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GERMAINS

LITHUANO-SLAVES

Fig. 218. — Migrations des Aryas.

spéciale.] RAGES HUMAINES. 1041

revanche, il n'est si petite fraction du peuple allemand actuel qui ne se prétende appelée formellement à contribuer an développement du progrès humain ; c'est parfaitement juste : seulement, il ne faut pas trop se fonder en ceci sur la vocation des Aryas, puisque la plupart des Allemands méridionaux, en Bavière, en Wurtemberg, en Haute-Silésie, jusqu'à la Croatie et la Roumanie, sont brachycéphales et d'une origine fort voisine de celle du type celtique (Hôlder, His, Schmidt, Yirchow, Desor, de Ring, Hovelacque, Topinard, etc., cités par Gustave Lagneau).

Il n'y a donc pas, non plus, à s'étonner que les peuples d'Europe soient peu aptes à s'implanter en Asie ou en Afrique (sauf les Ligures et Ibères, pour des raisons que l'on dira). Cet essai de transplantation n'est pas toujours un simple retour des Aryens vers leur berceau, la route des migrations reprise au rebours ; c'est quelquefois Fessai d'un brusque dépaysement d'aborigènes d'Europe. Ce n'est pas un acclimatement perdu, difficile à retrouver; mais un appel violent à une flexibilité biologique dont on ne connaît pas la portée.

Mais, s'il y a encore, dans notre Occident, de vastes groupes descendant en ligne directe, sauf des mélanges, des troglodytes de Furfooz, c'est qu'une même race humaine peut passer successivement par les âges de pierre, du bronze, du fer, arriver à l'épanouissement moral tel qu'il est aujourd'hui dans notre région et même le dépasser encore. On ne peut donc pas considérer comme fatalement bornées à leur infîmité actuelle les tribus africaines ou océaniennes, que l'Europe surprend aujourd'hui dans un degré de développement à peu près identique à celui que possédait l'homme quaternaire. Ce sont des familles en retard, voilà tout. Très en retard, assurément, et qui ne peuvent franchir d'un bond l'effrayant espace qui les sépare de nous ; mais elles ne sont pas radicalement incapables, il faut les aider et leur donner le progrès à petites doses. On a constaté que les races inférieures dépérissent et tendent à disparaître au contact des Européens; il ne saurait en être autrement, s'il y a lutte pour l'existence entre ceux-ci et celles-là. Mais, que l'on suppose les Européens disposés à apporter à ces hommes en retard la vie et non la mort, il n'y a pas de loi anthropologique qui ait prononcé la condamnation de tout ce qui n'appartient pas à la famille Aryenne. Il faut pourtant bien que toutes ces tentatives que l'on fait de nos jours pour percer les mystères de l'Afrique centrale aient une autre intention que celle de balayer, sous le souffle européen, les peuplades qui y vivent dans une ignorance profonde; autrement, les Baker, les Livingstone et tant d'autres hardis voyageurs, au lieu d'avoir droit à notre admiration, ne seraient que les éclaireurs détestables de bandes avides et cruelles.

Cette réflexion montre l'utilité de l'anthropologie enhygiène, du moment que l'hygiène se propose aussi la durabilité des groupes humains. Les mêmes études révèlent, d'ailleurs, l'étendue de la puissance de l'homme vis-à-vis des milieux et, réciproquement, la puissance de ceux-ci, du sol et du climat en particulier, pour assurer ou limiter chez l'homme certaines aptitudes, celle, par exemple, de la transplantation lointaine.

Arnould. — Hygiène. 66

LES GROUPES ETHNIQUES

[Hygiène

ARTICLE II Les groupes ethniques.

Ne pouvant embrasser l'énorme complexité que comporte ce sujet, on trouvera juste et pratique que nous prenions pour objectif capital et pour exemple l'Ethnologie de la France. Nous suivrons, dans ce résumé, l'analyse savante et judicieuse qu'a fournie G. Lagneau, dans l'article France [Anthropologie) du Dictionnaire encyclopédique.

Ethnologie de la France. — Le peuple français actuel s'est formé : 1° de races fondamentales / Ibères et Ligures, Celtes, Gaëls ; 2° de familles surajoutées: Grecs et Romains, Sémites, Germains, Slaves, etc.

