INFLUENCES INDUSTRIELLES ET PROPHYLAXIE GÉNÉRALE
lie milieu. — Il n'est presque aucune industrie un peu considérable qui s'exerce en plein air, sauf l'agriculture, que l'on oppose précisément à l'industrie, lien résulte que les ouvriers de l'industrie ne jouissent à peu près jamais du milieu atmosphérique normal. Voici le sommaire des déviations les plus graves qu'ils peuvent subir.
Gaz de l'air. — Il est des circonstances dans lesquelles l'ouvrier pénètre, pour son travail, dans un milieu gazeux, duquel on ne sait s'il ressemble à l'air atmosphérique, ou jusqu'à quel point il s'en rapproche, ou même que l'on sait parfaitement ne renfermer que, des proportions absolument insuffisantes d'oxygène. C'est dans un air riche de gaz asphyxiques (C02,Az,G2H\ etc.), que l'homme va se trouver; à moins que ces gaz impropres à la respiration ne soient en outre inflammables et détonants, ou même toxiques (ammoniaque, oxyde de carbone, hydrogène sulfuré, etc.). Toute l'industrie des mines est dans ce cas, avec quelques autres dans lesquelles les proportions de gaz étrangers sont moins puissantes, mais dangereuses précisément parce qu'on les respire sans s'en douter (usines a gaz d'éclairage ; toutes les usines à grands foyers de combustion).
Dans d'autres cas (mineurs, ouvriers des tunnels, ouvriers sous l'eau, etc.), c'est par l'extrême difficulté de faire arriver aux poumons des ouvriers l'air atmosphérique normal en quantité suffisante que les travailleurs courent de sérieux dangers.
Pression atmosphérique . — Les ouvriers au fond des mines profondes subissent une augmentation de pression légère (quelques-uns ont prétendu qu'il y a même dépression); les ouvriers des tubes à air comprimé, une augmentation énorme. Les mineurs et tei*rassiers des altitudes, les navigateurs aéronautiques, supportent, au contraire, des diminutions plus ou moins importantes de la tension de l'oxygène.
Température. — Presque toutes les industries élèvent la température du milieu, quelques-unes à un degré excessif; les houîileurs du fond sont
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échauffés par le degré normal de la profondeur et par l'oxydation lente du charbon ; les chauffeurs, ouvriers des forges et hauts- fourneaux, les verriers, etc., supportent le rayonnement sombre ou lumineux; les ouvriers des filatures de coton et principalement du gazage des fils vivent dans une étuve sèche ; d'autres {teinturiers, fileurs de lin), dans la chaleur humide. Ce qui n'empêche pas tout ce monde de présenter souvent les accidents généraux du froid, parce qu'en sortant de ce milieu surchauffé l'on est singulièrement impressionnable à l'air extérieur et que Ton est devenu le terrain des répercussions internes par refroidissement cutané.
Humidité. — La chaleur des mines est, d'ordinaire, également humide, à cause de l'eau qui tombe des parois des puits, des galeries, ou que l'on rencontre en attaquant les terrains. Nous venons de mentionner l'humidité des teintureries et des filatures au mouillé. Tous les ouvriers qui travaillent sur l'eau, dans l'eau, tous ceux qui manipulent des substances dont l'eau est le véhicule ou pour lesquels l'eau est un auxiliaire du travail, sont exposés à l'action interne et externe de l'humidité, indépendamment de l'influence directe, ou de contact, de l'eau sur le tégument.
Poussières. — L'industrie est, par excellence, la créatrice des milieux pulvérulents : poussières métalliques , pierreuses, charbonneuses, animales et vég étales ; poussières indifférent es, poussières toxiques; l'immense majorité des ateliers est en proie aux unes ou aux autres, et l'alternative est entre la fixation par le poumon de molécules banales ou l'absorption générale de substances vénéneuses, répandues sur la peau, déposées sur les lèvres et les narines, véhiculées dans les voies aériennes.
