DEUXIÈME ENFANCE
Il est bien entendu que la transition ne saurait être brusque et qu'on a graduellement préparé la cessation de l'allaitement en entrecoupant déjà celui-ci, depuis quelques semaines, de potages, d'oeufs, etc.
Les règles d'hygiène relatives à la première enfance, sauf ce qui concerne l'alimentation, ne sont guères à modifier pour la seconde. La pureté de l'air, l'usage de vêtements de laine, la propreté corporelle, les bains, sont toujours les conditions auxquelles est attachée la santé de l'enfant. Il possède, en plus que précédemment, la mobilité spontanée et peut faire de l'exercice sous abris ou en plein air; dans les deux cas, en protégeant l'enfant contre les influences fâcheuses du sol ou de la météorologie, il est indispensable de laisser à ses mouvements la plus parfaite liberté. Les marmots, instinctivement, se roulent beaucoup plus qu'ils ne marchent; on ne les contrariera pas en ceci, car la marche et la seule station debout, prolongées, leur sont nuisibles.
A cet âge, les parents aisés chargent volontiers les domestiques de surveiller et de soigner leurs enfants ; c'est une confiance imprudente. D'autres les remettent à des religieuses, qui pétrissent de sottises leur jeune imagination. Les enfants des classes laborieuses ont à leur disposition la très utile institution des salles d'asile, qui rendent d'immenses services sans compromettre la santé des enfants, lorsqu'elles sont bien construites, entourées de cours et de jardins, dirigées par des femmes intelligentes et dévouées, et attentivement surveillées par un médecin. L'encombrement et la propagation des maladies contagieuses (y compris le parasitisme externe) sont les deux grands dangers qui menacent les salles d'asile.
Il est fort inutile, et souvent dangereux, de commencer à cette époque l'instruction des enfants selon les procédés pédagogiques usuels; Texcilation cérébrale et l'immobilité physique sont intolérables à ces petits êtres. Mais rien n'empêche qu'à partir de l'âge de 4 ans on leur donne, en jouant, des leçons de choses, sans lire, écrire ni dessiner. C'est là l'idée de Frœbel : « étendre en jouant le cercle de l'observation des enfants ». Les Jardins Frœbel (Kinder g arien) ne sont pas autre chose que nos salles d'asile, à côté desquelles il y a réellement un jardin. Une directrice qui a les sentiments maternels et l'instinct des aptitudes de l'enfance peut tirer un excellent parti de cette méthode. Il semble que, pour cela, elle doive elle-même être mère de famille.
Comme la salle d'asile est gratuite ou à peu près et qu'il est néanmoins utile que les enfants de 4 à 5 ans se trouvent parfois dans la société de leurs pareils, il est à désirer que des «jardins d'enfants » payants, suffisamment confortables, mais dirigés dans le même esprit, s'ouvrent aux classes aisées de la société, qui hésiteraient devant l'établissement populaire.
Il ne faut pas oublier, dans la pratique des Jardins d'enfants, que la liberté d'allures et les ébats spontanés des marmots, si dénués de sens qu'ils soient, ont encore plus de prix que les notions que l'on peut leur inculquer; le jeu même n'a plus de charme pour eux dès qu'ils y remarquent une direction étrangère et une intention de leçon. Le Jardin Frœbel ne peut être manié que par des gens d'un extrême bon sens. On a probable-
Abnoitlî). — Hygiène. ^
LE GROUPE SCOLAIRE
[Hygiène
ment, en Allemagne, dévié en pratique de l'intention primitive ; car, au congrès de Dresde (1878), le Gymnasialdirector Alexi parlait fort amèrement des Jardins Frœbel et assurait que les enfants sortis de là fléchissent plus rapidement que les autres sous la vie scolaire réelle ; le principe même d'instruire en jouant lui semble sujet à critique, si ce n'est pas une contradiction flagrante: « Contradictio in adjecto ».
ARTICLE IV Le groupe scolaire.
L'importance de l'hygiène scolaire résulte de la situation assez anormale et pleine de périls que l'éducation scientifique ou littéraire crée aux jeunes individus. A un cerveau inachevé, l'on demande un travail déjà soutenu; à un corps en voie de développement, on impose l'immobilité et la vie en commun ; à des organes encore délicats, impressionnables, on offre un exercice continu qui, à la moindre occasion, devient une sollicitation excessive. Diverses déviations dans le développement, divers troubles organiques ou fonctionnels, des maladies même, peuvent être et sont parfois la conséquence des conditions dans lesquelles l'enfant a traversé cette phase de l'existence, absolument propre à notre espèce et que, néanmoins, dans l'état actuel des sociétés, nul ne peut songer à supprimer ni amoindrir, au moins au point de vue du but.