I. Races fondamentales. — Les Celtes. — Si ce n'est pas l'élément le plus ancien de notre population, c'en est à coup sûr et de beaucoup le plus important. Les raisons alléguées en faveur de l'origine asiatique des Celtes sont d'une certaine faiblesse; l'exploration historique et archéologique directe les retrouve, en revanche, aussi loin que l'on puisse remonter dans les vestiges du passé, occupant une vaste contrée dans l'ouest et le centre de l'Europe, depuis la Garonne jusqu'aux deux rives du Danube. Il faut ajouter les grandes îles du Nord-Ouest (Iles-Britanniques). Il est donc rationnel de les considérer comme aborigènes. Moins anciens que les Ibères, les Ligures et surtout que les Basques, ils paraissent avoir succédé aux races dolichocéphales de l'époque de Cro-Magnon et, sans en dériver exactement, se rattacher à la race brachycéphale de Furfooz. Les Celtes, en effet, ont été et sont encore brachycéphales, mais d'un type mitigé (sous-brachycéphalie). Voici, d'après G. Lagneau, leur caractéristique anthropologique :

« Un crâne globuleux assez volumineux, sous-brachycéphale, à indice céphalique moyen d'environ 82 p. 100, le diamètre antéro-postérieur maximum étant de 17 à 18 centimètres, le diamètre transversal de 14; une capacité crânienne également considérable d'environ 1500 centimètres cubes, un front large déplus de 12 centimètres, un diamètre bizygomatique de près de 13 centimètres quoique les arcades zygomatiques soient peu saillantes, une forte dépression fronto-nasale, les cheveux lisses, plats, châtain-clair dans l'enfance, bruns ou châtain-foncé dans l'âge adulte; les yeux à iris souvent gris-clair; la face assez large, à menton arrondi; le teint coloré, le cou assez court, les épaules larges et horizontalement placées, la poitrine large et développée; les courbes rachidiennes cervicale, dorsale et lombaire peu prononcées, les membres forts et bien musclés, le tronc un peu court et trapu, la taille peu élevée, en moyenne de lm, 61 chez l'homme, une bonne et énergique constitution, peu d'infirmités. »

La langue celtique, avec des inflexions diverses, est encore parlée en

spéciale.]

ETHNOLOGIE DE LA FRANCE

France par un million d'hommes, dans l'Armorique ; c'est le bas-Breton (breizad). Dans les Iles-Britanniques, Je cornisk (Cornishire, Devonshire), le welsh (principauté de Galles), le maux (île de Man), Yalbanach (montagnes de l'Ecosse), Verse ou eironach (Irlande), appartiennent au même dialecte. Le territoire de cette langue se rétrécit de jour en jour; mais des masses considérables d'hommes, qui parlent français , anglais ou allemand, sont néanmoins Celtes.

Plus anciens que les Gaëls, Galates ou Kymris, les Celtes, probablement envahis, refoulés ou pénétrés par ces derniers, en avaient en partie adopté la langue et les usages au temps de la conquête romaine. Les Latins ont même habituellement confondu les deux races sous le nom unique de Gaulois.

Ibères, Ligures, Basques. — Quelques anthropologistes ont pensé que ces trois familles appartiennent à la même race. G. Lagneau les distingue, au contraire; il assigne aux Ibères la plus grande partie du territoire de la Péninsule hispanique et la portion du territoire français comprise entre la Garonne et les Pyrénées ; aux Ligures, le littoral méridional de la Péninsule, le littoral français depuis l'embouchure de l'Aude jusqu'aux Alpes, et, en Italie, le pays compris entre les Alpes et l'Arno ; entre les deux, il place les Bébrykes, venus probablement de l'Asie Mineure, et proches parents des Ibères. Ligures et Ibères auraient également contribué à former la population de la Grande-Bretagne et des îles méditerranéennes. Quant aux Basques, ils auraient fourni à nos peuples du Midi, à l'Espagne du Nord-Est (Biscaye, Navarre), des éléments plus importants que ne pourrait le faire supposer l'étendue actuelle du territoire où la langue s'est conservée avec le type anthropologique primitif.

