L'ÉCOLE DANS 'L'ATELIER ET L'ATELIER DANS L'ÉCOLE
cipe de la liberté du contrat prévalut. On espère que la prochaine loi sur les associations syndicales permettra aux ouvriers eux-mêmes de régler avec les patrons la distribution et la quantité d'heures les plus favorables à la fois aux intérêts du travailleur et à la production. On a, d'ailleurs, démontré que la journée de dix heures ne compromet pas tant cette dernière et qu'elle est particulièrement apte à prévenir les chômages. Elle poussera certainement au perfectionnement des mécanismes et des procédés. Dans tous les cas, il paraît assez rationnel que les producteurs contemporains n'épuisent pas à leur profit la génération Ouvrière actuelle, au risque de ne laisser que des bras inertes à l'industrie de l'avenir, à l'agriculture et à la défense du sol.
L'école dans Vatelier et Vatelier dans l'école. — Les apprentis. — On a songé, en France, à combiner l'atelier et l'école pour les enfants destinés à passer de l'inslruction primaire à une profession manuelle ; cette combinaison se présente d'abord comme désirable chez les enfants au-dessous de 12 ans, admis à travailler pendant six heures et instruits pendant trois autres heures à l'usine même. Malheureusement, il résulte de l'étude du sénateur Gorbon que « l'enseignement des métiers dans l'école primaire ne serait vraiment profitable aux élèves que s'ils y pouvaient rester jusqu'à l'âge où ils seraient assez développés physiquement et préparés professionnellement pour entrer d'emblée dans les ateliers à titre d'ouvriers ; mais il faudrait les garder à l'école trois ans de plus, et, pour cela, quadrupler et même quintupler l'étendue des bâtiments scolaires. Il est bien plus simple, plus rationnel de créer des établissements d'un degré supérieur où entreiront les enfants au sortir de l'école primaire et où, pendant trois ans, ils recevront un enseignement technique en même temps qu'ils compléteront sieurs connaissances primaires, et d'où ils sortiront ayant la force et l'habileté suffisantes pour exercer convenablement leur métier. Ils auront ainsi échappé aux influences malfaisantes que subissent ies enfants jetés trop tôt dans les ateliers privés. »
Ce qui n'empêche pas que, dans toutes les écoles, primaires et autres, on ne fasse très bien d'appliquer les enfants et les jeunes gens à quelques travaux professionnels, à titre d'exercice physique et, surtout, pour leur donner la « capacité de mains » sans laquelle l'énergie morale et l'intelligence se développent incomplètement et se trouvent parfois étonnamment amoindries.
A Paris, une très utile Société dite de protection des apprentis a pour but d'améliorer la condition des apprentis et des enfants employés dans les manufactures ; elle place et surveille des enfants chez des patrons, particulièrement chez des ouvriers dont la besogne confine aux travaux artistiques (horlogers, bijoutiers, couteliers, doreurs, relieurs, etc.), en cherchant ellemême les placements, en se chargeant du contrat avec le patron et en fournissant à l'apprenti divers objets que le premier ne pourrait mettre à sa disposition, un lit par exemple. On a songé à quelque chose d'analogue à Lille; mais les filatures n'ont pas besoin d'apprentissage. A Nantes, l'insti- -tuteur Livet a précisément réalisé la combinaison de l'enseignement pro-
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fessionnel avec l'instruction élémentaire ; il prend l'enfant à quatre ans, le prépare jusqu'à huit par des leçons de choses, le soumet, de huit à douze, au cours élémentaire. A douze ans commence l'enseignement professionnel.
L'État français favorise, d'ailleurs, par des avances d'argent, l'établissement d'écoles d'apprentissage par les communes ou les départements.
c. V alimentation des ouvriers doit être généreuse et tonique. Les ouvriers du Nord, mal nourris, fournissent moins de travail et plus de malades que ceux d'Alsace. Lombard et Sonderegger ont attribué pour une grande pari l'anémie des ouvriers du tunnel du Saint-Gothard à la mauvaise alimentation de ces hommes, presque tous Italiens, naturellement sobres, et dont quelques-uns économisaient 100 francs sur les 125 qu'ils gagnaient par mois. On ne résiste pas aux atmosphères méphitiques ou délétères avec un régime aux galettes et bouillies de maïs, non plus qu'avec le café (à la chicorée) des ouvriers flamands. Il est particulièrement nuisible d'arriver « "'enn dans un chantier insalubre (mines) .