Vapeurs. — En dehors de la vapeur d'eau, un certain nombre d'industries provoquent, autour de l'ouvrier, la dispersion de vapeurs diversement offensives, soit par irritation, soit par toxicité. Tantôt, c'est l'objet même du travail qui répand ces vapeurs {distillation de la houille, préparation de l'aniline, etc.), tantôt les vapeurs sont dues à quelques-unes des substances que l'ouvrier met en œuvre comme auxiliaires (vapeurs de mercure dans Yétamage des glaces) ; sulfure de carbone dans l'industrie du caoutchouc vulcanisé).
Emanations organiques. — Elles sont le fâcheux privilège des ouvriers qui manipulent des matières organiques putréfiables ou déjà putrides. On les rencontre dans le rouissage du lin et du chanvre (qui n'est, en réalité, qu'une décomposition putride de la matière agglutinante des fibres textiles) ; dans les boyauderies, fabriques de colle forte, de noir animal ; les tanneries; elles atteignent les vidangeurs, les égouttiers, et nous ne voyons pas que l'on doive nettement séparer de ces émanations l'hydrogène sulfuré et l'ammoniaque qui les accompagnent, puisque ces deux gaz sont aussi de provenance organique.
Méphitisme humain. — Le séjour des ouvriers dans les ateliers est une des formes de la vie en commun. Cette source de viciation de l'air, qui grandit nécessairement comme le nombre des individus présents, est d'autant plus active que les exhalaisons cutanées et pulmonaires s'augmentent par l'activité physique et que les ouvriers ont rarement le temps et la vo-
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lonté d'être propres. Cette promiscuité atmosphérique est, en outre, un terrain tout prêt pour la transmission des contagions. — La capacité des locaux et la ventilation, qu'il faut néanmoins toujours assurer, ne sont, comme ailleurs, que des palliatifs à ces menaces.
lies instruments et le travail. — Les grandes industries produisent de la force à l'aide de moteurs puissants ; l'homme n'a plus qu'à la répartir et à la diriger. *Tais les appareils de transmission, les rouages, les mécanismes effrayants qui opèrent à la place de la main humaine, les instruments qui taillent, broient ou scient, sont un danger perpétuel pour les ouvriers. A la moindre imprudence, les vêtements sont happés par quelque appareil rotatif, les extrémités (supérieures, 87 fois pour 100) prises dans quelque engrenage, entre deux cylindres ou passées au laminoir. D'où les plaies par arrachement, les broiements, les torsio?is, le scalp (surtout chez les femmes). — Sur la même ligne, ou plutôt au premier plan de ce lugubre tableau, il faut encore placer les explosions de machines, les coups de mine les coups de feu, les explosions de grisou, les éboulements, qui foudroient ou asphyxient d'un seul coup des centaines d'individus.
Déformations professionnelles. — Tout artisan est astreint à la répétition outrée d'un nombre limité de mouvements, d'une variété uniforme d'attitudes, de contacts déterminés avec l'instrument ou l'objet du travail. Il en résulte de V inégalité de développement dans les membres, des inflexions, des déviations du rachis ou même des extrémités, des callosités, des bourses séreuses et Yhygroma sur les points du tégument où la compression et les chocs professionnels convergent régulièrement (tourneurs, cordonniers, tailleurs, aiguiseurs, cloutiers, tonneliers, tisserands, etc.); les plaques muqueuses professionnelles des souffleurs de verre. Aujourd'hui, que l'industrie a su tirer un si grand parti de la division du travail, cette monotonie du mouvement se rencontre plus que jamais dans les usines.
Les troubles peuvent aller plus loin que ces lésions d'esthétique. Les muscles surmenés sont envahis par des spasmes, puis par la paralysie [crampe des écrivains, atteignant également les compositeurs, les pianistes); les aponévroses, particulièrement l'aponévrose palmaire, se rétractent; les gaines tendineuses s'enflamment chroniquement et le glissement des tendons s'y traduit par un bruit spécial (l'aï douloureux des facteurs ruraux, des briquetiers, etc). La continuité du mouvement finit par amener l'épuisement local ou général ; exemple : l'épuisement nerveux des ouvrières à la machine à coudre (A. Gérardin).