L'origine des Ligures, des Ibères, des Basques est fort incertaine. On a rapporté l'un ou l'autre ou même plusieurs de ces rameaux, soit aux Atlantes, dont le territoire * originaire a disparu sous les eaux, soit aux Aryens de l'Asie centrale, soit au type mongoloïde. G. Lagneau renonce, avec raison sans doute, à tirer au clair cette difficulté peu soluble et dont la solution serait probablement plus intéressante que profitable. Ce qui complique le problème, c'est la pénétration de vieille date des Ibères par des Celtes. La race ibère est, vraisemblablement, dolichocéphale, mais fine, délicate, gracieuse et distincte des dolichocéphales massifs et de grande taille de Cro-Magnon (petits dolichocéphales andaloux, aux extrémités fines). Les Ligures sont, au contraire, très brachycéphales, à crâne court, arrondi, dont le diamètre antéro-postérieur n'est guère que de 16 centimètres, le diamètre bilatéral, étant assez en avant de 14 centimètres ; indice céphalique, 87 p. 100 ; faible capacité crânienne ; coronal peu large, légère dépression entre les arcades sourcilières, bosses frontales saillantes ; fact* large et peu haute, orbites larges, os malaires saillants en dehors et en bas ; maxillaire supérieur peu élevé, prognathisme alvéolaire, arcade dentaire parabolique; maxillaire inférieur peu haut; os des membres grêles, courts, de petites dimensions. Stature peu élevée. Les Basques paraissent ne pas représenter un type unique ; le plus remarquable, sinon le plus caractéris-

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tique, est brachycéphale, à tête arrondie, orthognathe, avec le nez droit, sans dépression naso-frontale, la bouche fine, les dents petites ; leurs femmes, qui conservent le mieux les caractères ethniques, sont remarquables par la belle conformation du cou et des épaules, le beau développement de la poitrine, les fortes incurvations de la colonne vertébrale, la vigueur du système musculaire, l'élégance des extrémités.

Les Basques, Vascons ou Gascons {Eusk-Aldunac), présentent cette particularité étrange de parler une langue holophrastique, polysynthétique, agglutinative [Euskuara), c'est-à-dire de la famille des langues qui ont été les premières de l'humanité et sont encore aujourd'hui à l'usage des anciens Américains et de la branche touranienne. Cette circonstance n'a pas peu contribué à accentuer l'énigme de leur origine. Quelques-uns paraissent avoir des affinités avec les Atlantes et avec les Kabyles actuels. Ils sont dolichocéphales, comme l'homme de Cro-Magnon. Une autre singularité, c'est la tendance des Basques à l'expatriation ; « depuis trente ans, le quart des hommes valides auraient quitté le pays basque (y compris nos départements pyrénéens et des Landes) pour se porter surtout vers Buenos- Ayres, Montevideo et le bassin du Rio de la Plata » (Lagneau).

Il n'est pas douteux que les Aquitains ne participent plus des caractères des Ibères que de ceux du reste des Gaulois.

Gaëls ou Galettes, Cimbres, Belges. — Pour des raisons généralement tirées de l'histoire, les ethnographes ont longtemps confondu les Galates avec les Celtes et les Belges avec le groupe gallo-celte. G. Lagneau pense qu'il y a lieu de faire une distinction complète entre les Celtes et les trois rameaux dont le nom sert d'entête à ce paragraphe et de séparer aussi chacun de ces trois rameaux. Ceux-ci seraient tous venus du Nord-Est et auraient joué vis-à-vis des Celtes le rôle d'envahisseurs. Les Galates, les premiers arrivés, probablement au début de la période néolithique, paraissent avoir occupé tout le nord de l'Europe, les côtes de la Baltiqùe et de la mer du Nord (en particulier le Jutland, C/iers&nèse cymbrique) et une partie de la Russie, avant de passer le Rhin et de pénétrer dans le pays des Celtes, auquel ils allaient donner leur nom. Ils se rattachaient, sans doute, par des migrations successives, aux Kimmériens qui habitaient au nord du Pont-Euxin (Crimée, Kippépia). En même temps qu'ils dominaient entre le Rhin et la mer jusqu'à la Seine, au Sud, ils envoyaient des colonies aux Iles-Britanniques (Calédonie), pénétraient les Celtes dans toute la profondeur du pays jusqu'aux Pyrénées et poussaient des pointes dans la Péninsule hispanique (Galice, Porto -Galle, Oporto). C'était une race audacieuse, inquiète. De vastes tribus, occupant le centre de la France actuelle, de l'Océan aux Alpes, se mirent un jour à é migrer vers l'Italie (Gaule Cisalpine), entraînant, selon toute apparence, avec elles de véritables Celtes, auxquels elles s'étaient enchevêtrées. Quelques-unes, plus belliqueuses encore, pénétrèrent en Pannonie, d'où elles passèrent en Grèce, pillèrent le temple de Delphes (278 av. J.-C.) et, enfin, portèrent jusque dans l'Asie Mineure le nom redouté des Galates (Galatie, actuellement les Sandjakats d'Angourieh et de Kiankari).