L'anémie du Saint-Gothard a été mortelle pour un certain nombre d'ouvriers; celte gravité, peu habituelle à l'anémie par insuffisance alimentaire, a fait chercher quelque autre circonstance encore de l'hygiène de ces mineurs. Pagliani a mis en cause l'atmosphère des chantiers, méphitique, pénétrée de gaz irrespirables el d'oxyde de carbone ; cette étiologie nous paraît fort légitime, si nous nous reportons au souvenir de l'anémie d'Anzin, au commencement du siècle. Cependant Perroncito et Concato, Sonderegger, Baumler, Bugnion, P. Fabre, pensent devoir faire intervenir, dans l'origine des accidents, la présence de Yankylostome duodénalr constatée dans les selles des malades, surtout après administration d'un vermifuge, et dans l'intestin des cadavres. En se rappelant que divers auteurs (Griesinger, Wucherer) attribuent à l'ankylostome l'anémie intertropicale, on ne peut se refuser à porter quelque attention sur ce nouveau rapport étiologique, bien qu'il ne soit pas hors de toute contestation. — Il nous ramènerait, toutefois, encore aux recommandations d'hygiène alimentaire qui font l'objet de ces lignes. L'ankylostome s'introduil par les voies digestives, probablement avec l'eau (à l'état d'œufs) ; l'indication formelle est donc de filtrer l'eau de boisson des mineurs et de ne pas laisser ouverts, exposés aux poussières des galeries (Pagliani), les vases qui la renferment. Les mineurs déposent, leurs excréments dans un coin des chantiers ; il est difficile de les en empêcher ; mais ne pourrait-on trouver pour leur usage quelque chose comme des fosses mobiles avec désinfection chimique ou même à la terre?
Les chefs d'usines, dit Hirt, en se chargeant de la nourriture de leurs ouvriers, pourraient assurer à ceux-ci une bonne alimentation, en même temps que servir leurs propres intérêts, puisqu'ils retrouveraient en travail effectué ce qu'ils auraient pu y mettre de soins. Un docteur B..., fabricant d'aniline, à Hôchst, émploie cette méthode et conserve des ouvriers brillants de santé.
d. V habitation des ouvriers, surtout dans les grandes cités manufacturières, est souvent dans des conditions lamentables. Les quartiers difformes, les entassements de maisons et d'étages, les logements sans soleil, leur reviennent avec une régularité malheureuse et presque imposée par la médiocrité des salaires. Non pas que le loyer de bas prix emporte néces-
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sairementun logement insalubre ; mais les immeubles disgraciés existent et persistent clans les villes ; ils se déprécient d'eux-mêmes, el c'est à ceuxlà que les petites bourses s'adressent naturellement. En profitant de cette disposition et de cette nécessité, les propriétaires de ces immeubles ont même réussi à en tirer un bon parti. D'autre part, quelques spéculateurs ont construit tout exprès des maisons « de logement », dans lesquelles le mépris de l'hygiène s'étale avec un étonnante hardiesse. Grâce au développement énorme de l'industrie, des maisons se sont ouvertes, sous les noms de « logements de nuit, logements garnis, garnis, Common logding ffouses, Herbergen, Logirhàuser, etc. », dans presque toutes les villes de l'Europe, à cette masse llottante d'individus dépaysés, que le travail amène de loin, sans intention de fixité. Du Mesnil distingue donc, avec raison : 1° les logements comportant une ou plusieurs pièces louées par des ouvriers ayant une famille, possédant un mobilier ; 2° tout ce qui mérite plus ou moins formellement le nom de garnis.
