’effectue par voie de substitution générale; car comment expliquer autrement que par la loi de substitution l’apparition d’un exanthème de nature bénigne venant coïncider avec la disparition de l’énanthème morbide constitutif de la diphthérie?

Or cette substitution ne peut résulter que d’un antagonisme entre l’énanthème morbide et l’exanthème médicamenteux.

Il faut donc, sur toutes choses, s’efforcer de produire cet exanthème.

Nous n’ignorons pas que le doute doit, tout d’abord, accueillir une médication nouvelle, surtout lorsqu’il s’agit d’une affection qui, ainsi que la diphthérie, a résisté à tous les remèdes; mais le doute cesse d’être philosophique « lorsqu'il détourne de V expérimen- » talion qui seulepeutpermettre de conclure etempêcher de s'égarer^.-»

Qui ne sait aujourd’hui de quel succès est suivi l’emploi du quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes? Cependant, avant la découverte de cette médication, les fièvres intermittentes avaient le plus souvent résisté à tous les remèdes. C’est ce qui est attesté par l’illustre Sydenham dans les termes suivants : « Il y a environ vingt-cinq ans que ce remède commença » à être célèbre à Londres pour la guérison des fièvres intermit-

1. Chez six ou sept ferame.s l’exanthème s’est montré pendant les vingt-quatre

premières heures du traitement. (Voir la note de la fin.)

2. Claude Bernard, Lefons sur les effets des substances toxiques et médicament leuses, pag. 67.

DE L’ANGINE COUENNEUSE

» tentes; il méritait assurément cette réputation, car, aupara- » vant, quelque remède ou quelque méthode qu’on employât, on » réussissait très-rarement à guérir ces sortes de fièvres. C’est « pourquoi on les appelait avec raison l’opprobre de l’art. »

Quand on songe à l’insuccès de toutes les médications qui précédèrent l’emploi du quinquina, on ne peut comprendre la vive opposition, disons mieux, l’espèce de haine que rencontra le nouveau remède. Il n’y avait qu’à expérimenter; on aima mieux proscrire.

Mais, par bonheur, le prince qui occupait alors le trône, après avoir inutilement subi tous les traitements pour se guérir d’une fièvre intermittente, prit sur lui d’essayer le quinquina, en dépit de l’ostracisme qui frappait le précieux médicament. Pour qu’il entrât dans la matière médicale, il ne fallut rien moins que la volonté absolue du grand roi.

Ayant l’intime conviction que les balsamiques ne sont pas moins efficaces dans le traitement de l’angine couenneuse que ne l’est le quinquina dans le traitement de la fièvre intermittente, j’ai fait mon devoir en publiant cette découverte.

Qu’il nous soit permis de dire, pour terminer, qu’après la cou- : science d’avoir été utile à l’humanité, en l’armant contre un des plus redoutables fléaux qui la ravagent, notre plus douce récompense sera de voir les éminents praticiens de notre pays soumettre à leur contrôle éclairé la médication qui fait l’objet de cet I opuscule.

Observation I, — Le 4 septembre 1862, le nommé Berson Eugène, cultivateur à la Rogerie, commune à’ Andouillé, vint me trouver. Il avait de la fièvre. Les amygdales, notamment celle du côté droit, sont tapissées de fausses membranes. Engorgement ganglionnaire du cou. Je constate une angine pseudo-membraneuse.

Prescription : sirop de copahu : une cuillerée à bouche toutes les deux heures; sirop de styrax, une cuillerée à bouche toutes les deux heures, dans les intervalles.

Le 6, la fièvre est tombée; les fausses membranes sont moins étendues. il existe du dévoiement.

Je réduis le sirop de copahu à la dose d’une demi-cuillerée à bouche toutes les deux heures.

Continuation du sirop de styrax ut supra. Sirop diacode, six à huit I cuillerées à café dans les vingt- quatre heures, î Guérison complète dès le quatrième jour du traitement.

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NOUVKAU TKAITEMKNT

Observation II. — Dans le môme village, à la date du 9 septembre 18(32, Albert Dubois, âgé de neuf ans, et Marie Dubois, âgée de sept ans, ressentent un assez violent mal de gorge. Quelque temps auparavant, une sœur de ces deux enfants, la nommée Joséphine, âgée de onze ans, avait subi, à Laval (Mayenne), la trachéolomie, à la suite d’une affection croupale.

Madame Dubois fut donc tout naturellement portée à supposer l’existence de la même maladie chez les jeunes Albert et Marie, surtout lors- (|ue, en examinant leur gorge, elle y découvrit de fausses membranes.

Les petits malades me sont amenés le 10 septembre. Chez tous deux, je reconnais les symptômes certains de l’angine couenneuse.

Je prescris les sirops de copahu et de styrax : le premier, à la dose d’une cuillerée à café; le second, à la dose d’une cuillerée à bouche toutes les deux heures.

Après trois jours de ce traitement, je constate la guérison.

Observation III. — Dans le même temps , à la Coudre-aux-Pommards, village contigu à celui de la Rogerie, Pouteau Joseph, âgé de quarante ans, et son fils aîné, âgé de cinq ans, sont pris d’angine couenneuse, et reviennent à la santé, après un traitement de quatre ou cinq jours par les sirops de copahu et de styrax.

Bientôt je suis appelé dans la même maison, pour la petite Joséphine Pouteau, âgée de deux ans et demi. Chez cette enfant, la maladie avait débuté par le larynx. Ce qui éveilla l’attention des parents, ce fut une toux rauque et saccadée.

A mon arrivée auprès de la malade, je constate une grande dyspnée et une aphonie complète. De fausses membranes recouvrent les amygdales. Nul doute que cette enfant ne soit atteinte du croup d’emblèe.

Prescription : une cuillerée à café de sirop de copahu toutes les deux heures, avec une demi-cuillerée à bouche de sirop de styrax, à prendre dans l’intervalle.

Après deux jours, intolérance du copahu. Cessation de ces médicaments. Continuation du styrax, par demi-cuillerée à bouche d’heure en heure.

Au bout de trois jours de ce traitement, les fausses membranes ont disparu, et la respiration est facile. L’aphonie seule persiste pendant

huit jours encore.

Après ce temps, guérison parfaite .

Dans le même mois de septembre 1862, la cautérisation appliquée, par des confrères, aux enfants * qui se trouvaient dans les fermes voisines de la Rogerie, la cautérisation, dis-je, éprouva le plus complet insuccès.

Ce traitement ne put sauver un seul des petits malades.

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