Ces Galates étaient dolichocéphales, mais distincts des races de Canstadt

spéciale.]

ETHNOLOGIE DE LA FRANGE

et de Gro-Magnon, bien antérieures, avec les descendants desquelles ils ont pu toutefois se croiser. Quelques auteurs veulent encore distinguer les dolichocéphales néolithiques des dolichocéphales kymris, Galates, Franks, venus ultérieurement ; G. Lagneau maintient qu'on doit les regarder comme les premiers immigrants Galates, précurseurs d'autres dolichocéphales dont l'origine ni les caractères ne diffèrent essentiellement de ceux des premiers. Ceux-ci avaient le crâne allongé, régulièrement ovale ; indice céphalique, environ 73 p. 100; diamètre antéro-postérieur, 20 centimètres; occipital saillant, belle courbure frontale ; capacité crânienne, 1680 centimètres cubes ; face étroite. Ils étaient de haute taille, avaient les cheveux blonds ou roux, la peau extrêmement blanche, les yeux bleus, la constitution charnue, molle, mais riche en sang. On voit, à ce portrait, résumé de Tite- Live, Diodore de Sicile, Silius Italicus, Strabon, etc., que les Galates ne différaient pas sensiblement des Germains. Leurs vertus étaient l'audace, le courage, l'impassibilité des hommes, la chasteté farouche des femmes. Ils parlaient une langue différente de celle des Celtes.

Les Cimbres habitaient les marais du littoral de la mer du Nord, à côté des Teutons, des Sycambres, des Chérusques, lorsqu'au deuxième siècle avant notre ère une horde de cette tribu, chassée par une inondation, se dirigea vers l'intérieur du continent, accompagnée de ses voisins de la Germanie septentrionale, les Teutons, se fit repousser de la Gaule-Belgique, ravagea la Gaule et franchit même les Pyrénées. Rentrés en Gaule, ils passèrent les Alpes pendant que Marius écrasait leurs alliés avec leur roi, Theutoboch, près d'Aix, pour aller se faire détruire eux-mêmes par le même général, près de Verceil (101 av. J.-C). Les uns et les autres ont probablement peu influencé l'ethnologie de nos pays.

Les Belges ont suivi les Galates et précédé les Cimbres, procédant, du reste, de la même race germanique. Ils ont occupé, au nord des Celtes, toute la région maritime de notre pays, probablement jusqu'à la Loire (Vénètes ; Vannes) et peut-être jusqu'à la Garonne (Volces Tectosages : Toulouse, Carcassonne, Nîmes) ; on en retrouve la trace au port Ictius (Sithiu, Saint-Omer), chez les Meldes (Meaux), les Atrebates (Artois), les Beliovacs (Beauvais), etc. Ils ont envoyé des colonies dans l'île d'Albion. Ce sont ;eux, paraît-il, qui lui ont valu son nom de Bretagne; les Britanni étaient une de leurs tribus, qui, depuis la Germanie, suivait le littoral dans ses migrations. Ils y trouvèrent des Ibères, des Ligures, des Celtes, et c'est cette race mélangée qui, aux quatrième et cinquième siècles, revint en Armorique, fuyant l'invasion saxonne dans l'île de Bretagne. Elle y apporta les poneys d'Irlande et du pays de Galles (equus hibernicus), aujourd'hui races du Léon et du Conquet (André Sanson), Les Nerviens habitaient le Hainaut belge et le Cambrésis. Les Eburons (Liège) furent presque entièrement détruits en l'an 53 av. J.-C, pour s'être révoltés avec Ambiorix. Ces deux derniers peuples, qui avaient refoulé des Celtes, se flattaient, ainsi que les Trévires (Trêves), de leur origine germanique.

