‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 146 sur 267 · APTITUDES ETHNIQUES DES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

APTITUDES ETHNIQUES DES FRANÇAIS

Calais, en 1518, où elle n'aurait atteint que des Anglais. Depuis 1718, la suette miliaire, comme on sait, n'épargne pas nos populations; de sorte que la question est de savoir si la suette anglaise et la suette miliaire ne sont qu'une seule et même maladie. Nous nous sommes prononcé pour l'affirmative (J. Arnould : France : Pathologie), avec Grisolle, Jules Guérin, A. Hirsch, Boyer, Monneret et Fleury, etc.

Nous avons, en outre, fait remarquer, avec A. Hirsch, que la suette affectionne, en France, la zone nord, de la Normandie à la Franche-Comté. Si l'on ajoute que, tout au Midi, le département de l'Hérault s'est également montré comme un foyer de prédilection de la maladie, on sera disposé à admettre la loi récemment formulée par Bordier : que la carte géographique de la suette coïncide à peu près avec celle des régions où domine l'élément blond, de haute taille, dolichocéphale. L'Hérault, avons-nous dit, paraît avoir été fortement imprégné de l'élément wisigoth. L'Auvergne, qui a eu la suette, à son tour, ferait exception ; mais il est possible que l'île de Ré et celle d'Oléron, visitée par l'épidémie dans l'été de 1880 (J. Rochard), ne dérogent pas à cette formule d'aptitude ethnique ; ces deux îles peuvent avoir reçu une part des Sarmates qui se sont établis dans le Bas-Poitou, peut-être quelques-unes des familles saxonnes et Scandinaves qui fréquentaient nos côtes atlantiques.

Uergotisme, qui est surtout convulsif en Allemagne (Léon Colin), est plutôt gangréneux en France.

La scarlatine, maladie redoutable en Angleterre, ne nous épargne pas, mais nous est beaucoup moins cruelle.

Le choléra ne s'acclimate pas en France, comme il est soupçonné de le faire dans le Nord-Est de l'Europe. En eux-mêmes, les Français n'ont le privilège d'aucune immunité vis-à-vis du fléau asiatique.

La fièvre jaune visite nos ports, mais ne s'implante pas dans l'intérieur du pays, comme elle l'a fait quelquefois en Espagne. Pour ces deux fléaux épidémiques, la climatologie, la nature du sol, l'hygiène, sont de plus sûres protections que notre ethnologie.

Chauffard pensait que le typhus s'attache spécialement aux Slaves (Russes et Prussiens), aux Celtes (Irlandais et Bretons), peut-être aux Germains. Nous n'avons jamais compris comment l'illustre professeur pouvait en conclure que les Français, comme race, sont réfractai res au typhus.

La fièvre typhoïde est pour la France ce que le typhus exanthématique est pour les Iles-Britanniques. Les décès de cette cause représentent les 80 , millièmes de notre mortalité totale ; Glasgow seule est dans le même cas. En Allemagne, il y a de 30 à 60 décès typhoïdes pour 1000 généraux; Munich, Vienne et Paris se ressemblent beaucoup sous ce rapport : 45 décès typhoïdes p, 1000 généraux (Lombard, de Genève).

La phthisie pulmonaire nous coûte les 111 millièmes de tous les décès; elle est moins sévère au Midi qu'au Nord, à l'Est qu'à l'Ouest. L'Angleterre, l'Écosse, la Hollande, l'Allemagne, sont encore plus éprouvées.

Les provinces de Lorraine et Barrois ont perdu la fâcheuse renommée qu'elles avaient jadis sous le rapport de la fréquence des calculs m inaires.

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[Hygiène

3° Résistance au traumatisme. — Lorsque l'on eut à comparer les résultats de la chirurgie étrangère avec ceux de la nôtre, Yelpeau, Chauffard, Legouest, émirent l'opinion que les races du Nord, en particulier la race anglo-saxonne, sont naturellement plus indifférentes aux grands traumatismes que les races françaises. Proust répète la même formule et G. Lagneau paraît supposer que les succès d'ovariotomie de Kœberlé tiennent à ce qu'il opère sur des Alsaciennes, fortement teintées de germanisme. Nous croyons, pour notre part, qu'il y a là une profonde et dangereuse illusion ; ce n'est ni la supériorité de résistance des races ni la supériorité opératoire ou scientifique des chirurgiens qui ont fait les différences observées; c'est la supériorité du milieu dans lequel les étrangers opèrent. Les chirurgiens français savent bien aussi ce qu'il faut; mais ils ont été longtemps à l'obtenir des administrations routinières. Aujourd'hui que l'on commence à leur donner le milieu opératoire exigé, ils obtiennent de fort beaux résultats. Nous nous rappelons fort bien que Kœberlé ne comptait pas précisément sur la générosité de la chair alsacienne, qu'il commençait par imposer à ses opérées le milieu atmosphérique aseptique, qu'il n'eut jamais consenti à opérer à l'hôpital, qu'il s'entourait de précautions minutieuses visà-vis de la propreté des instruments, des pansements, etc.