Les premiers sont dans des rues étroites, les impasses, les courettes (Lille), enfermant un espace où le sol est inégal, fangeux, souillé, et où l'atmosphère, immobile, reçoit rarement un rayon de soleil {bataillons carrés de Bruxelles). Les détritus et les immondices de toutes sortes s'étalent au voisinage de la maison qui, elle-même, grâce aux corridors étroits, aux escaliers sombres, à l'installation sans aucun soin des latrines, ne lutte pas contre l'envahissement de la putridité et n'a pas le moyen de se donner une circulation d'air. En 1866, à Paris, dit Marjolin, sur 40,644 ménages, 27,767 n'avaient pour vivre qu'une seule pièce, dans laquelle il y avait de 1 à 5 lits. Dans ce réduit, l'on fait la cuisine sur un fourneau de fonte devant lequel sèchent des langes, de vieilles hardes ; la mère y fait incessamment la lessive de la famille ; les murs sont le domaine définitif des pa rasites ; la crasse et l'ordure y sont tellement tenaces que, d'un locataire à l'autre, on s'y résigne naturellement et que personne ne fait rien pour s'en débarrasser. On sait, d'ailleurs, et il n'est pas difficile de le comprendre, que cette promiscuité de la famille dans une pièce unique est une école de dépravation pour les enfants ; c'est là que la jeunesse perd l'instinct de la pudeur et que les pères corrompent leurs propres filles.
Pour ce qui est de la santé, nous n'ajouterons rien à ce qui a été exposé dans la première partie, sauf le résumé des détails empruntés par 0. Du Mesnil h la statistique de Joseph Korosi, de Buda-Pesth. Korosi a constaté que la mortalité par suite de maladies contagieuses augmente en raison directe de la densité de la population ; que, par exemple, dans les logements habités par cinq ou dix personnes dans une seule pièce, le danger de succombera une maladie contagieuse est de 50 p. 100 plus grand que pour les habitants à une ou deux personnes dans une même chambre. Dans les logements où la population est nombreuse, la mortalité produite par la débilité congéniale est énorme. Lorsque l'on meurt à l'âge moyen de 47 ans, 16 dans les logements de deux personnes par pièce, la vie moyenne n'est plus que de 37ans, 10, dans les pièces de 5 à 10 habitants et de 32 aQS, 3 chez ceux qui sont plus de 10 par pièce.
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Nous savons qu'en France, en vertu de la loi du 13 avril 1850, les Commissions des logements insalubres sont chargées de voir ces maisons meurtrières, d'indiquer les améliorations possibles et même de demander l'interdiction de l'habitation, mesure dont il ne faut pas abuser. A Paris, les affaires dont est saisie la Commission dépasse 3,000 par an (E. R. Perrin) ; à Lille, pour 1879, la Commission a visité 1,098 maisons (Bécour). Il est fâcheux que ce service fonctionne moins bien partout ailleurs.
Les «garnis » présentent des conditions encore plus lugubres que les logements précédents. La maison réunit à l'insalubrité d'ensemble l'étroitesse de chaque compartiment, la nullité du mobilier, la malpropreté foncière, la promiscuité la plus étendue, l'entassement indéfini des hôtes. Ces misères sont encore moins flagrantes dans les auberges proprement dites, même du plus bas étage, que chez les logeurs en garnis qui, ayant leur famille à eux, cèdent une place dans leur logement à cinq ou six hôtes de hasard et essentiellement mobiles, comme cela se pratique sur une large échelle dans les contrées industrielles d'Allemagne, Prusse, Haute-Silésie, provinces du Rhin (Goltdammer, Wolff, de Dusseldorf). Dans le premier cas, la police a quelque accès dans les logements ; dans le second, logeur et locataires jouissent d'une effroyable liberté, sans contrôle. A Berlin, il n'est pas rare de trouver de ces gîtes qui allouent un cube de 2mc, 5 à 3 mètres cubes à chacun de leurs pensionnaires.