IL Races surajoutées. — Sémites, — Les Sémites sont représentés dans la

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population française par les descendants des Phéniciens, des Carthaginois, des Sarrasins, des Juifs.

Les Phéniciens et les Carthaginois ont eu des comptoirs sur le littoral de la Méditerranée et des Pyrénées-Orientales. Mais leur influence ethnique est restée à peu près nulle.

Les Sarrasins ont pénétré en France vers 721, ont fortement occupé le Midi et, selon toute apparence, poussé jusqu'aux Alpes et jusqu'à la Moselle, pour disparaître en 975, après la prise du château de Fraxinet parle comte Guillaume de Provence. Quelques-uns y sont rentrés en fugitifs, vers 1610, lorsque Philippe III expulsa d'Espagne les derniers Maures, Ces Sarrasins étaient eux-mêmes de deux types : Berbères et Arabes, tous deux sous-dolichocéphales, mais avec une taille plus petite chez les Berbères ; la face étroite et allongée, le nez mince, long et aquilin chez les Arabes. Leur influence sur notre ethnologie est restée médiocre, sauf dans le Midi, particulièrement aux environs de Narbonne, et dans les Alpes (Maurienne, mont des Maures).

T es Juifs se sont portés vers l'Occident bien avant la prise de Jérusalem par Titus ; mais c'est à cette époque que le plus grand nombre des défenseurs de la Judée s'expatrièrent en Espagne et en Gaule. Les persécutions religieuses les firent refluer, àdiverses reprises, de l'Espagne et du Portugal vers la France, où quelques-uns embrassèrent le Christianisme, en formant néanmoins de petites colonies peu disposées à fusionner avec leurs voisins. Les Juifs, restés tels, ont adopté un certain nombre de localités du Midi, du Centre et de l'Est ; le plus grand nombre est à Paris. La perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine a diminué d'une quarantaine de mille le nombre des Juifs français; ils ne sont guère aujourd'hui que 50.000. Mais il faut réduire notablement ce chiffre, sinon au point de vue de la différence de culte, au moins au point de vue anthropologique ; la plupart des Juifs de l'Est et même de Paris n'ont rien de commun avec la descendance de Jacob et ne sont même pas Sémites. Ils descendent des «Juifs Allemands », beaucoup plus nombreux que les vrais et qui proviennent des peuplades touraniennes, Germaines et Slaves, converties au Judaïsme, du sixième au neuvième siècle de notre ère. Il n'y en a, du reste, pas d'autres en Russie, en Pologne, en Gallicie, en Prusse, ni guère d'autres dans le reste de l'Allemagne.. Toutefois, quand ces pseudo-juifs ont pénétré dans nos provinces orientales, ils y ont rencontré des Hébreux véritables, auxquels ils se sont mêlés. 11 est curieux de voir aujourd'hui les Allemands organiser une agitation «anti-sémitique» contre des compatriotes professant une autre religion que le Christianisme, mais qui sont Tartares et Slaves, comme les Prussiens, et Germains plus qu'aucune tribu de l'empire de Guillaume.

Les Juifs Sémites sont mésaticéphales, avec un indice céphalique de 75 à 80 p. 100; de petite taille. Ils ont les cheveux noirs, gros, rudes, brillants et abondants, le front étroit, les sourcils épais, bien arqués; les yeux grands, vifs, à iris de couleur foncée, les paupières bien fendues, garnies de cils noirs et longs ; la face étroite au niveau des yeux, le nez aquilin, étroit à sa racine, à arête dorsale mince, saillante, courbe; un léger pro-

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gnatisme alvéolo-sous-nasal ; le menton parfois peu saillant, donnant au visage un profil courbe; la barbe noire, le teint mat. Leurs femmes sont souvent fort belles. Un de leurs caractères est la lascîveté. Les Juifs allemands n'ont aucun de ces traits; en revanche, ils présentent des faces larges, des nez épatés, des yeux bleus, des cheveux plus ou moins blonds, en rapport avec leur origine tartare ou germanique. Leurs femmes ne sont menstruées qu'assez tard.