Ailleurs, le contact prolongé de substances humides, malpropres, irritantes, caustiques, provoque des dermites, des éruptions, des ulcères : la grenouille des débardeurs et ravageurs, le rossignol des mégissiers, le mal de bassine des ouvrières en cocons, la gale des épiciers, les éruptions arsenicales, les ulcères de même origine, les éruptions mercurielles, la nécrose phosphorée.
Des contacts encore, surtout à la faveur de l'humidité avec des substances -toxiques, déterminent des empoisonnements par absorption (saturnisme).
LE GROUPE INDUSTRIEL
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D'autres fois, l'objet du travail est une matière incandescente et d'uneluminosité intense (forges, fonderies, verreries), qui occasionne des brûlures, congestionne les membranes de l'œil et compromet l'intégrité de la vision. Ou bien, le travail s'accomplit sur de très petits objets, dans des locaux mal éclairés; l'ouvrier est forcé de surmener son accommodation, et l'incapacité visuelle (asthénopie professionnelle) survient encore par un autre mode.
i.>ouvrier. — Les chances sanitaires des ouvriers de l'industrie dépendent de l'âge, du sexe, de la constitution, de l'état moral des individus, de la durée du travail, indépendamment de ce qui vient d'être dit du milieu et de la nature des industries.
Age. — Plus l'ouvrier est jeune, plus il a de chances d'abréger sa vie par le travail dans les poussières ou vapeurs toxiques, dans le méphitisme des ateliers. Ajoutons qu'il est plus imprudent et moins attentif vis-à-vis des machines et, d'ailleurs, que les influences antisanitaires sont plus graves dans la jeunesse, puisqu'elles contiennent la menace d'un arrêt de développement.
Sexe. — La jeune fille est peut-être encore plus compromise que les garçons par le travail aux ateliers ; d'abord, parce qu'elle est naturellement plus délicate; puis, parce qu'elle subit l'évolution sexuelle, qu'elle est atteinte cinq ou six jours par mois de l'indisposition cataméniale, et que le développement de son appareil génital est particulièrement complexe et important. De la régularité de ce développement, néanmoins, dépendront ses aptitudes physiques à être mère. En outre de ses attributs généraux, la femme faite a à traverser les phases critiques de la grossesse, de l'accouchement, de la lactation; voilà bien des circonstances où l'on ne saurait voir sans de vives inquiétudes son séjour dans le milieu anormal et dangereux de l'atelier. Ce milieu est tel parfois qu'il compromet non seulement la femme enceinte, mais aussi le fruit de la conception (manufactures de tabac, industries du plomb).
Constitution. — Un homme de force moyenne peut fournir en 10 heure& environ 385,000 unités d^ travail ; mais il est peu de métier qui demande à l'homme toute sa force disponible. La machine fait le gros œuvre presque partout, sauf dans les travaux de mine et de terrassement, et encore. Il en résulte que nombre d'individus relativement frêles peuvent aborder ces ateliers de filature et autres où il faut plus d'attention et de dextérité que de force, et où le travail, en tant qu'exercice, ne sert même pas h exciter le développement musculaire, comme le font les occupations agricoles. Néanmoins, il n'est pas dit pour cela que ces poitrines étroites soient aussi résistantes que de larges poumons à l'action des poussières, ni que le système nerveux de ces individus chétifs ne soit pas particulièrement sensible à l'influence des vapeurs toxiques.
Etat moral. — Sauf un petit nombre d'industries qui réclament des ouvriers presque lettrés (typographes) et de rares ateliers dont les chefs reprennent l'instruction du personnel et soutiennent leur conduite, les travailleurs des vastes chantiers sont ignorants et d'une éducation nulle,