Le groupe scolaire se répartit en trois sous-divisions, qui constituent eu même temps une sorte d'hiérarchie d'âge et se succèdent, non toutefois d'une façon constante : Y école primaire, les élèves de renseignement secondaire, les étudiants de C enseignement supérieur. La première sous-division est la plus nombreuse, par conséquent la plus intéressante. C'est elle que nous aurons principalement en vue. Mais les règles établies pour ce qui la concerne se trouveront applicables aux autres, principalement à l'enseignement secondaire. Il n'y aura que quelques mentions ou additions spéciales à faire pour compléter cette étude en ce qui regarde les degrés les plus élevés du groupe.
A. Les bâtiments scolaires. — Il faut choisir un emplacement à la périphérie de la ville plutôt que dans le centre, et, dans tous les cas, libre dans une large étendue, éloigné du bruit et du mouvement industriel et commercial. On est, naturellement, plus à l'aise, sous tous ces rapports, quand il s'agit d'une école de village; encore est-il bon qu'elle ne soit pas entre deux maisons accolées à ses flancs. Les grandes bâtisses et même les arbres trop élevés ne doivent pas porter ombre sur la maison scolaire.
Le sol doit être un peu élevé, sec. Si non, il sera drainé, remblayé de graviers, et des sous-sols d'une certaine hauteur (3 à 4 mètres) isoleront le rez-de-chaussée où sont les classes. C'est surtout dans l'enfance que l'humidité favorise la scrofule.
spéciale.]
LES BATIMENTS SCOLAIRES
L'espace devra suffire non seulement aux bâtisses scolaires mais encore à l'installation de promenoirs couverts, d'un gymnase, d'une cour et d'un jardin. Varrentrapp estime que la place réservée pour les jeux doit comporter 3 mètres carrés par élève, ou 600 mètres carrés pour 200 élèves. C'est surtout à la campagne, où le terrain est peu cher, qu'il conviendra de ménager un jardin, où se donneront d'utiles leçons d'horticulture, d'agriculture, de botanique élémentaire.
On y assurera l'approvisionnement d'eau.
La façade principale de l'Ecole ne sera pas tournée vers l'ouest, dont la chaleur et la lumière sont désagréables et d'où soufflent les vents du mauvais temps, dans nos régions. Tout le monde est à peu près d'accord sur ce point. Hors de là, les opinions sont fort divergentes, et nous en reportons la discussion à Y orientation de la classe, qui est le point capital.
Les classes, sauf celles de dessin, sont d'ordinaire placées au rez-dechaussée. Mais il faut que ce rez-de-chaussée n'en ait pour ainsi dire que le nom et qu'il soit élevé de 1 à 2 mètres au-dessus du niveau du sol, sans préjudice du sous-sol qui aura ainsi 1 à 2 mètres d'émergence et ne s'enfoncera guères de plus d'un mètre.
Le toit, ni trop plat ni trop incliné, peut être recouvert d'ardoises ou de tuiles ; les plaques métalliques nous paraissent moins recommandables,
Fig. 219. — École avec toit en scie (*).
comme étant des corps bons conducteurs ; mais on peut supprimer cette conductibilité en introduisant une couche de scories entre deux parois de métal. Wiel et Gross proposent pour le toit la forme en scie {Shedsystem, Sàgedach), couramment adoptée dans la construction des ateliers, mais qui n'est pas encore entrée, que nous sachions, dans l'architecture scolaire, où il ne paraît pas certain, d'ailleurs, qu'elle soit supérieure aux autres. Ses avantages seraient l'arrivée de la lumière par en haut, ce qui est une direction assez naturelle; mais elle entraînerait probablement à supprimer les fenêtres latérales, ce qui est lugubre et peu favorable à une large ventilation. La figure 219 peut donner une idée de ce que serait cette conception réalisée. Il va sans dire que les pentes raides et lumineuses
a a. orifices >ie ventilation. — b b, prises d'air. — c r. vitres. - dd, couverture opaque.