Il est fort remarquable que ces Juifs, d'origine si diverse, se ressemblent néanmoins par un mouvement démographique prospère, sous toutes les latitudes. Toutes ces familles ont beaucoup d'enfants, une mortalité faible et une grande longévité. Gela prouve, une fois de plus, que les aptitudes ethniques innées ne sont pas absolument décisives dans la vitalité des races et que l'homme peut les plier, les dominer, en se soumettant à certaines règles. Or, tous les Juifs à peu près suivent les dogmes des Pharisiens (ou isoleurs), qui les séparent des populations au milieu desquelles ils vivent ; tous sont sobres et le culte de la famille est un de leurs premiers devoirs religieux ; presque tous, par tradition, s'abstiennent du travail manuel, particulièrement du travail de la terre, et habitent les villes plutôt que la campagne, ce qui, dans les pays à malaria, les met à l'abri des influences telluriques.

Grecs et Romains. — LesRhodiens paraissent avoir, les premiers, abordé les côtes méridionales de notre contrée ; ils auraient fondé la ville de Rhodanusia à l'embouchure du fleuve qui, depuis, s'est appelé Rhodanui, le Rhône. Vers 599 avant notre ère, des navigateurs partis de Phocée (à 42 kilom. de Smyrne), en Asie Mineure, fondèrent Massilia (Marseille), sur le littoral du pays des Segobriges. Leurs descendants élevèrent Monaco, Nice, Antibes, Hyères, la Ciotat, Agde. Us fournirent des colons à Arles, Avignon, Cavaillon, Nîmes. Cet élément ethnique a probablement joué un grand rôle par l'importation de l'écriture.

Les Grecs appartiennent à deux races : les Pélasges, brachycéphales, de grande taille, de formes vigoureuses et élégantes (Schypétares, Albanais actuels) ; et les Hellènes (Doriens, Eoliens, Achéens, Ioniens), dolicho- ou sousdolichocéphales, de taille moyenne, àproportions remarquables, à membres plutôt grêles que volumineux, avec un crâne et un visage d'une parfaite beauté (la Vénus de Milo). Les fugitifs de Phocée, qui fondèrent Marseille, appartenaient à la branche ionienne de ces Hellènes, si admirablemem aptes aux lettres et aux arts. On voit encore à Arles et surtout à Agde, paraît-il, des filles présentant le type grec dans toute sa pureté. Les Grecs ont aussi fourni des colons à la Gorse.

Les Romains sont entrés en Gaule en 125 av. J.-G., appelés par les Marseillais. On sait qu'ils devaient bientôt dominer tout le pays et lui laisser leur civilisation et leur langue. L'imprégnation a été, pourtant, bien plus forte au point de vue politique et social qu'au point de vue ethnique. Les légions ne se fixaient pas en Gaule, à moins qu'elles ne fassent déjà composées de Gaulois; c'étaient surtout les marchands qu'on voit à la suite de armées, les employés civils de la conquête, qui s'alliaient aux gens du pays

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et y faisaient souche. Et puis, cette domination n'a été que passagère. Les types romains se sont perdus dans les autres de notre nationalité.

Ces types étaient essentiellement représentés par la race Etrusque, dolichocéphale ou sous- dolichocéphale, à face allongée, de grande taille, avec des membres forts, des extrémités assez grêles ; et par la race Sabellique, au crâne à la fois long et large, Euricéphales, avec aplatissement du vertex, platt'céphales, le front large mais peu élevé, le nez assez fort, droit ou un peu aquilin, la bouche accentuée, le menton court et arrondi (les têtes cuboïdes des empereurs romains); un cou court, des membres forts et peu longs, un système musculaire très développé, une ossature courte et massive, une stature moyenne ou peu élevée.

Races germaniques des invasions barbares. — La plupart des noms que l'histoire a attachés aux principales invasions germaniques sont des noms de confédérations, plutôt que de peuples ; ainsi les Suèves, les Allemands, les Franks.

Les Suèves pénétrèrent dans la Gaule, en 407, la traversèrent pour aller former en Espagne un royaume éphémère et ne s'y fixèrent pas d'une façon durable.