4° Aptitudes générales. — Les Français sont sobres, plus au Midi qu'au Nord; moins que les Espagnols, beaucoup plus que les Anglais et que les Allemands. Les Aquitains-Ligures se contentent aisément d'une nourriture presque entièrement végétale et usent peu de l'alcool, quoique leur région soit couverte de vignes. Les races kymriques mangent davantage, mais inclinent vers les abus d'alcool, de même que les peuples du Nord. Les Bretons d'Armorique, mais aussi les Germains de l'extrême littoral, ainsi que les Normands, versent dans l'alcoolisme, bien que la race celte soit, en somme, peu exigeante au point de vue de la nourriture.

Les Français sont aptes à la culture des champs; les familles galates et normandes plus que les Celtes et surtout que les Ibères. On sait que les Maures d'Espagne dépassaient beaucoup, sous ce rapport, la population indigène.

La France aime les arts et la littérature et y réussit. Elle a, dit-on, le sens de la forme, tandis que l'Allemagne se pique d'avoir « la pensée profonde ». Les citadins excellent dans l'industrie; les ruraux sont notoirement routiniers. Mais, de part et d'autre, on a un violent besoin d'individualité et de propriété. C'est la France qui a proclamé les « Droits de V homme ». Cette tendance, unie aux habitudes de sobriété et de travail, explique que la France soit le pays de l'épargne et qu'elle incline à tenir la richesse sous la forme métallique, -au lieu de la laisser passer dans le développement de l'agriculture et l'expansion démographique. Ce qui est probablement une faute et une grave imprudence ; il est dangereux de n'avoir que des milliards à sa disposition, quand on vit au contact de tribus prolifiques et affamées.

5° Aptitude à l 'acclimatement au dehors. — En soi, la nation française, y compris l'élément germanique, est parfaitement apte à coloniser au loin ;

spéciale.]

ETHNOLOGIE DE LA. FRANGE

nous n'en voulons pour preuve, en ce moment, que le développement des familles françaises, normandes surtout, au Canada, malgré les fautes des uns et les crimes des autres. Vis-à-vis de l'implantation définitive dans les pays chauds, elle rencontre les mêmes difficultés que les autres peuples d'Europe, mais à un degré beaucoup plus considérable que les Espagnols, et notablement moins élevé que les Anglais et les Allemands. Il importe, d'ailleurs, en ceci, de faire la distinction des types primitifs. En prenant pour pierre de touche la plus sérieuse de nos colonies, l'Algérie, la formule qui résulte des observations déjà anciennes (et par conséquent dans des circonstances défavorables) de Martin et Foliey, A. Vital, Rouis, Laveran, Guyon, et des études, plus récentes, de Vallin et de Ricoux (alors que la culture a déjà bien assaini le sol), paraît être la suivante: la permanence des Français, comme colons, en Algérie est possible ; elle est plus problématique pour nos familles du Nord, d'origine germanique, que pour les Français du centre (Celtes); elle est facile pour les Aquitains-Ligures. Elle deviendra d'autant plus certaine que les Français d'Algérie s'uniront avec les Européens du Sud (Espagnols, Mahonnais, Corses, Sardes, Maltais, Napolitains) ou même avec les indigènes, Arabes et Kabyles, cette dernière éventualité offrant toutefois peu de chances de se réaliser souvent (Voy. Climats, page 354).

Sur 10,000 habitants, pendant la période 1867-1872 (Valin).

Natalité. Mortalité.

Italiens 408 297

Maltais 449 373

Espagnols 410 375

Français 3G7 365

Allemands 401 505

Mais, dans l'année 1872, la mortalité des Français étant de 360, leur natalité est de 375; le bénéfice va donc en augmentant. Aujourd'hui, selon Ricoux, la natalité française d'Algérie restant entre 35 et 40 p. \ ,000, la mortalité serait tombée à 28.

