PEUPLE FRANÇAIS ACTUEL
dans son passage sanglant, aurait pu laisser une fraction de sa nationalité sur notre territoire. Bien plus, il est manifeste que la race celte a exercé vis-à-vis des autres éléments anciens, particulièrement sur le rameau germanique (Gaëls), une puissance d'absorption analogue , les Germains de France se rapprochent autant des Celtes que les Germains d'Allemagne se rapprochent des Slaves. Le peuple français est donc celtique, nuancé de façons diverses et à des degrés variables selon qu'on l'étudié au Nord ou an Midi, à l'Est ou à l'Ouest. Il ne se ressemble pas partout à lui-même ; mais partout on retrouve quelques traits communs, que n'ont pas les autres au même degré : faciès non omnibus una, nec diversa tamen.
La prédominance du nombre et l'antériorité ont, assurément, été les plus puissants auxiliaires de la race celte. Les croisements ont été forcément en sa faveur. Mais qui empêche de supposer que les mêmes influences de milieu, qui avaient fait de cette race aborigène ce qu'elle est, ont continué à agir sur les immigrants dans un sens qui devait les rapprocher de plus en plus des autochthones ? Dans cette portion de l'Europe occidentale, limitée par le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées et l'Océan, il y a une homogénéité "de conditions climatiques et telluriques qui pousse à l'unité. A la périphérie de ce territoire, là même où l'on peut se demander de quel côté sont les tendances, on n'incline pas, ou l'on n'incline plus dans la direction excentrique. Les besoins, les habitudes, les pensées même s'uniformisent et prennent invinciblement la même note dominante, la note française. La langue^des Celtes, les dialectes germaniques, mais par dessus tout le latin, ont fourni les éléments de la langue nationale; mais il n'a pas été besoin de violence ni de loi pour faire prédominer celleci sur le basque, sur le bas-breton, sur le flamand, ni même pour fondre la langue d'oc avec sa rivale A'oui, plus appropriée à la diversité des éléments populaires. A vrai dire, cette prédominance n'est autre chose que l'unification des races et non le triomphe de l'une d'elles.
Nous verrons que, malgré l'unité réelle, les caractères d'origine peuvent encore s'apercevoir dans les différences actuelles d'aptitudes de nos grands éléments ethniques. Mais nous pouvons, après cette revue d'ethnogénie française, faire remarquer, avec G. Lagneau, combien il est puéril de parler de races latines et de panlatmsme, quand il s'agit de nous et, surtout, quand on a l'intention de nous confondre, sous ce titre, avec les Espagnols, les Portugais, les Italiens, les Valaques. Sauf la langue, nous sommes tout, excepté Latins, et nous n'avons de commun avec les péninsulaires que l'origine d'une fraction de notre peuple, Ibères d'un côté, Ligures de l'autre. Il serait aussi rationnel de nous englober dans le pangermanisme, sous prétexte de notre élément galate et timbre, si le pangermanisme lui-même ne commettait cette énorme contradiction de réunir à des Germains les populations de l'Allemagne méridionale, qui sont fortement Celtes, et les Prussiens qui sont Slaves. A vrai dire, les Russes, qui arguent du panslavisme, sont pénétrés d'Allemands, d'Esthoniens, de Lapons, de Tartares, de Circassiens. Le fait est que ces termes sont de simples fictions politiques et que l'ethnologie de toute l'Europe est aujourd'hui une résultante d'élé-
LES GROUPES ETHNIQUES
[Hygiène
ments multiples et divers, dans laquelle on ne peut plus guère apercevoir que des nuances plus ou moins accusées selon les lieux et fort peu de races pures constituant une nationalité considérable.
Aptitudes ethniques des Français. — 1° Aptitude au service militaire. —
La première condition exigée pour faire un soldat est que sa taille atteigne le minimum légal (aujourd'hui de lm,54). Dans le temps que le minimum légal était fixé à lm,56 (de 1832 à 1868), le chiffre des exemptions pour défaut de taille en France allait en diminuant d'année en année, de sorte que, de 929 pour 10,000 examinés en 1831, il s'était abaissé à 600 en 1860 (Boudin). On pense qu'aujourd'hui encore ce relèvement de la taille continue son allure progressive. Gela ne veut pas dire que la population de la France grandisse tout entière et d'ensemble ; mais il se passe ce fait singulier et que l'on peut dire heureux, puisqu'il révèle l'unification dans des conditions avantageuses : c'est que les hautes tailles et les petites tailles se raréfient simultanément, en d'autres termes : que les tailles moyennes deviennent de plus en plus nombreuses.
Les grandes tailles, en France, sont dans l'Est et le Nord (Burgundions, Kymris, Normands), en y ajoutant les départements des Deux-Sèvres et de la Charente-Inférieure (Sarmates?). Les départements du Midi tiennent le milieu, dans les exemptions pour défaut de taille (Ibères, Aquitains, Ligures), à l'exception du département de l'Hérault (Volces ?), qui rentre dans la catégorie des grandes tailles. Les exemptions les plus nombreuses pour insuffisance de taille sont dans les départements du massif central et de l'Armorique (Celtes) ; encore sont-elles moins communes sur le littoral breton (Saxons, Angles, Danois, Galates-Kimmériens) que dans l'intérieur de la presqu'île (Guibert, de Saint-Brieuc).
Une circonstance importante atténue la portée de ces inégalités de stature, à savoir la différence de l'âge dans lequel chaque race atteint au développement complet de l'individu. Selon Ghampouillon, l'évolution de la taille serait achevée à 23 ans chez les Gelto-Ibéro-Ligures, à 25 ans chez les Kymris, et retarderait jusqu'à 28 ans chez les Celtiques. Les jeunes gens de notre Midi, à 21 ans, seraient donc plus près que les autres, que les Celtes surtout, du moment auquel ils doivent posséder toute la hauteur de leur taille. Il faut dire que Quételet assure que les Belges (Germains comme nos populations Kymriques) prolongent leur croissance jusqu'à la trentième année et que Gould porte au delà de trente ans le terme de la croissance des Irlandais aux États-Unis.
Remarquons que les petites tailles ne sont pas moins propres au service que les grandes ; c'est' plutôt le contraire et nous avons démontré ailleurs (J. Arnould : Sur le recrutement de P Ecole spéciale militaire) que le rapport thoracique élevé est normal aux premières, comme le rapport thoracique faible est normal aux secondes. On a donc bien fait d'abaisser à lm,54 le minimum de taille et mieux encore d'ouvrir le cadre des ajournements aux appelés qui ne l'ont pas atteint au moment du tirage au sort. Sur un peu plus de 20,000 hommes qui sont ajournés chaque année, et dont les trois
spéciale.]