Les Allemands (Allamans, Allmann : tout homme, hommes de tous peuples, confédération formée d'éléments divers), venus de la Germanie centrale, occupaient les deux rives du Rhin (Bade et l'Alsace) et peut-être la région appelée plus tard Lorraine allemande, lorsqu'ils furent défaits à Tolbiac (496) par Clovis. La plupart retournèrent sans doute dans le sudouest de la Germanie, qui prit le nom d'Allemagne.

Les Wisigoths (Goths de l'ouest) entrèrent en Gaule peu après les Suèves. Ils venaient du nord de la Germanie, près de la Baltique, après avoir occupé la Scandinavie. Ils avaient parcouru les régions danubiennes et l'Italie avant de passer dans les Gaules, où ils possédèrent ]a région située entre la Loire et les Pyrénées jusqu'à la bataille de Vouillé (507), et la Septimanie jusqu'en 730. Ils y ont laissé l'empreinte ethnologique.

Les Burgundes, Burgundions, habitaient le nord-est de la Germanie, auprès de la basse Vistule. Après avoir été maîtres du pays situé entre le Rhin, les Vosges et la Moselle, ils furent refoulés par les Huns, occupèrent la Savoie et, plus lard, définitivement une région s'étendant du cours de la Durance au bassin du Rhône et de la Saône et à la plus grande partie de l'Helvétie. Leurs caractères ethniques, principalement leur haute taille {Burgundio septipes), se retrouvent chez les habitants actuels des départements du Doubs, du Jura, de la Gôte-d'Or.

A ces Burgundes paraissent s'être ajoutés, vers 572, quelques Lombards, échappés de défaites subies de l'autre côté des Alpes.

Les Franks étaient une réunion plus ou moins solide de tribus germaniques fort diverses, Saliens, Ripuaires, Sicambres, Ghamaves, Attuaires, etc. Ils venaient du nord-ouest de la Germanie, et, quoique battus par Julien l'Apostat, ils avaient réussi à rester sur le cours inférieur du Rhin; Glodion avait encore son château-fort à Duisbourg en Westphalie, ou peutêtre sur les confins du pays des Tongres. Vers le milieu du cinquième

spéciale.]

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siècle, ils s'emparèrent de Tournai, de Cambrai, furent encore nattus par les patrices romains, et néanmoins possédèrent toute la partie septentrionale de l'ancienne Gaule. Lorsque Glovis eut vaincu Syagrius à Soissons, les Burgundions (501), les Wisigoths (507), les Franks dominèrent sur la plus grande partie des Gaules qui prit, dès lors, le nom de France. Pépin, en 759, compléta l'unité en reprenant la Septimanie aux Wisigoths (759).

Bien que le rôle politique des Francs ait été capital, ils ont, moins encore que les Romains, influencé l'ethnologie de notre peuple, pour des raisons générales que nous dirons et peut-être aussi parce que le plus grand nombre de ces guerriers, peu mêlés aux populations conquises, furent exterminés en grand nombre à Fontanet, sous le drapeau de Louis le Germanique. Le fait est que l'on n'en vit plus lorsqu'il fallut résister aux agressions des pirates normands.

Les Saxons ont probablement laissé une trace ethnologique sur le littoral français de l'Océan, qu'ils visitaient en pirates en même temps que la Grande-Bretagne ; les habitants de l'île de Batz descendraient de ces Germains. Il est probable aussi qu'il faut compter comme nos ascendants les milliers de Saxons que Charlemagne transporta en Gaule, on ne sait trop sur quel point précis, quelques-uns disent en Flandre. Le pays de Bayeux aurait encore été peuplé d'émigrants Saxons, de même que les faubourgs du Hautpont et de Lysel, à Saint-Omer. Enfin, il n'est pas impossible que ces Saxons aient été les importateurs du dialecte Vlaemsch; h moins qu'il ne soit dû aux Ménapiens, parents des Frisons, peuplade germanique d'avant la grande invasion, qui habitait la Zélande et en fut déplacée par les Usipètes et les Tencthères, au moment de l'arrivée des Suèves.

Les Normands habitaient la Scandinavie et peut-être le Jutland. Leurs incursions dans les Gaules datent du commencement du neuvième siècle. Elles devaient finir par leur établissement définitif, en 911, sur la plus grande partie de la Neustrie. On en retrouve particulièrement les traces sur le littoral et le long des fleuves, près de Bayeux, de Barfleur, de Trouville.