4 092 Î^E GROUPE SCOLAIRE. [Hygiène
(en verre dépoli) de cette sorte de toit seraient tournées vers le nord et que les élèves sur leurs bancs feraient également face au nord (Gross).
On a reproché au toit en scie le défaut d'élégance. Cette considération, quoique secondaire, n'est pas à repousser totalement. Il n'est pas indispensable que les architectes se livrent à une débauche de style à propos de bâtisses scolaires, surtout quand les ornements diminuent l'accès de l'air et de la lumière. Mais il est bon que la façade et l'aspect général de la maison donnent déjà aux élèves une leçon de goût.
L'élévation du rez-de-chaussée nécessite un escalier. Celui-ci sera composé de quelques marches en pierre, hautes de 44 à 15 centimètres, assez larges et longeant 1 mètre 50 à 2 mètres de la façade; elles seront à bords mousses. L'escalier sera muni d'une double-main courante. La porte d'entrée doit être également large et s'ouvrir à deux battants sur un ve>tibule spacieux, pour que les enfanls ne se foulent point dans leur précipitation à entrer. Le moins possible de corridors. S'il y a un étage, les escaliers seront à angles droits et non tournants.
Au bas de l'escalier et latéralement on aura fixé des décrottoires de fonte ; à l'entrée du vestibule, il y aura un paillasson. Indépendamment des habitudes de propreté à faire prendre aux enfants, il y va de leur santé de garder de la boue aux semelles et d'apporter dans la classe des choses qui fourniront de l'humidité d'abord, delà poussière ensuite.
Le vestibule communiquera avec un vestiaire. Il possédera quelques robinets à eau pour les cas d'urgence. Lorsque des enfants doivent passer la journée à l'école et y prendre un repas, les locaux comporteront un réfectoire et des lavabos distincts.
La salle de classe. — Les dimensions en surface delà salle déclasse doivent être calculées d'après le nombre et l'âge des élèves, d'après l'espace entre les sièges et les rangs de sièges, l'espace occupé par la chaire du maître, par les tableaux, le poêle, en tenant compte enfin de celui quïl faut ménager pour la circulation autour des tables. Les dimensions cubiques dépendent de la hauteur, quand il est satisfait aux exigences des premières.
On ne peut dépasser le chiffre de 50 élèves, dans une seule salle, si l'on veut que le maître suffise à la surveillance et à l'enseignement. Ce maximum est, d'ailleurs, une garantie contre l'encombrement; il serait plutôt utile de l'abaisser.
Il est clair aussi que les élèves plus jeunes tiennent moins de place et consomment moins d'air que les « grands » .
D'autre part, la salle rie saurait avoir une longueur telle que le maître n'aperçoive plus distinctement les élèves du fond ou ne puisse plus s'en faire entendre et que ceux-ci ne distinguent plus les chiffres ou les figures que le maître écrit au tableau. Au point de vue de la largeur, si l'on a adopté l'éclairage unilatéral, il ne faut pas que les élèves les plus éloignés des fenêtres reçoivent moins de lumière que les autres. Disons tout de suite qu'il y a une étonnante variété dans les chiffres exigés par les auteurs et surtout dans les proportions qui sont réellement en usage dans les divers pays.
spéciale.; LES BATIMENTS SCOLAIRES, 1093
On convient généralement qu'il faut à l'élève de 6 à 16 ans l'espace transversal nécessaire pour appuyer ses deux coudes sur la table, c'est-à-dire environ 60 centimètres. Perpendiculairement à cette dimension ou ligne des coudes, la largeur de la table ou du pupitre prend de 39 à 45 centimètres ; l'espace entre le bord de la table et le bord du banc doit être nul, mais est en réalité de quelques centimètres dans certains modèles; la largeur du banc ne doit pas dépasser 28 centimètres pour des enfants de 14 ans et au-dessus, si l'on veut que l'élève s'appuie au dossier même en écrivant (Fahrner, Meyer, Buchner, Varrentrapp) ; enfin, on comptera encore quelques centimètres pour l'inclinaison en arrière de ce même dossier, 8 centimètres environ; total 81 centimètres d'avant en arrière, lesquels, multipliés par les 60 centimètres dans le sens transversal, donnent une surface deOmci, 486 ou 1/2 mètre carré, en nombres ronds.
Nous pourrions donc calculer comme ci-dessous :
1° La largeur dune sa 'le de 48
élèves.