6° Puberté féminine. — D'après les constatations de Reynaud et Puech, àToulon ; de Girard à Marseille ; de Puech à Nîmes ; de Courty à Montpellier ; de Petiteau, aux Sables-d'Olonne (Vendée); dePétrequin et Bouchacourt, à Lyon; de Brierre de Boisrnont, Dubois, Pajot, de Soyre, etc., à Paris; de Leudet, à Rouen; de Stœber etTourdes, à Strasbourg; G. Lagneau formule la loi suivante, relativement à la première menstruation des filles, dans notre pays, selon les races originelles :

Dans les départements méditerranéens (Ligures), la puberté féminine est précoce; elle se manifeste à l'âge moyen de 14 ans 1 mois 13 jours. Dans le Centre, l'Ouest et le Nord-Ouest (Celtes), elle se présente moyennement à 14 ans 11 mois 13 jours. Enfin, elle retarde jusqu'à 15 ans 8 mois 28 jours chez certaines filles grandes, aux yeux bleus, et chez les Alsaciennes, c'est-àdire chez les filles qui paraissent issues d'une origine germanique. Les observations faites en Angleterre (Guy, Lée, Murphy, à Londres; Robertson,

Ahnould. — Hygiène. ^ t

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[Hygiène

à Manchester) et en Allemagne (Osiander, Louis Meyer, Raciborski) sont conformes à ces résultats.

7° Aptitude du peuple français à Vexpansion. — Jacques Bertillon constate qu'un Français peut être aujourd'hui compris par 45 millions d'hommes (France et colonies, Suisse, Belgique, Canada); un Anglais ou un Allemand, par 80 millions d'individus. De Gandolle, complétant la comparaison, calcule que, dans 100 ans,

860 millions d'hommes parleront anglais.

124 — — — allemand.

69 — — — français.

L'importance présente de la langue française fléchit donc devant celle de l'anglais et de l'allemand et fléchira de plus en plus, si le mouvement actuel des nations comparéees ne change pas. En 1789, les 96 millions d'habitants de l'Europe se décomposaient comme il suit :

France 26 millions.

Angleterre 12 —

Russie 25 —

Empire d'Allemagne f. 28 —

Autriche 18 —

Prusse 5 —

La faiblesse relative d'expansion de la famille française est donc incontestable. Cependant, il est bon de remarquer, avec A. Proust, surtout en ce qui concerne le calcul de de Candolle et les nationalités allemande et anglaise, que langue ne veut pas absolument dire race. Une infinité de gens parlent anglais (des nègres, des Indiens, les Irlandais), qui ne sont Anglais ni de sang ni d'intention. L'importance d'une langue ne se mesure pas exactement au nombre de ceux qui la parlent. On a négligé les Slaves et les Russes dans le calcul. Enfin, parmi les populations parlant français, les Suisses et surtout les Belges ont un mouvement démographique des plus puissants. L'opposition reproduite plus haut, et qu'il faut prendre en sérieuse considération, n'a donc pas toute la portée qu'on lui prêterait au premier abord.

La réalité des faits, en ce qui concerne notre mouvement démographique, absolu et comparé à celui des nationalités voisines, sera plus sûrement appréciable après l'article qui va suivre.

l<a démographie et spécialement celle «le la France. — La démographie

est comme la comptabilité de l'hygiène. C'est elle qui montre la force ou la faiblesse de la collectivité, qui indique les limites de cette faiblesse ou de cette force et les points précis où se révèle une souffrance. C'est la sanction suprême de nos études et de nos efforts, puisque, d'un côté, elle établit exactement le bilan de nos richesses vitales, notre avoir, et que, de l'autre, elle relève nos pertes, c'est-à-dire les coups frappés par la mort, contre laquelle lutte l'hygiène.

Le terme de « mouvement » de la population est on ne peut plus juste, car la comptabilité sociale résulte 1° des entrées: naissances, immigrations;

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2° des serties : décès, émigrations. Un facteur particulier intervient, dans les conditions sociales actuelles, réglant les allures du facteur naissances, d'une façon essentielle mais non absolue : c'est le mariage.

La démographie a donc deux aspects. Elle envisage, dans chaque nationalité, la population telle qu'elle est, comme force numérique totale et surtout par gi*oupes d'âge, mettant à part ceux qui fournissent le plus de décès et, dans un autre cadre, le groupe de ceux qui peuvent fournir les naissances, les mariabies. C'est la population statique. A un autre point de vue, elle étudie plus spécialement les facteurs du mouvement : nuptialité, natalité, mortalité. C'est la démographie dynamique. Il est clair, d'ailleurs, que la nuptialité, la natalité, la mortalité, pour être exprimées d'une façon vraie et significative, ne peuvent l'être que sous la forme d'un Rapport, D'habitude, afin de rendre toutes choses comparables, on prend 1000 pour le dénominateur de ce rapport et un an pour l'unité de temps. Mais, même dans ces termes, le rapport n'est suffisamment expressif qu'autant qu'il tient compte de ladistinctiondes groupes ; ainsi, pour les mariages, onn'est convenablement renseigné qu'à l'aide du rapport qui indique : combien de mariages par an pour 1000 mariabies; à l'égard des décès, leur chiffre pour 1,000 de la population totale est trop peu explicite, il faut savoir combien il y a de décès par an pour 1 ,000 de chacune des grandes catégories d'âges ; enfin, le véritable rapport de la natalité est celui qui indique combien de naissances par an pour 1,000 mariés.

