‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 157 sur 267 · LES TOURS · texte numérisé non relu

LES TOURS

laborer à sa fortune. Si l'on pose ce principe, qui pourrait conduire assez loin, les tours sont admissibles; mais sous des conditions multiples dont voici quelquesunes. Le tour serait une institution sociale et gouvernementale, avant et après, et non un de ces organismes charitables qui font plus d'effet que de besogne et dont les services coûtent étonnamment cher. L'État ferait les choses largement pour ses pupilles et, cependant, aurait le droit de se mettre en garde contre les supercheries; il veillerait à prévenir tous les crimes et à aller au-devant de tous les besoins, sans toutefois constituer une prime à l'inconduite et à la lâcheté maternelle — ou paternelle. Autrement, nous nous acheminerions, comme le dit Louis Pénard, vers une lcarie nouvelle, où les enfants, devenus les enfants de tous, ne seraient plus les enfants de personne.

Les tours, dont le fonctionnement a été rendu légal en France, en 181 1, par un souverain qui n'était ni philosophe ni philanthrope, n'ont jamais été abolis législa tivement, mais sont tombés peu à peu sous la répugnance publique. De nos jours, des hommes dont les intentions ne sont pas suspectes, Brochard, Marjolin et le sénateur Bérenger, se sont mis à la tête d'un mouvement dans le sens de leur restauration. On sait leurs arguments. En revanche, G. Lagneau, Vacher, Louis Pénard, se prononcent contre, sans compter le grand nombre de ceux qui restent indécis, c'est-à-dire à qui l'utilité de cette restauration n'est pas démontrée. La raison décisive des adversaires du tour, c'est qu'en admettant comme vraie l'augmentation des avortements, des mort-nés et des infanticides (augmentation douteuse), la perte qui en résulte est infiniment au-dessous de celle qui se produisait avec les tours et se produirait encore si on les rétablissait. En effet, il est évident que la proportion des décès serait sensiblement la môme pour tous les enfants des tours qu'elle a été pour les enfants abandonnés, sous le régime actuel, 70 p. 100 au lieu de 32, dans les 12 premières années. Les calculs de Vacher l'amènent à établir les proportions suivantes : la mortalité de 0 à 1 an est de 20 p. 100 chez les enfants recevant des secours temporaires (à domicile) ; de 35 p. 100 chez les enfants traités à l'hospice ; elle serait de 50 p. 100 sous le régime de l'exposition « avec la cage tournante ». D'où 9,000 décès au lieu de 3,600 sur les 18,000 enfants audessous d'un an, actuellement secourus à domicile.

ïî y a, pourtant, une catégorie qu'il faut d'abord recueillir, c'est « l'enfant déposé dans la rue ». Louis Pénard pense qu'on doit le recevoir (l'État, le département ou la commune), non dans un tour caché, mystérieux, fonctionnant la nuit, mais à un bureau en plein jour, sauf qu'il ne sera exigé aucun renseignement, qu'il ne sera ouvert aucune enquête officielle. Dans ces conditions, il semble qu'il puisse être satisfait aux nécessités qui ne comportent pas de retard, tout en gardant la possibilité de s'apercevoir des abus et de les contrecarrer. — On n'ignore pas que les tours d'autrefois attiraient un grand nombre d'abandons d'enfants légitimes.

Il y a, certainement, mieux à faire que de rétablir les tours. Les mesures indiquées sont :

1° D'introduire dans le Code la recherche de la paternité. La fille enceinte n'est pas coupable toute seule, si elle l'est. Elle a un complice. Le crime ne commence positivement que du jour où elle est abandonnée. — Toutefois, la recherche de la paternité ne saurait être une chose bien simple et il ne faut pas compter outre mesure sur son efficacité. Si une telle disposition avait un effet préventif, ce serait tout ce qu'on peut en attendre ;

2° D'organiser le secours, non pas aux filles enceintes, mais aux filles- nourrices . C'est, en somme, revenir à l'esprit de la loi du 28 juin 1793 : « Titre IL Article 4. — Toute fille qui déclarera vouloir allaiter elle-même l'enfant dont elle est enceinte et qui aura besoin des secours de la nation, aura le droit de les réclamer. Etc. >

HYGIÈNE DE L'ENFANCE

[Hygiène

Les secours temporaires ont la consécration légale (Laurent) ; ils existent et il n'y a qu'aies étendre. L'allaitement maternel est le réel relèvement de la fille-mère ; l'État ne peut hésiler à prendre ce rôle moralisateur, que les Sociétés dévotes refusent. L. Pénard conseille avec raison d'étendre le secours de l'État aux ménages réguliers chargés d'enfants ;