Pistor compte 2,200 locataires (ouvriers) chez 1,848 logeurs, à Essen (ville); 2,492 chez 1,840 logeurs à Essen (campagne); 1,706 dans 1,360 maisons, à Miilheim; 1,823 ouvriers (filatures de coton) chez 1,220 logeurs en garnis, à Munich-Gladbach ; 1,186 locataires dans 346 garnis, à Elberfeld ; 1,001 en 370 garnis à Dusseldorf ; etc. Il n'y a jusqu'aujourd'hui aucune mesure légale vis-à-vis de cet état de choses qui, au témoignage de Goltdammer (Berlin), de Jacobi (Breslau), de Gôttisheim (Vienne), est le terrain de propagation de la syphilis, de la fièvre typhoïde, du typhus tacheté, du typhus à rechûtes ; relation' étiologique également attestée, à Londres, par le colonel Henderson (chef de la police).
Du moins s'efforce-t-on, à Londres, de réagir et de sauvegarder la santé publique en même temps que celle des ouvriers. Des Associations privées ont fait élever, depuis 1847, des maisons de logement salubres (Model Lodging House), dans lesquelles un nombre d'ouvriers, restreint à la vérité, est reçu dans des conditions décentes. Le Parlement est intervenu par les lois de 1851 et 1853 (Common Lodging Houses Act), qui ont été incorporées sans changement dans le Public Health Act 1875, et qui mettent les maisons de logement sous la surveillance des autorités administratives et sanitaires, chargées de prescrire elles-mêmes les mesures d'hygiène. Des amendes assez élevées sont prévues à l'égard des délinquants.
D'après les renseignements communiqués à Du Mesnil, Bâle, Copenhague, Rome, Genève, Saint-Pétersbourg, possèdent des règlements plus ou moins complets sur les hôtels, auberges, cabarets, logeurs. Bruxelles en est à la période des projets ; Lille (Hudelo), Amiens (Mollien), n'ont aucun service particulier à qui incombe le soin de se préoccuper des garnis ou chambrées
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ni de leurs locataires (5,613 à Lille). Rouen n'en a pas beaucoup plus. Paris s'est hâté, en 1878, quelque temps avant l'ouverture du congrès du Trocadéro, de se donner le règlement que nous résumons ci après, et auquel Du Mesnil reproche de ne pas avoir fixé le minimum de hauteur d'étage de 2m,60, qu'avait demandé la Commission des logements insalubres.
Ordonnance du Préfet de police. — Paris, le 7 mai 1878.
Art. 1er. — Aucune maison ou partie de maison ne pourra être livrée à la location en garni qu'après une déclaration faite à la Préfecture de police.
Dans un délai de cinq jours, à partir de la réception de cette déclaration, les locaux proposés seront visités par des agents de l'administration, qui s'assureront de l'état de salubrité des lieux et de l'exécution des prescriptions hygiéniques concernant les habitations.
Art. 2. — Le nombre des locataires qui pourront être reçus dans chaque chambre, sera proportionnel au volume d'air qu'elle contiendra. Ce volume ne sera jamais inférieur à quatorze mètres cubes par personne.
Le nombre maximum des personnes qu'il sera permis de recevoir dans chaque chambre y sera affiché d'une manière apparente.
Art. 3. — Le sol des chambres sera imperméable et disposé de façon à permettre de fréquents lavages, à moins qu'il ne soit planchéié et frotté à la cire ou peint au siccatif.
Les murs, les cloisons et les plafonds seront enduits en plâtre ; ils seront maintenus en état de propreté, et, de préférence, peints à l'huile ou badigeonnés à la chaux.
Les peintures seront lessivées ou renouvelées au besoin tous les ans.
On ne pourra garnir de papiers que les chambres à un ou deux lits, et ces papiers seront renouvelés toutes les fois que cela sera jugé nécessaire.
Art. 4. — Les chambres devront être convenablement ventilées.
Les chambrées, c'est-à-dire les chambres qui contiennent plus de quatre locataires, devront être pourvues d'une cheminée ou de tout autre moyen d'aération permanente.
Art. 5. — Il est interdit de louer en garni des chambres qui ne seraient pas éclairées directement, ou qui ne prendraient pas air et jour sur un vestibule ou sur un corridor éclairé lui-même direclement.