C'est de cette façon que les choses sont comprises par le professeur Bertillon, le plus illustre représentant des études démographiques en France et dont les travaux fourniront la matière de l'exposé succinct que nous consacrons ici à la démographie.

Démographie rétrospective de la France. — Au temps de Philippe le Bel, la France s'étendait sur 320,000 kilomètres carrés (les 2/3 du territoire actuel) et comptait 10,000,000 d'habitants, soit 31 habitants par kilomètre carré (vers 1328.)

Sous Henri IV... 16 millions d'habit. 473,000 kiR 34 hab. par kil2.

Sous Louis XIV. . 19,669,000 — 500,243 — 38 —

En 1790 25,500,000 — 529,808 — 48 -

En 1872 36,102,000 — 628,600 — 68,5 —

Avant 1790, le mouvement de la population était plus vivace qu'aujourd'hui. Les mariages étaient plus nombreux :

La natalité était de 40 p. 1 ,000 ; aujourd'hui, elle est de 27. Il y avait 4,83 naissances par mariage et, en Prusse, à la môme époque, 4,24 seulement; aujourd'hui, il n'y a plus en France que 3,23 naissances par couple. La mortalité était de 30 à 35 pour 1,000 (aujourd'hui 23,3); elle pesait surtout sur les âges de 0 à 15 ans. Le croît physiologique était de 6,02; aujourd'hui, il est tombé à 3,34. L'émigration était active (Moheau). Néanmoins, cet actif mouvement avait peine à lutter contre

Autrefois.

87,7 mariages pour 1000.

1 — - sur 114 personnes.

Aujourd'hui.

80 mariages pour 1000.

I — sur 120 personnes.

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[Hygiène

les disettes fréquentes, les épidémies, dues au mauvais état politique et social d'alors. Dans l'ensemble, il n'y a rien à regretter (Bertillon).

Population statique. — Au recensement de 1876, la France comptait 36, 906, 788 habitants (en gain d'un peu plus de 800,000 hab. sur la population de 1872). Le chiffre de la population masculine se rapprochait de celui de la population féminine, 993 hom. pour 1,000 femmes. (Il naît plus de garçons que de filles, mais la mortalité est plus élevée chez les petits garçons que chez les petites filles ; néanmoins, il reste encore davantage des premiers, et pendant les périodes de paix, le chiffre de la population mâle se rapproche de celui de la population femelle et arrive même à le dépasser, quand la guerre ne l'en empêche pas.)

En décomposant cette population et en la comparant avec celle de quelques pays voisins, l'on obtient le tableau ci-dessous (Bertillon):

Force numérique des trois grands groupes d'âge par 1000 habitants.

Nationalité.

0 à 15 ans.

15 à 60 ans.

60 ans

et au delà

France (1857-1870)

Suisse (1870)

Italie (1871) ,

Suède

Prusse (1867-1871) ,

l'abolition de j hommes de couleur libres.

l'esclavage... (esclaves....

Il ressort de ce tableau que c'est la France qui a le plus de vieillards, mais malheureusement aussi le moins d'enfants. En 1876, cette situation n'avait fait que s'accentuer : de 0 à 15 ans, 272 p. 1,000 ; de 15 à 60, 610 ; de 60 et au delà, 118.

Un autre tableau, reproduit ci-après, indique la densité de la population par rapport à l'étendue du territoire. Il comporte également l'indication du croit physiologique de chaque nationalité, c'est-à-dire de ce qui représente l'expression délinitive du mouvement démographique. Nous le réunissons, néanmoins, comme Bertillon l'a fait, à l'élément précédent.

La densité de la population en France est dans des termes modestes; mais le croît annuel de cette population est d'une insignifiance vraiment inquiétante. Nous allons voir de quelle façon ce fâcheux caractère s'exprime dans les détails.

Au point de vue des professions, la répartition est sensiblement la suivante, en France :

spéciale.]

LA

DÉMOGRAPHIE

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