3° De pourvoir le plus sûrement possible au placement des enfants des hospices hors de l'établissement et même hors de la ville, à la campagne, dans des ménages peu fortunés, mais de bonne réputation. « Arrêté du Directoire exécutif du 30 ventôse an V. Article 1er : — Les enfants abandonnés...., ne seront point conservés dans les hospices où ils auront été déposés, excepté en cas de maladie empêchant le transport, etc. — Article 2 : — Les Commissions administratives des hospices..., sont spécialement chargées de les placer chez des nourrices ou autres habitants des campagnes, etc. » Qu'était-il besoin de décréter les tours? Mais l'homme de 1811 se figurait que cette machine allait lui procurer des soldats. 11 est suffisamment acquis aujourd'hui que ce n'est pas là un motif de les rétablir.

Le nombre des enfants assistés est actuellement de 32,000. Il faudrait probablement le tripler; mais nous sommes riches, et il n'y a pas de meilleur placement à nos milliards.

Bibliographie. — Wasserfuhr (Hermann) : Ueber die Sterbliclike.it der Neugeborenen und Sàuglinge in Deutschland (D. Vierteljahrsschrift f. o(ï". Gesundheitspfl»ge, I, p. 533, 1869). - Chalveï : Des moyens pratiques d'obvier à la mortalité des enfants nouveau-nés. Paris, 1870. — Chalvet et Proust : Projet de création d'une ferme-nourrice. Paris, 1870. — Holzé de l'Aulnoit (Alf.j : Etudes sur la mortalité des jeunes enfants à Lille et sur la création de caisses de secours, etc. Lille, 1874. — Brochard : La vérité sur les enfants trouvés. Paris, 1816. — Laurent (Émile) : L'état actuel de la question des enfants assistés. Paris, 1876. — Kuborn (Hyacinthe) : Des causes de la mortalité comparée de la première enfance dans les principaux climats de l'Europe (Congrès internat, d'hygiène à Bruxelles en 1876). — Coudereau : L'hygiène alimentaire des nouveau-nés (Bull, de la Société de inéd. publique, 1877, p. 176). — Lagneau (G.), Gubler (Ad.) : Même sujet : Discussion (Ibid. . p. 509). — Bérenger : Rapport au Sénat sur la pétition de M. Brochard tendant au rétablissement des tours, 23 février 1877. — Ligier (Alph.) : Considérations sur les tours et les conséquences de leur suppression au point de vue de Vhygiène publique. Thèse, Paris, 1878. — Vacher (L.) : La question des tours (Gazette inéd. de Paris, 1878, nos 21 et suiv.). — Delore (X.) : La vérité sur les tours. Paris, 1879. — Pénard (Louis) : Du rétablissement des tours (Annales d'Hygiène publ., 3e série, I et II, 1879). — Wintreberï : De la mortalité des enfants du premier âge dans la ville de Lille, de ses causas et des moyens d'y remédier. Lille, 1879. — Jacobi (A.) : Infant Hygiène (A Treatise on hygiène and publ. health, by Albert Buek. New-York, 1879). — Hoffmann : Ue'<er Ernâhrung und Nahrungsmittel der Kinder (Ber. d. Ausschusses ûber die 6te Versammlung d. deutschen Vereins f. ôff. Gesundheitspflege zu Dresden. In D. Vierteljahrsschrift f. ôff. Gesuudheitspllege, IX, 1879). — Stockmayep., Variientrapp, Marklin, etc. (Ibid. — Discussion). — Beugeron (J.), Bertii.lon, Marjolin : Hygiène du nouveau-né Rapports (Congrès internat, d'hygiène au Trocadéro, en 1878. Compt. rend., t. I Patis, 1880). — Lubelski, Félix, Both (de Londres), Drysdale, Mayër (Alex.), Bodarï, Mattei, etc., etc. Même sujet. Discussion (Ibid.). — Blachez : Mémoires présentés à V Académie sur la question de l'allaitement artificiel (Gazette hebdomad., 1880, n° 25). — Delpech, J. Glérin, etc. : Sur l'allaitement artificiel (Bull, de l'Acad. de méd., 1880, n° 16, p. 345). — Lober : Pe la mortalité des nouveau-nés et des moyens de la diminuer. Paris. — Fauvel (H.) : Sur les altérations du lait dans les biberons (Compte-rend. Acad. des scienc. 10 mai 1881, et Ann. d'Hyg., 1881, t. IV).

Weiuicme enfance. — Le sevrage termine la première enfance. C'est l'abandon de l'allaitement pour une nourriture solide, se rapprochant de celle des adultes. Ce passage doit se faire entre la première et la seconde année, un peu plus tôt ou un peu plus tard selon l'état de santé et le développement du jeune sujet; l'état de la dentition est surtout à consulter.

spéciale, j

Page 1