Les chambrées et les chambres qui contiendraient plus de deux personnes devront toujours être éclairées directement.
Art. 6. — 11 est interdit de louer des caves en garni. Les sous-sols ne pourront être loués en garni, qu'en vertu d'autorisations spéciales.
Art. 7. — Il est absolument défendu d'admettre dans les chambrées des personnes de sexe différent.
Art. 8. — Il n'y aura pas moins d'un cabinet d'aisances pour chaque fraction de vingt habitants.
Ces cabinets, peints au blanc de zinc et tenus dans un état constant de propreté, seront suffisamment aérés et éclairés directement. Ils seront munis d'appareils à fermeture automatique.
Le sol sera imperméable et disposé en cuvette inclinée, de manière à ramener les liquides vers le tuyau de chute, et au-dessus de l'appareil automatique.
Les urinoirs, s'il en existe, seront construits en matériaux imperméables. Ils seront à effet d'eau.
Art. 9. — Les plombs seront munis d'une fermeture hermétique, lavés et désinfectés assez souvent pour qu'ils ne répandent aucune odeur.
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Art. 10. — Les corridors, les paliers, les escaliers et les cabinets d'aisances devront être fréquemment lavés, à moins qu'ils ne soient frottés à la cire ou peints au siccatif, ainsi que cela a élé prescrit pour les chambres.
Art. 11, — Chaque maison louée en garni sera pourvue d'une quantité d'eau suffisante pour assurer la propreté et la salubrité de l'immeuble et pour pourvoir aux besoins des locataires.
Airr. 12. — Toutes les fois qu'un cas de maladie épidémique ou contagieuse se sera manifesté -dan-s un garni, la personne qui tiendra ce garni devra en faire immédiatement la déclaration au commissaire de police de son quartier ou de sa circonscription, lequel nous transmettra cette déclaration.
Un membre du conseil de salubrité sera délégué pour constater la gravité de la maladie, et provoquer les mesures propres à en prévenir la propagation.
(Les logeurs sont tenus, en outre, de se conformera toutes les prescriptions de l'ordonnance de police du 23 novembre 18o3 et à l'instruction du Conseil d'hygiène de la Seine, qui y est annexée.)
Les vœux exprimés par les hygiénistes allemands, à Stuttgart (1879), portent sur les mêmes points essentiels. On demande seulement J0 mètres cubes par personne, une surface de 4 mètres carrés et une ouverture de fenêtre correspondant à 0mq,50 par tête; il est, en outre, réclamé du linge de toilette, deux draps de lit propres; une couverture de laine et un sac de paille.
Cités et maisons ouvrières. — Ce titre correspond aux deux modes suivant lesquels on a tenté de régulariser l'installation des ouvriers dans des logements salubres. Le type du premier mode est la cité Napoléon, rue Rochechouart, à Paris, qui la première bénéficia d'une subvention de 200,000 fr. donnés par FÉtat en vertu des décrets des 22 janvier et 27 mars 1852. Elle renferme 194 logements, donnant abri à 500 personnes, avec bains, lavoir, salle d'asile. Ce modèle a servi, y compris le nom de baptême, à quelques autres villes, à Lille notamment. Mais l'expérience a démontré qu'il y avait là une erreur; les cités ouvrières sont fréquentées par les petits employés, les petits rentiers, les vieillards, et non par leurs destinataires supposés, les ouvriers, qui d'ailleurs regardent fort dédaigneusement ces cités-casernes, ou la dignité de l'individu et de la famille est traitée avec une réelle inconvenance.
11 faut à l'ouvrier en famille une maison indépendante, agréable, qui puisse lui appartenir un jour et qu'il façonne à sa guise. En 1835, André Kœchlin, de Mulhouse, avait fait bâtir autour de ses usines trente-six logements comprenant : deux chambres, une cuisine, une cave, un grenier et un jardin. L'ouvrier n'obtenait ces logements (Ém. Trélat), loués d'ailleurs à prix modérés, qu'à la condition de cultiver son jardin de ses mains, d'envoyer ses enfants à l'école, de faire chaque semaine un dépôt à la caisse d'épargne et de payer 15 centimes à la caisse des malades. Telle a été l'origine de la Société mulhousienne des cités ouvrières.
