DU REPOS ET DU SOMMEIL
pour le plaisir, quitte à ne s'éveiller, le lendemain, qu'assez tard dans la matinée. C'est une des raisons pour lesquelles on vieillit vite dans les villes. Il se manifeste, en France et à Paris, une heureuse tendance à restreindre cette fatigante prolongation de la veille; on se lasse de sortir des théâtres après minuit, et l'on fréquente les « matinées » littéraires. Depuis que la Préfecture de police autorise les cafés à ne pas fermer pendant la nuit, on les abandonne volontiers à 10 heures du soir. Il n'y a plus guère que le vice, plus ou moins élégant, qui intervertisse les heures et, inutile dans le jour, s'exténue au long des nuits.
Tout le monde a besoin de dormir, mais à des degrés divers, selon les dispositions individuelles et surtout selon les âges. La privation de sommeil est un supplice, dont on dit que certains peuples se servent vis-à-vis des condamnés à mort. Ne serait-elle que partielle qu'elle abrégerait l'existence; les individus que les chagrins, les remords ou quelque autre passion absorbante empêchent de dormir, tournent dans un cercle fatal.
Il est des gens très occupés, des savants en général, qui ne peuvent prendre leur parti de ce sacrifice d'un tiers ou même d'un quart de l'existence, que l'humanité fait au besoin de sommeil. John Hunter ne dormait que 5 à 6 heures, Lacépède, A heures; Mirabeau, de Humboldt, moins encore. Guvier, en revanche, se couchait à minuit et ne se levait pas avant 9 heures du matin. C'est une preuve à citer que l'on peut à la fois soigner sa santé et servir la science. Nous avons cru remarquer maintes fois que le travail d'un homme tombant de sommeil, ou même résistant avec une apparence de succès contre ce besoin, ne vaut pas la peine qu'on se donne pour se tenir éveillé. En produisant moins, l'on produit meilleur. Et puis, après Lacépède et Humboldt, il y aura encore des hommes qui creuseront la vaste carrière de vérités que renferme la nature.
Les petits enfants, avons-nous dit, ont besoin de dormir beaucoup ; mais ils peuvent le faire sans être bercés. Ce balancement vertigineux ne rend service qu'aux nourrices, en faisant cesser les cris de l'enfant. Mais, d'habitude, si l'enfant crie, c'est qu'il lui manque quelque chose; qu'il a faim, ou qu'il est sali, ou que le maillot le met hors de lui. Assez avant encore dans la seconde enfance, le besoin de sommeil est remarquablement impérieux et prolongé; on doit se garder d'entretenir la veille, chez les petits garçons ou les petites filles, par une occupation ou un amusement quelconque. De 7 à 12 ans, il ne faut guère moins de 10 heures de sommeil. Les enfants, d'ailleurs, échappent assez peu à l'influence des saisons et dorment, naturellement, un peu plus en hiver qu'en été.
11 faut de 6 à 8 heures aux adultes bien portants; l'école de Salerne avait pris la moyenne :
Septem horas dormire sat est juvenique senique.
Comme les faibles ont plus besoin de sommeil que les forts, on permettra plutôt 8 heures et même 9 aux jeunes filles et aux jeunes femmes.
Les vieillards ne dorment guère et n'en éprouvent que faiblement le besoin.
DE L'EXERCICE ET DU REPOS
[Hygiène générale.]
La question du lieu du repos et celle des moyens d'assurer la calorification pendant le sommeil sont comprises dans I'habitation et le vêtement (Voy. dans ces chapitres, les paragraphes spéciaux : pages 682 et 385). Nous n'ajouterons qu'un mot relatif à la nécessité d'assurer le plus possible au dormeur l'indifférence visà-vis des oscillations de la température extérieure. L. A. Bonnal, à la suite de plus de mille expériences, a pu affirmer : « que les variations de température de l'air extérieur influencent d'une manière très appréciable la chaleur d'un sujet placé dans un appartement, bien que la température de ce dernier n'ait pas varié. L'action du milieu ambiant se borne à modifier la température périphérique du corps. L'abaissement nocturne ne se produit pas d'une manière aussi nette si, au lieu d'être au lit, on reste assis à lire ou à écrire. » En toute saison, le minimum de la température du corps s'observe de minuit à 3 heures du matin ec peut descendre jusqu'à 36°,3 ; à Paris et à Milhau, après que la température nocturne se fut abaissée pendant plusieurs jours jusqu'à zéro, l'auteur trouva un minimum de 36°, 05. En été, le minimum n'est qu'entre 36°,4 et 36°, 5. Si l'on remarque qu'en été la chaleur intérieure des appartements est assez élevée pour ne pas refroidir notablement la périphérie du corps, on en conclura aisément qu'il serait dangereux de favoriser cette tendance à l'abaissement de température des sujets au lit en laissant, en hiver, les appartements prendre le même degré thermométrique que l'air extérieur. Aussi comprenons-nous difficilement que G. Jâger (de Stuttgart) conseille de dormir les fenêtres ouvertes, sous le prétexte de permettre à la vapeur d'eau pulmonaire et cutanée de se diffuser dans l'atmosphère, ainsi que les molécules organiques qu'elle charrie. Il se pourrait que les vapeurs nocturnes du dehors, entrant dans l'appartement, ne fussent pas partout beaucoup plus salubres que celles qui en sortent ; mais, surtout, la calorification générale et locale pourrait en être, à de certains moments, singulièrement compromise. Est-ce que l'on n'a pas vu les soldats contracter des congélations en couchant au bivouac? Est-ce que l'homme qui se couche dans la neige, cédant au sommeil que provoque le froid extrême, n'a pas toutes les chances de ne se réveiller jamais? Nous sommes donc disposé à maintenir comme suffisante et nécessaire cette règle : une chambre à coucher spacieuse, avec une cheminée, et des fenêtres que l'on ouvrira tout au long du jour, mais que l'on fermera pendant la nuit. — Même en été, il faut être bien sûr qu'il n'entrera pas de souffle malarial pour qu'il y ait sécurité à dormir les fenêtres ouvertes. D'ailleurs, il a été dit que les refroidissements même médiocres sont plus graves lorsque le corps a été préalablement surchauffé. Pour la même raison, nous avons recommandé précédemment de faire un peu de feu, pendant le jour (et non le soir), dans la chambre à coucher, dans le but de « décrudir » l'air et de fixer de la chaleur dans les parois.
L'homme élève sa couche au-dessus du sol et fait bien : il faut, le plus possible, pendant le sommeil, s'affranchir des influences thermiques, hygroscopiques et des gaz du sol. On dort rarement dans le décubitus dorsal ; mais plutôt couché sur un côté, le droit de préférence. La position n'est pas rectiligne, mais un peu incurvée, rappelant de loin l'attitude des quadrupèdes, qui se mettent « en rond » pour dormir. L'essentiel est qu'il y ait un relâchement complet et agréable de tout le système musculaire et que les gros viscères, le foie en particulier, reposent sur un plan et ne fassent pas percevoir de tiraillements pénibles. Les malades atteints d'hépatite ou d'épanchement pleural considérable, se couchent soigneusement sur le côté malade.