‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 114 sur 267 · ROLE ÉTIOLOGIQUE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

ROLE ÉTIOLOGIQUE GÉNÉRAL

de dire : « fièvre de famine » (de Mersseman), « famine fever, Hungerpest, flunger typhus, typhus famélique ». Cependant, si rien ne conduit plus sûrement au typhus que la famine, il est certain qu'en aucun cas le premier ne sort de la seconde sans l'intermédiaire de l'étoffe putride que l'on vient de signaler. On voit, d'ailleurs, le typhus éclater parfois sans qu'il y ait eu famine, mais non sans qu'il y ait eu accumulation de détritus putrides ; ainsi, dans les vaisseaux, les bagnes, les prisons, les armées de Crimée (1854=1855). Nous sommes même disposé à assimiler complètement, sous ce rapport, au typhus pétéchial, le typhus à rechûtes, fièvre récurrente, relapsing fever, que Murchison regardait comme plus étroitement que le premier lié à la famine [relapsing or famine fever). La grande raison apportée par l'illustre auteur anglais était que le relapsing fever ne sort pas des pauvres, c'est-à-dire des groupes affamés. Or, il reste là où il est né, tout simplement parce qu'il n'est pas contagieux; mais il naît, comme l'autre, dans la matière putride de qualité et d'abondance particulières que les pauvres gens faméliques accumulent autour d'eux. La faim est un état négatif; ce ne peut pas être une étoffe à fermentation; ce n'est pas un milieu dans lequel puisse s'opérer, à un titre quelconque, la genèse d'un principe morbide.

La famine et l'association famélotyphique ont des fastes lugubres dont il est utile de rappeler les dates ; elles éclairent l'étiologie. La famine fut l'état normal en Lorraine pendant la période française de la guerre de Trente ans (1630-1640) ; si l'on prend les historiens à la lettre, cette famine aurait été accompagnée de la peste {peste Suédoise). Il est très probable que cette peste n'était autre que le typhus ; mais, en supposant qu'il se soit agi de la peste véritable, elle dépendrait de la famine moins directement encore que le typhus. Tholozan a montré, de notre temps, que les rapports étiologiques de la famine avec la peste n'ont été imaginés que par des médecins intéressés à donner le change sur l'origine réelle du fléau; sousFempire de préoccupations extrascientifiques, quelques-uns avaient même trouvé le moyen d'augmenter la confusion à l'aide de l'appellation euphonique de « typhus loïmoïde ».

La famine régna dans presque tout le nord-est de la France pendant la Fronde (1645-1655), avec des foyers de typhus plus ou moins actifs; les généraux du temps coupaient les blés en vert pour du fourrage à leur cavalerie. Une famine rigoureuse sévit sous l'administration de Colbert, en 1662. La disette et ses conséquences furent permanentes en France tant que fat en vigueur cet abominable contrat, relatif au commerce des grains, que le peuple a flétri du nom de a pacte de famine » (1729-1789). « Trois mots résument l'histoire de l'ancienne monarchie, dit Louandre : la guerre, la peste et la famine. » Quelques vieillards ont encore le souvenir de la « mauvaise année » (1817). En 1847, il s'en fallut de peu que notre pays ne connût les horreurs qui affligèrent des contrées très voisines.

C'est à cette date (1847.-1848) que de Mersseman observa, dans les Flandres belges, sa fièvre de famine. A la môme époque, famine et typhus régnaient en Irlande (Graves), foyer classique des exacerbations périodiques du double fléau, terre annexée à la Grande-Bretagne, affermée à ses habitants, pays de consommation de pommes de terre et d'alcool. Ils régnaient en Silésie (Virchow), l'Irlande du continent. En 1867 et 1868, ils éclatèrent tout à coup dans l'Algérie française, sur la population indigène, au grand effroi de la colonie européenne, à qui l'admi-

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nistration d'alors défendait de rien savoir de ce qui passait dans les affaires arabes.

Fauvel a raconté, devant l'Académie de médecine (1873), comment les Tartares vaincus et fuyant le Russe, émigrant par centaines de mille vers Constantinople et les villes du littoral asiatique de la Turquie, exténués par la misère et la famine, entassés sous des abris insuffisants, engendrèrent le typhus pour leurs hôtes et pour eux-mêmes (1860 et 1863), au point que plus du tiers de 300,000 émigrants avait disparu au bout d'une année.

La mention des famines obsidionales et, généralement, du typhus encore, complète cette funèbre histoire (Naples : 1528 ; Warbourg, 1760 ; Mayence, 1793 ; Torgau, 1813; Metz et Paris, 1870). De nos jours encore, il est commun d'entendre parler de famines dans l'Inde, en Perse, toujours dans des populations dont l'état social et politique est tel qu'il ne soit pas impossible d'y voir l'origine première de la disette et des catastrophes qui en dérivent.

En effet, la prophylaxie de la famine est, d'une part, dans l'énergie et la prévoyance des peuples, d'autre part, dans la facilité matérielle et morale des relations internationales, l'extension des moyens de communication, la liberté des échanges, l'amoindrissement du despotisme sous quelque forme qu'il se présente. A vrai dire, tout ceci n'est autre chose que le progrès humain lui-même.

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