Le but des fondateurs étant d'assurer à l'ouvrier une-habitation indépendante et attachante, ils ne crurent pouvoir mieux faire que d'offrir au locataire de leurs maisons la perspective d'en devenir acquéreur avec la patience-
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et le travail. Ils bâtirent donc des maisons avec jardin, par îlots de 4, sur un modèle à peu près uniforme, mais non invariable, d'une valeur de 2,555 francs (sans étage) à 3,108 francs (avec un étage), et que les ouvriers peuvent louer à raison de 48 francs par mois, mais qu'ils peuvent aussi acheter, dès le premier jour, en payant d'avance 250 ou 300 francs et en versant 20 ou 25 francs par mois (au bout de 13 ans et 5 mois, l'on est propriétaire d'une maison de 3,000 francs). La Société engagea un capital de 355,000 francs et obtint de l'État une subvention de 300,000 francs; elle s'interdit de tirer plus de 4 p. 100 d'intérêt de son capital. Constituée en juin 1853, elle avait bâti, en juin 1877, 948 maisons dont 945 étaient vendues, représentant une somme de 2,780,625 francs, sans compter les frais.
La séduction sur les ouvriers est donc démontrée. Quant aux conséquences sanitaires, il est facile de comprendre qu'elles aient été des plus heureuses, puisque l'on a absolument supprimé la superposition des étages, l'encombrement des locaux, et que l'on a assuré à toutes ces maisons, eu îlots de quatre, l'ensoleillement et le bain d'air qui sont la base de la salubrité des habitations. C'est le Cottage- System, que nous avons tant loué précédemment (lre partie : Habitation), réalisé sur des plans modestes, mais retenant rigoureusement le principe.
L'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne, ont copié plus ou moins adroitement la Société mulhousienne. Les villes industrielles, en France, n'en ont pris que la construction de maisons par les compagnies, en maintenant aux ouvriers la qualité de locataires. « Dans la seule région du Nord, dixhuit établissements de mines, sur vingt-trois, ont élevé 7,000 maisons (les « corons ») représentant un capital de 18 millions, occupée par 31,500 habitants, dont 11,506 ouvriers mineurs. La location est de 70 p. 100 inférieure à la moyenne des locations du pays. Au Creusot, la Compagnie loue à ses ouvriers une maison parfaitement organisée pour 30 francs par année... En 1868, la compagnie d'Anzin a consacré 25 p. 100 de ses bénéfices à l'amélioration matérielle et morale de ses employés. D'autres sociétés ont dépensé une somme égale à 22 p. 100 de tous les salaires pour la même destination. » (Comte de Melun : Rapport à V Assemblée nationale, 1875.)
Cette excellente hygiène porte en elle-même sa récompense; elle établit le meilleur des liens entre le patron et l'ouvrier et donne à leurs rapports un caractère de haute moralité profitable à tous. Mais les procédés de la Société mulhousienne sont restés les plus aptes à tirer de la situation toutes les conséquences de salubrité et de dignité individuelle dont elle est susceptible. Ce sont ceux-là qu'il faut surtout encourager et fortifier (Érm Trélat).
Nous reproduisons ci-après un récent projet de règlement, établi par Allard au nom de la Commission des logements insalubres de Paris, et dans la rédaction duquel, sans l'exprimer formellement, on a eu certainement en vue d'une façon spéciale les habitations ou parties d'habitation à l'usage des ouvriers, petits employés, ménages nécessiteux ou de peu de ressources. On le comparera avec avantage aux propositions adoptées au Congrès d'hygiène de Munich, en 1875 (Voy. page 405).
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Salubrité des constructions neuves.
Modifications aux constructions existantes et entretien général des propriétés ■dans les parties destinées à ï habitation. Projet de règlement adopté par la Commission des logements insalubres dans ses séances du 30 mai et du 14 juin 1880 (Allard, rapporteur).
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