Les quelques Anabaptistes restés aux environs de Schirmeck, après le massacre des « Rustauds » à Saverne par le duc Antoine de Lorraine, complètent la liste des familles d'origine germanique, implantées sur le sol français.

Tous ces Germains ou Scandinaves sont dolichocéphales, à face haute, de stature élevée (sauf, paraît-il, les Cattes et les Flamands), ont les cheveux blonds, les yeux bleus, les chairs abondantes et molles, le visage coloré, la peau blanche. Leur développement est tardif ; les filles ne sont pubères que vers la seizième année. Ces caractères s'atténuent à mesure qu'on les étudie chez des familles plus rapprochées des premiers envahisseurs, Galates et Cimbres. Ils sont, du reste, assez rares à l'état de pureté, pour diverses raisons ; en outre des croisements inévitables entre les conquérants et les vaincus, malgré le soin que prirent les premiers de ne pas faire d'alliances régulières de cette sorte, la principale de ces raisons

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est le petit nombre relatif de ces nouveau-venus, par rapport aux races fondamentales. Il semble même que le chiffre des hommes blonds tend à décroître encore, en France et jusqu'en Angleterre.

Sarmates et Slaves. — Cette famille a laissé très peu de- traces dans notre population. Les Vandales n'ont fait que traverser le pays en dévastateurs ; les Alains, d'origine scythe, paraissent avoir occupé les campagnes des environs de Valence et les bords de la Sèvre Niortaise d'une façon assez sérieuse pour y marquer leur imprégnation ethnique ; les Théiphales se sont établis dans le bas Poitou ; quelques soldats Sarmates furent disséminés en Gaule, vers la fin de l'empire d'Occident ; des Agathyrses peuvent s'être fixés dans le Poitou ; des Ruthenes entre Calais et Dunkerque.

Ces tribus étaient dolichocéphales et ressemblaient fort aux Germains, avec lesquels elles avaient déjà, comme aujourd'hui, des contacts permanents et une pénétration réciproque.

Ouralo-Altaïques. — Les Huns d'Attila venaient du bassin de l'Oxus, d'où ils avaient pénétré en Europe en franchissant le fleuve Oural. Ils n'ont eu aucune influence sur notre ethnologie. Les Hongrois, qui dévastèrent la .Lorraine, au dixième siècle, ne paraissent pas y avoir laissé de descendants. Ce sont des sous-brachycéphales.

Tsiganes, Bohémiens, Zigeuners, Gitanos. — Ce sont des nomades d'origine hindoue, provenant probablement de plusieurs migrations successives, dont quelques-unes antérieures au dixième siècle avant J.-C. On en trouve en divers endroits de la France, particulièrement dans les Pyrénées et dans les Vosges. Cette race est sous-dolichocéphale, mais avec deux types : l'un, fin, à face allongée, ovale, aux traits accentués, au nez aquilin ; l'autre grossier, aux traits ramassés, au regard moins perçant. Le crâne est toujours d'une faible capacité. Les Zigeuners des Vosges, à peau basanée, aux cheveux noirs abondants, semblent appartenir au type fin.

On pourrait, enfin, ajouter à cette longue énumération l'influence ethnique qu'ont pu avoir l'occupation anglaise de la Guyenne, de Calais et , de divers autres points, et surtout le séjour des Espagnols en Franche- Comté, en Picardie, en Flandre. Cette dernière circonstance a laissé des traces bien plus évidentes que l'autre, qui, d'ailleurs, ne pouvait guère que nous renvoyer des Celtes et des Normands, identiques à ceux du sol français.

l<e peuple français actuel. — Les trois familles que nous avons appelées fondamentales constituent, évidemment, la trame ethnologique de notre population, que l'infusion répétée, à petites doses, de sang étranger, ne saurait altérer essentiellement. Les points sont rares et circonscrits, dans lesquels il est possible de retrouver, à grands renforts de recherches historiques, archéologiques et, quelquefois, d'hypothèses, le type à peu près pur de quelqu'une des tribus d'invasion. La population fondamentale, celle qui, déjà issue de rameaux divers, s'était assez unifiée à la suite des siècles pour ne plus porter que le nom de Gaulois, a successivement absorbé les Romains, les Barbares de la Germanie et toute autre tribu qui,

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