ENFANTS ASSISTES
gique, selon Kuborn, la mortalité varie de 6 à 12 p. 100 ; plus forte, naturellement, de 15 jours à 6 mois que de 6 mois à i an.
Ce qu'on appelle la crèche à domicile ne ressemble en rien à l'institution dont il vient d'être parlé. C'est le prêt d'un berceau, de linges, et des allocations en argent ou en nature à la mère qui s'engage à soigner et à allaiter elle-même son enfant chez elle : en d'autres termes, l'idéal du secours à l'enfance et à la maternité pauvre, mais qui veut rester fidèle à son devoir. Le but actuel de la Société protectrice de l'enfance, nous l'avons vu, n'est pas autre chose. En province, il existe des Sociétés maternelles qui poursuivent la même œuvre de la même façon, ou du moins font semblant, A Lille, dit Houzé de l'Aulnoit, « de la Société de la maternité, les mères mariées reçoivent, après leur troisième accouchement, une somme de 18 francs et une layette.... »
Pourtant, c'est de ce côté qu'est l'avenir. Si, seulement, on arrivait à assurer l'existence, sans qu'elle ait besoin d'aller au travail, de la nouvelle accouchée pendant deux ou trois mois, pendant six semaines peut-être, il semble que les dangers du moment critique et redoutable pour la vie de l'enfant et la moralité de la mère soient profondément atténués, tellement réduits que la situation serait sauvée, la plupart du temps. J. Bergeron, dans cette pensée, a parfaitement raison de réclamer de l'Assistance publique qu'elle veuille bien permettre aux nouvelles accouchées de rester un peu au delà des neuf jours sacramentels à l'hôpital (Maternité) ou chez la sage-femme à qui elle les confie.
Enfants assistés. — Un comprend sous ce titre quatre catégories : enfants trouvés, enfants abandonnés, orphelins, enfants secourus à domicile. Les deux premières sont celles dont l'origine excite le plus vivement la préoccupation des hygiénistes; ce sont des enfants que des filles-mères et parfois des mères mariées très malheureuses abandonnent à l'hôpital ou à la Maternité où elles ont fait leurs couches, ou bien de petits infortunés que l'on fait arriver aux hospices par quelqu'un des lugubres procédés qui assurent l'anonymat aux filles trompées ou même à des ménages coupables. L'administration départementale, depuis 1869 (autrefois l'administration hospitalière), les recueille et se charge d'eux jusqu'à l'âge de 12 ans. Quelle qu'en soit la provenance, on s'évertue d'abord d'assurer l'allaitement immédiat de tous ceux qui n'ont pas dépassé l'âge du sevrage. Quant à ceux qui ne font pas partie de la catégorie des secourus à domicile (les plus heureux), on en garde une part à l'hospice et l'on s'efforce, médecins et administrateurs, d'en faire sortir une autre, la plus grande possible, du milieu hospitalier pour les diriger sur la campagne où des familles de villageois les reçoivent moyennant rétribution et sous la surveillance d'Inspecteurs spéciaux. L'allaitement peut quelquefois être supprimé pour les enfants trouvés, par la raison qu'ils ont plus d'un an à l'époque où ils appartiennent à l'Assistance ; ce qui, d'autre part, explique ce fait, étrange au premier abord, d'une mortalité moindre chez eux que chez les enfants abandonnés. D'ailleurs, le nombre de s enfants trouvés diminue, tandis que celui des
HYGIÈNE DE L'ENFANCE
[Hygiène
enfants abandonnés augmente. G* Lagneau, comparant les deux années 1861 et 1872, exprime cette différence par les chiffres ci-dessous :
Enfants trouvés. Enfants abandonnés. Orphelins. Totaux. 1861 42,194 2G,156 9,716 78,066
Les enfants abandonnés succombent en grande proportion dans les premiers mois, et, dans tous les cas, fournissent beaucoup plus de décès que les autres. Selon G. Lagneau, alors que 100 enfants en général perdent 31,88 décédés durant les 12 premières années d'existence, 100 enfants abandonnés en perdent 70,59. Vacher fait remarquer que la mortalité de 0 à 1 an pèse particulièrement sur les enfants assistés à l'hospice. C'est donc une raison de viser surtout aux moyens de les placer rapidement au dehors.
lie» Tours. — Le Tour est un endroit où toute personne peut, sans se faire connaître, déposer un enfant entre les mains d'une Administration secourable. Le mot vient de l'appareil réellement tournant qui se trouvait à la porte des asiles de dépôt (il existe peut-être encore) et permettait au déposant de ne pas même être vu. On conçoit que ce système ait, eu de sérieux inconvénients, rien que pour le petit abandonné, et qu'il puisse avantageusement être remplacé. Ceux qui demandent et ceux qui repoussent aujourd'hui le rétablissement des tours (dont le dernier, en France, a été fermé en 1860) ont probablement discuté plus que de raison sur ce dispositif matériel. Mais il faut se garder de croire, avec Jacques Bertillon, que toute la question soit là, et qu'une fois réglée la manière dont les enfants seraient reçus sous le sceau du secret le plus rigoureux, tous les hommes compétents seraient d'accord sur le reste, c'est-à-dire sur l'utilité de l'institution.
C'est justement là le nœud du problème. Nous n'avons pas à nous occuper, en hygiène, du côlé moral ni, surtout, du côté sentimental; il y a, d'ailleurs, ici le pour et le contre qui s'équilibrent à peu près : le tour est moral s'il recueille des enfants destinés, sans lui, à périr; il est immoral s'il est une excitation à l'abandon d'enfants. Or, il paraît certain que les deux cas se réalisent. Mais il s'agit de savoir si les tours peuvent réellement garanlir une économie d'existences et conserver au pays plus de citoyens que l'état de choses actuel, ou mieux que ce que l'on pourrait faire sans recourir au tour.
Les pertes d'enfants sont dues : à la pratique de Favortement provoqué, à l'infanticide (souvent dissimulé dans le cadre des mort-nés), à la mauvaise alimentalion et au manque de soins des nouveau-nés. Tous ces modes eux-mêmes relèvent essentiellement d'une source commune : les conceptions et les naissances illégitimes. Tous, au dire de quelques statisticiens, sont en voie de s'aggraver en France. Cependant, d'autres statisticiens aussi pensent que les premiers chargent un peu le tableau ; en ce qui concerne les mort-nés, par exemple, l'ascension de leur proportion pourrait ne pas tant dépendre des faux mort -nés que d'influences sanitaires générales, de la santé des mères, de certaines pratiques obstétricales, etc. Les infanticides paraissent plus nombreux, mais ce pourrait être que la justice les recherche plus activement.
L'État a le droit et peut-être le devoir de considérer que ces morts d'enfants sont un tort positif qui lui est fait, de mettre la main sur les enfants abandonnés, de réclamer ceux que les mères ne peuvent ou ne veulent nourrir, de les prendre à sa charge pour les amener jusqu'au moment où ils pourront défendre le pays et col-
spéciale. J